‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 125 sur 275 · CHAPITRE Xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir

(rihets oràd). Erik Sparre,Thure etHogenskild BJeike , Gustave et Sten Baner , Glas Thott , qui avaient été déjà Tobjet de ses soupçons, encoururent les premiers sa disgrâce*, il ordonna le séquestre de leurs dotations, et il leur défendit de mettre le pied dans les châteaux royaux. A leur retour de Li vonie , où Gustave Baner resta à la tête des troupes , ils furent mandés à Stockholm pour rendre compte « de la révoile de Reval. » Mais les seigneurs ne voulurent pas convenir qu'ils avaient manqué à leurs devoirs comme sujets , et c'était cet aveu que le roi exigeait d'eux avant de leur accorder la grâce qu'ils demandaient. La seule réponse qu'on put tirer d'eux fut : a qu'il était possible qu'Us se fussent attiré la colère du roi par inadvertance et qu'ils lui en demandaient pardon *, » après quoi ils se retirèrent dans leurs terres. Ils avaient serètement fait et signé une protestation contre celte déclaration : ils n'avaient à se reprocher, disaient-ils, aucune action criminelle qui pût les réduire â l'humiliation de demander pardon. Ils s'étaient adressés au duc Charles pour savoir s'ils pouvaient compter sur sa protection, et ce fut probablement pour cela que l'affaire fut portée devant les états convoqués au commencement de l'année 1590.

La diète assura de nouveau la succession â Sigismond, et après lui au duc Jean (qui devait être investi de la Finlande) et à ses descendans. Si ceux-ci mouraient sans enfans mâles , la couronne retournait au duc Charles , et après l'extinction de la ligne masculine aux princesses de la famille royale. Quant aux sénateurs accusés , la noblesse déclara que, fidèle â l'acte de succession, elle les retrancherait de son sein s'ils ne pouvaient donner des preuves évidentes de leur innocence. Les autres états partagèrent cet avis. L'accusation portait nonseulement sur ce qui s'était passé â Reval, mais sur le dessein qu'on leur supposait d'interrompre l'hérédité. Jean, dans un discours très-étendu , dit que le sénat voulait gouverner après sa mort au nom de son frère Magnus, qui n'avait plus sa raison. Mais Charles, dans sa C'Aronique rimée , dit que les sénateurs voulaient laisser â la princesse Anne, sœur de Sigismond, l'apparence du pouvoir suprême. Rien toutefois ne prouve que ces accusations fussent fondées. Une lettre d'Erik Sparre â son beau-père, le vieux comte Pierre Brahe, contient quelques mots relatifs aux statuts de Kalmar, formulés

en 1587. On y entrevoit Pespoir du rétablisse* ment de la forme élective en Suède «, et ses expressions suflSsaient pour faire supposer un pareil dessein. Mais comment en faire un objet d'accusation , quand ils étaient sanctionnés et approuvés par Jean lui-même ? Charles pouvait s'en plaindre avec plus de raison. En elT^t, â peine fut-il réconcilié avec le roi, qu'il demanda qu'on lui communiquât « les résolutions écrites en latin et arrêtées â Kalmar avant que Sigismond eût quitté le royaume, lesquelles se trouvaient entre les mains de Hogenskild Bjelke. » Le duc renouvela cette réclamation avec menaces, disant « que les clés de sa majesté lui étaient confiées, » et qu'il userait de son pouvoir si cet acte ne lui était représenté : <( Vous dites , écrit-il , que ces statuts contieiH nent beaucoup de choses utiles, mais cela n*esi point prouvé*, en admettant même qu'ils renferment quelques dispositions importantes, les affaires qui regardent le salut public ne doivent pas être traitées dans une langue étrangère par trois ou quatre individus isolés ; mais elles doivent être délibérées entre nous et les étals généraux*. ))Leducexigeaitégalement d'Erik Sparre son traité des attributions royales {regalier) et des droits princiers *. Ce traité avait été lu au roi à Yadstena en 1587. Les conditions auxquelles le roi avait obligé le duc de se soumettre furent mises aussi sur le compte des seigneurs. Leur procès, si l'on peut donner ce nom â une procédure privée de toutes les formes légales , se prolongea plus de deux ans : ou ils passèrent ce lemps dans les prisons ou ils en furent constamment menacés; on leur arrachait déclarations sur déclarations, dont le roi n'était jamais satisfait et qui ne paraissent pas avoir été jamais sincères, â en juger par plusieurs protestations secrètes contre les aveux extorqués publiquement, comme celui d'Erik Sparre.

Charles obtint leur grâce : par sa médiation, Jean accorda une sorte de pardon au comte Axel Leyonhufvud , quoique dans le projet de testament du roi , il eût été désigné comme un des sénateurs qu'on regardait comme indignes de toute confiance. La colère du roi contre le sénat se maintenait dans le même état de vio-

* Hessénius, VII, p. 86.

* Utlres à Hogenskild fijelke , 10 et 13 féTrler

' C'est-à-dire l'écrit Pro lege , r^g^ et grege* (Lettre à ^^rlk Sp«rre,38 f^^Trier 1690.)

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lence , et elle s^exbalait en termes tek qu'on n'avait jamais entendu rien de semblable en Suède. Aux remonlrances qui lui Turent présentées à Reral, il répondît qu'il voulait continuer de régner comme il avait Tait Jusquelà , c'esWà-dire en roi absolu. On proposa aux sénateurs nommés en remplacement des anciens conseillers destitués un serment formulé en termes nouveaux * « de ne jamais repousser ni désapprouver le parti que le roi juge à propos de prendre, n II se montrait d'autant plus implacable contre les sénateurs accusés , qu'ils avaient un plus grand nombre d'ennemis. Les prières de leurs femmes, de leurs pa-' rens^ celles même deSigismond ne pouvaient le fléchir : « G était dans l'intérêt de la patrie, écrivait ce prince le 14 août 1590, qu'il avait accepté la couronne de Pologne. Comme il n'avait pas atteint son but , et que dans la guerre de Russie il avait été plutôt nuisible qu'utile A la Suède, il avait résolu de renoncer à sa couronne. Il venait d'apprendre que la disgrftce dont son père avait frappé les sénateurs venait principalement du conseil que ceux-ci lui avaient donné à Reval, de ne pas revenir en Sué je. Fussent-ils coupables, sa majesté devait préférer la clémence à la justice et penser combien il serait pénible pour son Gis de monter sur un trône entouré de veuves et d'orphelins , la plupart très-proches parons de la maison royale, tous avec le droit de demander Justice contre lui-môme *. » Dans une autre lettre , il demandait comment il devait traiter avec les envoyés de Russie qui étaient venus ^n Pologne. Jean répondit à la seG4)nde lettre qu'il accorderait la paix au grand duc, « à condition que celui-ci courberait la tète devant lai > et renoncerait au titre d'autocrate de toutes les Russies , attendu qu'une partie do cet empire appartenait à la Suéde. »

Jean tenait ce langage pendant que la proyinee de Kexholm et l'Ingrie tombaient au pouvoir des Russes, que la Finlande était ra-

« Frful, I. c, d'après les actes conlenm am j^rehi- 9ei du roymmet IV, p. 103, 125.

• Werviog, t. 1 , p. 96.

« Ihid, Toucher la Icrre de son front est un signe de soumission en Orient. Ivan Vasiljewilsch II, prince lâche et cruel, se soumît à celle humiitaUon, en I57i, ABTant tes enfoyés du kan des Tartares de Crimée ', qui s'ôiûlt emparé de Moscou et Tavail brûlée. (Karamfili, VU, p. 149.)

Tagée et qu'une armée suédoise de yingl mille hommes' avait à défendre r£slhonie contre des forces qui s'élevaient à plus de cent mille cornbattans. La rupture des négociations entamées à Reval fut suivie de Taltaque des Rosses, dans rhiver de 1590. Le (zar arriva avec toute sQn armée. Gustave Baner, gouverneur de Livonie y évacua Tlngrie , ne laissant pas même de renforts dans la ville de Narva, où riiérolque Charles Henriltsson Horn soutint les assauts de toute Farmée russe avec si peu de monde qu'il ne lui restait vers la fin du siège que quatre cents hommes en état de porter les armes. Narva ne fut pas prise. Le traité par lequel Horn éloigna le tzar, en lui cédant Ivanogorod ou la Narva russe et Coporie , d'où les garnisons suédoises sortirent librement, sauva TËsthonie. Il fut convenu qu'on s'entendrait plus tard pour Kexholm. Ce fut pour cela que Horn et Baner furent rappelés. Le premier, emprisonné par ordre du roi , qui ne pouvait lui pardonner d'avoir signé les remonlrances de Reval , fut déclaré traître à la patrie. En Esthonie , les soldats étaient tellement fatigués de cette longue guerre qu'ils voulurent faire la paix à leurs risques et périls. Sigismond la signa pour la Pologne et convint d'un armistice d'une année pour la Suéde. Jean se montra fort irrité \ il prétendit qu'il n'était pas sous la tutelle de son fils ni de son frère, et il ordonna la continuation de la guerre. De nouvelles levées en Suède , des soulévemens dans les troupes , qui ne recevaient plus de solde , des destitutions et des promotions do généraux (Charles le fut lui-même pendant quelque temps en Livonic en 1590), des dévastations réciproques, et du côté des Suédois quelques beaux faits d'armes furent les seuls incidens de cette guerre pendant les deux années que vécut encore Jean. Charles Heuriksson demanda à rendre compte de sa conduite et à être mis en Jugement. Dans sa défense, qu'on ne lui permit pas de préseqter par écrit, quoiqu'il alléguAt que la prison avait affaibli sa santé et qu'il n'avait pas l'habitude de la parole, il fit éclater de no-

• Uécit rosse (Karamsin, IX, p. 176). Les forées suédoises n*é(aient sans doule pas si nombreuses , non plus que celles des Russes. Ceux-ci disent que leur tzar avait trois cent mille hommes. Girs n'en compte que cent mille, ajoutant que le tzar n'en a?att amené d'abord que trente mille pour le siège d« iamiorod en Ingrie.

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