‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 107 sur 275 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

qu^elle ne fût pas empoisonnée par des gens malintentionnés*. En 15661e consentement et Fanneau Turent expédiés en Suède : c'était le malheureux Sture qui en était chargé.

Des sommes immenses furent dépensées pour ces projets de mariage. Un des griefs des ducs était fondé sur ce qu'Érilc n'avait rien retranché de son héritage, comme il Fayait promis , pour les sommes qui ayaient été employées à la poursuite de son mariage en Angleterre ayant la mort de Gustaye. Son désir de briller n'avait pas de bornes : il fit faire plus de cent habits, tous plus précieux les uns que les autres, pour son voyage en Angleterre. On est étonné de la quantité d'objets qu'il fit yenir d'Anvers et de Londres pour son couronnement : outre de nouveaux attributs de la royauté {regalier), on yit arriver tout ce qu'il y avait de splendide en yêtemens, en armes et en omemens, des caisses pleines de perles, de pierres précieuses et de bijoux, enfin des animaux rares pour exposer à la curiosité publique, comme des lions, des buffles, des chameaux et deux cents lapins, toutes choses inconnues en Suéde *. Aussi en 1561 le roi sollicita-t-il un emprunt de Jean, parce que le trésor était yide et en attendant qu'on pût frapper de nouvelles monnaies.

Ce fut ainsi qu'Erik, au milieu des guerres et des séditions, usa des richesses que son père lui avait laissées et qu'il traita ses affaires de cœur. Nous venons de tracer les événemens qui préparèrent Fintervention de la Suède dans les affaires de la Livonie et qui excitèrent même pendant la vie de Gustave l'ambition de ses fils, qui n'attendaient qu'une occasion pour la faire éclater. Immédiatement après la mort de Gustaye, Jean rappela à son frère la promesse qu'il lui avait faite de lui donner un petit territoire en Livonie : il voulait offrir à la yille de Revel sa protection contre les cruelles dévastations des Russes '. Mais Érik^ après son avènement au trône, se chargea seul de ce soin, et vers la fin d'ayril il envoya Clas Christers-

« Instruction des légats en date du 14JuiI]ct. (Voyez les Archives du royaume,)

* Voyez la lettre à Dionysius Reurreus touchant ce qui devait être commandé pour le couronnement , 17 février IMl. — Erik aimait passionnément les animaux.

* Lettre du 0 octobre. (Voyez les Archives du royaume, 1500.)

son Horn avec des troupes : la ville leur ouvrit ses portes *. Au mois de juin, la noblesse d'Esthonie et la ville de Revel se soumirent à la Suède et reçurent par des envoyés, au couronnementd'Érik, la confirmation de leurs privilèges. Depuis ce temps Erik prit le titre de roi de Suède, des Goths, des Vendes et de leurs appartenances, seigneur du pays de Livonie et de Revel : c'était le premier pas de la Suède de l'autre côté de la Baltique et le commencement des guerres qui durèrent cent soixante ans.

Ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à éviter pour quelque temps encore l'éclat d'une guerre avec la Russie ; il né fallait pas moins pour cela que l'intérêt commun que les deux pays avaient contre la Pologne. Depuis que les chevaliers de l'Épée avaient vu leur ordre dissous, leur grand mattre, Gotthard Kettler, avait placé toute la Livonie sous la suzeraineté de la Pologne , à l'exception de la Courlande, qu'il s'était réservée pour lui et ses descendans. Jean s'attacha intimement à la Pologne et conseilla à Erik de s'allier avec ce royaume contre la Russie et de lui céder tout ce que la Suède possédait déjà en Livonie*. Erik répondit par un ordre à Horn d'attaquer Pernau et Wiltensten, dont on se rendit mattre ainsi que de beaucoup d'autres endroits. Il avertit Jean que le duc Christophe de Mecklenbourg , coadjuteur de l'archevêque de Riga , qui venait de mourir^ avait donné tout son archevêché à la couronne de Suède, mais que les Polonais s'étaient emparés du pays. Le roi consentit cependant au mariage de Jean avec Catarina Jagellonica , sœur de Sigismond II, roi de Pologne *, il félicita le duc de la perspective que cette alliance ofTrait à la Pologne, quoique l'envoyé polonais à Stockholm ', ajouta-t-il, eût promis de travailler pour Erik lui-même quand le trône deviendrait vacant. Il se repentit bientôt de son acquiescement et rappela Jean de Danlzig, ce qui n'empêcha pas celui-ci d'aller chercher sa fiancée à Yilna. Les clauses du contrat furent

* Le cta&teau, dont la garnison reita fidèle au grand maître, se rendit après un siège de six semaines.

B Le 24 février 1502. — La première lettre d'Erik i Jean, qui annonce une rupture, est du 16 Juin. l\ lui reproche d'embrasser le parti de la Pologne avec tant d'inlérèt qu'il lui donnait tort en tout. (Voyez les Archives du royaume, 15C2.)

' Le comte de Teczin. Il demanda pour lui-même la main de la princesse Cécile,

HISTOIRE DE 8UEDE.

tenues secrètes. Ce qu'on raconte de Jean qu'il avait promis de se montrer à Favenir prince libre et indépendant est vraisemblable : il est certain qu'il conduisit à son beau-frère une grande quantité de lingots d'argent de son père, qu'il reçut en garantie sept châteaux de la Livonie et que la guerre éclata bientôt entre la Suède et la Pologne. Plusieurs discussions s'étaient déjà élevées entre les deux frères. Dans l'automne de 1571, Jean demanda à toucher la dtme dans toute la Finlande (la partie la plus septentrionale n'appartenait pas à son duché) : il éprouva un refus. 11 ne fut pas plus heureux quand il demanda de n'être pas obligé de tenir au complet l'eiïeclif de son armée ^ seulement ce second refus fut un peu adouci. Quand il réclama les vaisseaux dont il avait renforcé la flotte d'Erik à Elfsborg, on lui répondit qu'on les lui restituerait quand il rendrait les navires qu'il avait reçus du vivant de son père pour mettre en ordre les affaires de la Livonie. Le roi ajouta qu'on avait trop voulu jusque-là partager avec la couronne, au point qu'il ne lui restait que trèspeu de chose '. De retour en Finlande avec son épouse, Jean eut à essuyer les reproches de son frère pour s'être allié aux ennemis du royaume. Bientôt après parut l'ordre du roi à la noblesse finnoise de se rendre en Livonie pour servir dans la guerre contre la Pologne ^ en même temps une citation fut donnée au prince pour qu'il vint à Stockholm rendre compte de sa conduite; mais le duc retint prisonniers les envoyés du roi, excita les Finnois à la défense, reçut leur serment de fldélité et rechercha l'alliance de la Pologne et de la Prusse. Il fut accusé par Erik de provocation à la révolte et condamné à mort par les états, qui avaient été convoqués à cet effet, mais où ne se trouvèrent qu'un fort petit nombre de membres ; la rigueur de cet arrêt était mitigée par un recours en grâce auprès du roi. Retranché au château d'Âbo, qui capitula après deux mois de résistance, Jean, ne recevant aucun appui deTétranger, fut obligé de se rendre à discrétion (12 août 1563)", il fut transféré en Suède, où Gôran Pehrsson l'accueillit en l'accablant de reproches. Quant à la duchesse, Pehrsson lui offrit, suivant les ordres qu'il avait reçus du

* Lettre à Jean du it novembre, (archives du royaume f 1601.)

roi (Erik était dans ce moment aux frontières du Danemark), un château et un revenu proportionné à son rang si elle voulait se séparer de son époux. Pour toute réponse, elle montra son anneau sur lequel était gravé en latin : <c Rien que la mortj » et elle suivit son mari dans la prison de Gripsbolm. On força le duc ^ à rester sur le pont quand on lui fU traverser le Sôderstrôm*, dont le peuple couvrait les bords : il détourna les yeux des roues et des potences dressées sur .les montagnes environnantes et auxquelles il voyait suspendus les ca* davres de ses serviteurs. On peut voir encore au château de Gripsholm et dans le même état où elle était la chambre dans laquelle Jean subit une captivité de quatre ans, que partagea presque pendant tout ce temps sa fidèle épouse. Cette pièce, bien éclairée, d'où l'on a une belle vue sur le lac, était élégamment ornée, suivant la coutume de cette époque \ elle pourrait servir aujourd'hui d'habitation à un riehe paysan, mais alors elle n'était pas indigne d'un seigneur : au-dessus se trouve l'horrible cachot où fut enfermé le malheureux Erik. Malgré les conseils de Gôran Pehrsson et ses propres sentimens , qui flottaient entre la crainte et k remords, il épargna la vie de son frère , mais il ne songeait pas à le rendre jamais à la liberté : c'est ce que prouve la lettre que Magnus lui écrivit après la condamnai ion de Jean ^ on y remarque ce passage : « Puisque sa majesté nous a fait l'honneur de nous clioisir, préférablcment à nos frères , pour hériûer des pays dont le duc Jean avait été invesli par la couronne et le gouvernement de Suède, et que nous tenons sa confirmation par écrit, nous jurons de rester fidèle à sa majesté et à ses dcscendans et de regarder ses ennemis comme les nôtres*. » Erik et Magnus ne prirent aucune autre mesure contre Jean. Erik promit à Magnus, s'il voulait y consentir, de faire approuver l'acte de succession par les. états : « Car quoique la conduite de Jean lui ail fait perdre ses droits, lui dit-il, son altesse verra que de graves disputes s'élèveront au sujet de la succession , tant parmi le peuple que dans les états , sMl nous arrive quelques accidens, et il y aura sans

< Bras du lac Malaren, sur lequel on a constrait an ponNcvis qui établit la communication enlre la cité cl le faubourg du sud {SMermalm),

» Donné à lônkOping, le 1*' octobre. {Archives du

royaume, 1563.)

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