CHAPITRE XII
paux devant Tautcl de sa propre cathédrale. L.e diocèse, agrandi, fut confié à Petrus Caroli, ordînarius de Kalmar, Jadis indigne apologiste des actions d'Erik XIY et accusé par le peuple d^ayoir conseillé le meurtre de Slure. On supprima dans les psaumes toutes les expressions qui étaient contre le pape; le cathéchisme de Luther fut banni des écoles *, les saints reçurent de nouveaux reliquaires d'argent. Un abrégé de la loi canonique fut composé pour être suivi dans rÉglise de Suéde *. L'archevêché, devenu vacant en 1579, fut destiné & un catholique*, et le siège resta quatre ans sans être rempli. Les jésuites s'introduisirent dans le royaume sous toutes sortes de déguisemens : le roi avait dessein de les placer dans la nouvelle université, qui venait d'èlre transférée d'Upsaia à Stockholm. Ils devinrent plus hardis dans leurs sermons ; les prêtres de la cour de Sigismond euxmêmes donnèrent l'exemple , au point que le sénat demanda enfin qu'il fût fait défense aux prêtres polonais de mal parler de la religion , et que les Jésuites fussent punis, parce que le bruit courait que le peuple et les soldats parlaient de se rendre Justice à eux-mêmes dans le cas où l'autorité ne prendrait pas ses mesures. Beaucoup de jeunes Suédois furent envoyés & l'étranger pour faire leurs éludes dans les établissemens des Jésuites , et Ja reine Catherine Jagellonica donna dans ce but, par testament, dix mille thalers au séminaire de Braunsberg en Prusse. Cette princesse, & la vertu de laquelle ses ennemis mêmes rendent justice, mourut en 1583 -, le nouvel archevêque, dans son panégyrique , la proclama heureuse d'avoir vécu et d'être morte dans le sein de la seule véritable Église.
L'ardeur de Jean pour le catholicisme se refroidit depuis cet événement^ son zèle avait déjà semblé se ralentir auparavant : il parait que la non réussite des calculs politiques attachés & la conversion contribua beaucoup è ce changement. Entre autres choses , il avait espéré obtenir par la médiation du pape les du-
* L. c, VII, p. 75.
* HftgDas Lanrentlus, neveu des deux derniers archeTêqaes catholiques Johanneset OiausMagni , était destiné à cette dignité dans l'Église suédoise. Plus tard, Andréas Laurenlii (BjOrnram), évéque de Vexio, fut fait archevêque. Le roi le trouva plus souple que son prédécesseur, qui sur la fin de ses Jours rompit complétemeni av^ le roi, et mourat de chagrin.
chés de Naples, de Bari et de Rossani , sur lesquels son épouse avait des prétentions du côté de sa mère Bona Sforcia ^ Cette espérance ne fut pas plus remplie que la promesse faite par le pape de travailler pour la Suéde dans la paix qui allait être signée entre la Pologne et la Russie. Elle fut en effet conclue sous la médiation de Possevin en 1582; mais elle maintint les prétentions de la Pologne sur les possessions suédoises de Livonie. On vît bientôt Jean chercher d'autres appuis qu'à Rome et poursuivre même les catholiques. Le curé de Stockholm , Laurent Forssius, qui s'était fait catholique, fût pour cela destitué publiquement et d'une manière aussi humiliante que l'avait été jadis l'évêque de linkôping pour avoir par ses paroles manqué de respect au pape. Les Jésuites fuirent bannis du royaume-, leur collège de Stockholm fut dissous et les chaires en furent données à leurs adversaires. Des ordonnances royales menacèrent du bannissement ceux qui avaient embrassé la religion catholique ; l'église qu'avaient occupée à Stockholm les fidèles de cette communion fut fermée, mais elle leur fut rendue plus tard à la sollicitation de Sigismond, et lorsqu'il devint roi de Pologne, son père le conjura tendrement de ne pas promettre obéis-> sance au pape. Le roi méditait la fusion de l'Église suédoise avec TÉglise romaine , mais il s'en tint h son propre système religieux , dont il croyait que sa nouvelle liturgie était l'expression la plus vraie. Cependant l'opposition contre celte liturgie avait grandi. En 1576 le roi s'était déjà plaint qu'un prêtre nommé Maurice, du diocèse de Skara, avait voulu soulever contre lui le sénat et la noblesse; le prêtre, après avoir subi la question, fut décapité avec plusieurs de ses complices. Il parut en 1580 une
* • Gum autem ille (rei) per eas litteras vestra beati*^ tudini negotîa sua Neapolilanam commendet, vix est, quod ego de ea re , qu» Justtssima est quoque ad modum eordi est vestrs- beat! tudini , qaidquam ampllus scrlbaro, cum prsserUm non semel ad illustrlssimum cardlnalem Comensem de tota rescripserim. » (Lettres de Possevin au pape Grégoire Xni, Stockholm, 9 octobre 1579.) On en trouve la copie dans les collections de Nordin, dans la bibliothèque d'Upsaia. Pour panenir à l'élection de Sigismond comme roi de Pologne , on céda les droits de Jean sur lo royaume de Naples ainsi que la créance qui lui était due pour la dot de Catherine Jagellonica, et les 125,000 thalers qu'il avait prêtés au roi de Pologne en se ma* riant. (Voyez la Chroni^ du nH Jean Ul, par iEgU dias Girs.)
ordonnance qui frappait de confiscation les revenus des prêtres qui ne se soumettaient pas & la liturgie : celle-ci fut publiée et prescrite sous les peines les plus graves ; les prêtres qui ne voulurent pas céder furent destitués, em* prisonnés ou bannis. Toute opposition à cette œuvre excitait chez le roi les plus violens accès de colère. On dit qu'il se porta même contre un prêtre incarcéré aux excès les plus déplorables ; il le renversa et le foula aux pieds en criant : « Tu marcheras sur des lions et sur des vipères. » Le crime de ce malheureux (c'était mattre ( tnàiter ) Erik Schcpperus , recteur à Stockholm ) , était d'avoir retiré le consentement qu'il avait d'abord donné à la nouvelle liturgie. Une hernie fut la suite du traitement barbare qu'on lui avait fait souffrir. — Tout le pays se ressentait de la persécution , il se remplissait de troubles et de confusion.
Au milieu de tous ces événemens, la d^union entre Jean et Charles faisait de nouveaux progrès. Le premier indice de cette mésintelligence se trouve dans une lettre datée du 16 octobre 1571 et écrite par le roi, qui avait un an auparavant altéré les monnaies : dans ce but , il faisait acheter ou échanger contre les nouvelles pièces les anciennes , qui étaient h un titre plus élevé. Jean prohiba ce commerce y qu'il aurait voulu faire pour son propre compte. Quoique la navigation fut devenue libre par le traité de Stetlin , le roi la soumit t une surveillance active , et pour prouver qu'il était maître de la Baltique , il ne permit pas aux vaisseaux de mouiller dans ses eaux s'ils n'étaient munis d'une licence qu'il délivrait lui-même. Charles fit diriger ses vaisseaux , porteurs de papiers écrits et signés de sa main, à Narva ; le roi ordonna de les capturer, et ils ne furent restitués au duc qu'après une correspondance animée. Le partage de leur héritage, qu'Erik, après l'incarcération de Jean, avait ajourné sous prétexte d'attendre la majorité do Charles, était une source bien autrement grave do discorde entre les frères. Nous avons déjà parlé de la légitimité douteuse des hiens patrimoniaux d'Erik , qui avait permis qu'ils fussent l'objet d'une enquête, permission que la noblesse n'avait pas négligé d'exploiter *, mais il changea bientôt de système et fit des réclamations à la noblesse. On ordonna la continuation des recherches annoncées pendant le règne de Gustave au sujet du droit de la noblesse, de deman-
der la restitution de ces biens. On donnait pour motif que tous les biens dont les familles étaient rentrées en possession contre le texte du recess de Yester&s appartenaient & la couronoe; que c'était pour cela qu'Erik lui-même, en 1564, avait fait rayer des tableaux du cadastre ces biens laissés par Gustave, et les avait fait inscrire comme appartenant à la com^onne. Mais deux ans plus tard tout cela fut changé , et ces terres furent de nouveau déclarées faire partie de l'héritage des Ois du vieux roi. Il paraît que cette nouvelle interprétation ne fut adoptée que pour éblouir et faire passer d^autres prétendons qu'on avait dessein d'élever contre la noblesses Le conseil en fut donné par Rasmus Ludviksson, procureur de la couronne , dans la question de la réduction pendant les règnes d'Erik et de Gustave. C'était l'homme de son temps le plus versé dans les documens du royaume et les généalogies des familles. Il a bien mérité de son pays en laissant des chroniques sur le gouvernement de ces deux rois -, mais il était sans conscience , recevait des deux mains et se vendait au plus offrant. Sous le règne d'Erik XIY , il fut accusé d'avoir falsifié des documens, et il fut condamné À mort'; cependant la sentence ne fut pas exécutée, et il sut encore se rendre nécessaire : il parvint à amener les deux frères à un partage le 27 juin 1572. Ce fut alors que Jean cl Charles s'approprièrent la part du prince Magnus, dont la santé était allércc. Charles était très-mécontent de^son lot; on l'entendit se plaindre que Jean eût retenu quelques milliers d'hemmans , dont cinq cents avaient déjA été donnés à la noblesse. Jean de son côté voulait que tous les hcmmans taxés que Charles avait
> ÏJCê observations qne Rasmus Ludviksson ûi f outre les biens héréditaires que la noblesse avait enlevés à rÉglise se fondent surtout sur celle circonstance » que la première avait étendu ses réclamations au delà du terme de 1454, ou plutôt de 1453, époque i laquelle commença la restitution {râfUi) de Charles Rnulsson. (Voyez la relation d'ômbelm relative aui biens de rÉglise). Nous avons indiqué les circonstances qui avaient déterminé Guslave lui-même à dépasser ce terme.
* Le 36 décembre 1567, parce qu'il avait falsifié rinventalre des biens appartenant aux sefgneursdanoisqni se trouvaient dans le royaume et dont la séquestration avaltété ordonnée. Lorsque le roi investissait quelqu'un d'un bien, U lui arrivait souvent d'expédier na acte de dotation de la même terre é une autre personne. (Voyez le Livre desju^etnenê du rai JÉrik, p. 309.}