‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 111 sur 275 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

lC8 défUés de la forêt de Holweden furent si bien garnis de troupes, de bois abattus et de retranchemens qu'on espérait que Tennemi n'échapperait pas : « Mais, continue l'auteur, pendant qu'on vivait de ces espérances, qu*arri va-t-il ? Erik reprit courage ; il quitta SvartsjO le 8 Janvier 1568, « dans Tespoir, disait-il, de trouver Tennemi. » Dans celle expédition , il laissa échapper l'occasion de tirer parti de sa position par les mauvais conseils de ses courtisans, car, contre l'avis de ceux qui connaissaient la guerre, il ordonna à ses soldats de se rassembler autour de sa personne , disant qu'il avait dessein de livrer bataille â l'ennemi ; mais au moment où les troupes quittèrent les positions qu'elles occupaient dans le Holweden, l'ennemi ne tarda pas à repasser les défilés et à regagner ses foyers, non toutefois aans avoir éprouvé des pertes. Erik le poursuivit à la tète de toute son armée : il était accompagné de trois ducs , Jean , Charles et le prince Magnus de Saxe ; mais il ne pouvait rien faire que ravager le territoire danois, le Halland et le district de Gôinge. Il fît sa retraite aux premiers Jours du printemps. » Il était clair que le roi avait plutôt l'œil sur les ducs ses frères que sur l'ennemi. La passion d'Erik pour la représentation et l'éclat de son armée se manifesta jusqu'au dernier moment : 11 aimait autant les exercices militaires qu'il était mauvais chef. Il montra alors que son génie d'invention n'arrivait pas encore à trouver les uniformes et les drapeaux : on le voit faire confectionner non-seulement des draps rouges, verts et jaunes, mais aussi des plumes d'oies teintes en rouge, et ramasser autant de queues d'écureuils et de renards qu*on en put trouver et plusieurs milliers de cuves de bois de la Finlande ; il est dit expressément que ces objets sont destinés à servir de signes de distinction aux différens corps. Il parait du reste qu'il avait recouvré quelque énergie. Il commanda à Stockholm, pour son usage au camp du Sm&land, du vin, des épiceries, du bon malvoisie et du muscat naturel, des vins du Rhin et d'autres agréables é boire, du sucre, de la candie, du gingembre, des confitures, quelques corbeilles de raisins, etc'. De retour & SvartsjO, le roi s'occupa de jardinage et de

* Aa gouvernear de Stockholm , en date de Nydala , le 16 février 1508. ( Voyez les Archives du rof^aume pour 15C8.]

plantations d'arbres*. GOran Pehrsson, condamné à mort à l'hôtel de ville de Stockholm, le 19 octobre 1567, mais dont la senlence n'avait pas été exécutée, recouvra son ancienne influence, et Erik perça de son fourgon son secrétaire Mfirten Helsing pour un mot lâché contre le favori. Il donna à Gôran Pehrsson de pleins pouvoirs pourrecouvrerdegrandessommesd'or et d'argent qu'il avait fait distribuer à Upsala pendant sa maladie en récompense des preuves d'attachement qu'il en avait reçues K Son ma-* riage avec GatherineMânsdotter fut célébréavec solennité le 4 Juillet. Personne n'avait l'air d'être satisfait; on craignait des malheurs, et les présages en étaient plus certains que ceux qu'on tira de la chute de la couronne des mains du chancelier du royaume; les chevaliers qui venaient d'être nommés ne se soumettaient à la cérémonie de l'accolade qu'avec une sorte de répugnance ; ensuite Erik fit publier une proclamation qui contenait le récit de tous les événemens qui s'étaient passés depuis un an *. Sous l'impression de la crainte que lui inspirait le soulève* ment qui menaçait d'éclater , il déclara qu'il avait tué Nils Sture , Jugé par les tribunaux coupable du crime de lèse-mijesté : il avait cru dans sa personne sacrifier le nouveau roi f mais ses agens avaient outre-passé ses ordres en égorgeant innocens et coupd)les. Lui-même, abandonné de tous, s'était enfui dans les b<^s ; à la fin, il s'était cru déchu et prisonnier; il avait désespéré dans cette circonstance nonseulement de son royaume, mais encore de sa félicité éternelle. Pendant ce temps l'administration du royaume avait *été négligée , le pays avait beaucoup souffert; mais maintenant que Dieu lui avait rendu la santé, les forces et l'exercice de l'autorité royale , il ordonnait que toute la Suède adressât au ciel des actions de grâces. Bientôt il signifia à la noblesse qu'elle eût â s'acquitter plus ponctuellement de réquipement des cavaliers (ru$itjen$tm) ; «Car vous et vos ancêtres, dit le roi, n'avez pas été faits nobles pour vivre de bons Jours et ne rien faire pour la Suède. * »

Ses frères le remercièrent de l'invitation qu'ils avaient reçue d'assister â ses noces, mais

* Lettre à son Jardinier fians Gftrdener en date da 10 avril 1568.

■ Le U avril. {Archives du royaume, 1568.) » Le 8 Juillet 1Ô68.

* Stockholm, le 13 Juillet.

ils ne 8^ rendirent pas. Jean a dit depuis que s'ils y ayalent assisté, il leur en aurait coûté la Yie. Gela fit au moins soupçonner qu'Erik, dés 1566, ayait promis de livrer Fépouse de Jean au t]rran russe Iran Wasilieyicz ■, qui rayait autrefois demandée en mariage et ayait ^rouyé un refus honteux. Un homme sut eonseryer son influence dans ces temps de malheur et dans ceux qui suivirent en servant successivement plusieurs matlres, ce fut le chaneelùer du royaume Nils Gyllenstjema , qui , au mois de février 1567 (et cette circonstance peut faire connaître son caractère), signa à Moscou le traité par lequel Erik s'engageait à livrer sa belle-sœur , et le czar à renoncer à ses prétentions sur FEstonie et à aider les Suédois contre la Pologne. Après que Jean et son épouse eurent recouvré leur liberté, il fut impossible à Erik de tenir la promesse qu'il avait faite à Ivan. Une ambassade russe arriva à Stockholm pour réclamer l'exécution du traité. Une lettre d'Erik au prince russe en date du 18 avril 1568 prouve que les négociations n'étaient pas encore rompues *. Gôran Pehrsson nia au milieu des tortures que le roi eût eu ce dessein , mais il avoua qu'Erik avait envoyé des assassins pour tuer Jean et Charles après leur révolte.

La nouydle de cette insurrection arriva quelques Jours après les noces du roi. D'abord on disait que les deux princes s'étaient rendus â'EdLîlstuna , on ne savait où. Le roi crut qu'ils avaient quitté le royaume. Bientôt on apprit qu'ils s'étaient emparés do Vadstena et avaient appelé à la révolte les principaux de la noblesse. Dans le premier moment, on n'avait pas sans doute de plan tracé , et ce passage d'une lettre de Jean à ses sœurs : « Nous nous sommes entendus , au sujet des soldats et des cavaliers étrangers et suédois , avec les états de la Yestrogothie , de l'Ostrogothie , du Smâland, de la Sudermanie, de la Néricte, du Yer mland et d'autres provinces , sur lesquelles nous pouvons compter pour secouer le Joug tyrannique du roi Erik et de son favori GOran Pehrsson, » ne se rapporte pas seulement aux suites de la révolte, mais encore aux prépara-

* Le 24 avril 1566, Erik nota dans son Journal qu'on avait reçQ des envoyés suédois en Hoasie la nouvelle que le grand-^iuc ne maintiendrait la paix qu'à cette condition. (Voyez Karamsin, livre VIII, page 98, tradueUon allemande.} : J AfvMvei du royaume poar celte année*

tifs. Suivant une tradition, les deux fMres arrêtèrent primitivement leur projet à Knappforssen, paroisse de Bjurkftrn , dans le Yermland , sous un chêne qui porte encore le nom de chêne du roi ( kongseken )• Cette tradition , si elle est vraie , fixe cet événement à l'automne de 1567, lors du séjour de Jean à Arboga, quelque temps après sa délivrance. A Yadstena, ils choisirent pour signe de ralliement des feuilles de chêne qu'ils attachèrent à lenrs chapeaux. La première nouvelle du soulèvement des ducs fit sur le roi une impression si profonde qu'il voulut se donner la mort en s'ouvrant les yeines*. Il voulait entrer en arrangement ayec ses frères , puis appeler le duc Charles en combat singulier, et il finit par se mettre à la tête des troupes qui lui étaient restées fidèles. Il combattit dans les dernières affaires avec un courage désespéré. Après avoir essuyé une défaite h Botkyrka , les ducs prirent une autre roule par Testeras et Upsala pour marcher sur la capitale. La reine douairière et les princesses royales cherchèrent un asile dans leur camp. IvarMânssoo Stjernros,quele roi avait envoyé comme général en Finlande, se déclara pour ses frères. Le 17 septembre, Charles et Jean campèrent en face de Stockholm, dans la plaine de ROrstrand. Lorsque Erik et Gôran Pehrsson aperçurent, du haut du château, leurs étendards : « Seigneur, dit le dernier , si vous eussiez suivi mes conseils , en faisant décapiter le duc suivant la teneur du jugement , cette révolte n'aurait pas lieu. » Ce conseiller, objet de la haine générale, fut arrêté par les gens du roi eux-mêmes et livré aux ducs *. Il fat mis à la question le 28 septembre, et endura le genre de mort le plus cruel sans proférer une seule plainte. Le jour suivant , les troupes des ducs, qui avaient des intelligences secrètes avec la bourgeoisie et la garnison , entrèrent dans la ville. Erik, qui était alors à l'église, se rendit en hâle au château . Sten Ériksson Leyonhufvud, qui lui voulait couper la retraite, fut tué par un traban du roi. Erik parut bientôt sur les murs du château et se rendit à Charles.

Le procès fui fait à Erik par les états as-

■ Manuscrits de PatmskGId. « Il demanda ao médecin Guillaume Lemnius quelle veine il fallait ouvrir pour se donner plus promptement la mort. »

' Otronique Hmé9 du roi Charlu IX$ Stodcholm, 1769, pi ao, e(c.

GHAPITRE XL

semblés en 1 509. Dans sa défense, qu'il présenta loi-même, il s'emporta en reproches contre la noblesse. Jean Tayant interrompu en lui disant qu'il n'avait pas sa raison : <( Elle ne m'a abandonné qu'une fois, répliqua le roi *, ce fut lorsque Je TOUS rendis la liberté. » Sa déchéance fut prononcée par les états et Justifiée dans un mémoire volumineux où se trouvaient entassées pêle-mêle les accusations vraies et fausses. Ses enfans furent exclus de sa succession , à cause de leur origine ignoble et illégitime *, lui-même fut condamné à une réclusion perpétuelle^ avec jouissance toutefois d'un entretien princier. Mais Jean donna un libre cours h sa haine contre son frère, qu'il appelait son ennemi mortel. Il est vrai qu'on épargna encore quelque temps sa vie, comme il le dit , sur les prières de la reine douairière , du prince Charles et de ses sœurs ^ mais il subit les tortures de la plus dure captivité , les mauvais traîtemens de ses gardiens ou de personnes qui croyaient avoir à se venger de son gouvernement. Le féroce Olof Guslafsson , un des frères de Stenbock*, après une lutte corps à corps avec le prisonnier royal , lui fracassa le bras d'un coup de feu et le laissa baigné dans son sang : a Dieu sait, dit Erik , dans une lettre à Jean, 1" mars 1569, l'inhumanîté qu'on a mise à me faire souffrir la faim , le froid, l'air infect, l'obscurilé, les coups de bûlon et d'épée. Je ne puis croire que mon frère ait connaissance de ces barbares traitemens. Tâchez de me délivrer de ce misérable état. Je me soumcls h Texil : le monde est assez grand pour que la haine de mes frères s'affaiblisse par l'inlcrvalle qui nous séparera *. » Mais il est divers témoignages de ses souffrances qui parlent plus haut encore que ce qu'il a écrit. Ses menaces, son oxaspôration, ses Icnlalives d'évasion réitérées furent regardées comme suffisantes pour moliver les cruautés dont il fut l'objet. Dans les momens où il était le plus tranquille , il s'occupait è lire, à faire de la musique, h écrire, qitand on le lui permettait. Il écrivait sa défense dans les marges de ses livre» avec de la

* Son frère, Â.rwid Gastafsson , taa le général Ivar M&nsson Stjernkors à Abo, Il avait un autre frérc qui avait assassiné an orfèvre, (Voyez la lettre du duc Charles du 24 décembre 1666.)

* < Nani mundas est satls araplns, ut odia inler fratres disttntia locorttia et regionum bene posslnl sedari. »

poudre de charbon délayée dans Teau, au lieu d'encre. Dans le» commencemens on le laissait communiquer avec sa femme et ses enfans ; on le priva de cette consolation dans les dernières années.

Une conjuration qui avait pour but de le délivrer fut découverte dans l'été de 1569 : « Vendredi dernier, à huit heures du soir, écrivait Jean à Charles le 21 août , nous avons découvert une grande trahison. Des partisans d'Erik avaient formé le complot d'attaquer le château à l'improviste , aussitôt que nous serions éloignés , de délivrer Erik et de le rétablir sur le trône. Les traîtres ont été arrêtés et ont tout avoué. » Il est fait mention d'un Thomas Jacobsson, qui fut condamné à mort avec plusieurs complices .' Les autres conjurés portent des noms inconnus ; ils paraissent avoir fait partie de l'ancienne garde d'Erik, qui n'avait pas été dissoute, parce qu'on avait l'inten^ tion de l'employer contre l'ennemi, quoique Charles eût prévenu Jean de se garder d'une telle imprudence. Cette garde était composée de jeunes gens qu'Erik avait coutume de tirer deé écoles et d'employer auxaCTaires de tout genre. Ils ne manquaient pas d'habileté , puisque le duc Charles, bon juge en pareille matière, en avait pris plusieurs à son service. Nils Peders* son (Silfversparre), propriétaire de Holma, dans le Smâland , et Jacques Bagge fils du célèbre amiral , soupçonnés d'avoir pris part au complot , furent arrêtés -, mais on leur rendit bientôt leur liberté , et Jacques Bagge ainsi que son frère Jean parvinrent à des fonctions importantes. Peder Lewers , un des amiraut d'Erik, qui avait été aussi compromis dans cette affaire, se sauva en Danemark *. Quelques lettres d'Erik aux conjurés (qui ne lui découvrirent jamais leurs noms ) font voir qu'on lui faisait espérer du secours du Danemark. Par un . billet du 11 juillet 1569, il promettait av roi de ce pays Elfsborg, et Varberg s'il pouvait remonter sur son trône avant la Saint-Michel*. La crainte qu'inspiraient les partisans qu'il avait en Suède fut cause qu'on le transféra au

< Lettre de Jean au gouverneur du château de Stockholm, S décembre 1669. fi lui recommandait de ne pas ijourner le châtiment des traîtres, surtout de Thom« Jacobsson , qui était le chef et l'auteur de cette trahison.

* Voyez Svenslca Fatburon, V, p. 6.

' Hanuscritf de PaîmskOId .

cbàteau d'Abo, où il resta deux ans. Le roi , redoutant rinvasion des Russes/ le fit conduire àGastel-Holmcn,dans l'île d'Âland^etdansTautomne suivant au château de Gripsholm, du consentement de Charles, mais à condition que Jean le ferait garder par ses propres serviteurs , car ce château était situé dans le duché du premier. Le 7 Janvier 1571, Jean écrivit à Charles qu'il courait des bruits de trahison, les uns relatifs aux divisions qui existaient entre lui et le duc , les autres à la délivrance d'Erik, que la Russie réclamait avec menaces : « Qu'arriverait-il si les ennemis de l'extérieur venaient se Joindre à ceux de l'intérieur ? Nous demandons l'avis de votre altesse sur ce qu'il y aurait â faire du roi Erik si ce malheur arrivait ? Quant à nous, nous pensons que tant qu'il sera en vie, le pays ne sera jamais tranquille. » Charles répondit que ces bruits n'étaient pas venus à ses oreilles \ que du reste si quelques paysans venaient à se soulever, leurs tentatives échoueraient pourvu que Gripsbolm fût occupé par une garnison sûre et fidèle , qui pût soutenir un siège de quelques mois. — Il est vrai que plusieurs sénateurs devaient surveiller la garnison à qui la garde d'Erik avait été confiée ; mais cette garnison était si mal payée et si mal nourrie qu'à la fin elle se révolta aussi. Cette négligence, non moins que la colère avec laquelle Jean en apprit la nouvelle , peignent ce prince et son règne. Il n'écrivit pas moins de sept lettres dans une Journée (le 15 mai) pour recommander une surveillance plus active sur Erik, avec ordre â Erik Gylienstjerna , Chrislopher Torstensson et PehrRibbing, auxquels furent adjoints Clas Fleming et Plenri Matsson, de mettre au moindre danger un terme à la vie d'Erik , suivant leurs instructions.

On ne sait rien sur la manière dont cet attentat devait être consommé ^ seulement les gardiens déclarèrent qu'ils ne pouvaient exécuter leurs ordres, parce que le barbier André n'était pas présent. Jean fit donc ordonner à ce dernier de se rendre sur-le-champ à Gripsholm. Cependant on différa le meurtre, soit parce que le danger n'était pas assez imminent, soit par crainte de Charles, tant que le prisonnier serait sur un territoire qui lui appartenait. Cette crainte fut sans doute au nombre des causes qui firent transporter Erik, au mois de Juin 1573, du château de Gripsbolm A celui de

Yesterfts *. Erik dut quitter encore celle dernière prison, dans l'automne de 1574, pour aller au château d'Ôrby en Upland .

Nous avons donné la première preuve , renfermée dans les archives , des desseins formés contre la vie d'Erik ; nous trouvons dans d'autres actes des témoignages plus anciens. Lors I de la découverte de la première conjuration , les membres du sénat , â Texception de Jean Axelsson Bjelke, étaient unanimes sur ce point. Le vieil archevêque Laurentius Pelri et les évèques Johannes de Yeslerâs et Nicolaûs de Strengnâs avaient signé le 13 septembre 1565 une adhésion â cette opinion des sénateurs et d'autres fidèles sujets du roi : qu'en caa d'insurrection en faveur d'Erik , ils Jugeaient quïl ne fallait pas épargner sa vie , mais qu'il devait être traité suivant ses actions. Il n'est pas question ici d'une exécution secrète. Il est évident, tant par le secret qui enveloppa la résolution que par les termes dont se sert Jean pour exciter les gardiens d'Erik A l'exécuter, qu'on en avait l'idée , car ce fut à la suite de cette résolution qu'ils reçurent le plein pouvoir dont nous avons fait mention.

Plus tard il est parlé de plusieurs conjurations, mais elles sont enveloppées de ténèbres. Une révolte commença dans le Smâland sous prétexte de délivrer Erik*. La même année, Charles de Mornay revint en Suède avec trois mille Écossais qu'il avait eu mission d'enrôler; il avait résolu de faire assassiner Jean pendant qu'on ferait exécuter â quelques-uns de ces mercenaires la danse de Tépée au ch&teau de Stockholm. Un Écossais qui le dénonça fut puni de mort pour avoir porté une fausse accusation. Après un désastre qu'essuyèrent c^ Écossais en Livonie, celte accusation fut renouvelée plusieurs fois, et Mornay, qui rechercha d'abord et obtint la protection de Charles, fut livré par lui avec cette déclaration, qu'il lui avait offert la couronne. Dans une lettre écrite en latin au roi Jean, Mornay avoue son crime en termes vagues et demande grâce. 11 fut condamné â mort et exécuté le 21 août 1574. L'année suivante, Çilbert, accusé de

* La défense de Jean, en date du 10 août 1573 , de ne laisser entrer personne A Gripsbolm sans sa permission concernait évidemment le dac Charles. (Voyez Archives du royaume.)

* Le premier instigateur, Pierre Berg» s'enfuit en Danemark avec la plupart de ses partisans.

CHAPITRE XL complicité , «ubit le même sort. Peu de temps après qu'Erik eut élé transféré à Ôrbyhus , on découvrit un complot formé par les paysans et tendant à délivrer le malheureux roi • ; alors la résolution de s'en défaire par le poison, fut prise de nouveau : la décision unanime du sénat est datée du 10 mars 1575. Celte pièce, qui fut tenue secrète, porte « que si Ton ne pouvait contenir Erik dans sa prison, où il se montrait méchant et intraitable , il fallait s'en défaire par quelque moyen efficace , car cela n'était contraire ni à la loi divine ni à la loi humaine ; que si on l'avait épargné si longtemps à cause de sa naissance^ il était à craindre qu'on n'eût agi contre la volonté de Dieu au lieu d'agir suivant ses préceptes ; qu'il était plus convenable et plus dans Tespril du christianisme qu'un seul souffrît que plusieurs. » Ce document , dont la forme spécieuse contraste si bien avec le fond, fut signé par Pierre Brahc. Ture Bjelke, Nils Gyllenstjerna, Gôran Gère, Erik Gustafsson (Stenbock), Hogenskild Bjelke, Erik Gyllenstjerna, Gustave Baner, Laurentius Pétri Gothus (le nouvel archevêque), Martin, évêque de Linkôping , Jacques de Skara , Nicolaûs de Strengnàs, Érasme de Testeras, Olaus Pétri •, curé de Stockholm ; Sven Benedicti , de Skara -, Rcinoldus Ragvaldi , pasteur de Strengnâs. Jean Axelsson Bjelke donna son adhésion par écrit. L'exécution fut encore ajournée à deux ans , probablement par suite du refus des gardiens d'Erik 5 car l'un d'eux , Maurilz Gôransson, seigneur de Djula , se fit rappeler Tannée suivante l'instruction écrite et les ordres de vive voix qu'il avait reçus ». Le meurtre fut enfin exécuté par les propres domestiques du roi Jean. Le contenu de leurs instructions fut développé dans la lettre écrite de la main du roi, le 19 janvier 1577 , au chef de sa cour Erik Andersson, seigneur de Bju-

ravis du conseil , y est-il dit, il a été résolu qu'en cas de danger, ilfallait donner au roi Erik une dose d'opium ou d'arsenic assez forte pour qu'Une pût vivre au delà de quelques heures. » S'il ne voulait pas prendre le breuvage, on devait le placer de force sur une chaise, lui ouvrir les veines aux bras et aux pieds, et laisser couler le sang jusqu'à ce que mort s'ensuive ; si enfin sa résistance s'opposait à l'emploi de ce dernier moyen, on devait l'étrangler ou l'étouffer. On lui laissait cependant la liberté de recevoir les consolations de la religion. — Il ne paraît pas qu'il y eût aucun danger 5 il faut croire que ces ordres furent suivis d'autres prescriptions. Le secrétaire du roi , Jean Henriksson , fut chargé de leur exécution : il apporta un poison préparé par Philippe Kern , valet de chambre et chirurgien du roi Jean •. Erik le prit dans une purée de pois et expira le 26 février 1577, à deux heures du maUn , dans la quarante-quatrième année de son âge et la neuvième de sa captivité.

C'était en 1574 qu'il avait vu pour la dernière fois sa femme et ses enfans , qu'il aimait tendrement. Le public ne pouvait expliquer l'amour passionné qu'il ressentait pour Catherine Mânsdotler autrement que par quelque charme qu'elle lui avait jeté 5 Catherine accusa môme la femme de Gôran Pehrsson d'avoir fait courir ce bruit*. Cet amour, qui avait élevé une servante à la dignité de reine, ne s'affaiblit pas dans les malheurs et dans la captivité ; il a même inspiré à Erik les lettres les plus tendres, quoiqu'il n'ait été souvent récompensé que par

rum, alors commandant d'Orbyhus : « De

* Jean écrIvU à Jacques Bagge, le 4 novembre» qae quelques traîtres des environs d'Upsala et d'Orby s'étaient réunis pour mettre Erik en liberté. Une autre lettre, en date du 23 novembre, renferme l'ordre à Pierre Larsson, prévôt du château d*Upsala, d'envoyer Charles Harcusson habitant de Saluna et plusieurs de ses complices à Stockholm, ( Voyez les Archives du royaume.)

*l\ tkfii faut pas le confondre avec le réformateur du môme nom.

» Ultre de Jean en date du 27 août. (Voyez u4rchi- V9t ^u royaume, 16760

• « Cura ferali Johannes secrctarlus fercnlo, qaod PhiUppus Chemins, régis chirurgus, miscaisset, ad OErbiensem missusarcem domini mandato procoravit, ut Ericus christiane morilurus 22 februarii die , qui et dominicus fuit, sacram, impelrata peccatorum absolutione accederetSynaxin. Sequcns deinde biduum dira vitœ periculum mcrilo transegit , et postea funestns IIluxit dies 26 februarii , quo toiicum ignarus , In pisonum, ut ferlur, jusculo prœbitum, absorpsit, inde que miseram elTlavît animam. » (Messénius, t^'concfta, VIIT, p. 48.) Philippe Kern fut plus lard prévôt du château d'Upsala , où il commit beaucoup d'actes do violence. Dans la chambre où Erik reçut la mort, on lit sur une table de marbre une Inscription qui se termine ainsi : •Propter facinorarege indigna, indigne sublatusest. consulta clandestino senatus et episcoporumSueciœ.9

' Cela arriva devant le sénat lorsque GOran Pehrsson fut, pour la première fois , condamné à mort aii mois d'octobre 1667. D'après Messénius (^con^i'a, VI p. 4f)), sa femme fut aussi jugée à celle occasion,

SiO

HISTOmE DE SUÉDE.

dee reproches et de dures paroles. Après la mort du roi y sa yeuye réclama la bienveillance de Jean pour elle et pour ses enfans : « Nous avons reçu votre lettre, madame Karin, lui dit* il dans sa réponse du 27 août 1577, par laquelle vous nous suppliez de vous protéger, vous et ceux qui vous appartiennent, et de prendre soin de vos fils, que vous croyez avoir été envoyés hors des frontières du royaume. Nous vous avons dotée do biens et de terres que nous augmenterons encore si votre conduite envers nous, notre reine et nos enfans, est convenable. Quant à vos enfans , nous tâcherons que rien ne leur manque, qu'ils soient dans Tintérieur ou hors du royaume '. »

De ces enfans deux vivaient encore, une fille, Sigrid, née, d'après le Journal d'Erilc*, à Svart* 9i6 le 15 octobre 1566, et un fils, Gustave, né à Stockholm le 28 février 1568, tous deux avant le mariage *, ce fut pour celte raison qu'ils furent tenus pendant la célébration des noces de leurs parens,dans la cathédrale de Stockholm, par deux sénateurs aux côtés du roi. La fille , par son premier mariage >, fut la lige de la famille du comte de Toit, que la reine Christine voulut élever à la dignité princière. On lit dans un manuscrit que le fils , qui n'avait pas encore un an^ fut mis dans un sac pour être noyé par les otites de Jean, peu de temps après l'incarcération d'Erik, mais qu'il fut sauvé par Erik Sparre, depuis chancelier du royaume, qui avait aidé à le faire passer à Olmulz. Il y a dans ce récit beaucoup de choses contraires & la vérité. Le Jeune Gustave Ériksson était encore à Gripsholm en 1574*. Ce ne fut que postérieurement à cette époque et dans sa septième année qu'il put être l'objet d'un projet d'assassinat , devenu plus probable alors qu'au temps où 11 ne s'agissait encore que d'un enfant h peine entré dans la vie. Il passa quelques années de sa Jeunesse à Ohnutz et à Prague sous )a protection de l'empereur Rodolphe. Messénius, qui ne parle pas de ce projet de s'en défaire, dit qu'il fut envoyé en Prusse, où il fréquenta d'abord l'école des jésuites de Braunsbcrg cl de

■ archive* du royaume, 1677.

* Henri e( Arnold étaient morts en bas âge. I^ roi avait ea trois filles d*unc autre concubine, Agda Persdotter» mariée depuis h Joacliira Fleming.

% ' Avec Henri Classon ToU. La Tamille s'élelgiiJt avec 800 peUt-fiis Glas Altasson Toit , en 1G74.

* Lettre d^trlk i Gattierine MSinsdoltcr du 1 1 janvier 1574. (GoIlecUons de PaimsiiOld.)

Thorn, puis celle de Wilna; qu'il était dans un tel dénûment qu'il gagnait sa nourriture â décrotter les souliers des voyageurs dans les hôtels et à prendre soin de leurs chevaux ; on 9\joute qu'à l'entrée de Sigismond à Gracovie (1587), U était vêtu comme un mendiant. Il vit sa sœur Sigrid au service à )a cour de la princesse Anne et se découvrit & elle. Sigismond lui offrit un emploi dans l'Eglise; il le refusa et se rendit auprès de l'empereur Rodolphe, sous les auspices duquel il se livra avec ardeur à Fétude, surtout à celle de l'alchimie. Des espions suédois l'entouraient ; des expressions de mépris qui lui étaient échappées furent rapportées au roi Jean , qui écrivit à son fils Sigismond : (( qu'il était prudent de couper les ailes à cet oiseau ; qu'il fallait s'en emparer et le tenir en lieu de sûreté, d'autant plus que les seigneurs mécontens de la Suéde cherchaient à entrer en relations avec lui , ainsi que Tavait avoué un des domestiques de Jean Sparre *. Il est certain qu'en 1583 des exilés suédois deman* dèrent l'assistance du roi de France Henri III pour venger l'assassinat commis sur la personne du roi ÉrilL et restituer le trône à son Ois comme héritier légitime et vassal de la France. Ce projet * , conçu probablement par des étrangers Jadis au service d'Erik, resta sans résultat*, mais les auteurs se sont fait connaître, ils ont eu à leur disposition de fortes sommes (la preuve en résulte des emprunts qu'ils firent à plusieurs seigneurs français qui en poursuivirent le recouvrement devant les tribunaux ) ; ils avaient d'ailleurs l'administration du trésor caché d'Erik, dont Jean voulait arracher le secret à Catherine Mânsdotter.

On ne put jamais persuader au fils de servir d'instrument & l'étranger contre une patrie qu'il ne devait plus revoir. De Prague il se rendit dans les Pays-Das , puis il revint à Cologne. A la nouvelle de la mort d'Alexandre Farnèse, il se rendit à Vienne et voulut prendre du service contre les Turcs, mais l'empereur ne le lui permit pas. Il séjourna quelque temps en Silésie chez un abbé i il se rap-

< Messénius, Scondia, YII, p. 10.

* Remontrance et oflVe des conjurés et relégués da royaume de Suède au roi Henri III poor avoir justtcs de i*assassinal commis en la personne d*Érik, roi de Suède. {Ex codice manui. bibiioth. reg,; PaWs, 840, r. 121.) li en existe une copie dans lesades de Paln»iiOId , imprimée dans les JfwQ aci^ re^* 90c, icienL Upsaia, V, i>. 23.

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