‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 120 sur 275 · CHAPITRE Xn. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn. i

sur la constitution suédoise. La pensée princi* paie : « Qu'est-ce que le droit légal du roi avec le consentement du peuple ? » n'existe encore qu'en germe ^ on la voit poindre, cependant, telle que Ta comprise un des plus grands seigneurs de la Suéde et en même temps le plus instruit.

L'auteur, qui parcourt toutes les résolutions prises pendant le régne du roi Gustave, au sujet de la succession *, clierclie à prouver que ni celles-ci, ni les litres de ûefs des ducs , ni le testament du roi ne confèrent ni ne peuvent conférer aucun des droits ou aucune des attributions (regalier) qui appartiennent à la couronne, parce qu'une telle cession était contraire à la Loi stiédoise. C'était déjà le gant jeté au roi par la noblesse et ramassé cent ans plus tard par Charles XI -, le combat s'était engagé en quelque sorte dés le régne de Jean , et la lutte avait pris une tournure imprévue. Les principes mis en avantsëduisirentd'abord le roi, malgré leur couleur aristocratique. Cet écrit n'était qu'un plaidoyer en faveur de son ordonnance des droits royaux sur le duché, ordonnance publiée à la diètede 1582 \ il la Ot confirmer par le sénat et la noblesse, approuvant ainsi la conclusion d'Erik Sparre, que l'acte de succession et le testament à l'avantage des princes, eussent-ils empiété sur les droits. Il appartenait à celui qui avait fait la loi de l'expliquer, c'est-à-dire au roi, mais avec le concours du sénat et de la noblesse. Qui devait décider d'ailleurs dans de semblables questions ? Les rois Christian et Charles ne s'élaient-ils pas présentés à Kalmar devant le tribunal du sénat ? — C'était l'exemple qu'on offrait, mais il était dangereux. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les attributions de la

Lars SiggessoQ SparreJ riksmarsk, ami et frère d'armes de Gaslave.Il fut sénateur el vice-chaDcelier en 1582. C'était certainement le plus instruit des nobles de ce temps. Il correspondait avec les s«iYans étrangers, surtout avec Daniel Chytneus, qui a employé pour son Chranicon êoxoniœ les renseignemens que Sparre lui avait communiqués. Le roi Jacques II d'Ecosse nomma Erik Sparre baron, i cause de ses talens et de sa parenté avec la maison royale. II en avertit le roi Jean dans une lettre en date du 23 juin 1583. Lorsque Jean, en 1590, flt emprisonner Sparre , celuI-cl déchira en sa présence son diplôme de baron écossais.

' Il parle avec étonnement des premiers actes de succession d'ôrebro , en 1540, comme étant faits sans TassenUment des étals. Il les dépeint comme exécutés avec des cérémonies étranges inventées par un enthousiaste plein de légèreté, Conrad do Pyhy,

couronne (regaUer)^ en Suéde, sont expliquées par le droit fédéral d'Allemagne , ou la Loi des empereurs j comme on l'appelle. La noblesse du duché, dans la question de l'équipement des cavaliers , est comparée à la noblesse inmiédiate de l'empire , qui ne doit porter les armes que pour le chef de l'empire, quoique demeurant en partie sur des terres qui appartiennent  des princes régnans. Ce qui ressort évidemment de cet écrit , c'est que l'auteur a voulu élever les principaux nobles sur la même ligne que les ducs , autant qu'il était possible ^ nuiis le dessein d'Erik était d'abaisser ceux-ci au niveau des nobles lorsqu'il créa en Suéde des comtes et des barons avec des fiefs héréditaires. Il y a un autre livre non moins remarquable, qui peint la noblesse suédoise de cette époque, c'est VOEconomia , ou livre de ménage pour les Jeunes nobles ' , composé par le comte Pierre Brahe , ancien drots de Suéde ^ il s'exprime ainsi sur le but qu'il s'est proposé : a Grand nombre de personnes, chez différens peuples , ont bAti des systèmes divers pour donner aux enfans des seigneurs une éducation solide et savante , qui pût se terminer avant leur Age mûr, afin qu'ils fussent en état de gouverner leur maison et de diriger leurs hemmans \ comme nous n'avons dans notre langue aucun ouvrage de ce genre (ce qui a malheureusement été cause qu'on a négligé l'éducation de beaucoup de jeunes nobles qui , instruits avec soin, auraient pu acquérir une grande autorité dans notre patrie ) , j'ai entrepris d'en faire un bref cl simple , de sorte que ceux qui ont envie de s'instruire sans y employer beaucoup de temps puissent le parcourir promptement et retenir néanmoins ce qu'il renferme d'essentiel. Chacun y igoutera ses réflexions selon sa capacité ou ses besoins. » L'auteur conduit son élève dans toutes les circonstances de la vie , dans les voyages , & la cour , à la guerre , dans les emplois civils , enfin jusqu'à l'autel et dans son intérieur. Les préceptes moraux qu'il trace sont tirés de la sainte Ecriture et des ouvrages des anciens Romains; il prend ses

■ Imprimé à Wisingsborg (château de Pile de WisingsO , dans le lac Wettern), en 1687, par les soins de son peUt-fils pierre Brahe le cadet, qui était drots luimême. Les Jésuites de Stockholm, dans les lettres quMIs écrivaient k Rome, disent du vieux comte Peder (Pierre) Brahe : « F'ir ad catholicam religionem valde propensui. b il existe des letU^s qui lui furent tdrassées par le cardinal Hosius,

conseils pour rëcotiomie domesticiue dais des proverbes et des axiomes encore vivans dans la bouche des paysans suédois. Il peint Fancien seigneur dé Suède au milieu de ses domestiques, de ses sujets, de ses champs, de ses prairies, occupé de soins divers, suivant les saisons et les jours, depuis le lundi, lorsqu'il rend lui-même la Justice dans sa grande salle d'audience, quMl examine toutes les affaires portées devant lui et qu'il règle les travaux de la semaine, Jusqu^au dimanche, où il entend la messe et le sermon , étudie la sainte Écriture et enseigne & ses serviteurs les préceptes qu'ils doivent pratiquer pour arriver à une conduite Irréprochable. Ce livre moral respire une simplicité toute patriarcale. L'auteur était neveu de Gustave Wasa , et il a légué avec respect et admiration le portrait de ce grand homme À la postérité ; cependant il n'a pas caché le désir qu'il éprouva de voir revivre le vieux bon temps de l'Union de Kalmar. Suivant lui, ce fut d'abord par la tyrannie do Christian que dispahirent ces Jours Tortunés qui ne sont plus revenus; 11 plaint la noblesse, qui n'a plus qu^un faible sourenir de sa prospérité passée. Voici ses propres paroles : u II y a peu de personnes qui se rappellent le temps où les seigneurs, nobles ou prélats , régnaient en rois sur leurs paysans, où chacun équipait des cavaliers suivant son bon plaisir ou sa commodité , où l'on avait le temps de s'armer et de se préparer à la guerre dans le cas môme où il fallait franchir les IVontièrcs. La couronne indemnisait le cavalier pour les accidens qui pouvaient survenir à lui ou à son cheval. Alors les sénateurs et les grands seigneurs Jouissaient de revenus considérables, tant de la part du gouvernement que de celle du pays môme; ils avaient la juridiction des juges de district et des sénéchaux. — Depuis soixante ans, dit-il ( et il faut remarquer que c'est àparlir de la première année du régne de Gustave I*'), nous sommes privés de ces droits, et Téquipcment des cavaliers a eu lieu arbitrairement à différentes époques jusqu'à ce qite le roi Jean ait restreint celle obligation cl donné sa parole royale que tous les Suédois et surtout la n(ri>lesse seront satisfaits de son gouvernement. Les privilèges de ce roi ainsi que les anciens droits èlàienl assurément bien précieux, mais ils ne pouvaient cmijèchcrla chute de la noblesse depuis que le luxe introduit et mis en honneur par le tyran Erik avait

rendu le service' de la cour plus coûteux. Aujourd'hui, conlinue-t-il, les pieds et les mains doivent être emprisonnés dans la soie et le velours ; la magnificence éclate dans le costume des femmes ; les tables sont chargées de vins délicats, de fruits étrangers , de mets recherchés ; puis l'étiquette veut qu'on ait des serviteurs habillés à la manière allemande, quoique nos revenus ne répondent pas à ces dépenses , surtout depuis que les domaines des nobles se divisent par le partage entre leurs héritiers. Il est impossible qu'à la longue la noblesse ne perde pas sa puissance. »

Nous laisserons de côté les démêlés peu importans du roi et du duc ( celui-ci par exemple ne voulait ni* se soumettre pour ses villes à payer le droit de douane exorbitant imposé par le roi, ni acquitter les contributions de son duché sans y avoir préalablement donné son consentement), et nous porterons notre attention sur les graves questions qui furent agitées. De ce nombre était celle du droit de rendre la juslice ^ Charles le réclamait pour son duché dans les affaires civiles et dans celles de l'Église. On voit ici la noblesse intervenir entre les parties. Un comte pouvait nommer le Juge de diêlricl dans son comté : le roi refusa positivement à son frère la nomination de sénéchaux dans son duché. Il est vrai que la législation était entre les mains de la n(Â)lesse , qui considérait les places déjuges comme sa propriété; elle levait aussi des impôts sur ses vassaux , et ces anciennes coutumes avaient été confirmées en grande partie par les privilèges du roi Jean. Les grands seconduisaienl en souverains dans leurs châteaux, et le duc Magnus de Saxe, dans son fief situé en Upland ^ ne fut pas le seul seigneur qui traita les paysans ù peu près comme des serfs cl qui brava le roi lui-même. Des hommes tels que le comte Axel Lcyonhufvud se permettaient tout vis-à-vis de la couronne, de leurs vassaux et même de ceux qui ne l'étaient pas*. Charles pensait autrement que son frère , et le roi fut obligé de lui rappeler que les privilèges de la noblesse étaient aussi en vigueur dans le duché*. Mais si Tharmonie était rompue entre

« Voyez Fryicll, Beràtteîser { svensKa hisforien , IV dcls.

' Discours du roi à Toccasion de la réponse du duc Charles sur les arUcles à lui communiqués par le sénat, août 158G. (Voyez les Archice* du règne de Juan,) —Charles, le 16 mal 158C, écrivait à llogenskild njelkc : « Malgré les privilèges que mon

GHAPITKE XII.

les deux frères au sujet de la Juridiction civile, comment aurait-elle pu subsister lorsqu'il sV giftsait de TEglise ; que Jean exigeait avant tout que Charles se soumit aux innovations qu'U avait introduites dans le culte , et que Charles répondait qu'il ne céderait sur rien de ce qui porterait atteinte à la base fondamentale de la religion telle que son père Favait posée, qu'enfin il n'oublierait Jamais que ce dernier l'avait Gonflée, par son testament , à la garde des rois de Suéde ses successeurs ? — Tous les efforts du sénat pour rapprocher les deux frères furent infructueux. Le roi ordonna le rétablissement de la liturgie dans toute l'étendue du royaume-, le duc en proscrivit l'usage dans son duché : il voulait s'en tenir aux réglemens de l'Eglise de 1Ô71. Il était soutenu par son clergé-, il accueillit et employa les victimes de leur persévérance dans la doctrine de Luther, « parce que nous tenons à la religion qu'ils professent, » écrit-il au roi '. L'évêque do LinkOping , destitué par Jean , fut nommé par Charles curé de NykOping. Les théologiens d'Upsala , dont cinq furent persécutés et emprisonnés , obtinrent la protection spéciale du duc, et l'un d'eux, Petrus Jonse, fut promu par lui à l'évêché de Strengnâs. Tous les membres du clergé de la capitale, qui s'étaient opposés à l'adoption de la liturgie , ne purent se soustraire à la colère du roi qu^en cherchant un asile auprès du duc ^ et le plus véhément d'entre eux, Abraham Ângermannus, que le roi voulut un Jour arracher de vive force des mains de son frère , fut envoyé aux frais de celui-ci en Allemagne, et il y publia ses brochures contre les innovations du roi Jean *. Beaucoup de ceux qui avaient donné

frcrc a accordés à la noblesse et que moi -même j*8i confirmés, vous et beaucoup d'autres vous cherchez encore A en créer de nouveaux. Les privilèges de la noblesse De eonUennent pas un mot qui dispense les paysans de coniribiier au soulagement des charges de rÉlal. »

* Lcltre du prince Charles au roi , pour solliciter la grAce de Petrus Jonae et celle d'Abraham Ângcrraan- Bus, eo date du 4 octobre 1581. (Voyez les Archives du royaume relativement an duc Charles. )

* Le 2 juin lâ87, le duc Charles écrivait à Abraham départir pour Wittenbcrg, Leipzig et Helmstadt, à reflet de recueillir l'avis des théologiens sur la liturgie. Dans une lettre da 13 avril 1581, le duc approuve la conduite sage et chrétienne du clergé du diocèse de Strengnas , qui envoyait des personnes capables en Allemagne pour étudier, puisqu'elles ne pouvaient se procurer une bonne instruction en Suéde cl que les persécatloos leur eo rendaient le séjour dlfflcllc.

leur consentement aux changemens introduits dans le culte le retirèrent quand ils crurent découvrir dans la conduite du roi le désir d'implanter la religion catholique en Suède, On fit courir le bruit que Tarchevèque Laurentius Pétri Gothus et plusieurs autres partisans de la litiu'gie étaient morts dans le plus grand repentir. On vit des prêtres avec des femmes et des enfans chercher un refuge auprès du prince Charles. En 1S87 la guerre civile était sur le point d'éclater ; elle ne fut conjurée que par la déférence de Charles presque sur tous les points lorsqu'il se réconcilia avec le roi à Yadstena : il laissa à la décision du clergé tout ce qui touchait à la religion ^ un synode tenu é Strengn&s condamna la liturgie. Le roi, furieux^ qualifia dans une lettre les prêtres de bêles ignares, de tuppàU de Satan et membres de l'enfer^ qu'il déclara mettre hors la loi dans tout le royaume*.

Le Livre rouge (on appela ainsi la liturgie de Jean ) a sans doute accéléré le sort d'Erik XIV ^ il donnait aux divisions de Jean et de Charles la tournure .la plus f&cheuse. On vil dans le dernier le défenseur de la religion , la colonne de Védifice élevé par son père : il Tétait en effet, et il agissait en conséquence. La querelle qui divisait les deux frères n'était autre que celle qui divisait le monde : que Jean chancelât , sa cause était perdue, mais non celle de son frère, qui, la lutte une fois engagée , avait un fonds d'indépendance assez fort pour le trône qui devait un Jour sauver le protestantisme en Europe '. — Nous touchons aux symptômes d'une révolution qui doit se porter au loin dans toutes les directions et qui doit fixer le sort de la Suéde \ beaucoup de victimes tomberont de part et d'autre : la mort les choisira surtout parmi ceux qui auront bâti leur édifice sur l'abtme qui va s'ouvrir.

Leur conduite est remarquable en ce que

* Lettres patentes contre le clergé du duché de Raimar, \% février 1588, imprimées dans les supplémens à la Chronique rimée de Charles /AT, p. 203. On voit dans les articles relatifs à TÉglise que lo duc décréta à Ôrebro en 1586 que la partie de la dime dont on n'avait pas disposé devait être appliquée à Tenllretlen des étudians , et que les veuves des prêtres devaient Jouir des revenus de la paroisse une année après la mort de leurs maris.

* Ceci n'a point besoin de note : il n'est que trop vrai que Gustave -Adolphe a rendu d'émtn^ins servicos au protestantisme. [lYote de Vélileuri)

l'histoire noué là représente toujours invariable : sans indépendance, ils cherchent un appui dans réquilibre factice de Torccs opposées^ sans conviction qui leur soit propre, ils semblent vouloir construire en recueillant au hasard quelques principes et des conclusions controuvées ^ et lorsque cette conduite n'a pour se soutenir aucun appui intérieur , ils remplacent ce qui leur manque par une grande opinion de leur personnalité. Au reste Tincohérence de leurs vues résulte de leur fausse position \ leur politique saute aux yeux : de bons moyens avec un but mauvais, ou un but louable avec de mauvais moyens. — C'est la génération qui mûrit des révolutions et qui s'en étonne.

Quels projets étonnans Jean ne fonda-t-il pas sur le système qu'il avait embrassé ? Et il n'était pas le seul & caresser de chimériques espérances. Son conseil se berçait-il d'illusions moins exagérées quoique dans un autre sens ? Les grands pouvaient-ils oublier qu'on avait une nouvelle Union en Suède ? Et celte couronne de Pologne qu'on avait eue si longtemps en perspective dans la maison de Jean *, on la saisitenfin. Les seigneurs, qui avaient travaillé à ce résultat, avaient les yeux fixés sur les avantages que leur offrait l'avenir dans l'absence d'un roi séparé de ses sujets par la religion. L'ancienne hiérarchie serrait ses rangs ^ les aristocrates étaient â leurs postes pour fonder leur puissance avec ou contre elle. La Pologne n'était-elle pas un royaume électif? Que ne serait-ce point si la Suéde reprenait cette forme ? •— Les Polonais appelaient toujours Sigismond roi de Suède par élection.

Jean, à la fois inconstant et opiniâtre, faible et violent, laissa prendre trop d'influence à ceux qui l'entouraient. Une année s'était à peine écoulée depuis que Catherine Jagellonica avait quitté la terre, et le roi, pour dissiper ses tristes pensées, comme il le dit lui-même , avait déjà jeté les yeux sur les filles du pays. Son choix à la fin se fixa sur Gunniia Bjclke, âgée de seize ans, fille du sénateur Jean Bjelke. Ses noces furent célébrées avec beaucoup de

* Gomme le roi Jean intriguait par lui-même pour le trône de Pologne, le sénat, dans un mémoire en date du 14 avril 1673, émet l'opinion que tous les cfTorts devaient avoir pour but de faire tomber l'élection sur sa majesté elle - même. ( Voyez les u^rchives du royaume,)

solennité, au chAteau de Testeras , le 2 1 février 1585. La nouvelle épouse exerça une influence toute nouvelle, et les catholiques sentirent qu'ils avaient perdu leur appui : la jeune reine favorisa leurs adversaires * pendant que le roi tâchait de marcher entre les deux partis, mais il ne marchait que par saccades. Celte union l'avait brouillé avec toute sa maison. Les enfans de son premier lit, Sigismond et Anne, ne pouvaient voir avec plaisir l'ancienne dame d'honneur de leur mère, aujourd'hui leur belle-mère et leur reine. Les sœurs du roi exprimèrent énergiquement leur mécontentement dans les lettres qu'elles lui écrivirent. Les réponses qu'elles reçurent étaient conçues en termes encore plus violens. Charles, qui s'était opposé h ce mariage, n'assista pas aux noces. Le sénat et les anciennes familles , avec lesquelles Jean se lia pour lors plus étroitement , jaugmentèrent en crédit.

Ce changement de situation forme l'objet des plaintes améres de Charles a sur de faux amis ;i} il se manifeste d'ailleurs par les soupçons toujours croissans entre 4es deux frères , soupçons qui furent poussés si loin que Jean , dans un voyage en 1585, étant obligé de traverser le duché , le fit avec autant de rapidité que s'il avait craint d'être arrêté*, et de l'avis du sénat il ne permit pas à son fils de chasser^, parce que le prince Charles pouvait lui tendre des enibûches. J^e duc , de son côté , ne voulut pas se rendre sans sauf-conduit à l'entrevue de Yadstena au mois de février 1587. Dans une autre occasion , il avait dit qu'il ne fallait pas s'étonner d'une telle prudence, parce qu'il éiait accusé d'avoir porté atteinte aux droits de sa majesté {regalier)^ « crime que les frères, comme le prouve l'histoire , n'ont jamais pardonné à leurs frères, ni les pères à leurs enfans.^ » Celle liaison avec les grands donnait momentanément ' à Jean assez de force pour qu'il pût dicter la loi  son frère dans cette entrevue, excepté pour ce qui concernait la religion.

Cette influence n'est pas moins sensible dans l'élection du roi de Pologne. Les premières

* « Adversarii Gunilam habuerc palronaro , ut catholîcl priua Catharinam. (Messénius» VU, p. 73.)

' Charles reproche ces soupçons au roi dans une de ses lettres.

» Werwing, 1. 1, p. 55. Charles avait coutume d'envoyer i Sigismond des chiens de chasse.

* Réponse i Jean en date du 10 septembre 1575. (Voyez les Ar^hivu relatives au duc Charles.)

Page 1