CHAPITRE XI
Et il lui posa Une petite couronne 8ur la lê(e. On fut frappé de la proclamalion des hérauts : « Le roi de Suéde, des Goths et des Vendes est ufi'^ et quoique plusieurs couronnes brillent À vos yeux , vous devez être tous persuadés qu'il n'y a qu'une couronne royale. » Personne ne doutait que ces paroles ne s'adressassent aux ducs* Ensuite le roi fit chevaliers vingt nobles, à qui il dit en leur donnant l'accolade : « D'abord vous éties païen, puis vous êtes devenu chrétien *, aujourd'hui vous êtes chevalier. » L'année suivante on restreignit proportionnellement l'obligation imposée à la no*biesse d'équiper des cavaliers ; un comte put indiquer trois terres qui en étaient exemptes , un baron deux, et le noble une, celle où il demeurait. Telle Ait Torigine des biens privilégiés ( «alerter ) de la noblesse. L'ordonnance qui accordait aux nobles la faculté de choisir, outre leur domaine seigneurial , la métairie la plus proche pour y exercer leurs droits devint le fondement des métairies privilégiées {ladu^ gardât).
Rien ne peut être comparé à la confusion qui régnait dans tout ce qu'on appelle formes légales lorsque la Suéde sortit de l'Union , et celte confusion dura plus longtemps qu'on ne le croit , même à l'époque où la loi écrite semblerait attester le contraire -, mais des ordonnances seules ne peuvent servir de base à une histoire de Suède. Il n'est peut-être aucun pays où ces formes aient revêtu un caractère plus léger, tandis que le fond est resté dans tous les temps presque in variable par la nature du pays et par les mœurs.
Une grande liberté individuelle est le principe fondamental des lois ^ mais si elle s'est montrée suffisante pour éloigner l'oppression , d'un autre côté elle s'est élevée très-lentement au-dessus des premiers élémens de la liberté sociale. Quelque grave perturbation vient-elle menacer les fondemens de cette liberté , comme une autorité tyrannique ou imprudente , ou ce que Gustave nomme une trop grande influence des seigneurs , il se fait alors infailliblement une éruption violente qui détruit le mal le pins imminent. Ne croyez pas qu'il en résulte queK que innovation : l'expérience prouve que l'on en est toujours resté aux anciennes coutumes. —Le régne de Gustave Wasa, absolu sous tant de rapports , fit peu de chose pour développer les formes du droit , à l'exception de la
constitution de son chancelier allemand pour la Vestrogolhie, et dont aucun mot cependant né prit racine dans la terre de Suède. On voit, il est vrai , que des enquêtes du roi ( konungs ràfst ) eurent lieu dans les provinces, mais ce ne fut que lorsque des abus crians eurent rendu ces mesures nécessaires-, elles avaient aussi quelquefois un but politique , car la visite de Gustave dans la Dalécarlie avec des soldats pour punir les séditions fut aussi appelée ràfst. Erik, le premier, établit un tribunal suprême , qui reçut le nom de jury du roi ( konungen» nàmnd) et cette dénomination prouve que les idées du jury et de tribunal étaient déjà corrélatives. Il paraît que les membres étaient au nombre de douze, mais qu'ils n'étaient pas en fonction permanente. Les nobles y étaient en minorité. Cependant, dans les cas graves, on augmentait le nombre des juges , de nobles , d'officiers de l'armée, de bourgeois et même de prêtres. Une des fonctions des membres était de parcourir tous les trois ans à certaines époques les principales villes de province, surtout lorsqu'il s'y tenait de grandes foires , et d'y rendre la justice au nom du roi*, afin que chacun put jouir du bienfait de la loi , le roi étant dans Timpossibilité d'entendre et de juger les plaintes de tout le monde. Les gouverneurs étaient chargés d'obtenir des paysans des secours pour l'entretien de ce tribunal , établi en leur faveur. Le roi ne voulait pas qu'ils eussent pour traitement le produit des amendes, parce que cela engendrait de nombreux abus; d'un autre côté les revenus de l'Etat n'auraient pas suffi pour payer ces fonctionnaires. Ce tribunal fut une des premières institutions d'Erik ; car quoique le recueil des jngemens rendus qu'on trouve dans les archives ne soit daté que du 11 février 1562, le tribunal était en vigueur un an plus tôt*. lien est fait mention dans le règlement de la cour du roi Erik , en date du 19 novembre 1560. Cesrégtemensdecour {hofartiklar) se trouvent plus souvent cités que la loi de Suède dans les jugemens. Gustave avait déjà décidé que toutes les affaires des employés du roi, entre eux ouaveQd'autres,prêtres,bourgeois ou paysans , devaient être jugées d'après la loi de la cour du roi ( gàrds ràtt ). Et ce fut sans doute au sujet de semblables ordonnanoes
* Voyez rinstruçtion du roi du i*^ novembre 1663. ' Voyez la relation d'OrnbJcIm.
que fut adressée à un juge Tinstruction suiyante , qu^on trouye dans une collection de décrets et d'ordonnances de la cour appartenant à la bibliothèque d'Upsala : « Il faut tantôt suivre les ordonnances, tantôt les mellre à récart. Elles sont en partie fondées sur les lois , quoique plus sévères que ces lois même , et en partie elles n'ont d'autre fondement qu'elles-mêmes : on doit donc les employer suivant l'occasion et les circonstances. Plusieurs de leurs dispositions sont peu favorables aux paysans. Un Juge éclairé ou un employé du roi doit suivant les cas appliquer ou négliger les ordonnances. »
Les premiers temps du règne d'Erik furent signalés par de bonnes ordonnances. Pour délivrer les paysans des visites , souvent accompagnées de violences, des voyageurs, on ordonna l'établissement de cabarets ou auberges * sur tous les grands chemins. On abolit le chômage de certains jours de fêle et de quelques cérémonies encore en usage qui rappelaient le culte catholique. Le roi fit publier que son royaume offrait un asile à tous les proteslans persécutés. Beaucoup d'étrangers et surtout de Français profitèrent de cette tolérance, sur l'invitation de Dionysius Beurreus. Les calvinistes fondèrent de grandes cspéronces sur la bienveillance connue du nouveau roi de Suéde pour leur doctrine , et à la nouvelle qu'il demandait Elisabeth en mariage, Calvin lui adressa même plusieurs lettres*.
Mais ses projets de mariage devaient bientôt mettre en évidence l'inconstance du caractère d'Erik. Le 29 juillet 1561, il manda à son nouyo4iu ministre à Londres, Nils Gyllenstjema, chancelier du royaume, que, sur les flatteuses espérances que la reine lui avait données par Beurreus, il avait résolu de nouveau do se rendre en Angleterre *, il se fit même précéder de brodeurs, tailleurs et autres personnes attachées à sa cour. Bientôt après, la reine reçut en présens , dix-huit chevaux avec plusieurs caisses remplies de lingots d'or et d'argent , et au mois de septembre, la nouvelle qu'il allait se mettre en route pour l'Angleterre jeta toute la cour dans le plus grand embarras. En effet Ériky avec ses deux frères, Magnus et Charles, s'embarqua à Elfsborg, mais la tempête le força
• Voyez les Archives du royaume»
*tles8éni08, ScondiajVf p. Il G.
de revenir sur ses pas. II prit alors la résolution de prendre sa route par le Danemark , l'Allemagne et les Niederlandes ; ses ministres reçurent l'ordre de lui procurer des saufs-conduits et des otages pour la sûreté de sa personne, et la noblesse celui de se réunir i lônkOping pour l'accompagner jusqu'aux fron tières. A la même époque, il demanda au sénat s'il ne convenait pas , en bonne politique, de faire ailleurs des ouvertures de mariage, f I envoya un confident en Ecosse pour voir si la reine Marie était aussi belle qu'on le disait, et il chargea bientôt Pierre Brahe de demander sa main. Il n'en renouvela pas moins ses propositions à Elisabeth ; il donna l'ordre à Gyllenstjema de gagner le conseil de la reine & force de pensions, et de se défaire du favori de la reine, le duc de Leicester, dût-il lui en coûter 10,000 thalers*. Pendant toutes ces négociations, il se décida pour la princesse Renée de Lorraine, petite-fille de Christian II et héritière de ses prétentions sur les royaumes du Nord \ mais il abandonna bientôt ce projet pour demander la main de la princesse Christine de Hesse ; il envoya même au-devant d'elle une ambassade, et une flotte fut équipée; mais une lettre adressée à la reine d'Angleterre et interceptée pendant la guerre avec le Danemark fit encore évanouir ses espérances de ce côté. Ce message contenait des excuses sur les propositions qu'il avait faites à la princesse do Hesse et l'assurance qu'elles n*élaient pas sérieuses. En 1565 il donna mission à ses envoyés en Allemagne de sonder les probabilités de succès dans la Hesse pendant qu'il exigeait les détails les plus minutieux sur la princesse de Lorraine , demandant si elle était fraîche , agréable, d'une taille avantageuse, si elle n'était pas trop maigre et sveltc , si elle avait le teint blanc et naturel. Il ne tenait pas beaucoup à ce qu'elle eût les cheveux très-noirs, pourvu qu'elle eût les qualités que nous venons d'énumérer, des mœurs , des manières distinguées et le caractère gai sans être caustique. Il voyait déjà partout des traîtres et des assassins : si la princesse réunissait les qualités désirables et consentait à venir en Suède, les envoyés devaient veiller avec activité à ce
* Lettre a Nils Gyllenstjema» 28 et29 man. {Arehweê du royaume, 1562.) L'année précédente, 12 Juin , il chargea GyllensUerna de proposer de sa part an com> bal singulier aa comte, soit en Ecosse, soit en France.