‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 119 sur 275 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

achetée des paysan» fussent regardés , s'ils étaient dans le duché de ce dernier, comme appartenant à la couronne, et il agit d'après ce principe.

Ainsi on trouve les terres que nous ayons mentionnées et sur lesquelles le roi faisait été-* ver des bestiaux (afvelsgârdar) < , où Ton entretenait beaucoup de personnes oisives, affermées aujourd'hui comme hemmam royaux , avec droit de propriété héréditaire en faveur du possesseur \ En 1582, quelques prévôts et employés ayant annoncé aux paysans « en rece* vant leurs dons , qu'on leur retirerait les hemmans qu'ils avaient pris à ferme pour les donner à d'autres « s'ils cherchaient plus à forcer la terre à produire qu'é la bien cultiver, o Jean déclara que tous les paysans demeurant sur des bemmans héréditaires ou sur ceux de TÉglise et de la couronne pouvaient en acquérir la propriété absolue en payant une rente annuelle. Cette proposition cependant n'eut pas une grande popularité \ on trouve au contraire qu'elle cxcila la défiance des paysans : d'abord, parce qu'il fallait payer comptant^ ensuite, parce que les conventions de celte nature avec la couronne n'offraient pas assez de garanties. Les paysans avaient bien Jugé. Une fois parvenu au pouvoir, Charles ne suivit, quant aux biens héréditaires , d'autre règle que les cadastres de son père et il s'appropria ainsi tous tes biens vendus et même ceux que la noblesse s'était fait adjuger par jugement.

Les droits du roi et ceux des princes devaient produire d'autant plus sûrement des sujets de eontestalion, que celte matière avait été déjà très-embrouillée du temps de Jean. Il avait publiquement désapprouvé, en 1561, les restrictions apportées la même année au pouvoir des princes , et dans l'énuméralion des griefs sur lesquels on fondait la déposition d'Erik , les articles d'Arboga avaient été qualifiés de durs et d'insupportables. Dans la confirmation que Charles avait reçue bienlAt après pour son duché , il est dit qu'Erik avait imposé à ses firères des conditions contraires au

* Elles sont ainsi nommées parce le roi les euUîvaît arec des bestiaux élevés sur ces terres même. Oo voit que lesprétrcs furent obligés de prendre des Teanx pour les élever dtns leurs terres. Pour le eouronnement du roi Jean, on demanda le relevé de tout le bétail que possédait le clergé de l'Upland. (Voyex les Archivée du foyawvMdu 12 novembre 15S9.)

* Voyez les ^reA<vf« du roffauPMt iuln 1(70.

testament de leur père. Ce furent ces réclamations qui firent réintégrer le prince Charles dans tous ses droits. C'était à lui que Jean devait en grande partie la couronne \ il était donc difficile au nouveau roi, dans de telles conjonctures, de ne pas permeltre une interprétation du testament favorable aux intérêts de son frère : aussi le roi ne refusa-t-il pas de lui faire des concessions particulières. En compensation de l'argent que le père avait laissé, Charles reçut 5,000 marcs d'argent en lingots *, son duché s'agrandit des districts de Yassbo et de Yalla en Ycstrogolhie, de plus le roi lui confia en en 1571 l'administration de toutes les possessions suédoises en Livonie. Mais Charles deman* dait à être indemnisé pour tout le temps qu'il n'avait pas joui des revenus de son duché , et s'il se relAchade ses prétentions, il n'en fut que plus opiniâtre à demander le gouvernement de la pféfecture et le ch&teau de StrOmsholm , comme Gustave l'avait ordonne de vive voix : d'ailleurs, d'après le testament, celte préfecture appartenait à son duché. Il est vrai que Charles reçut des indemnités en argent , mais il insista pour que ses droits fussent rigoureusement re^ conniis, et il finit par menacer le roi de les faire valoir par les armes ; il alla une fois jusqu'à faire saisir toute la recette du district qui conn posait le làn de StrOmsholm * . La mission qu'on voulait lui confier en Livonie éveilla en lui lo soupçon qu'on voulait se décharger sur lui de tout le fardeau de la guerre contre les Russes et le rendre responsable des événemens ; aussi ne se pressa-t-il point de s'y rendre. Le roi, dont toutes les négociations révèlent les embarras financiers, lui proposa de lui vendre une partie de ce pays, qu'il fallait préalablement arracher des mains de l'ennemi qui l'oc^ cupait*. Mais quand la fortune de La Gardie y

* Charles avait reçu les districts de Vassboetde Valla comme nne indemnité pour StrOmsholm.Des différends relatifs k Tynnelsd , qu'il réclamait en s'appnyant du testament , semblent avoir fait revivre la question de StrOmsbolm.

* Mémoire au roi, envoyé parSven Elofsson, scerétaire de Charles. fVoyez les Archives du royaume du 4 mai 1574.) Le 36 mai 1581 , Il offrit au duc, comme fiefs de la couronne de Suéde, Narva, Lode» Léai, Pernau, Hampal, < si Ton pouvait les conquérir. » Le due devait 7 Jouir des mêmes droits que dans son duché. Bientôt après, avant la fin de l'année , Charles HenrikssoD Horn et Pontus de La Qardie s'emparèrent de Lode , de Léal , de Vichel , de Hapsal , de Ifarva, de Wittensten et de toute ringrlCi ainsi que des fhrte<*

eut fait triompher les armeê de la Suède, il n'en voulut plus entendre parler. Lorsque Jean rechercha la couronne de Pologne, comme un moyen de faire cesser la contestation relative à la possession de la Livonie, Charles lui proposa de la lui livrer comme fiefde la Pologne '. Le roi reçut mal cette proposition , et il craignit même pour sa sûreté personnelle, croyant son frère prêt à prendre les armes contre lui. Ainsi la Livonie était une source de querelles entre Charles et Jean, comme elle Tavait été jadis entre Jean et Erik.

Le testament de Gustave était rempli d'obscurité sur la question des droits royaux et surtout pour ce qui concernait ceux des princes. D'un côté, il est bien dit que ceux-ci n'ont pas le droit de se séparer , non plus que leurs fiefs , de la couronne de la Suède , et qu'ils doivent rester fidèles au roi et lui fournir autant de soldats qu'il leur sera possible; ils sont même appelés sujets. Mais d'un autre côté, le roi dit que les duchés doivent leur être livrés avec leurs appartenances et revenus, « tels que nous et la couronne les avons possédés, sans aucune exception ; » et il ajoute : « Nos chers fils, nonseulement celui qui monte sur le trône, mais aussi les princes et leurs descendans, ne doivent entreprendre, décider ou résoudre aucune affaire d'où puisse dépendre le salut du royaume, tels que questions de guerre ou de paix, alliances, traités ou autres choses qui intéressent rÉtat, sans avoir préalablement reçu les conseils et l'assentiment des principaux des étals et sans que tout se soit fait d'un accord unanime. » Il est biendifliclle de désigner une corégence en termes plus clairs , d'autant plus que chaque frère avait le droit de prendre un parti s'il en prévoyait un plus grand avantage pour

resses qui la couvraient. Jean en avertit Charles et lui demande de nouvelles troupes, mais il n'est plus ques- Uon de l'offre quMl lui avait faite.

* Lettre expédiée à Jean par Sven ElofBSon, secrétaire de Charles. (Voyez \ùSj4rehives du due Charles, 1574.) Charles ne pensait pas à ses intérêts seulement, comme le prouve une autre proposition i Jean, en 1592, pour mettre un terme aux différends avec la Pologne au sujet de la Livonie, de sorte que Sigismond reçut ce que la Suède y possédait sous la suzeraineté de la Pologne et eomme possession héréditaire ; cependant un roi de Suéde ne pouvait prendre le Gef qu'en qualité de duc de Livonie. Ce moyen était plus avantageux que la guerre qu'on craignait avec la Pologne au sujet de cette province. (Voyei lof Archivée du royaume de IW2.)

le royaume et que le temps manqu&t pour une délibération en commun. Le vieux roi exhorte, prie ses fidèles sujets et leur ordonne même d'entretenir la concorde parmi eux. Les princes doivent répondre devant les états et tous les habilans de la Suède de leur gestion , et s'il s^élève quelque différend entre eux, ils doivent le faire juger par les principaux Suédois qu^ils auront choisis. En un mot, Gustave Wasa, flattant entre la crainte et l'espoir, et éclairé par les pressentimens de l'avenir, comme cela arrive souvent aux esprits de cette trempe , c<mfia à tous ses fils le soin d'achever son ouvrage , et le temps n'était pas éloigné en effet où le plus capable devait seul en être chargé.

Charles agit toujours comme si cette responsabilité commune créée par le testament existait par elle-même-, il envoya à Jean ses lettres dans lesquelles celui-ci le qualifiait de prince héritier de son royaume', en disant que « la Suède n'était pas plus la possession particulière de Jean que celle des autres princes héréditaires. »

La question la plus importante par ses rèsultatsfutcellede savoir « si Téquipement des cavaliers dans le duché devait être aux frais du duc ou aux frais du roi. )>

Le roi avait considérablement modéré cette charge d'équipement, et presque jamais il ne passait de revues (vapensyn). U offrit à la noblesse d'acheter l'exemption définitive pour de l'argent *, mais cette proposition n'eut pas de suites. Il lui reprocha de s'emparer des rentes des hemmans, qui étaient destinés à entretenir les cavaliers de la couronne. On a des exemples de paysans qui, sous son règne, ont acquis les droits des terres seigneuriales; mais en général, il veillait si sévèrement aux privilèges de la noblesse, que des biens apportés en dote aux roturiers par des femmes nobles furent déclarés acquis à la couronne. La position de la noblesse vis-à-vis des princes héréditaires a provoqué en Suède le premier examen des rapports des pouvoirs de l'État entre eux, et l'ouvrage d'Erik Sparre, Pro rege, lege et grege • , est le premier écrit

* Tous les ados de succession de Gastave constatent que les droits qu'on appelle regalier sont maintenus au roi et à la couronne. On dit que cet écrit a été imprimé ; mais d'après ce qui est parvenu à ma connaissance, personne, pas mémeWarmhoItz, ne Ta vn que [ manuscrit, — trlk Sparre, né en 1660, était ûls de

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