‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 122 sur 275 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mine située près de Nora et qu*il avait achetée de quelques mineurs ■. Le duc, au conlraire , favorisait Finduslrie des particuliers de son duché. Il écrivait aux paysans du Yermland , en 1581 : « Dieu a déposé dans le sein de vos montagnes des minerais de toute espèce ; mais on n'en connatt pas encore bien les gisemens. Peut-être aussi nos sujets craignent-ils qu'on leur en refuse la concession ou qu'on augmente leurs impôts. Loin de là : le duc promet à quiconque découvrira des filons la permission de les faire valoir, en payant ladlme*.n II suivit le même principe dans Téconomie des forêts ; on peut s'en convaincre en lisant les lettres qu'il écrivait à ceux qui désiraient établir des hemroans dans les déserts du Yermland : il leur permit de les garder en toute propriété, en payant une rente >. Quant à la culture de cette province, après le roi, à qui la saga attribue le défrichement des terres , Charles est celui qui a le mieux mérité du pays, et il est le véritable créateur de ces mines. Il attira les Finnois afin qu'ils fondassent des colonies dans le yermland*, il donna son nom aux contrées de Karl- $koga{toréiè de Charles), Jadis sauvages, sur les bords du lac Môckeln , où des étables éparses étaient les seules habitations. Karhtad^^ la première ville du Yermland, fut fondée par lui, et les vieillards de cette province , un siècle après sa mort , ne le désignaient encore que sous le nom de Grand-Charles. Comme duc, il veilla

' Voyez les Arehivet du royattme.

* Nykôping, 28 Juin (Archives du due (Parles pour Tannée 1581).

* Tingvalla, 2 norembre 1582. (Voyez les Archives du royaume,)

* Dans rile de Tingralla. Elle a denx grandes foires : l'ane, pendant Tété, appelée persmêssan; l'autre, nommée fasting, le second dimanche de carême. Cette ville reçut le double privilège de faire le commerce aux mines du Vermiand et de naviguer sur le lac IVeltem. Avant la fondation de Karlstad, ce commerce n'était permis qu'au port de Varnum (aujourd'hui CftmfintfAamn). En 1589, le duc nomma Andréas Laurentii recteur de l'école de Karlstad et surveillant de celles de Strengnas, de Nykflping et de Mariestad. Il accorda des privilèges vraiment royaux à Philipstad, qui était une ville de mines. Dés 1581, il permit de faire chaque quinzaine, le samedi, auprès de l'église , le commerce des mines de Fernebo. Avant de fonder Karislad, il avait le projet d'élever une ville dans la paroisse de Bro, dans le Vermiand ; il avait même désigné les champs et les prairies qui devaient servir à son emplacement, le H Janvier |582. (Voyez les archives du royaume,) ^ !

à rinstruclion publique, qu^il devait , comme roi , restaurer suivant les principes prolestans* Ce que Jean voulait faire pour renseignement et ce qu'il exécuta en partie se rattachait exclusivement à ses plans de réforme et tomba avec eux. Jean fut le premier des rois de Suède qui encouragea lesarts^ il avait à sa cour plusieurs artistes étrangers. Il fit beaucoup de constructions ; mais ses sujets trouvaient qu'elles leur revenaient trop cher.

Nous avons peu de choses à dire sur les pro*grès de Tindustrie pendant son règne. Les revenus des mines d'argent baissèrent et ne reprirent un peu de vigueur que vers le commencement du siècle suivant. Le roi se plaignait de ce que laj fabrication du cuivre, du fer en barres et du fer d'Osmond était très-défectueuse, d'où il était résulté une dépréciation de ces produits à l'étranger *. Ses plaintes furent encore plus fréquentes sur la baisse du numéraire, pendant qu'il altérait lui-même les monnaies d'or et d'argent. Il remit en circulation les Uippingar^ monnaie de détresse, déjà mal famée, qui avait été abolie en 1575 et qu'il rétablit en 1589. On écrasa de prohibitions le commerce des campagnes {landêkôp) pour favoriser celui des villes : la noblesse en effet s'en saisit \ elle accapara souvent au nonà de la couronne les productions du sol, qu'elle faisait transporter par les paysans jusqu'aux côtes, où elle les échangeait contre des cargaisons entières de marchandises étrangères qu'elle vendait ensuite, encore par voie d'échange, dans les campagnes. Des membres du sénat çux-mèroes, des préfets, des gouverneurs, des sénéchaux et d'autres membres de l'administration civile * se permirent un pareil trafic. C'était une légère compensation pour les bourgeois que l'établissement deréglemenssomptuaires. Il y mit tant de sévérité que^ le 27 mai 1589, il imposa l'entretien d^un fantassin à tout bourgeois qui laisserait porter à sa femme des robes de soie et des collets de velours >.

■ Il y avait déjà a Finsp&ng une fonderie où Ton flb briquait des piques, des bêches, etc. Pour son voyage de Pologne, Sigismond prit SOO skiffunds de cuivre. Une partie des canons danois qui devaient être payéa en argent, suivant le traité de Stettin, le furent en fer.

* Voyez la défense de 1588 et la réponse du roi , sur les plaintes du sénat, à Beval.

' Le foi ne voulait pas Refendre aiiY feiiimes de

HISTOIAE D£ SUEDE.

Partout dans le royaume on remarque autant de désordre et de malversation qu'on aperçoit d'ordre, d'activité et d'économie dans l'administration du duché. En 1585, le sénat fut obligé do faire des remontrances au roi : elles portent que la confusion régne dans ses ch&teaux ; qu'il y a 1& beaucoup trop de gentilshommes de la chambre , de domestiques , de palefreniers et de trabans qui se traînent avec leurs femmeset leurs enfans à la suite de la cour et sont à grande charge au pays^ que les revenus de l'État sont gaspillés et les comptes em^ brouillés \ que la Finlande n'est pas encore cadastrée , et qu'on a abandonné les opérationi commencées dans le reste du royaume * \ que les domestiques du roi, du duo Charles et de la noblesse s'adonnent au commerce, au grand détriment des villes ^ que le roi occupe trop d'architectes et à trop grands frais, vu le nombre de belles maisons que possède déjà la couronne ] qu'il s'est glissé do nombreux abus dans la distribution des fiefs , et que beaucoup de personnes indignes en ont été investies. Le sénat demande que les ordonnances publiées par le roi restent en vigueur , et que oelui-ci ne révoque pas ce qu'il avait une fois résolu*. Jean reçut très-mal ces remontrances; il démontra suivant son opinion qu'il fallait d'abord assurer les droits de la couronne , parce qu'il était obligé, pour faire face aux frais de la guerre, de reprendre toutes les dotations faites & la noblesse et môme au sénat. Les menaces commencèrent à gronder dès 1584 > ; elles furent renouvelées en 1586 et en 1588, alleignirent enfin les sénateurs, qui tombèrent en dis-

bourgcbls de porter leur ancien costume , le collet , le manteau cl le ctiopeau conique , ainsi que les Jupea plissées. L'autre mode appartenait aux femmes nobles.

* Le 30 mal 1584, on avait ordonné le renouvellement du cadastre, parce que les rentes de la couronne s'étaient aflTaiblief. ( Voyez les archiva du royaume.)

' Délibérations du sénat pendant le rtgne de Jean III. (Voyez les Archiver du royaume.)

> Voyez les Archives du royaume pour ces deux, années. — I.a réponse du duc Charles aux plaintes élevées à Reval par le sénat et la noblesse prouve qu'en 1590, on n'en était pas encore venu à l'exécution: «Les revenus du roi ne suffisent pas, dit-il, parce que les provinces du royaume Tormcnt des dotations ; si l'on en a moins donné à ce litî'fe pendant ce règne-ci, on en a donné davantage en possession perpétuelle » (Voyez Wcrwin|, t. 2, p. 76 et 78.)

grftce d^ns Ven^rç\^(i que Jean çul ovec son Ois À Reval.

L'impatience de revoir ce fils, Tennui, les tracas de Tadministration des aiïaires d^Éfat aigrirent de plus en plus l'esprit du roi ^ cependant la haine qu'il portait au sénat lui inspirait le désirde se donncrplgs que jamais Tair de gouverner^ il portait si loin celte vanité qu'il avait la clé du trésor et qu'on ne pouvait exi)édier un courrier qu'après que Jean lui avait remis lui-mCmo l'argent nécessaire. On se plaignait en même temps de ce que les sommes réservée^ pour la solde des troupes se fondaient en superbes conslrt^ctions et en vases précieux. L'administration était abandonnée par le fait aux employés subalternes , à des aventuriers ^ et autour du roi se forma le gouvernement des secrétaires, qui devint assez fameux plus tard sous des rois amateurs de despotisme. GOran Pehrsson peut être regardé comme le fondateur de celte société, et son flls Gôran Ériksson Tégel, fnalgré le rang qu'il occupe dans l'histoire de sa patrie, partagea les vices de sa famille. Jean Henriksson, Olof Sverkersson * et leurs semblables acquirent, au milieu des discordes sanglantes qui suivirent], une Irisle influence et une boatcusq célébrité.

Dans l'automne ^o 1588, on commença à parler d'une entrevue qui devait avoir lieu l'été suivant, à Reval, entre Jean et Sigismond. Les deux rois s'expédièrent des messagers confidentiels. Aucun des sénateurs n'était dans le secret , à l'exception de Glas Fleming, qui avait capté la confiance exclusive de Jean. Les autres le Iraitérenl de faux frère et cherchèrent en vain à savoir des secrétaires de quoi il s'agissait. On disait hautement en Suède et en Pologne que les rois devaient réunir leurs efforts pour la conclusion de la paix avec la Russie. Dès le mois de novembre 1588 cl dans le printemps de 1589, Jean publia, sans qu'il fût dit que la communication en eût été faite au sénat et aux états, un décret annonçant au peuple la levée d'une contribution de guerre en nature et d'un impôt en argenté litre d'emprunt^ il ordonnait en môme temps aux nobles d'équiper exactement les cavaliers, les cnga-

* Nommé aussi Oïof Perkelsson. [Perkeî signifie aahle en finnois, et olof (oàniekdpa) girouette). — ^'o^s avons déjà parlé de Jean llenriksson.

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