CHARLES CONTRE SIGISMOND
f( Celui qui a prédit ( écrit Erik Sparre
pire éUll obligé de rcxcller à se dUtraire. Ce« dlspo- •iUonsse déyeloppèrent par une longue captivité cl par une consume assiduité à Tétude. Il faut joindre à cela l'esprit soupçonneux qu'il avait hérité de son père, ses démêlés avec le duc , la noblesse et le clergé, et une couKience bourrelée de remords excités par le meurtre de son frère. Dans les dernières années, Il ne pouvall ni se supporter ni supporter les autres.
» Ainsi que son frère aîné, Jean éUil savant. Il pos- •édall parfaitement les langues latine, polonaise, allemande. Italienne et anglaise ; Il entendait le grec et le français. ÉrIk s'élalt adonné à l'étude des mathématiques et Jean à celle de la théologie : tous les systèmes religieux, tous lesUvresqui s'y rapportaient, lui éuicnl familiers. CeUe érudition l'empêcha malheureusement de s'atUcher à aucun ; toute sa vie flotta au milieu de croyances diverses. Il était né dans la religion luthérienne : en Angleterre, Il prit du goût pour celle des réformés ; puis sa première femme le convertit au catiiollclsme, qu'il professa pour le quitter, après un an, en cherchant à le combiner avec l'Église grecque. Après des tentatives infructueuses, Il revint à sa lltui^ gie et, sur son Ut de mort, aux doctrines dans lesquelles Il avait été élevé. C'était à lui que Gustave écrivait d'une main que l'approche de la mort rendait tremblante ces mots qui sont passés en proverbe : « Il vaut mieux ne dire qu*un mot et tenir à son opinion que de parler rent fois. •
»La prédilection dont 11 était l'obiet de la part de son père et le caractère biiarre d^Krlk tournèrent de bonne heure Tambition de Jean vers la possession de la couronne, et on peut croire qu'Erik ne serait pas monté sur le trône si Jean n'eût soutenu ses intérêts auprès de ton père. Le dépit qu'if ressentait de ce que la diète d'Arboga avait mis des bornes à son autorité dans son duché avait fini par l'exaspérer au point qu'il avait le dessein de rendre la Finlande indépendante avec le secours de la Pologne ; du moins sa conduite permet de le présumer. Par bonheur pour la Suède, ce projet échoua. Mais la démence d'Erik et son gouvernement pervers éveillèrent de nouveau l'ambition de Jean, qui, ne «pouvant la maîtriser, porta les derniers coups au trône déjà chancelant de son frère. Les traitemens Indignes que Jean fit subir A ÉrIk et à ses partisans, le meurtre d'Erik lui-même, crime pour lequel l'histoire n'a point trouvé de Justification, sont des taches ineffaçables Imprimées sur le nom de Jean; elles prouvent que Jean était susceptible d'une haine basse autant qu'implacable. Hais ce ne sont pas les seules preuves que l'histoire présente pour fixer l'opinion à son sujet : sa modération, vantée souvent, mérite plutôt le nom de faiblesse ; cependant , dans certaines circonstances, Il a montré de la magnanimité. Après la déposition d'Erik, plusieurs sénateurs étaient d'avis de proscrire son Image , de peur qu'elle ne fit naître des pensées de rébellion. Jean répondit en riant • • Cet trlk qui est suspendu contre Içs murs ne m'y
\ du Heu où il était renfermé* ) que ce prince, né dans une prison •, sous un régne tyrannique, serait un Jour souverain de deux royaumes , aurait dû s'attendre à une autre récompense que celle qu'ont reçue ceux qu'on acîcuse aujourd'liui de lui avoir mis dans les mains la couronne de Pologne. » Sigismond sorlit de l'enfance avec cette perspective sous les yeux. Ce fut pour cela qu'on l'éleva dans la foi catholique, quoique Jean, pour donner le change à l'opinion, nomm&t pour son fils des préce|>teurs luthériens et qu'il le conduisit lui-même aux exercices publics de ce culte * \ mais lor»-
attachcra pas. » Un ministre étranger loi demandait an Jour où, étaient ses meilleurs citadelles : « Daos Jes bras de mon peuplé, > répondit Jean.
> Jean avait hérité du goût de son père pour la mu* sique : les beaux chanU de l'Eglise catholique contribuèrent surtout à sa conversion. On chantait oa Ton Jouait de quelque instrument pendant qu'il prenait ses repas. 11 affecUonnalt surtout l'architecture : le château de Borkholm , le palais de l'archevêque dans Plie d'ArnO , ainsi que les églises de Rlddarholm , de Sainte-Glaire, et celles de Saint- Jacques et de Sainte- Marie, à Stockholm, furent commencées par lui ; il fit réparer les chèteaui d'Upsala et de Stockholm.
» Avant son mariage, Jean avait eu de Catherine Hansdotter Natt orh Dag trois enfans qu'il ànobUipluê tard sous le nom de Gyllenhjelm. Sophie iSyllenhieim fut mariée à Pontus de La Gardie, Français de qui descendent les La Gardie , qui se sont rendus célèbres en Suède. Dans la suite , Jean n'eut plus de faiblesses du même genre ; son tempérament ne l'y portail pas. Un esprit soupçonneux et irrésolu , un mélange singulier de dureté et de faiblesse formaient le fond de son caractère. Il joignait à ces défauts on emportement hérédiUlre dans la famille des Wasa. Dans les premières années de son règne, Jean se laissa conduire par les conseils de sa femme Catherine et ceux du prudent Pontus de La Gardie; plus tard, il se livra à Vimpulsion que lui donnèrent des courtisans vils et avides. — « Enlourez-vous d'hommes capables et sans reproche, on croira que vous possédez les qualités qu'on reconnaîtra dans vos conseillers. > Ainsi parlait Gustave à ses fils ; telle était aussi la règle de sa conduite, et sa cour donnait an pays l'exemple d'une I haute moralité et d'une piété qui attiraient sur le roi le respect de ses sujets. Erik et Jean, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, formaient un grand contraste avec leur père.» (Tome 4.)
* Dans sa défense.
* Sigismond vint au monde dans le château de Gripsholm pendant la captivité desesparens, le 30 Juin 1566.
> Lorsque Arnold Grothusen succéda , comme pré* ceptenr de Sigismond, au docteur Nicolas Mylonlus, qui était catholique, il osa emmener un jour le prince à la messe des catholiques ; Jean tira son épée eo disant au pédagogue : « Edueabit fliwn meum in spem vtritusque regni, » (Wenring.)