CHAPITRE XI
doute bien des gens qui verraient avec plaisir le duc Jean à notre place. » On ne connaît pas de quelle nature étaient les propositions du roi, on sait seulement que le duc n'y voulut pas accéder ; aussi cette affaire fut-eile ajournée : le roi néanmoins assura Magnus de sa bienveillance. Ce fut après ces lettres que Magnus devint imbécile. Au reste Jean fut bien traité dans sa prison. La négligence ou la mauvaise volonté dont il pouvait avoir à se plaindre était sévèrement punie , puisque le 27 février 1S64 , le jury royal condamna le prévôt du château au pain et à l'eau pour un temps illimité parce qu'O avait négligé de prévenir les besoins du duc, de sorte que celui-ci avait été obligéd'avoir recours aupotàreau. Erik envoya aussi ft son frère des livres de piété, Ovide , Pltttarque et même une traduction allemande de Boccace. La princesse avait la liberté de se promener dans le jardin, mais elle devait être accompagnée. Jean une fois incarcéré, Érilc s'aperçut qu'il s'était aliéné la puissante famille de la mère de son frère, ainsi que la noblesse, dont le mécontentement, relativement à l'affaire de la succession, n'était pas un secret pour les ills de Gustave. A partir de cet instant, la noblesse ne ftit pas appelée une seule fois aux diètes * -, Erik ne s'entoura que de favoris de basse extraction , qui depuis son enfance avaient flatté ses passions. Us partageaient les sentimens haineux de Gàrtm Pehrsson , sans avoir sa capacité. C'est également de cette époque que les soupçons d'Erik jetèrent le trouble dans son Ame et le rendirent crueP.
On trouve dans les archives de 1562 une
< Pour fa diète de 15C6, le roi ne fit conroquer .':;uc deux prêtres et deux paysans de chaque bailliage.
* « Erilc aurait pu être mis avec Justice au nombre des princes les plus magnanimes s'il n'eût été ^rrompu par les ministres auxquels il s'abandonnait avec trop de confiance. Il fut élevé dans une crainte perpétuelle et entouré de dédains par les menées de sa bellemère , qui ne raimalt pas. Peut-être était-U un peu soupçonneux de son naturel.
» Ce défaut s'accrut dès son enfance par la faute de ceux qui l'entouraient et qui étaient les plus méchans et les plus artificieux de tous les hommes.
»n connaissait bien leur malignité et il s'en plaignit souvent au chancelier de Suéde, au feu sieur de Varcours et à d'autres qui me l'ont dit , et Je pourrais làdessus faire de forts étranges récits.» (Voyez la Correspondant do Ddfitoatf.)— 11 raconte qu'Érilc avait frappé lui-même une. personne et que Jean eût été tué sans Mornay : t Ledit sieur de Yarennes seul l'empêcha par
lettre où est censurée la conduite du roi. Celui qui faisait une telle découverte ou qui signalait une infidélité chez les fonctionnaires était généreusement récompensé. L'année suivante on promit à quiconque dénoncerait un crime de lèse-majesté la moitié des biens du criminel si l'accusation pouvait être prouvée devant un tribunal. On expédia aux gouverneurs, à la même époque , l'ordre d'entretenir des e^n pions dans toutes les villes et toutes les campagnes. Gôran Pehrsson fut mis à la tête de cette police. Le pouvoir de l'accusateur avait déjà reçu une grande extension par l'établissement du jury royal. Les sergens à baguette recevaient un traitement régulier pour poursuivre dans toutes les provinces les coupables de toute condition.
Celsius, dont Thistoire, embrassant une période de plus d'un demi-siécle , est Touvrage le plus remarquable sur les règnes d'Erik: XIY et de Gustave I«' , quoique les documens relatifs à l'administration de ces deux princes n'y soient traités que bien superficiellement; Celsius dit qu'Erik, le 10 février 1563, assistait à la séance de son tribunal suprême , et qu'il y exprima son opinion dans une question capitale : il dit que dans des affaires de cette importance, il ne fallait pas juger sur des témoignages écrits lorsque ceux qui les avaient donnés vivaient encore*, il engagea les braves et fldèles membres du jury royal à ne pas agir si légèrement dans les cas où il s'agissait de la vie des hommes. Ce fait est vrai , et les observations que nous allons soumettre à nos lecteurs prouveront que la conclusion qu'on en a tirée relativement à la conduite du roi et du tribunal est fondée : le registre des jugemens du jury royal pour l'année 1562 n'olTre qu'une condamnation à mort; mais celui de 1563 en contient déjà cinquante-sept, dont trente^eux prononcées contre des personnes attachées au duc Jean *. Ce tribunal, jusqu'en octobre 1567, époque où se termine le registre , a condamné à la peine capitale deux cent trente-deux personnes', soit pour des crimes d'État, soit pour
SCS prières et remontrances. » D'après Holberg, Mornay était parent de Dantzai.
* < C'était un spectacle digne de pitié que de voir les exécutions perpétuelles qui frappaient les serviteurs du duc dans la ville et dans les faubourgs ; ni moi ni beaucoup d'autres personnes nous ne pouvions en être témoins que les larmes aux yeux.» (Sven Elfsson.)
' Outre les officiers qui forent exécutés à Elfsborg,
des fautes qae la loi ne punissait pas de mort *, sauf quelques exceptions, mais qu'on jugea d'après les articles de la cour du roi Erik et suivant son bon plaisir. Le nombre des victimes est grand, quoique toutes n'y soient pas comprises et que les arrêts n'aient pas été tous exécutés; la plupart appartenaient aux basses classes : le roi n'osa pas faire tomber la hache sur les grands seigneurs , tels que Olof Gustafsson Stenbock en 1564 , et Nils Sture en 1566-, ce ne fut qu'en 1567 qu'il se hasarda à faire couler le sang de la haute noblesse , ce fut aussi ce qui prépara sa chute. Gôran Pehrsson, qui est nommé procureur et secrétaire du roi , remplissait le rôle d'accusateur dans le jury royal : on a bien quelques exemples d'acquittement de la part du tribunal malgré la violence des accusations de cet homme, mais ils sont rares. Quand son premier discours avait manqué son effet, il revenait à la charge; la question fut employée; une simple parole, un signe même étaient regardés comme un crime contre l'État. Le 11 février 1566, le palefrenier Erik Pehrsson fut condamné à mort pour avoir peint sur la porte d'une maison du faubourg les armes de la Suède et du roi , les trois l;ouronnes renversées^ et avoir ainsi outragé la grandeur de sa majesté et celle de son gouvernement. Le 26 novembre 1566, la même peine fut prononcée contre deux gardes de la lente du roi pour avoir mis en certain lieu trois bâtons en forme de croix , un manteau , un gril et quelques autres objets qu'Erik croyait avoir été déposés pour l'ensorceler, quoiqu'ils n'ignorassent pas que le roi avait défendu sous peine de mort de laisser sur les chemins où il se promenait des branches de sapin, des débris de paille ou des copeaux.
La paix avait été renouvelée avec le Danemark en 1562; néanmoins la guerre éclata l'année suivante , et elle hâta les événemens qui devaient fixer le sort de Jean, car le roi croyait que pendant qu'il allait employer ses soldats contre le Danemark , son frère ne rcs-
pour avoir renda la citadelle, combien de personnes ont subi le même sort dont les noms n'ont pas été conservés ! Les actes ne font pas mention du Jugement des Sture et de leurs parens, en 1567.
* Parmi eux étaient soixante-dix-sept collecteurs d'impôts. Le 30 janvier 15G7, ce tribunal condamna sept prévôts de Salbcrget  la peine de mort pour avoir négligé de transporter du bols. ^
terait pas tranquille et ferait quelque tentative en Finlande ou en Livonie '. Des intérêts opposés en Livonie , où un prince danois s^était emparé d'une partie du pays , de vieilles querelles et des inimitiés personnelles furent les principales causes de la guerre. Le roi de Da* nemark avait placé dans ses armes les trois couronnes-, Erik prit celles du Danemark et de la Norvège. Les ambassadeurs suédois envoyés pour conclure le mariage dans la Hcsse furent arrêtés ù Copenhague. Une escadre armée pour aller chercher la nouvelle reine trouva la flotte danoise dans les eaux de Bornhcrfm j un débat qui s'éleva au sujet du salut entraîna un engagement où l'amiral Jacques Bagge s'empara de trois vaisseaux danois, parmi lesquels se trouvait le vaisseau amiral. Il fut récompensé par un triomphe où l'on yit les prisonniers danois garrottés, la tête rasée, et conduits par le bouffon du roi , Hercule , qui Jouait du violon. Sur ces entrefaites fut lancée la déclaration de guerre du Danemark et de Lubeck, à qui Erik avait défendu la navigation sur la Narva, parce qu'il voulait attirer tout le commerce russe sur Revel. La guerre, qui dura sept ans, fut conduite avec beaucoup de gloire pour la flotte suédoise , qui ne s'était jamais présentée si formidabledans la Baltique, d'abord sous le commandement de Jacques Bagge, puis, lorsque ce héros fut fait prisonnier prés d'Ôland, sous Cias Christersson Hom, qui en 1566 commandait soixante-huit vaisseaux de guerre. Gustave avait voulu faire de la Suéde, qui depuis longtemps épuisait ses forces sur le continent , une puissance maritime.
Dans les aflaircs de la guerre, comme partout, Erik prodiguait les ordres; aucun n'en a donné de plus étendus et de plus péritieux pour celui qui en était chargé*; ils portent tous l'empreinte de la plus profonde mélancolie ; ainsi nous trouvons dans une de ses premières ordonnances, relative à la guerre duDanemark : (( Qu'il fallait rechercher les personnes qui savaient préparer les poisons, mais qu*on devait en même temps s'assurer si leur art était certain et prendre garde que ses propres soldats n'en fussent victimes. » Les Danois ouvri-
* Sren Elofsson.
' Le 30 Janvier 15G7 , le secrétaire de la chambre , Wolmar Wicltman , fut condamné à mort pour avoir dit que sa majesté donnait des instnicttons qae per* tonne ne pouvait remplir.