‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 109 sur 275 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

rent la campagne par le siège d'Elfsborg , qui étant mal défendu ne larda pas à se rendre. Les Suédois de leur côté firent une invasion en Hollande et mirent le siège devant Halmstad; mais Erik le leva et abandonna son camp à la nouvelle que Frédéric approchait '. Ses soldats, regardant cette retraite comme une fbite honteuse , se débandèrent et Turent battus par Tennemi. Dans une lettre justificative au peuple, le roi dit que le régiment quMl avait formé et instruit lui-même avait vaincu Tennemi. — Il était fidèle en cela au principe posé dans les ordonnances : « qu'on doit étouffer le bruit des désastres soufferts par les troupes de sa majesté ; mais qu'il fallait répandre le plus possible la nouvelle des avantages remportés sur Tennemi , ainsi que de tout ce qu'on supposait devoir être accueilli avec plaisir, en donnant toutefois à ces récits l'apparence de la vérité. »

A la même époque , le Jemtland et le Her- Jedal furent occupés par les Suédois. On se prépara aussi à attaquer laNorvége, dont Canut Haraldsson Soop fut d'avance nommé gouverneur, avec ordre, quand les Norvégiens auraient juré fidélité au roi , de prendre des otages parmi les premiers seigneurs et de les envoyer en Suède, de fortifier quelques places dans le pays , d'y établir le culte , de rendre la justice d'après les lois de Suède et de chasser les Danois (/u^^me) du pays. Mais ce gouverneur étant tombé en disgrâce, l'expédition contre la Norvège supérieure fut confiée à un jeune Français , Claude Collart, un des favoris du roi , lequel s'empara de Trondheim. La population presque tout entière de ce diocèse jura fidélité à Érllc , s'il faut en croire une ancienne relation. Mais ses succès enflèrent son orgueil ; il fit agréer ses hommages à la femme d'un habitant de la ville , l'enleva et la retint dans le chftteau. Il donnait fréquemment des banquets, accordait aux soldats suédois la permission de retourner dans leur pays et persévéra dans cette conduite imprudente jusqu'à ce que le roi de Danemark eût envoyé une armée qui le fit prisonnier'. Pour venger cet

■ Le conseil qui se tenait par ses ordres lui fil dire qQ*il était dangereux qu'il fût présent, et qu'il faHaU se retirer devant rennemi, dont les forces supérieures s'avançaient sous le commandement du roi de Danemark.

' Voyez les actes du roi Erik par le prêtre de sa

affront, Erik envoya en Norvège, pendant l'automne de 1564, Mats Tôrne, qui ravagea et Incendia plusieurs paroisses. L'année suivante, Mauritz Slake ne traita pas mieux le diocèse d'Aggerhus. Une nouvelle expédition fut dirigée contre la Norvège, sur l'assurance donnée par un déserteur que ce pays était disposé à l'obéissance. Erik envoya des proclamations ; il en fut même adressé une aux habitans de l'Islande. Une grande partie de la Norvège fut ravagée ^ les villes de Hammar et d'OpsIo furent livrées aux flammes. Quiconque reconnaissait l'autorité suédoise était obligé de se procurer au poids de l'or des lettres de sûreté du général suédois Jean Siggeson. Beaucoup de personnes en firent usage , mais leur fidélité n'était pas de bon aloi. Les sièges de Bohus et d'Elfsborg traînèrent en longueur. Le roi changeait si souvent les généraux qu'à la fin personne n'osait se charger de cette mission , et c'était avec d'autant plus de raison qu'il avait coutume de se plaindre aux soldats de la conduite de leurs chefs.

Mais il manque une page à son histoire pour ceux qui veulent le connaître dans la guerre. Nous allons la chercher dans ses propres paroles au peuple suédois à l'occasion des succès qu'il a obtenus ' ; sa lettre est datée de Kalmar, 15 septembre 1564. Il commence par rappeler les bruits extravagans qui ont couru sur Tattaque des Danois , qu'on disait avoir pratiqué, pour passer les frontières , un chemin si large que quinze hommes pouvaient y marcher de front; qu'il s'était rendu luimême sur les lieux -, qu'il avait trouvé la flotte en proie aux divisions et aux maladies , et l'tle d'Oland ravagée par les Danois ; que le commandant ayant été changé , Clas Christersson Ilorn avait été fait amiral et avait livré un combat naval dans lequel trois vaisseaux ennemis avaient été pris et six coulés à fond. Sur ces entrefaites , le roi avait envoyé Àke Benglsson Ferla avec Tavant-garde pour occuper IcBleking; lui-même se mit en route pour cette destination avec toute son armée. Les paysans de cette province étaient tellement exaspérés qu'ils pendaient aux arbres les traînards suédois , piétons ou cavaliers , tout armés. Erik, par représailles, ordonna de saccour » le D. Magnus SUgtomtensis. ( Manuscrits de PalsmkOld.)

• Voyez les archives dt$ royaume pour celle année.

HISTOIRfi DE SUÉDE.

cag^ le pajs entre Lyckeby et Rottneby, et d'en passer les habilans au fil de Fépée. Dieu favorisa les armes suédoises : pendant la marche, au milieu des bois^ plus de mille ennemis perdirent la vie. Alors les paysans demandèrent grâce , promettant au roi aide et fidélité et lui offrant des otages en garantie. Après la reddition du château de Lyckeby, Charles Holgerson Gers en fut nommé commandant-, puis le roi se présenta devant la ville de Rottneby et somma la garnison et la bourgeoisie de capituler. On lui fit une réponse injurieuse par laquelle on rengageait & se rendre â Halmstad, où il avait fait ses premières preuves de courage. Aussi ne voulut-il pas accepter, plus tard, les conditions auxquelles la garnison voulait lui ouvrir les portes ; il exigea qu'elle se rendit à discrétion. Les soldats offrirent de prendre la viUe d'assaut, et Ton tira au sort les compagnies de fantassins qui devaient marcher les premiers. Les assaillans furent d'abord repoussés, malgré les encouragemens du roi; enfin Gudmund Olsson avec ses soldats monta sur les remparts et fut suivi des autres : a Alors le carnage fut grand, au point que Teau de la rivière devint rouge comme du sang. » La consternation et le découragement étaient tels parmi les vaincus qu'ils se laissèrent égorger craime un vil troupeau. Personne n'échappa : plus de deux mille hommes furent passés par les armes^ sans compter une foule de femmes etd'enfans massacrés par les Finnois, qui entrèrent les derniers. Ainsi la ville de Rottneby paya pour toutes les machinations et pour Fanimosité qu'elle avait manifestée contre la Suède depuis Ja révolte de Dacke. Jamais pareil butin n'avait été fait sous le>ègne actuel, malgré tout ce qui fut perdu dans les flammes qui consumèrent les maisons. Après ces exploits, le roi s'avança vers Sdlfvitsborg, que l'ennemi brûla lui-même. Mais Charles Mornay porta le fer et la flamme dans les campagnes qui séparaient cette ville des frontières de Suède : «Et nous avons nous-mêmes^ dans la retraite , dit le bulletin du roi , envoyé quelques bataillons pour brûler et piller sur nos côtés. » Le roi donna les ordres suivans aux troupes : « Quant aux paysans du Bleking qui ont survécu aux désastres de leur pays, le roi veut qu'on les convoque en assemblée , tant ceux du continent que ceux des îles^ depuis les frontières de la Suède jusqu'à Sôirvitsborg , sous

prétexte de recevoir leur serment de fidélité. Aussitôt qu'ils seront réunis, hommes, femmes et enfans , au nombre de deux ou trois mille , on les conduira tous , par terre , à Kalmar et delà sur des vaisseaux à Stockl^olm; mais s'ils ne se rendent pas à la convocation ^ on livrera alors tout au fer et au feu , car il vaut mieux avoir un désert qu'un pays en révolte *.» On ne sait si ces ordres cruels furent exécutés dans toute leur étendue ^ mais on peut se faire une idée de l'aspect que présentait le Bleking à cette époque par la lettre du roi du 7 décembre, dans laquelle il est dit qu'il n'y avait que quelques paysans dans le pays : les Sm&landais sont priés de s'y rendre et d'y prendre des fermes , qu'ils pouvaient s'approprier et garder comme des biens légalement acquis. — La guerre fut conduite à la fois en Livonie et en Suéde. On levait un homme sur cinq et quelquefois un sur trois. En 1561 , le roi d^ corda des franchises pour les tmres de tous ses soldats lorsqu'ils étaient en campagne; cependant ces privilèges ne purent vaincre la répugnance qu'inspirait la guerre de Livonie. La discipline devint plus sévère : eu 1565, vingt nobles , dont quelques-uns appartenaient aux premières familles du royaume, furent condamnés par le jury royal à l'interdiction des droits attachés à leurs terres pour avoir manqué à l'équipement des cavaliers \ en 1566, un employé du roi fut condamné à la potence parce qu'il avait enrôlé des femmes pour le service militaire dans la Sudermanie ; il disait avoir reçu l'ordre de le fiiire , parce qu'il manquait d'hommes. Il ne restait presque point d'hommes dans une partie de l'Osirogothie, en 1568, à la suite des dévastations des ennemis. Aussi lorsque Glas Hvitt , qui avait d'abord exercé les fonctions d'évéque à Linkôping, mourut curé de SôderkOping,des femmes furent obligées de porter le cercueil au cimetière, tant les hommes étaient rares '. La peste vint se joindre à ces malheurs. Le courageux Glas Ghristersson Horn fut une des victimes de ce fléau. Nous trouvons des plaintes perpétuelles sur le défaut absolu de discipline. Les désertions, les révoltes et les

* Ces ordres barbares forent eiécutés sons la direc* tion d'an officier nommé Brandmastare > c'est-é-dirs maître du feu. II suivaU l'armée, et Ton n'osait rien faire sans ses ordres et ceux du colonel.

> Chronique des évégues, par Rhyzellus, t. I, p. 127.

GHAPITRE Xt

actes de yiolence étaient à Tordre du Jour. Od pourvoyait aux besoins des soldats , à leur équipement et à leur armement au moyen de réquisitions dont on frappait le pays*. La haine des paysans qui éclata à la fin dans les provinces frontières fut punie, d'après les ordres du roi, par la dévastation de plusieurs districts *, et les déprédations d'Erik dans le Bleking et la Scanie furent vengées par celles des Danois dans le Smftland et la Yestrogothie. La guerre sur terre présentait les mêmes caractères , et elle n'eut aucun résultat important , si ce n'est la prise de Yarberg par les Suédois le 15 septembre 1565 et la victoire que rempcnrta le 20 octobre de la même année le célèbre Daniel Rantzou sur les Suédois, qui avaient des forces doubles des siennes, dans les champs de Svarterft, dans le Halland. Jacques Hàstko, qui commandait les Suédois , attribua ce désastre , qu'Erik fit célébrer comme une victoire , à la cavalerie allemande et à Nils Sture , commandant de la garde royale (liffana), quoique ce même ilftstko, dans une autre lettre à Sture , dise : tt Je ne manquerai pas de faire connaître, lorsque le loisir me le permettra, les actes de bravoure et d'intrépidité dont j'ai été témoin aujourd'hui. »

Nous sommes arrivés à l'époque de la persécution qui avait longtemps menacé cette maison , la première du royaume après celle du roi. Son chef, le vieux Svante Sture, qui sous le règne précédent avait donné tant de preuves de sa fidélité, avait perdu en 1564 le gouvernement de la Livonie. De ses cinq fils, Charles et Maurilz étaient encore dans l'enfance et devaient survitre aux malheurs de leur famille ; Erik, qui avait servi le duc Jean, fut blessé dans la guerre avec le Danemark; Sten fut tué dans le glorieux combat soutenu contre la flotte danoise le 7 juillet 1565 ; Nils , l'aîné , d'abord favori du roi, fut plus tard exposé à ses ressentimens. Des chimères astrologiques y contribuèrent : Erik crut lire dans les astres qu'un

* En 15G3,reau-cfe-tîd fut comprise dans ces réquisitions. C'est en 1408 qu'il fut Tait pour la première fois mention de cette boisson.

* Les Smâlandais furent punis, d'après ce que le roi a écrit lui-même dans ses notes, parce que dans le danger quMls coururent' en i5G6, ils conclurent des traités de paix ou des armistices avec les districts de Goïnge, voisins de la Scanie.

homme & cheveux blonds devait lui ravbr la couronne; ce signe se rapportait également au duc Jean et à Nils Sture. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après l'arrestation du premier, l'autre devint l'objet des soujpçonsdu roi. Après le combat de Svarter& , le jeune Sture reçut encore un accueil bienveillant et fut envoyé d'abord à Yarberg , puis au siège de Bohus*, il était chargé d'un de ces ordres sanguinaires dont Erik était si prodigue. Ses instructions portaient qu'il valait mieux massacrerions les cavaliers allemands, qui devaient répondre de leur conduite dans la bataille, que de les laisser fuir; il avait mission en outre de piller et d'incendier les districts de la Yestrogothie qui refuseraient d'obéir et de travailler aux fortifications de Yarberg. Tels étaient les vœux du roi. Sture ne les remplit pas ; on mitigea la rigueur de ces ordres par les expressions dont on se servit dans le procès qu'on lui intenta Ml i\it accusé de négligence par Gôran Pehrsson devant le jury du roi ; les pauvres gens , ainsi que les juges s'appellent euxmêmes, ne crurent pouvoir faire autrement que de le condamner à mort , d'après les articles de la cour , ne lui laissant pour ressource que le recours en grftce auprès du roi, qui pourrait l'accorder. Le roi lui laissa le choix de faire examiner sa conduite ou de se soumettre à une entrée honteuse à Stockholm. On lui fit remise de la peine de mort , mais non de la honte : il fut jeté sur une rosse et conduit, une couronne de paille goudronnée sur la tète, par toutes les rues de Stockholm , tandis qu'on criait : « F'oyez un traître à la patrie! » Les soldats exprimèrent hautement leur mécontentement, disant qu'il s'était conduit en brave Suédois en face de Tennemi. Dans un accès de frayeur, le roi lui donna sa grâce, défendit sous peine de mort d'en parler davantage et le fit sortir en hâte du pays en l'envoyant demander la main de la princesse Rénale de Lorraine. Nils Sture écrivit à ses parens au sujet du traitement indigne qu'il avait souffert : « J'ai bu à Slockholo, un breuvage qui consume mon âme , ma joie et toute ma vie en ce monde. » Il parle de la

* Le jugement est du 13 Juin 1565. Le principal point d'accusation était qu'il n'avait pas , suivant les ordres qu'il avait reçus, massacré les cavaliers allemands, qui avaient dévasté le pays et s'étaient réfugiés chez l'ennemi. GOran Pehrsson était l'accusateur public.

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réhabilitation de son honneur et termine par cet mots : <( J*espère être à même un jour de me défendre par d'autres moyens que par des lettres. »

On entrait dans Tannée 1567 : ce fut la plus malheureuse du régne d'Erik, comme il le note lui-même dans son journal'. Il est incontestable que le roi croyait alors à une grande conspiration ourdie contre lui par la famille des Sture, appuyée de ses puissantes alliances^ il sentait bien qu'il avait fait à cette famille un outrage qui ne se pouvait pardonner. Il vivait dans des transes continuelles -, il augmenta sa garde et mit des espions dans les maisons *. Des bruits de question appliquée dans les ténèbres de la nuit et d'exécutions nocturnes répandirent la terreur parmi le peuple. Le 4 février 1567, le domestique du comte Svante Sture fut condamné à mort par le jury royal : il s'était trouvé portant un fusil sur le passage du roi dans la rue. Quant à l'existence d'une conjuration, les opinions sont bien partagées ^ ce qui est certain, c'est que beaucoup de personnes tombèrent victimes de ces soupçons , et a parce qu'ils étaient en grand nombre, dit le grand Gustave- Adolphe, le monde les jugea tous innocens. » Erik, de sa prison, écrivit lui-même à ses frères que les conjurés avaient voulu détrôner la dynastie des Wasa et rendre le royaume électif, d'héréditaire qu'il était. Les mauvaises intentions de la haute noblesse au sujet de la succes-

^ ' Infelicistimut annus Erici régis. Ce Journal a eu des destinées bien singalières et est an témoignage Irrécusable , sous plus d'un rapport, des malheurs de la maison d'Értk. H fut mis en gage par son malheureux fils Gustave Ériksson, qui errait en Europe, chez un aubergiste de Vil sa.

Grégor Larsson, Suédois au service du roi SIgismond, le racheta en 1603, et il fut sauvé de la destruction par Ake R&lamb, qui le reUra le 22 novembre 1673 d'une boutique de Paris où il avait été vendu avec un grand nombre d'actes suédois par le domestique de Jean-Casimir, qui avait accompagné son roailrc dans celte Yille. La bibliothèque d'Upsala possède une copie du Journal de 1567 et l'original de celui de 1566, intitulé : Cbmtnentaria hisioriea regU Erici XI K, eum directionibut e( profeciionibus pîanetarum pro anno 1566. Elle est écrite en caractères bien lisibles. La partie qui traite des observations astrologiques fait voir que le roi a souvent lu dans les astres làjahusie de ses frères. Il a écrit sur la dernière feuille :

« Quem non fbrmosœ délectant casta pueîlœ » OscuiOj non homo, sed truncus habetur iners, »

* t28 Juillet.— Or<7t'nav< exploratores domesticos, > 7olmiœ. (Voyex le Journal du roi Erik, 1566.)

sion se manifestèrent plus tard ; mais si des vœux de changement furent formés^ nous ne voyons ni plan arrêté ni moyens employés pour en assurer Texécution. Nous ne croyons pas à une conjuration dans le sein de la n<Alesse , justement parce que Jean et Charles en fomentaient une ( le parti qui s'éleva contre eux se montra plus tard et sous d'autres formes ) ; nous ne croirons pas davantage à une conjuration des Sture, qui à cette éi)oque unissaient à une ambition modérée un caractère irréprochable et sans tache et qui n'avaient aucune des qualités qui mettent aux hommes Fépée A la main pour des entreprises périlleuses, assertion conGrmée du reste par tout ce qui nous est parvenu de ces temps. Des expressions de mécontentement, de profonds chagrins, ou des vengeances telles que celle que nous venons de voir tracée dans la lettre de Sture ont été provoqués par rhumiliation dont il avait été abreuvé ^ voilà tout ce que révèle rinslruction dirigée contre les conjurés, et les misérables menées auxquelles Gôran Pehrsson fut forcé de recourir pour donner à cette accusation quelque apparence de fondement démontrât rembarras de Taccusateur.

Le commencement de Tannée ftit signalé par des négociations entre Erik et son frère Charles, qui avait atteint ses dix-huit ans et demandait à être investi de son duché. Le roi lui en proposa réchange contre une autre province. Cette négociation n^arriva pas è terme. Erik et son favori s'occupaient secrètement à rassembler les preuves de Texistence d'une conjuration qu'on devait annoncer aux états convoqués à Stockholm pour le 1*' mai. Il était nécessaire d'y appeler aussi la noblesse, et les seigneurs ( les premiers du royaume ) dont la vie était en question reçurent de gracieuses invitations de se rendre en personne d Svarlsjô, où séjournait le roi. La plupart n'hésitèrent pas à y répondre : Erik Sture d'abord, puis Abraham Guslafsson Stenbock , Sten Axelsson Baner, Ivar Ivarsson seigneur de StrOmslad, Sten Ériksson I^eyonhufvud, et enfin le vieux Svanle Slure, qui reçut le sacrement à Telge lorsqu'il apprit que tous CCS nobles ainsi que sa femme, qui s'était liÂtée d'aller voir son fils , avaient été jetés en prison. Sur ses entrefaites, le roi avait fait publier au son du tambour que, par suite de conspiralions qui venaient d'être découvertes , il avait transporté le siège de la diète & Upsala et

CHÀPiniE XL

avait ajourné la convocation au 18 mai. Ce fut probablement la cause pour laquelle les seigneurs qu*on avait invités et ceux sur qui pesaient des soupçons s*abstinrent de s*y présenter*. Le procès qui sMnstruisità SvartsJO est couvert d'un voile épais ^ on n'en trouve pas même de documens dans les actes du Jury royal, quoique ce fût devant lui que Taffaire fut portée. On ne peut consulter que Taccusation et les charges contenues dans Tarrèt que Gôran Pehrsson présenta aux états pour qu'ils le signassent*. Les témoignages avaient été produits par Pierre Sastorp , commis d'un marchand allemand. Il attesta qu'à l'époque où Nils Sture partit de Stockholm , Glas Àkesson Toit, Abraham Gustafsson Stenbock, Ivar Ivarsson , et Josua GenewiU » noble allemand auparavant employé par Erik comme enrôleur et qui voyageait maintenant dans la même qualité, s'étaient réunis sur le vaisseau qui devait transporter Sture à sa destination , et que là on était convenu d'arracher au roi la couronne et la vie '• Pierre Sastorp avait entendu exprimer le même projet plus tard en Allemagne par Josua Genewitz. Alexandre, mattrede chapelle du roi, avait entendu la même chose dans la ville de Ry vold en Allemagne. Paulus Smed Jura qu'aussitôt que Nils Sture et Josua Genewitz étaient arrivés à Stralsund , ils avaient commencé à machiner contre le roi et le pays , ce qui était connu de toute TAUemagne. Hans Wolf et Christopher, attachés au service de Gustafsson et d'Ivar Ivarsson, avaient entendu Hans Ellers, domestique du comte Svante Sture, exprimer sa joie de ce que l'outrage fait au comte Nils Sture serait un jour vengé. Le duc Magnus de Saxe* racontait que les seigneurs Sten Ériksson Leyonhufvud , Abraham Gustafsson et Ivar Ivarsson avaient manifesté publiquement en sa présence leur mécontentement du traitement ignoble fait à Nils Sture, traitement qui ne devait pas rester impuni. Comme ce témoin était le seul qui

* Pierre Brabe, le vieux Gustave Olofsson Slenbock (père de la reine douairière], son fils Erik Gustafsson, frère d'Abraham, Ture BJelke, Glas Fleming et Glas Akesson Toit. (Voyez Hessénius.)

* Ce jugement est imprimé dans NeUelbladt, Schwedisehe Bibliotek, liv. IV, page 150.

* C'était une visite d'adieu que plusieurs nobles, et même le duc Charles, firent à Sture.

» ^Magnus. .III de Saxe-Lauenbourg , au service do Suède. Il épousa en 1508 la princesse Sophie.

affirmait qu'il avait entendu de la bouche des accusés ce qu'il rapportait, il est probable qu'on crut nécessaire de recueillir d'autres témoigna^ ges. Presque tous les récits de ces événemens s'accordent en ceci : qu'on avait contraint Abr. Gustafsson Stenbock à Svartsjô d'écrire à Josua Gene'vvitz une lettre dans laquelle il priait celuici de hâter l'enrôlement des soldats, lui promettant de lui envoyer l'argent plus tard. Il ajoutait que quand les chaînes et les harnais seraient achevés , tout ce qu'il devait faire de son côté serait bientôt prêt -, il terminait en disant qu'il ne voulait pas en confler davantage h sa plume*. Stenbock, quoique menacé de la torture, ne nia pas moins avoir signé cette lettre, Jusqu'à ce qu'il eût reçu de Gôran Pehrsson la déclaration par écrit que tout cela n'avait été fait que par les ordres du roi. Quand il fut assassiné à Upsala, on trouva cet acte cousu dans ses habits. Cette lettre fut lue par le roi devant les états, maison n'en parla pas dans le jugement. En revanche, on en cite une autre écrite par Erik Sture , et quoiqu'elle soit sans signature et adressée & un enseigne , il est facile cependant , dit la relation , de voir qu'elle a été envoyée à Nils Sture par le parti des traîtres. Cette lettre existe encore*; elle était écrite par Erik Sture et quelques autres Jeunes nobles à une demoiselle de même condition qu'ils nomment leur chère enseigne , parce qu'aux noces de Sivard Kruse ( célébrées au château de Stockholm le 9 novembre) elle avait pris, pour s'amuser, un étendard qu'elle promena autour de la salle. Quant aux paroles que le duc Magnus avait entendues , les accusés alléguèrent que leur vengeance n'était destinée qu'à Gôran Pehrsson et non pas au roi. Abraham Stenbock et Ivar Ivarsson étaient déjà condamnés à mort à Svartsjô , mais leur exécution fut ajournée. Le tribunal était prêt à condamner le comte Svante lui-même lorsque le roi ordonna que l'enquête fût continuée à Upsala ' , où tous les prisonniers furent conduits. Le roi s'y rendit lui-même. On le fuyait déjà partout : il se plaignit d'avoir été abandonné de tous ses

* Voyez cette lettre dans Fant, Examen eausHB Sittrianœ; Upsala, 1784, p. 17.

* Imprimée, 1. c.

' «6 maji, comparait coram judicio comesSvanlo in mea prœsenlla, et cum omnes judices, ut apparebat, facile cum comdcmnassent , mandavi ut caussa perttius audiretnr. » (/dû/.)

eerYiteiin dans le Irajet de FlôUund à la ville, de sorte qu'il arriva seul & pied sans trouver personne pour le recevoir , si ce n'est Farche- Yôque Laurentius Pelri et le chancelier du royaume Nils GyUenstjerna. Il devait ouvrir les états le second Jour de la Pentecôte, 19 mai^ ayant bu la veille outre mesure, il ne put retrouver le discours qu'il avait fait pour la circonstance et fut sensiblement contrarié d'être obligé de parler sans avoir eu le temps de se préparer. Il s'étendit surtout sur la trahison de Nils Sture et de ses complices en invoquant les dispositions des témoins et en donnant lecture des lettres dont nous avons fait mention. Ce discours ne produisit pas un grand effet sur les auditeurs ^ il paraît même qu'il se manifesta des signes de mécontentement. Quelques-uns, et parmi eux les prêtres surtout, firent entendre des murmures \ des voix séditieuses s'élevèrent : on dit même que les seigneurs se défendirent bien. Le tumulte s'accrut au point que le roi fut obligé de lever promptement la séance *, il confia à Gôran Pehrsson et àDionysiusBeurreus le soin de traiter cette affaire avec les états. Lui-même fut agité des sentimens les plus opposés. Sa terreur augmenta lorsque Nils Sture arriva , lo 21 mai , rapportant de Lorraine le consentement de la princesse avec sojn anneau et son portrait. Le séjour qu'il avait fait, & son retour, à Stralsund, où l'empereur avait ménagé une entrevue pour l'établissement de la paix dans le Nord, était un nouveau sujet de soupçons pour le roi. L'ambassadeur fut jeté en prison. Erik entendit cependant le compte qu'il lui rendit de sa mission et écrivit le 22 mai au comte Svante Sture que , malgré les graves accusations portées contre lui et ses flls par des personnes malintentionnées, ils n'avaient, ni les uns ni les autres, rien à craindre.

C'était le 24 mai au s(»ir. —On raconte qu'à midi, le même jour, le roi avait demandé pardon à Sten Leyonhufvud et à Svante Sture et leur avait promis la liberté. — On vit le roi , après s'être promené avec Petrus Caroli, ordi-narim de Kalmar , rentrer très-agité au château. On lui avait dit que le duc Jean s'était échappé et avait levé Tètendard de la révolte. Il courut, un poignard nu à la main, à la prison de Nils Sture et le blessa au bras. L'assassinat fut consommé par le Iraban Pierre Welamsson , neveu de GOran Pehrsson. Cette

scène d'horreur était à peine adievée que la prison du malheureux père s'ouvrit. Il vit le roi tomber à ses genoux en «riant : « Pour ramour de Dieu ! pardonnez-moi tout le mal que je yous ai fait! — Tout , lui répondit-on \ mais si moo fils court ou a couru quelque danger, youa m'en répondrez devant Dieu. — Voyez ! reprit le roi , vous pe me le pardonnerez jamai«> ! £h bien ! il faut que vous subisssiez le même sort. » Et', furieux , il se précipita sur le chemin de Flôtsund , suivi seulement de quelques-uns de ses irabaQS : il en revint bientôt un portant l'ordre de mettre h mort tous les prisonniers enfermés au château , & l'exception de mon-sieur de Sten, Or il y en avait deux qui portaient ce prénom : Sten Leyonhufvud cl Sien Baner. Le sergent à baguette, Pierre Gadd , se rendit du ch&teau à la ville pour demander avis & Gôran Pehrsson , qu'il troqva à la lable de jeu. Celui-ci lui répondit de ne prendre conseil que de lui-même. L'ambiguïté de cet ordre sauva la vie aux deux seigneurs. Les autres, Svante Sture, son second fils Erik, Abraham Slcnbock et Ivar Ivarsson, furent tous massacrés. Le ch&leau fut fermé pendant plusieurs jours. Les vivres que les parens des prisonniers leur envoyaient furent reçus , comme de coutume, par Pierre Gadd et par ses soldats. Gôran Pehrsson, qui avait rédigé un jugement au nom des états , chercha à le faire signer avant que le meurtre fût connu, et — exemple de la justice des grandes assemblées — il en vint à bout. Le jugement des étals est du 19 mai 1567, le même jour où le roi, sans lecture préalable, leur communiqua cette affaire. Il fut signé dans l'église le 26 mai, c'est-à-dire deux jours après que les victimes avaient été sacrifiées I . Les prêtres y ont ajouté une opinion particulière, disant que, quoique Gôran Pehrsson leur ait communiqué l'affaire au nom du roi en les priant de dû*e ce qu'ils en pensaient, ils ne croient pas que de semblables procès soient compatibles avec leurs fonctions , mais qu'ils laissent au jury royal à prononcer. Si cependant le complot en question a réellement eiislë,

I «NecGeorgius Pétri haGtenusfaerat oliatas, quiantequam flagiUi fama inter ordines emanaret sententiam morlts ni cœsos Impetraturus , hacgae scelos poslea defensuras, illam nomine Blaluum conciDDat quam postridie cœdis, vidclicct XXIV maji coglt ordines, sacris in ecclesia operam dantes, non perlectam fubsîgnare.» (Messénius, Scondia, VI, p. 46.)

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