‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 105 sur 275 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

nonce ce JugemenI, et la postérité la conflrmé. SMl est permis d'ajouter foi à une tradition qui s'est conservée, Gustave l'avait prévu et enavait donné rexplicalion. Un Jour, rapporte cette tradition, Erik, appuyant sa tète sur sa main , dilàGôranPehrsson : a Feu mon père m'a préparé de grandes peines en donnant des duchés à mes frères. » A quoi Gôran répondit : a Le feu roi donnait pour excuse que votre position serait bien pire si vos frères n'étaient pas plus puissans que les seigneurs *. » Ce récit ne contient rien qui ne soit conforme aux opinions bien connues de Gustave \ il confirme ce que son petit-fils nous a raconté. Mais l'excuse a un sens plus profond qu'il ne semble d'abord*, car, si Ton objecte quMl affaiblissait , en le divisant , le pouvoir qu'il voulait fonder, il faut se rappeler que son héritier était ce même Erik pour lequel il hésita longtemps entre le trône ou la prison , et l'on pourra juger de l'étendue des dangers au milieu desquels il se trouvait placé si ces paroles qu'on attribue à Gustave sont vraies : « Qu'il préférait la discorde entre le roi et ses frères au danger que pourrait courir sa dynastie d'être expulsée et le royaume de tomber sous l'oppression étrangère ; car il savait que les divisions de sa famille ne pourraient le faire chanceler, et que les efforts des grands se briseraient contre la puissance d'un duc tant qu'il en resterait un debout , tandis qu'elle s'écroulerait si les seigneurs parvenaient à faire dominer leur influence. » Ainsi le vieux roi a prédit cinquante ans d'avance les événemens qui devaient frapper son peuple.

Jean, qui avait alors vingt-trois ans , avait été investi de son fief du vivant de son père ; il avait le titre de duc héréditaire de Suède et de duc de Finlande. Magnus prit possession du sien après la mort de Gustave \ il n'avait que dix-neuf ans, et il reçut le titre de prince héréditaire de Suède, duc de Yestanstâng, comte de, Dal et de Yasbo. Charles , flgé de dix ans seulement , avait eu la Sudermanie, la Néricic et le Yermland à titre de duché , mais il n'en prit possession qu'après le règne d'Erik. La physionomie de Jean, qui avait la taille élevée et bien prise, respirait la bonté et la clémence*. Il laissait souvent percer son ambition , mais ses talens ne répondaient pas à rimpatience

* Voyei Skand, handi.t t. 3. p. 41.

* * Prince fort humain €t ^débonnaire. (0[>rrer«|)on^ dance de DantxaQ

qu'il avait de régner. Un de ses contemporains dit qu'il voulait se donner par ses gestes et ses paroles l'air d'être magnanime, mais qu'il n'avait point de courage. Erik et Jean étaient remplis des mêmes craintes : ils se persécutèrent par la terreur qu'ils s'inspiraient mutuellement. A l'exception de Charles, qui dès l'âge de quinze ans, sous les murs de Warberg , fit preuve d'une bravoure au-dessus de tout éloge, les fils de Gustave n'avaient pas hérité du courage de leur père. Magnus, d'un caractère irritable, comme tous les membres de la famille *, devint idiot. Cet état déplorable Hit la suite des efforts qu'Erik employa pour lui faire signer l'arrêt de mort de Jean. On disait aussi que cette maladie était héréditaire dans la famille des Wasa. Aussi le ministre français Dantzai ne négligea-t-il rien pour réfuter ce bruit lorsqu'il fut question du mariage de Henri III, roi de France, avec Elisabeth de Suède *, qui réunissait Téclat de la beauté aux avantages d'une éducation distinguée. Il dit même qu'Erik ne ressentit point de symptômes de cette maladie, quoique les états aient déclaré à sa destitution qu'il était atteint d'aliénation mentale. Il ajoute qu'il n'a pas eu connaissance que ce malheur ait frappé aucun des frères de Magnus; que quant au père de Gustave, Erik Johansson, il avouait qu'il était fort simple et n'avait pas un grand jugement y mais qu'il n^avait jamais eu l'esprit troublé •.

* ôon p^re le' priait souvent de se corriger de ee vice,

* n la regarde comme une des prineesseï les plos accomplies d'Earope i < On m*aMure de son eicellente beaaU; elle est de fort bon esprit» de belle taille, le corps fort beau,eln*ai point entendu qu'elle yaitaucuno déflance ni chose qu'on y puisse reprendre. Un chacun loue sa grande modesUe, et pour vrai, sire, elle est recommandée et fort estimée pour ses vertus de tous ceux qui l'ont fréquentée. — Elle prend plaisir à TespincUe et en joue mieux que médiocrement; elle joue aussi du luth ; elle est fort bénigne et charitable. — J'espère que le sieur Pinard vous rendra de brief certain de toutes les autres particularités. » Le dernier fut envoyé en Suède, en 1674, à reflet de négocier ce mariage, qui fut rompu à, cause du mécontentement des catholiques.

* « N'éUit de grand jugement, ainsi d'un fort stm** pie esprit. » Et dans un autre endroit : «J'ai quelque^' fois oui dire à des gentilshommes de Danemark, tant en publie qu'en particulier, que ledit sieur Erik, père du roi Gustave, était de petite stature et ne l'esUmait personne de grand sens, ni esprit ni jugement; mais

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Un lengoge amical senrii d'abord à yoilcr la mésintelligence qui régnait entre les frères. La première lettre qu'Erik reçut de Jean^écrite le lendemain de la mort de Gustave, renfermait déjà des plaintes sur les dispositions du testament. Tout le monde savait avec quelle sollicitude le feu roi avait amassé des trésors pour ses enfans; cependant son testament ne parlait ni des richesses qu'il laissait en numéraire (barskatt) pu en mobilier , ni de ses belles terres et propriétés , qui devaient former leur véritable héritage. Le roi avait toujours laissé toucher au fisc la rente do ces terres.

Jean espérait que tout se terminerait à Tamiable ■ ^ mais Erik avait encore plus à dire sur le testament, et il s'excusa de recevoir les visites de ses frères. Il avait conçu le projet de borner la puissance des ducs et de fixer les droits du roi vis-à-vis d'eux. Le 15 avril 1561, ce projet, tout écrit de sa main, fut présenté aux états de la diète d'Arboga, qui y donnèrent sans difficulté leur sanction. Le peuple se montra généralement favorable à Erik, et il n'eut pas d'abordàseplaindre des grands. Dans les négociations qu'il ouvrit avec eux, il eut pour lui les principaux et les plus puissans du royaume, tels que Svante Sture, Pierre Brahe, et même Sten Eriksson Leyonhufvud^ oncle du duc Jean. Il en résulta que les ducs furenlobligésd'en passer par les conditions qu'on leur imposa, malgré leurs réclamations contre les subtilités et les pièges oa« chés qu'elles contenaient , et qui les tenaient à la discrétion du roi. Ce fut sans doute pour mettre des bornes à l'accroissement de la puissance de ses frères que le roi stipula que si, sans son consentement, les ducs acquéraient des propriétés par achat ou par échange , lis devenaient redevables envers la couronne du double de la valeur de leurs biens héréditaires. Il est possible que le partage de ces biens ait eu lieu , cependant rien ne prouve que cette supposition soit fondée. Tout ce que le roi s'était approprié des biens de l'Église et de la couronne non spécifiés dans le décret {recess) de Vcslerfts, sous prétexte qu'ils avaient jadis appartenus à ses ancêtres , devait être restitué. Ce

jç n'enlCDdis oncques qu'il eut le cerTenu corrompu ni l'esprit troublé. 9

' Lettre en date du 1*^ octobre. (Voyez archives du royaume, l&Gû.)

* Lettre à Jean et Magnusen date du 19 mars. (Voyez j^rchiv9$ du royaume.)

qui dans cet acte intéressait le plus la noblesse, c'était la clause supplémentaire , qui ordonnait la restitution aux familles nobles de tous leurs biens consignés et réunis aux domaines royaux, à moins qu'il ne fût prouvé quMIs avaient été la propriété de la famille des Wasa. Le tribunal suprême , établi par Erik , nous offre dans les premières années plusieurs exemples de semblables restitutions, quoique en 1Ô63 Erik ait accusé la noblesse , en compulsant les titres de ses propriétés , de s'être emparée illégalement des terres de l'Église. On trouve qu'en 1566 il fit enregistrer dans les états cadastraux les terres de son père Gustave comme terres héréditaires ^ Une ordonnance de restitution était un acte de justice. Les besoins et les embarras d'argent dans lesquels Jean se trouva le portèrent à étendre cet avantage aux paysans, qui avaient également souffert. Il le fit en 1582 en laissant à tous ceux qui demeuraient sur des terres héréditaires la faculté de racheter les hemmans sur lesquels ils pourraient prouver qu'ils avaient des droits*.

Au commencement de son régne, Erik chercha à se concilier la noblesse. A son couronnement, qui fut célébré à Upsala le 29 Juin 1561 avec une magnificence inconnue Jusquelà en Suède , et après avoir reçu les homma* ges et le serment de fidélité des ducs^ il nomma des comUi et des barons pour diminuer la distance qui se trouvait entre les premiers et la noblesse, et parce qu'il fallait « des dignités héréditaires dans un royaume héréditaire, v Cette innovation entraîna celle de la création de comtés et de baronnies transmissibles aux fils aînés : c'étaient des fiefs de districts , de paroisses ou des fiefs de domaines auxquels étaient attachés le droit de rendre la Justice et celui d'y toucher les revenus de la couronne. Svante Sture, Pierre Brahe et Gustave Johansson Roos furent nommés comtes. Le roi leur mil lui-même la couronne sur la tète et leur dit en les touchant de son épée sur l'épaule gauche : a Combattez vaillamment pour le roi et la patrie, u Neuf seigneurs reçurent la dignité de baron*, on remarquait parmi eux Sten Eriksson Leyonhufvud, à qui le roi dit lors* qu'il s'agenouilla : « Levez-vous, baron Sten, »

* Voyez la relation d'OrnhJelm relative toi terres

do rÉglise.

' BôrdsratC, •jus retractus» •

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