CHAPITRE XII
aux comtes de nommer des juges de dislriel dans leurs comtés; le tribunal suprême, institué par Erik XIY^ fut supprimé. Un noble ne pouvait être jugé que par ses pairs dans toutes les affaires où la vie et l'honneur étaient en question; il ne devait être jeté dans les cachots comme les autres criminels avant d'avoir avoué son crime. La noblesse pouvait traflquer de toutes les productions de ses terres et dotations. Les paysans étaient dispensés d'entretenir des chevaux de poste pour aucun service, excepté quand il s'agit de courriers chargés des affaires du roi ; ils n'étaient plus assujettis aux corvées dans les métairies domaniales ( kongsgàrdar)] exemptés de la conscription dans un rayon d'un mille autour des terres des seigneurs , ils ne contribuaient aux impôts que dans la proportion d'un à deux par rapport aux paysans qui demeuraient sur les hemmans taxés {shatkhemmany. On allégea
> La terre, en Suëdei est divisée en hemmans, terme difficile à comprendre pour un étranger et dont sonvent les indigènes eux-mêmes ne peuvent saisir le sens. Un hemman est une portion de terre , d'une étendue indéterminée , qui comprend des lacs , des bois, des champs et des friches. On veut que cette division du sol remonte h Sten Sture. le premier régent de ce nom ; mais il est plus probable qu'elle date de la conquête du pays par, les Scythes. Il est rare qu*un hemman entier soit la propriété d'une seule famille de paysans, il appartient ordinairement é trois, quatre ou même seize propriétaires. Un morcellement excessif serait funeste au pays; pour y opposer unedigiie,'le roi, par une ordonnance du 17 décembre 1827, a déterminé les conditions de ce démembrement. La fraction la plus petite du sol doit pouvoir nourrir an moins trois personnes, un chei^l, deux bœufs, trois ou quatre vaches et cinq à six moutons ou chèvres. L'expérience a prouvé qu'il fallait ainsi de neuf à douze arpens ensemencés. Un grand obstacle au bien-être du peuple suédois a été détruit par le développement qu'a pris l'agriculture, grSce aux soins du gouvernement ; développement tel que la Suède produit assez de céréales pour suffire aux besoins de la population et peut même dans les bonnes années livrer à l'exporta tion le superflu de ses récoltes.
Les hemmans peuvent être considérés sous différens points de vue sous le rapport de la ditneion territoriale et de ses reverws; ils sont ou royaux {krono hemman) ou francs {fràUse hemman). Les krono hemmans paientdireclementou indirectementdes rentes foncières {jordeboki oeh mantalsrântor) à la couronne. On donne le nom de fraise hemman à tous les biens qui sont chargés d'une redevance, à quelque individu que ce soit. Sous le rapport de la propriété, les hemmans sont ou royaux proprement dits {purt krono hemman), ou entièrement francs {purt frëlse hemman), ou iaxés (s katte hemman). On appelle purt krono hemman les icrres dont \^ cou-
encore l'obligation d'équiper des cavaliers; leur entretien n'était obligatoire pour les nobles que pendant quatre mois s'ils faisaient leur service dans le pays, et pendant quatorze jours seulement quand ils franchissaient la frontière. L'ordonnance supplémentaire qui laisse au noble, qui ne peut fournir un cheval et un cavalier , la faculté de vendre ou transporter son bien à ses plus proches parens, et de conserver néanmoins ses armes, est une reconnaissance formelle des nobles sans terres {obesutne'aâels^ màn ) en Suéde , et de l'hérédité de la noblesse, indépendante de la charge d'équiper des cavaliers *. Le roi Jean dit avoir publié ces privilèges en faveur des nobles suédois parce qu'ils avaient consenti sans peine à ce que le royaume restât tel qu'il était, royaume héréditaire^.
Dans la déclaration de fidélité des prêtres , il est dit que le roi leur avait promis des droits et des privilèges 'qui surpassaient leurs vœux et leur attente \ mais on ne voyait pas encore tout ce qui résulterait de cette bienveillance du roi, qui avait coutume de dire : a Lorsque les prêtres se portent bien, nous et nos sujets nous portons bien aussi >. »
Les ducs , après leurs révoltes contre Erik , avaient ouvert des négociations avec le Danemark. Les envoyés suédois, Gôran Ériksson, Gyllensljema et Ture Pedersson Bjelke conclurent un armistice pour six mois et se laissèrent imposer, àRoskild, des conditions de paix très-onéreuses, suivant lesquelles la Suède aurait renoncé ft toutes ses prétentions sur les
ronne a la propriété et perçoit les rentes; purt fraise, au contraire, celles dont le fonds et les revenus appartiennent à un individu quelconque , et enfin skatte hemman celle qui est la propriété d'une personne tandis qu'une autre en touche la rente. On dislingue encore cette dernière en krono skatte hemman quand la couronne touche la rente, et fraise skatte hemman quand elle appartient à un particulier. Quant aux prérogatives, les hemmans sont ou hemmans nobles {stâerier, terres seigneuriales], ou métairies nobles ou seigneuriales {ladvgârdar) , ou hemmans ordinaires {hemmans des paysans), { Voyez Botin om svenska hemman,)
* L'hérédité de la noblesse existait dé]i ipso facto en Suède, car si un noble pauvre était au service d'un sénateur ou d'un chevalier, il était dispensé de l'équipement. C'est ce que dit le comte Brahe dans son livre économique de 1585.
• Les mômes termes sont employés dans la ronflima-
tion des comtés.
«SylvestcrPhrygius, Ora/toc(eu7arôflf./oAanmV,in.
provinces danoises et norvégiennes, aurait cédé tout ce qu'elle possédait enLivonie, restitué tous les vaisseaux et payé tous les frais de la guerre. Lorsque le roi Jean, à la diète de 1569, demanda aux étals s'ils voulaient consentir à la paix à de telles conditions , les paysans répondirent laconiquement non^ et ils offrirent au roi de la poudre^ des boulets et des piques pour combattre Fennemi \
Warberg tomba entre les mains des Danois. Le duc Charles dévasta la Scanie. On fit de part et d'autre des incursions, les Suédois en Norvège, les Danois en Veslrogothie. Le 1»^ juin 1570, des négociations de paix s'ouvrirent à Stettin, sous la médiation de Tempereur, du roi de France et de l'électeur de Saxe ^ elles durèrent six mois, après quoi la paix fut signée. La Suède rachetait Elfsborg pour la somme de 150,000 thalers; elle restituait huit vaisseaux de guerre et renonçait à ses prétentions sur Gottland, sur le Jemtland et sur le 11erjcdal. Le différend relatif aux trois couronnes dans les armes du Danemark fut ajourné. L'empereur devait racheter les possessions de la Suède en Livonio et en investir le roi de Danemark. La ville de Lubeck fut comprise dans ce traité : elle obtint la libre navigation sur la Narva. Cependant la défense de fournir aux Russes des munitions do guerre donna lieu à de nouvelles discussions. Les 750,000 thalers que Lubeck réclamait de la Suède pour toutes les créances sur ce pays ne furent jamais payés. Tout ce qui avait rapport à la Livonie ne fut pas mieux exécuté.
La guerre dont Jean était menacé du côté de la Russie le contraignit de se soumettre aux dures conditions du traité de Stettin. Quand il monta sur le trône, il se trouvait à Stockholm des envoyés du Itm] ils avaient mission de se faire livrer la princesse Catherine , épouse de Jean , pour l'emmener en Russie. Ce but connu de leur voyage avait attiré sur eux la haine générale, et ils étaient sur le point d'être sacrifiés au ressentiment du peuple lorsque Stockholm ouvrit ses portes aux ducs. Ce fut Charles qui les protégea. Ils ne retournèrent dans leur pays, en 1569, qu'après un séjour de deux ans en Suède. Des embassa-
» l'ourparlcrs du roi Jean et du sénat avec les Olals cnlSGO. vVoycz le supplément de la Chronûjue Ce KAartas IX.)
deurs suédois partirent en même temps poor la Russie , munis d'un sauf-conduit , ce qui ne les sauva pas d'an traitement barbare : on les Jeta dans des cachots où ils subirent une dure captivité. Ils revinrent en 1572, apportant pour réponse que le tzar redemandait la Livonie. La guerre s'était déjà engagée dans cette province. Le prince danois Magnus , qui possédait une partie du pays, fut fiancé k la sœur du tzar et proclamé par lui roi de Livonie : des négociations et des armées russes appuyaient ses prétentions. Les Suédois vinrent à bout do préserver leur ville la plus importante , Reval, de toutes les manœuvres de la trahison et de la défendre avec succès contre les armées de la Russie. En 1576, les Suédois n'avaient plus que cette seule place dans le pays , tandis que ks Russes inondaient la Finlande , dévastaient la Livonie jusqu'à Riga et y exerçaient des croau* tés inouïes sous les yeux du cruel Ivan. La révolte et les discordes des Écossais et des Allemands au service de la Suède (ils s'attaquèrent entre eux, et quinze cents Écossais furent massacrés) favorisèrent d'abord les progrès de l'ennemi^ mais la guerre qui éclata de nouveau entre la Russie et les Tartares de Crimée', ainsi que les victoires de Pontus de La Gardte , firent changer la face des affaires. Ce seigneur, noble français', qui servait d'abord sous le roi Erik et à la destitution duquel il aida beaucoup, fut employé activement par le roi Jean dans la conduite delà guerre et des négociations; il fut nommé baron, fiancé à la fille naturelle du roi Sophie Gyllenbjelm , et en lô80 clevc pour la seconde fois au grade de général en chef contre les Russes. Secondé par Henri Classon Horn et son fils Charles , qui s'était déjà acquis dans la guerre de Livonie une réputation honorable , il regagna tout ce que la Suède avait perdu en Livonie, et porta même ses armes victorieuses jusque sur le territoire de l'ennemi. Narva fut prise d'assaut \ l'Ingric avec ses forteresses, Kexholm et toute la pro-
* La Pologne et les Tarlares recherchAîenl raUiancc de la Suède.
' Ponlus de La Gardie élait originaire de la Gascogne. Il prit du service en Danemark et commanda les lansquenets au siège de AVarbcrg. Fait prisonnier, il entra au service d'Èrilc XIV, s'établit en Suéde et dcvinl le chef d'une famille qui s'est illustrée autant par SCS aclcs que par Ic5 grands hommes qu'elle a fournis.