‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 115 sur 275 · SIS · texte numérisé non relu

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vinco du même nom subirent le Joug. Il faut dire, ù Thonneur de Jean, qu'il défendit à ses généraux d'user de représailles en Russie pour les cruaulés exercées en Livonie et en Finlande. Il pria Dieu de lui pardonner, ù lui et & 8on royaume, de ce que Henri Horn, contre ses ordres, en transportant la guerre en Russie, n^avait épargné ni femmes ni enfans *. C'est & cette époque que le curé de Reval , RUssow * trace le tableau suivant de sa malheureuse patrie : h De tous les monarques qui ont pris la défense de la Livonie , il n'en est aucun qui y ait mis plus d'ardeur que le roi de Suéde. Si les autres princes ou rois avaient pris la même peine, les Moscovites auraient été bien étonnés, m ^— Barbares eux-mêmes et ayant pour izar un tyran, les Russes commençaient cependant  développer les qualités qui ont fondé leur empire : a La valeur avec laquelle ils défendent les places fortifiées, dit une chronique suédoise*—- après avoir raconté comment les Suédois en 1574 étaient montés (rois fois en vain à l'assaut pour prendre Wesenberg, — vient de ce qu'on les habitue dès Tenfance à de rudes travaux ainsi qu'à supporter la faim , et qu'il leur faut pou de chose pour subsister, comme de la farine, du sol et de l'eau. Ils savent aussi que s'ils abandonnaient une ville fortifiée , ils seraient honteusement décapités , fussent-ils en proie à la plus affreuse disette , ou dans un pays étranger , entourés d'ennemis auxquels ils ne pourraient pas résister. C'est pour cela qu'ils se défendent jusqu'à la dernière extrémité. Avant d'en être réduits là, ils regardent comme un péché irrémissible la faiblesse de capituler ; aussi aiment-ils mieux mourir en défendant la place que de s'en rendre coupables. » ~ Quelque molif qu'on

• Voyez la Chronique de Jean JII, par iEgfdius Girs, p. 70.

• Voyez Oironica der provinU iyf/Iandl, Rostock , ibis.

» Le chronfqaear ifigidius Girs, qui écrivait en 1627, dit : « A Tenlrée des Russes au château de Hap* fal, les caTaliers étaient si courageux, ou pour mieux dire si insoueians, qu'ils étaient assis et jouaient avce des femmes quMis tenaient sur leurs genoux. Les Russes s'étonnèrent de la conduite des Alieroands : « Quel • singulier peuple ! se disaient-ils entre eux ; si nous , > Russes , avions défendu ii nonchalamment une telle » place forte , nous n'oserions regarder un honnête » homme en face, et notre tzar ne saurait quel genre de » mort nous indigcr. C'était là le présage de la chute •'prochaine de la puissance des chevaliers en Livonie, »

puisse avoir, on est puissant quand on ne Iran* sige pas avec son devoir. Ce principe est le meilleur gardien des frontières d'un pays; il est la source de la force et de l'accroissement des empires. Pendant plus d'un siècle, les Sué* dois ont donné aux Russes des preuves de leur supériorité dans la guerre; ce fut une des raisons qui portèrent Ivan Wasiljewitz II , sur son lit de mort en 1584, à conseiller à son fils Féodor de demeurer en paix avec notre nation *. Ce dernier offrit de renoncer à toutes ses prétentions sur l'Esthonie et Narva. Ce fut aux mêmes conditions que Charles , en qualité de régent , conclut la paix deux ans plus tard. Jean, enflé de son succès, refusa de la ratifier. La guerre de Russie, interrompue par des armistices prolongés, se ralluma en 1500.

La bonne intelligence était rompue avec la Pologne, tant à cause des créances du roi Jean qu'au sujet des possessions suédoises en Livonie. Le danger qui menaçait du côté de la Russie fit négliger pour quelque temps ces différends, et les armes de la Suéde et de la Pologne se réunirent en 1578; mais à peine les Polonais eurentils fait la paix avec les Russes (15 janvier 1582) qu'ils réclamèrent des Suédois la restitution de tout ce qu'ils possédaient en Livonie. La guerre paraissait imminente avec la Pologne lorsqu'en 1Ô86, la mort du roi Etienne Bathor procura au roi Jean, pourson fils Sigismond, cequ'ilavait recherché pour lui-même en 1572, après le décès de son beau-père, la couronne de Pologne. La reine douairière Anne, épouse d'Etienne^ et Catherine, épouse de Jean, dernière princessedela maison des Jagellons, étaientsœurs. La première employa tout son crédit pour déterminer l'élection en faveur de Sigismond , prince royal de Suède, et les partisans dece prince l'emportèrent sur scsadversaires,qui avaient proclamé l'archN duc Maximilien. Ils durent principalement ce succès é la promesse solennelle delà reine douai riëre et des sénateurs suédois qui se trouvaient alors en Pologne , Erik Sparre et Erik Brahe : que cette partie de la Livonie dont le roi de Suède était possesseur serait réunie à celle qui appartenait à la république et à la Lithuanie* Ces sénateurs agirent contrairement à leurs instructions et s'excusèrent sur l'ambiguïté des termes qu'on avait employés*. Mais les Polo-

* Voyez Karamsin, IX, p. 176 (traduction allemande).

> « Livoniœ partcm , quam serenissimus Sueci» rei

nunc possidct, ad rellquum corpus Livoni® regni Po^

nais les (ronvërent si clairs que le grand cban- ] celier Zamoiski , voyant que les conditions n'étaient pas remplies, demanda que les chargés d'affaires suédois fussent livrés aux Polonais pour être punis comme parjures. Sigismond lui-même, arrivé en Pologne, refusa de confirmer la cession de TËsthonic. Néanmoins il fut couronné à Cracovielc 27 décembre 1687, après avoir déclaré que la question de la Livonie suédoise serait ajournée jusqu'à ce qu'il eût hérité du trône de Suède par la mort de son père. Les états de Pologne se conlenlërent de cette promesse.

Mais il ne suffisait pas à l'ambition de Jean d'avoir réuni deux royaumes ennemis, il voulut encore concilier deux religions opposées. Il est avéré que les divisions de l'Église firent nature plusieurs tentatives de rapprochement : tel fut VifUérim de Gharles-Quint , qui fut rejeté en Suéde en 1549 '. Des hommes savans et pieux s'étaient voués à cette lâche *, ils adoptèrent tous, au sujet des abus de l'ancienne Église, le principe que l'abus ne condamne pas l'usage, et Us cherchèrent h prouver combien ce que Ton attaquait avait été d'abord dans l'esprit du pur christianisme. Il n'appartient pas à l'historien de juger en théologien \ mais se plaçÂt-il à ce point de vue , il n'a à faire qu'une observation , elle est de son ressort : c'est que l'expérience prouve précisément le contraire de ce qu'ils avançaient , c'est-àdire que l'abus détruit toujours l'usage. Rien de plus clair en histoire que la preuve qu'elle fournit, qu'elle se compose essentiellement de personnalités. Ce n'est pas une série de dogmes et de vérités, mais de volontés et d'actes non théoriques, mais pratiques. Ce qui résulte le plus évidemment de son étude , c'est que les meilleures choses se sont abolies pour des siècles par un malivais usage, et qu'ainsi le fait le plus étonnant dans celte destruction du bien,

loniœ et magni ducatus Lilhuania) adjungcre tcnebitar,proquo, ut serenissimi rcgis Icgati sposponderunt, ita serenissima Ànoa, regina Polonis, cavit cavetque omnibus bonis suis.» —Erik Sparre commença par ces mots son discours aux IPolonais au sujet de la Livonie: « frustra erit Livonia, »

* Voyez Celsli, Monutnenta, p. 43, où l'on trouve les opinions que l'archevêque Laurentius Pelri et plusieurs autres exprimèrent au sujet de Vintérim que Charles avait fait publier. Cet écrit est du 30 mars

c'est sa reproduction sous des formes nouvelles et inattendues.

Jean pouvait être regardé comme un seigneur savant : il parlait l'allemandy l'anglais, l'italien, le polonais, comprenait le français, n'était pas étranger au grec , et était tellement exercé dans la langue des Romains qu'il faisait sans préparation de longs discours latins aux envoyés étrangers. La théologie était la science de l'époque-, sa captivité lui avait laissé le loisir de s'en occuper. Il lisait de préférence les écrits de George Cassander , qui lui semblaient en^preints. d'une douce tolérance et étaient remplis de détails sur les usages de TEglise primitive. L'auteur croyait qu^on pouvait sur la tolérance, opérer la conciliation des diférends existans ' ; ce fut pour cette raison qae les empereurs Ferdinand P' et M aximilien II l'employèrent dans leurs tentatives de médiation. Mais on ferait trop d'honneur au roi Jean si l'on croyait qu'il s'attacha au point important de la question. Il aimait autant que tout autre la pompe de l'Église : il inventa de nouvelles cérémonies pour le culte, des armoiries pour les provinces, des ornemens pour ses châteaux, et il agrandit ses titres. Cependant il se croyait lui-même occupé de recherches sérieuses, comme on peut le yoir par les expressions singulières de ses instructions du 19 avril 1573 à ses envoyés, lorsque, après la mort de Sigismond II, il rechercha la couronne de Pologne. Après avoir promis liberté et protection aux Polonais en matière religieuse, le roi ajoute : u En revanche, nous nous réservons de professer tel culte qu'il nous plaira, et nous entendons que ce droit passe intact à nos descendans, d'autant plus que nous ne pouvons savoir quelle religion ils choisiront quand Us seront arrivés à l'âge mûr ". »

En fait de culte, il est difïlcile d'innover; aussi Jean revenait-il de plus en plus à Vstncienne Église, surtout par amour pour son épouse, qui n'avait pas hésité à partager les ennuis de sa captivité. Erik, dans les dernières années de son règne , l'avait déjà accusé de papisme^. Jean avait repoussé avec chaleur celle

• Sa Qmsultatio de articuîis religionis inler catho- ■ îicos et protestantes controversis fut réimprimée a Stockholm en 1577 par les ordres du roi; mais son litre n'indique ni le lieu ni la date de l'impression. i * Bazii inventarium Ecoles, svio-gotk,, p. 333.

» Le secrétaire Svçn ElQfsson a çnlendq ces paroles,

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