‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 110 sur 275 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

Us ne peuvent que dire que les accusés cml été félons 9 ODl trahi leurs sermens et doivent être traités comme traîtres, à moins que le roi» en faveur de tous ou de quelques-uns , ne daigne faire prévaloir la clémence sur la Justice.

Erik s'était réfugié dans Tépaisseur des forêts. Dionysius Beurreus, le premier qui Tattcignit , fut percé d'un coup d'épée par Peder Welamsson, qui suivait encore le roi avec quelques autres trabans. Erik se sépara bientôt de ceux-ci ; il erra dans les bois, on ne sait où. Le troisième jour qui suivît l'assassinat, il arriva, habillé en paysan , à un village de la paroisse d'Odensala, où il fut reconnu*. A cette nouvelle , plusieurs de ses anciens compagnons] se rallièrent autour de lui. Il s'écria qu'il n'était plus roi ^ qu'il avait, comme Néron, tué son précepteur, et que Nils Sture était régent. Il ne voulut ni manger ni dormir avant que Catherine Mftnsdotter, qu'il aimait tendrement, l'y eût engagé. Son esprit se calma et il se laissa transporter à Upsala. Quelques jours après, il se rendit à SvartsJO et arriva le 3 juin à Stockholm, où il fit son entrée les mains et les yeux levés vers le ciel.

Ce qui venait d^arriver était un fort accès de démence, qui, après les premiers actes de violence , dura plusieurs mois , quoique avec un caractère moins grave. On dit que pendant ce temps le roi était tout à fait incapable de s'occuper des affaires du gouvernement. Le sénat s'en était chargé , et spécialement Sten Ëriksson Leyonhufvud et Pierre Brahe. Erik appelle lui-même ce temps eehd de $a folie s il commence dès lors à sentir un repentir profond , à proclamer l'innocence des seigneurs assassinés , à distribuer de grandes sommes à leurs parens , à répandre les dons sur les membres des étals et à délivrer Gôran Pehrsson pour le mettre en Jugement.

Une chose doit cependant étonner , c'est que les actes du gouvernement dénotent une activité qui ne fait que s'accrottre bien loin de s'affaiblir. Erik aimait beaucoup à écrire, et il ne se livra Jamais plus assidûment à cet exercice qu'au temps dont nous parlons. On voit qu'il expédiait plusieurs lettres dans une Journée

> La première lettre du roi après son meurtre est écrite d'Upsala , le 27 mai , et contient l'ordre de distribuer un demi-tonneau de sel a ctiaque député de la diète. U distribua en outre aux principaux membres des états (eut Tor et Tangent qu'il avait apporté.

pour différentes branches d'administration; elles sont rédigées avec autant de clarté que celles qui datent des jours où il jouissait de toutes ses facultés. Elles ne pouvaient [pas être publiées au nom du roi par le sénat , car il ne résidait pas auprès de lui ; la plupart regardent ses affaires particulières , quelques-unes étaient à l'adresse du sénat. Si ces faits contredisent l'opinion publique relativement à l'état de son esprit, ils ne sont pas moins en opposition aveq lui-même , car pendant une partie de cet in^ tervalle de temps il se croyait prisonnier. Que si l'on compare fout cela à ses actes antérieurs , si l'on se rappelle que cela tient aux mystères de l'état de démence qui peut se manifester malgré une certaine lucidité d'idées accompagnée même de sagacité, de finesse, si l'on y ajoute une grande dissimulation, des penchans vicieux, dangereux et cruels et la crainte des assassins , ces causes peuvent avoir exercé sur le caractère d'Erik une plus grande influence qu'on ne l'admet gén^alement. II peut bien se faire que sa conduite] après l'assassi-? nat de Sture ait été l'effet de la jcrainte autant que celui du repentir. D'après un témoignage sorti de sa cour, « il ne voulait plus se charger du gouvernement, se conduisant comme an homme privé de raison avant de donner satisfaction aux parens des seigneurs égorgés ' »» Il est à remarquer que son rétablissement n'opéra pas de révolution dans sa manière de penser , mais lui donna seulement la force de se montrer ce qu'il avait toujours été, justifiant ce qu'il venait de faire, niant ce qu'il avait avoué , le même en un mot qu'auparavant.

Une autre observation peut trouver place ici. Nous avons parlé de la conjuration de Sture : si elle eût été préparée en effet par la haute noblesse, jamais plus bdle occasion n'eût pu se présenter pour le renversement du pouvoir au milieu de la confusion qui suivit le meurtre d'Upsala pendant qu'Erik était en dé* mence, que Jean était en prison et que Charles se trouvait dépourvu de moyens d'action. Plusieurs des chefs suspects existaient encore, et le lien de la vengeance unissait toutes les grandes familles. Cependant une année se passa sans que personne bougeât. Les mécontens avaient les yeux fixés sur les ducs,- et ce fut leur

* Voyei Actes du roi Erik, par D. Magnus 8tigtomtensis.

coDjuraiioD, après la mise en liberté de Jean^ qui prépara la chute d'Erik.

Charles cl le duc Magnus de Saxe suivirent le 12 août 1567 le roi à SvarlsjO, où il séjourna toute Tannée. Ils étaient chargés de traiter avec Jean des conditions de son élargissemenL Celui-ci écrivit une lettre au roi pour lui demander une entrevue personnelle. Erik, qui semblait persuadé que Jean était déjà au pouvoir y n'osa la lui refuser ^ mais sa terreur croissait à mesure que le jour fixé approchait, et lorsque les deux frères se rencontrèrent à Ventholmen , le 8 octobre, Erik se jeta aux pieds de Jean et le salua comme roi.

Son esprit parut agité de nouvelles terreurs. Du l"au 18 octobre il n'existe aucune lettre du roi ; mais les observations consignées dans son journal * ne paraissent pas indiquer qu'Use crût prisonnier ou dépendant de son frère , qui avait été rendu à la liberté après avoir signé les conditions auxquelles il l'avait achetée. On remarque une grande indécision dans la rédaction de ces conditions qu'Erik avait dictées lui-même : tantôt il parle en roi , tantôt en prisonnier ^ il demande entre autres choses la liberté de discuter avec Jean sur des matières religieuses , d'écrire avec vérité sa propre histoire, de faire ériger un arc de triomphe , etc. La condition la plus importante et qui devait mettre un terme à ses projets de mariage et à ceux de son gouvernement était celle par laquelle Jean s'engageait, au cas où le roi aurait des en fans de Catherine MànsdoUer^ de ne leur point disputer la couronne. Erik avait résolu de faire partager son lit et son trône à cette concubine, la plus aimée de toutes, fille d'un soufroffîcicr de la garde. Il y avait déjà un an qu'on s'était aperçu de ce dessein lorsqu'il demanda et obtint le consentement des états pour se choisir une épouse dans le royaume, et cela suivant son bon plaisir et sans égard à la naissance de celle qu'il destinait à cet honneur. Il

* Il se livrait souvent à ses observaUons astronomiques à celte époque ; il se conlenUit de fixer la position des planètes. Nous ne rapporterons que ce qui suit : « Octobre 8 cl 9. — Ivi ad Yenthoimcn et collocutus sum cum meo fratre quam humillime erans, ut vcrilatem faterelur, si rex esset, quod nullo modo , nisi obscuris ambagibns potui inlelligere. Gondonavit roihi aulcm Ipsc et conjni principissa inimicitias ex corde, manibus me palpantes — polllciti etiam me liberiorem vitam habiturum absque quolidianis vexationibus. • Ils se rcncof^trèreiit le 10 et 22 octobre.

rentra dans la eapitale aux approches de Noël, et le dernier Jour de Tannée , il présenta son projet de mariage à signer au sénat*. A partir de cette époque , il donna à Catherine le litre de reine, quoique son mariage n'eût été consacré par aucune cérémonie ; mais ses droits à porter ce titre parurent incontestables & Catherine lorsque, après le voyage du roi à l'armée, le 28 février 1568, elle lui «ut donné un fils.

Qu'on juge de la manière dont la guerre fut dirigée dans ces conjonctures. On perdit Pernau en Livonie ; au commencement de l'année 1567, les Suédois furent complètement battus par les Polonais *, si l'on ne perdit pas tout, on le dut en partie à l'amitié qui ft cette époque unissait Erik à la Russie et en partie aux espérances que les habitans fondaient sur Tadminislration, qui dans les premiers temps jouissait dans le pays de la meilleure renommée *. La flotte suédoise n'avait pas de rivale dans la Baltique : la guerre n'en fut que plus mal conduite sur les frontières de la Suède. La confusion qui régnait à l'intérieur enhardit les Danois, conduits par Daniel Rantzou, à tenter un coup de main au cœur même du royaume pendant l'automne de 1567 :

« Alors (c'était dans les premiers jours de novembre), dit le secrétaire Sven Élofsson, arriva la nouvelle que les Danois , ennemis de la Suède et devenus courageux, venaient de tenter ce qu'ils n'avaient pas osé jusqu'ici , c'est-àdire qu'ils avaient traversé avec leur armée la forêt de Hol'vveden^ leur marche avait été si précipitée et tenue tellement secrète qu'on ne la connut que par leur arrivée dans le pays et les dévastations qu'ils commirent dans l'Ostrogothie. Ils campèrent et se fortifièrent dans la ville de Skenninge , où la terre est fertile surtout en céréales. » Pendant que Rantzou ou les bourgeois en fuite incendiaient les villes de rOstrogothie et que Pierre Brahe avec Hogenskild Bjelke * , envoyés à la rencontre de l'ennemi , étaient attaqués à l'improviste dans leur propre camp, des forces considérables se rassemblèrent sur les derrières de l'ennemi , cl

* « 31 décembre.— Sigillarunt consiliarii contractum matrimonialem in ter me et uxorem meam et pro regina vera et légitima iilam habituros sposponderunl, filiosque ex matrimonio proximos veros et legitiroos regni SueciiB se agnituros poUicitisunt. » {Journal du roi Erik, 1667.)

* Voyez Jannau .

'fis furent faits prisonniers sur le Ho1wed«n.

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