‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 117 sur 275 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Depuis ce moment Jean prU moins de peine à cacher ses desseins. Il remplaça le défunt par son beau-flls Laurenlius Pétri Golhus^ hommed'un caractère faible et léger, nourri de la lecture des pères do FÉglisc S et par conséquent tenant le milieu entre le protestantisme et le catholicisme y vers lequel le roi inclinait. Le nouvel élu signa dix-sept articles qui contenaient Tapprobation du rétablissement des couYCns, du culte des saints , des prières pour les morts et du retour aux cérémonies de Tancienne Église. Il fut installé avec pompe en 1575. On se servit pour la première fois dans cette cérémonie de la ehappcy de la mitre et de la cro$9ey que les évèques de Suède ont conservées, malgré Topposition du clergé, sur les ordres exprès du roi *, on Qjouta à ces innovations celle deTonction. En 1576 on vit arriver en Suède les deux jésuites dont nous avons parlé. De leur propre aveu*, ils ne dirent rien de la croyance dont ils devaient être les apôtres ; ils furent reçus à Stockholm comme de bons chrétiens, méritèrent la considération publique par leur savoir, et ils se firent annoncer par les prêtres protestans eux-mêmes comme devant enseigner dans le nouveau collège dont le roi allait doter la capitale'. Tous les clercs de

* l\ Uot même en qualité d'archSTéqae des coars publics, à Upsala. sur l'étnde des pères de l'Église. . ' Scrlptum magistri FloreDlii Feyt reversl ex Suecia, an no 1577 , de Statu religioniê in regno, {Ex archiva areii S. AngBli.) On en trouve la copie dans les colleclions de Mordin.

'«Insinuât se pater LaurenUus in araicitiam Germanorum, bi enim faciles sunt. Pergit patcr ad minislros, scrnionem mixit variis de rcbus. — Minislri, hominos illiterati, promptiludincm latini sermonis et clegantiam mirantur, operam omnem promit lunt, mlseri laquenm , quo suspendantur postea, sibi conteiunt. Adeunt regem, comiuendant virum. Rex gratam sibi esse comincndalionem significat; gaudet in sinu rem deilre confectam. Hanc opportunilalem naclus rcx» patrem Laurenlium in tbeologia professorem cooptavit, sutuens , ut quotquot Holmis ministri essent (erant plus minus triginta) palris lecUonibus intéressent. — Vcrum cum Suecl (ut vulgo fcrtur} tardi sint, facluro est, ut pater Laurentius non nisi Julii mense Stockhoimiam lectiones suas auspicatur. Porro cum salutis nostr» inimicus omnem animarum fructum semper impedire contendit, excitavit a'mulum quemdam pain Laurentio, Abrahamum (Angermannum) scbolœ redorera, is animum audilorum subvenlit, et aliènes k paire fecit. Progrcditur tamen pater, quotquot auditores ventant, insinuât se in familiarilam aliquorum , nunc honc , nunc illum, dante Dco, ad fldcm occulte reducit. » (L. c.)

Stockholm reçurent ordre d'assister à leurs leçons. Les nouveaux professeurs citèrent dans ces leçons les écrits des réformateurs, mais de manière à faire ressortir de ces écrits eux* mêmes la réAitation des doctrines qu'ils contenaient. Le roi ouvrit des conférences publiques dans lesquelles il prit lui-môme la parole et déclama avec feu contre le pape ; puis il permit qu'on le réfutât. Ce seul exemple prouve & quels moyens on eut recours dans cette circonstance. Le secrétaire Jean Henriksson, quoique généralement méprisé, Jouit pendant longtemps de la confiance du roi \ U était chef de sa chancellerie et fut employé par lui dans plusieurs affaires importantes et secrètes. On disait de lui qu'il éiaii la tête qui avait eofir duit le bra» dans l'assassinat d'Erik. Il vivait publiquement avec une femme dont il avait tué le mari. Tous deux reçurent de Pater Laurentius leur pardon et la permission de se marier*. L'arcl^evêque entra é ce sujet dans une telle colère qu'il écrivit une lettre authographe au jésuite alors recteur du collège royal de Stockholm pour lui défendre d'en exercer les fonctions, comme prêtre indigne. La demande du roi au pape Grégoire XIII, tendant à ce qu'il fût permis aux prêtres, Jusqu'à des temps meilleurs, de lire & voix basse dans la messe catholique les prières aux saints et pour les morts*, ne prouve pas beaucoup de délicatesse. Cependant il ne faut pas oublier cette remarque de l'histoire, que le pape désapprouva l'hypocrisie des jésuites et conseilla au roi d'embrasser ouvertement et de confesser la foi catholique s'il en avait sérieusement l'intention. Quelques années plus tard , le père Laurentius fut cité à Rome pour y rendre compte de sa conduite au général de l'ordre *.

La messe et le rituel publiés par Olaus Pe-

< L'acte de dispense, en date du 6 février 1578, ainsi que la lettre de Tarcbcvêque , du 20 mars de la même année , se trouvent dans Invent. Ecclcs. sviogoth.y p. 418. « Sous le règne du roi Jean , dit Erik Sparre {Postulata nobilium), on avait confié i Johannes Henriksson tout ce qu'il y avait d'important. Le peuple n'ignorait pas quelle charge c'éiait pour un iiomme. Il mourut des suites de son ivrognerie. »

* « Ut calholici sacerdotes modo abstineant ab Illts oraUonibus alta voce recitandis, qun pertinent ad sanctorum invocalionem et ad oraliones pro defunc^ tis, ca que submissa voce dici possent, ne quis suspicatur pra;senlcm doclrinam Lullieri esse tollendam , bine enim magnus rumor et bcllom possct eicitari. n i

3 Messénius, ScondiUy VIII, pages 50 et 75,

tri ataient été réimprimés plusieurs fois depuis ; ils passèrent peu à peu ians l'usage. Cependant on n'avait pas encore dérendu de dire la messe en latin \ Gustave Tavait même ordonné aûn de ne faire aucune innovation là où elle pourrait occasionner quelques troubles avant que le peuple fût assez éclairé pour demander lui-même à entendre Tofflce dans sa propre langue. Le règlement de TÉgUsc permettait encore Tusage des psaumes et des prières en latin. La liturgie du roi Jean était écrite dans les deux langues^ elle avait été composée parle roi lui-même et par son secrétaire Pierre Fechten, d'après le missel catholique approuvé par le concile de Trente, avec quelques modifications et suppressions*. Imprimée sous les yeux des Jésuites avec des annotations explicatives qui devaient préparer l'acceptation de la messe comme un sacrifice , elle fut publiée en 1576 •avec une préface de rarchevêque, qui s'en dit l'auteur. Elle ne fut approuvée que par un évêque , Erasmus Nicolai de Testeras , ancien premier prédicateur du roi. Mais la résistance qu'on prévoyait fut exploitée par le clergé romain, dans le plan duquel elle entrait. La cour déclara hautement qu'il était du devoir des membres du clergé .suédois d'imiter l'exemple donné par l'archevêque, qui était leur père spirituel et dont ils n'étaient que les suffragans. Il parait que Jean avait la pensée de nommer un patriarche suédois revêtu d'une grande autorité. Plus lard le roi décréta que l'archevêque et le chapitre d'Upsala interviendraient comme le clergé du diocèse dans l'élection des évêques. L'acceptation de cette liturgie fut une des conditions imposées aux clercs qui aspiraient aux honneurs. U en résulta qu'A la diète de 1577, lorsque les prêtres les plus hardis et les plus fougueux de la capitale eurent été éloignés ainsi que jcs deux professeurs d'Upsala , tout le reste du clergé , cxceplé les évoques de LinkOping et de Strengnâs et un petit nombre d'autres , se soumit é la liturgie. Les trois autres états y accédèrent bientôt sans difficulté. Dès l'automne précédent , le roi avait expédié & Rome Pontus de La Gardie et Pierre Fechten, Ils firent naufrage dans la Baltique, où le dernier périt. Le premier arriva auprès du saint-

' «CIrca haec tempora (i576) rei, cum prœdiclo sccretario » Inovam fabricaverat lilurgiam. » (Voyez le rapport (les jésuites 4*où nous avons iir( des citations.)

père et accomplit sa mission. Jean demanda au pape* de vouloir bien ordonner des prières dans tout le monde chrétien pour la restauration de la religion catholique dans le Nord , sans cependant nommer la Suède; de permettre que la messe ne fût célébrée qu'en partie en latin; que les laïques pussent aussi toucher le calice dans la cène -, que les évêques fussent Jugés par le roi dans les affaires capitales et pour crime de lèse-majesté ; qu'aucune prétention ne fût élevée, aucune prise de possession opérée sur les biens de l'Eglise par la couronne et par les particuliers -, que le collège établi à Stockholm et dans lequel on enseignait secrètement la religion catholique fût autorise, et qu'il fût loisible aux professeurs de porter d'autres vêtemens que l'habit religieux; que les rois Gustave et Erik et tous les nobles morts en dehors du sein de l'Eglise pussent reposer sans être troublés dans leurs tombeaux. Il réclama aussi le mariage des prêtres , ce qui n'empêcherait pas qu'on excitât au célibat 'et qu'on le favoris&t. Il fit observer au saintpère que le roi pouvait sans inconvénient assister aux cérémonies d'un culte hérétique Jusqu'à ce que le catholicisme dominât dans tout le royaume. Ce dernier culte était dé(sà bien préparé par le rétablissement de la pompe des cérémonies , par celui de plusieurs fêtes qu'on avait supprimées, par l'introduction de la con- ' fession et des Jeûnes, par la fondation des nouveaux couvens, enfin par l'éducation donnée à la Jeune noblesse à Rome et à Vienne, etc.

La cour de Rome était bien éloignée de faire de (elles concessions ; cejpendant les négociations ne furent pas rompues, et le jésuite Jean Possevin fut envoyé en Suède, sous le titre de légat de l'empereur, pour convaincre le roi de l'excellence des doctrines catholiques. On dit que le roi Jean embrassa cette religion en sa présence , à Vadslena , en 1578 *. L'évêque de Linkôping, pour avoir appelé le pape antechrist , fut dépouillé de ses ornemens épisco-

I « Qus rex Saecl» cnpit à summo domino Dostro obUneantiir, ut sine perturbatione Suecie restiluator religio catholica. » {Ex codiee manuse, ehartaceot infolio, bibîiothecœ vaticanœ, no6218, p. 204 ad 208.— Voyez la copie dans les coIIecUons de Nord in qui se trouvent à la bibliothèque d*Upsala.)

» Messénius, VII,4I; XV, 137; m,60. — On lui avait donné pour pénitence de Jeûner chaque mercredi, parce que c'était un mercredi qu'il avait taft tuer 9Qn frérç.

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