CHAPITRE XIL
accusation \ il appela même la malédiction divine sur lui et sur ses fils, si elle était fondée, (c La reine — écrit le cardinal Stanislas Hosius à Catherine Jagellone , Rome , 1572 , — est ici élevée aux nues pour les soins qu'elle prend du salut de Vùme de son mari. Il a déjà exprimé le vœux que quelques jésuites pieux et instruits fussent envoyés en Suéde. Toute la ville en parle. » Dans une autre lettre, le cardinal reproche à la reine d'avoir communié sous les deux espèces et lui prescrit les réponses qu'elle doit faire aux remontrances de son mari pour ramener au sein de la seule véritable Église. Elle devait rengager d'abord à rendre au clergé son ancienne atUorité et à rétablir le sacrifice de la messe *. Si Ton obtenait cet heureux résultat, FEglise était une mère si indulgente qu'elle pourrait même permettre le calice aux laïques. En 1574, on répéta la même chose, en ajoutant qu'il fallait d'abord voir en Suède quelques symptômes de retour au catholicisme, rétablir ensuite le sacrifice de la messe avec ses cérémonies, et qu'on s'entendrait plus tard au sujet du calice *. Dans des lettres du cardinal au roi en date du 7 janvier 1576, le premier se réjouit de ce qu'on met en usage les cérémonies comme le meilleur moyen de revenir aux anciennes croyances, et dans une autre du mois d'octobre 1577, il rend grâce à Dieu de la conversion du roi. Deux jésuites de Louvain, Florentius Feyt et Laurentius Norvegus ( le dernier connu en Suède sous le nom de Kloster Lasse) ^ arrivèrent en Suède en s'annonçant comme prédicateurs protestans. Le cardinal fondait de grandes espérances sur le dernier », qui, élant Norvégien et parlant les langues du Nord , pourrait se faire comprendre du peuple : « Faites tous vos efforts, écrit-il à Jean Herbeft , l'aumônier de la reine, pour avoir une église où vous pourrez prêcher. Exaltez la croyance, déprimez les œuvres qui ne sont pas accompagnées de la foi, proclamez que le Christ seul est médiateur, et
• « Sacerdolîum elsacrîficlum— nihil cstccclesia matre bcnignius, si tantopere calix iste cordi est. » [Stanislai Hosii opéra. Colon., 1584, t. 2, p. 338.) i * « Ut miss® sacrificium cumsuis csremoniis restitueretur , ac tum demain de calice deliberatio susciperctur. » (L. c, p. 379.)
^ « Dlvinilus id Tactum esse pato quod venit ad vos Norvegins ille,qaem esse virum prudentem acb»ne doctum, et non Yulgari judicfo prœdilum audio. » (L. c, p. 408.)
que le sacrifice de la croix est le seul qui conduit au salut. Vous ferez croire ainsi qu'on n'a jamais prêché autre chose au temps du catholicisme. )) Ce même cardinal regardait tous les moyens comme bons contre les hérétiques. Il conseilla , lorsque Henri de Valois fut élu roi de Pologne, d'endormir les protestans de ce pays par des espérances jusqu'au couronnement *, car quand même le roi leur aurait promis par serment la liberté du culte , il ne serait pas obligé de leur tenir parole *.
n est certain qu'à l'avènement de Jean, l'Église de Suède était dans un désordre complet. Dans les articles traités avec le clergé pendant les années 1569 et 1574, on lui reprocha de conférer les ordres é des écoliers ignorans ; de laisser exercer les fonctions sacerdotales par des meurtriers , des ivrognes et des libertins ; de négliger ses devoirs pour se livrer au commerce et à des soins mondains \ de ne penser aux sermons qu'en entrant dans l'église, et de se contenter alors d'ouvrir au hasard un recueil de sermons {Postilla) et d'en lire un chapitre, que le sujet aitou n'ait pas de rapportavec l'évangile du jour ^ de se présenter à l'autel avec des vêtemens sales et déchirés, et de donner le sacrement avec des mains malpropres. — Beaucoup d'églises étaient tombées en ruin^ ou avaient été détruites -, l'argenterie avait disparu, de sorte qu'on fit usage de vases de terre pour Tadminlstrationdu sacrement, quoique les prêtres, à en croire les plaintesdu roi en 1577,eus-> sent chez eux des cuves pleines d'argent. La noblesse et ceuxqui possédaient des dotations retenaient non-seulement les deux tiers des dtmes(ce que la noblesse comptait au nombre de ses privilèges), mais même la portion destinée àl'enlretien de l'église et du prêtre. En vain le roi se prononça-t-il contre ces abus, en vain employa-t-il de fortes sommes à la construction ou à la réparation des églises , à l'achat de vases et d'orncmens décens. Il avait coutume d'habiller les prêtres dont l'extérieur annonçait la pauvreté et qui se mettaient sur son passage. Ces soins , en s'élendant même au rétablissement de
> « Yernm ego, quod suspensos regia majestas animos hsretîcorom teneat tantisper dum coronata fueril, non impedio. » {CarolOt cardinaliLotharingoepUtola,
• «Non lenerî raajestalem, ut prsslet, eUamsi jurejurando conûrmasset. » {StanUlaç Rçscio sçcrelario smo I ^par., I. c.,p. 363.)
pluiieurs couvens, excitèrent rélonnement gé-* néral. Celui de Yadttena fui surtout l'objet de la bienTeillaote générosité du roi et de la reino.
Tout cela nous fait voir qu'on avait fait scission avec Tancien ordre de choses sans en avoir encore fondé un nouveau. On était plongé dans rignorance la plus compacte. Gustave I" se défendit toujours d'avoir introduit une nouvelle doctrine. Du vivant de Jean » une jurande partie du peuple no s'était pas encore aperçu des innovations dont il était l'auteur \ il croyait toujours être catholique. Le roi fit valoir cette opinion du peuple auprès du pape, qui de^ mandait le rétablissement immédiat de l'usage du latin dans la messe. Jean voulut maintenir les choses dans leur état : « Le contraire disaitil , serait regardé par le peuple comme une innovation dans le culte catholique >, auquel presque tout le royaume est attaché '. »
Le rite publié par Laurentius Pétri ne fut juivi par le clergé qu'en 1571. Ce document nous apprend que les suffrages de la paroisse étaient nécessaires pour la réception d'un prêtre. L'évéque examinait celui qui était proposé ot l'ordonnait s'il lui reconnaissait les connaissances requises. On voit aussi que dos chapelains étaient attachés aux grandes paroisses qui étaient assez riches pour les entretenir. L'évéque, dans l'examen qu'il faisait subir au jeune adepte , devait surtout s'attacher & décou vrir si celui-ci possédait bien la sainte Écriture. On déclara dangereuse l'opinion suivaotlaquelle il devaitsullireà un prédicateur de savoir lire le suédois parce que les prières se faisaient dans la langue maternelle \ il devait aussi avoir fait des études de latin, car on ne parlait que celte langue dans les écoles où on renseignait. Aucun insUlulour n'était tenu de savoir autre chose que le latin et le suédois -, celui qui voulait apprendre le grec et l'hébreu devait se procurer lui-même dos maîtres. Il n'est point parlé d'enseignement universitaire \ mais peu de temps après, le roi Jean en posa les fondemcns en rétablissant l'université d'Upsala. Les jeunes gens devaient ôtre divisés en trois
' Les paysans avalent onblié que leurs ancêtres ne connaissaient d'autre n.eisc que la messe latine.
' « Tum ne hxc régna j quœ alioquin putant magna Cl parle esse in rcligione calholica , animadverlcnt tam cito in rcligioncm calhollcam rilus sibi novos in- Iroduci. 9
ou quatre elasses, suivant leur capacité; ks plus anciens écoliers étaient tenus d*en«eigner les plus jeunes. L'instituteur devait veiller attentivement à ce que l'instruction de ces derniers ne fût pas négligée : « Personne, est-il dit , ne mérite mieux d'être entretCDu honorablement qu'un instituteur assidu et consciencieux , car comme son travail est sans relâche dans son école , il est par cela mèate ton joon pénible et fastidieux. » D'après Tordre des leçons, on voit que l'école s'ouvrait à cinq heurei du matin et que les élèves rentraient ctiex eux à dix pour dfner. 11 y avait les mercredis et samedis répétition générale de ce qu'on avait appris les autres jours -, tous les jours on s'exerçait  l'écriture et au plain«chant on chant d'église. Les évêques veillaient * ce que le peuple éludiftt le catéchisme , et nul ne pouvait communier, s'il ne savait par cœur le Paler naster, les dix commandemmi de Dieu ot les articlei de foi. Il était permis aux prédicateurs de puiser dans certains sermonnaires s'ils en avaient besoin : « Car beaucoup de personnes qui doivent expliquer et enseigner le précepte sont elles-mêmes peu instruites, pas asses peu néanmoins pour qu'elles ne puissent tirer quelque chose de ce recueil et pour qu'elles ne sa« chent pas lire la sainte Écriture et d'autres livres utiles. » On devait élever des chaires, qui manquaient A plusieurs églises. Les personnes excommuniées à cause de leurs vices pouvaient assister au sermon , mais elles devaient quitter l'église aussitôt qu'il était terminé *, si elles persistaient è rester, on devait interrompre le service. La plus grande punitiou infligée par l'Église (elle était en usage d^uis les^ premiers temps du christianisme), c'était de condamner le coupable à rester nu devant la porte de l'église. Il y avait dans tout le royaume sept cathédrales ^ à chacune d'elles devaient être attachés un évèquo, un prévôt, un curé, un instituteur, un pénitencier et un administrateur des biens de TÉglise. L'évéque était élu par les premiers membres du clergé cl par d'autres personnes instruites , sur la foi du serment^ sa nomination était confirmée par le roi. Le titre d'évêque fut remis en usage sous le règne de Jean, quoique celui d'ordtnarim se rencontre souvent dans lesréglemens de rÉglise.
Le vieux Laurentius Pétri, premier archevêque de Suéde, mourut au mois d'octobre 1573.