CHAPITRE XII
géant à faire plus que ne leur presorivait leur devoir, parce que le roi ^ quoique avancé en âge, étail résolu à marcher en personne contre Tennemi pour obtenir des conditions de paix favorables. Le sénat , assemblé auprès du roi à Upsala , soupçonnait à Temprcssement du roi pour celte expédilion une autre cause ex-troùrdinaire ei importante; il préparait déjà les remontrances qui furent présentées plus lard à Reval *. Pour le moment, on se borna à désapprouver le voyage et les armemcns. L'armistice avec la Russie durait encore; une disette de deux années avait rendu plus prèssans les besoins du peuple; la peste, qui avait déjà ravagé plusieurs fois le royaume depuis Favénement du roi *, moissonnait les populations dans la Livonie et dans la Finlande. Jean répondit avec emportement qu'il regardait toute discussion comme une trahison *, qu'il irait en Livonie voir son fils , le peuple tombât-il sous la mort^ comme Vkerbe sous la faux pendant fêté. On hâta l'armement ; mais l'impatience du roi ne lui permit pas d'attendre le départ des troupes : la plupart le rencontrèrent comme il revenait. Il se mil en mer à Stockholm, pendant un fort orage, avec sa fbmme, son enrant nouveau-né *, les principaux du sénal et les troupes qui étaient déjà réunies. Il fut obligé d'attendre Sigismond à Reval pendant plusieurs semaines.
Le prince étant arrivé, les projets qui avaient éveillé les soupçons du sénat devinrent le su- Jet de toutes les conversations. On disait que Sigismond accompagnerait Jean en Suède et ne retournerait pas en Pologne. Jean avoua qu'il voulait emmener son flis pour le l^ire couronner. Il est probable qu'il avait l'intention de lui laisser les rênes du gouvernement et de l'engager ainsi à rester en Suède *. Un auteur bien instruit des évènemcns de ce temps * dil que
* Voyez Erik Sparre, 1. c.
< Dans les années 1572 , 157C , 1578 , 1588 , 1589 et 1590 , des maladies peslilenlielles dépeuplèrent la Suéde.
* Le prince Jean naquit le 18 avril 1589. ^Animo habuit conslilutum domi forisque pace
confecta rcgni gubernaculum filio tradcrc cl ipsemet vilam Upsalis privatam agere : quo dccreverat docUsstmos nndeqnoque vlros |ad fonclionem !b! academlcam convocari, horaroqne quoUdlanus inspector summus cancellarius cl dircctor ficri conslilucral. (Mcssénlus, VII, p. 77.)
» Nessénius , YII, p. 5 et 9. — Typolius, dans sa Jielatio* hUtor, dç rcgno Sueci(B ^ imprimée en lOOG ,
tel était le vœu de Jean. Le sénat de Pologne était déjà en pourparler avec Sigismond relativement h ce bruit *. Celui de Suède suppo-' sait le projet arrêté par les deux rois , el les moyens extrêmes qu'il employa pour s'y opposer prouvent que le danger qu'il avait à combattre n'était pas tout h fait imaginaire. Les rois furent un mois ensemble. Pendant ce temps , les sénateurs de Pologne se plaignirent de Sigismond * auprès de Jean , et ceux de Suède , de Jean auprès de Sigismond : des discordes sanglantes éNclalèrent entre les Suédois et les Polonais. Les premiers jours de septembre, on reçut la nouvelle de l'invasion des Tarlares en Pologne ; en conséquence la noblesse polonaise qui était présente demanda le retour immédiat de Sigismond dans ses États. D'un autre côté, le sénat de Suède se préparait h présenter à Jean les remontrances dont on était convenu ; mais le roi rcrusa audience aux députés, qui furent obligés de les remettre à sort fils. Le sénal répéta les remontrances qu'on avait adressées en 1585 au gouvernement de Jean, et peignit avec les couleurs les plus sombres l'état du pays : « Leurs majestés devaient être touchées de la misère de leurs sujets, qui, après vingt-huit ans de guerres, était montée à un tel degré qu'il était impossible de feire iïice aux besoins de l'État. Outre la dîme , qui pesait sur eux depuis plusieurs années', les paysans avaient été obligés d'acquitter la grande contribution en noture , sans compter trois ou quatre contributions supplémentaires chaque année, l'impôt en argent, les corvées, etc. Toutes ces charges accablantes étaient décrétées sans le consentement du peuple ni du sénat , comme la loi le prescrivait, mais par les commis de bureaux et les maîtres d'hôlel du roi. Une quantité d'individus, de chevaux el de bestiaux étaient morts de faim pendant les trois der-
eti£gidius Girs» dans sa Oironigue , parlent d*nn projet qui avait pour but de mettre la couronne de Pologne sur la tôle de l'archiduc Ernest cl de le marier  la princesse Anne, soeur de Sigismond.
< Értk Sparre, 1. c. — Il le tenait de Sigismond Inimème.
' On réclamait de Sigismond Texéculion des articles de rélection. Sa garde étrangère etTinflucnce que les étrangers exerçaient sur lui font aussi Tobjet des plaintes du sénat polonais. Les discours latins des séna tours de Pologne h Jean sont rapportés dans Erik Sparre.
* Elle avait été établie pour réunir les fonds destinés au Danemark, pour le rachat d'EIfshorg {£lfs^ hor^i Wsen) ; suivant le traité concla à Slcllin.