CHAPITRE XHL
que Jean eot plus tard modifié tes opinions , il employa les moyens de persuasion et les menaces pour faire renoncer le jeune Sigismond aux principes de sa nère , et le sénat fit, dans le même sens , des remontrances aux princes royaux. La princesse Anne changea de religion. Sigismond non*seuIement resta fidèle à la sienne, mais il se fit encore un point d'hon-neur de ne pas calculer quelles suites pouvait avoir le zèle qu'elle lui inspirait. Ce qu'on appelle en Suède son gouvernement nous montre seulement Téruption complète des troubles que le règne précédent avait préparés. Jean avait abjuré tous les principes auxquels la maison des Wasa devait son élévation ^ son fils expia cette faute par la perte de sa couronne, et Charles, profilant à propos des circonstances critiques où se trouvait le pays, parvint au IK)uvoir suprême.
Gustave Wasa avait fondé son œuvre sur la réforme. Si Jean avait déjà miné cette base, à quoi ne devait-on pas s'attendre de la part d'un prince tellement circonvenu par les jésuites, que son père, à la fin, le conjura mais en vain de se bien défier de ces pères « qui avaient habituellement un pied dans la chaire et l'autre dans le conseil des roi8^ » En effet, à Rome, on attendait beaucoup de son zèle. Dès 1587, lors de Télection du roi en Pologne, le pape Sixte Y avait exprimé le vœu que Sigismond extirpât l'hérésie non-seulement en Pologne, mais encore en Suède*.
Charles avait réellement tenu les rênes du gouvernement pendant les deux dernières années
^ Les lecteors catholiques remarqueront Ici que l'auteur parle non pas seulemeut en protestant zélé, mais encore en écrivain imbu de ce pliilosopbîsme moderne qui, s'adressant aux passions plus qu'à la raison, trouve plus commode de se rendre Fécho de toutes les vieilles calomnies débitées par les ennemis du catholicisme que de les discuter et surtout de les prouver. Si Gustave I«' fonda son pouvoir sur la réforme , ce fut parce qu'il ne considéra la religion que comme ressort politique, et qu'en changeant celle de son pays, il comptait détruire l'influence du clergé et Intéresser k sa cause tous ceux qui prendraient, ainsi que lui-même , part aux dépouilles de l'Église. Ce fut aussi la politique du grand réformateur Henri VIII d'AngleterrCi qui se montra si digne par ses mœurs corrompues et sa perversité d'être le chef révéré d'une religion nouvelle. (iVbto de Viditeur.) . * Le cardinal Joyeuse, k Rome , au roi de France Henri III. (Vo^^zRaumcr.]
de Jean. Il était tout nativel qu'il rest&t en pos« session du pouvoir , puisque Jean ne laissa en mourant aucune disposition à ce sujet. I^e 24 novembre 1592 , le duc envoya son propre secrétaire à Sigismond pour lui annoncer que son père était mort et qu'il était provisoirement chargé du gouvernement, coi^joinlement avec le sénat, jusqu'à Tarrivée du nouveau souverain. Le duc réclama sa médiation dans les négocialions entamées avec la Russie : « Comme les Polonais , ajouta-t-il , saisiront cette occasion pour tenter de s'emparer de la Livonie suédoise , nous avons écrit à ceux qui y commandent de n'accéder à aucune des propositions qui pourraient leur être faites par les Polonais sans notre consentement et celui du sénat. » Il pria Sigismond de vouloir bien recevoir cette communication. Il n'y avait pas moyen de continuer la guerre, car on n'avait trouvé ni or ni argent dans le trésor du roi. Un inventaire fut joint à celte lettre. Le 28 novembre , les sénateurs destitués furent sommés de se présenter devant le duc , qui , après quelques explications, confirma le pardon qu'il leur avait accordé depuis dix-huit mois^ ils rentrèrent dans leurs fonctions et recouvrèrent leurs dotations. En général , Charles rendit la liberté à tous ceux qui étaient arrêtés pour cause politique ou à raison de la liturgie >. Sur ces entrefaites arriva une lettre de Sigismond, qui confiait au duc le gouvernement Jusqu'à ce qu'il pût lui-même visiter son royaume. Charles ajouta une copie de cette lettre à la publication qu'O fit promulguer dans le pays. Jusque-là tout paraissait en parfaite harmonie. Le roi , dans sa lettre , parut bien aise de la réconciliation du gouvernement et des sénateurs ; il publia plus tard des lettres patentes * qui les déclaraient complètement innocens ; mais le duc n'en fut que médiocrement satisfait. Quelques seigneurs prédirent ce qui devait arriver. On écrivit au roi qu'il lui serait difficile de prendre possession de son héritage. Un autre sénateur (on ignore son nom) donna des conseils sur les moyens d'assurer la suc^
* Messénius.
* Les lettres patentes du roi pour Hogenskild fijelke. GnsUve Baner, Érlk Sparrc, Axel Uyonhufvuà, Sten Baner, Thure BJclke, ainsi que pour le comte P. Brahe et Glds Akesson Thott, que la mort avait déji frappé , furent publiées après le retour de Sigismond en Suède, le % novembre IWS, - -
HISfnRfi M tUÈUE.
cessioB, même dans le eu o& Il fatidftll eiî venir aux armet. Des trottpe», eoaaqueé ea autres, »ui?an( le projet, devaient être dirigée! sur la Uvonie, el one fiolte équipée à DaBliig, oà le roi te rendrait. On te eoneillait les PokNMla en leur cédant rEtthonie. Le sénat turvelllepall pendant ce tenps lea intérêta du nA en Suède. Les démonstraiioBa des puiiêanee» élrangérea devaient fiiire tomber la réslstanee du due *• Au surplus , les partisans du roi ne se bomè* rent pas à de vaines paroles s le eonle Axel LeyonhufVud, immédiatement après la mort de Jean , tenta de s^emparer, au non de ISgIsmond, des citadelles d'Elhborg et de GuWberg. Son coup d'essai fut malheureux, et II se vil dans la nécessité de sortir du royaume. Il aecusa le duc en Pologne, et reçut un sauf-eon* duit de Sigismond , qui loi restitua son comté en Finlande, que le rd Jean avait supprimé. Clas Fleming était gouverneur de Finlande el en même temps commandant en chef des troupes en Livonie : il flt publier en Suède des proclamations où il avertissait les habltans de se tenir en garde contre le duc ; il ajoutait quil agissait d'après les ordres du roi. Les desseins du gouverneur furent paralysés par une mission particulière c|ue Sigismond confia à Jean Sparre, frère d'Erik, au commencement de Tannée 1593, et qui concernait la FUilande et la Livonie. A pûrlir de cette époque , il y eut un gouvernement séparé dans ces provinces •.
Le duc, de son e6té, fit une convenlioB avec le sénat : ils devaient gouverner -^ sans porl^ atteinte à la fidélilé qu*ils devaient * Sigis^ mond -^ sous leur responsabilité solidaire *« Cette formule était employée dans toutes les conventions entre le duc et les étals : Sigismond avait coutume de l'appeler le filei de Faiseleur (fogelnàiei) du duc Charies. On vil
* Lettre attonyme en aliemand. (Voyçz les archivée du royaume, f593-98.) Elle était probablement adres- •ée à la princesse Anne.
* « H»c prima tnter regem et darem ftoll dtteotito aemeotKf. » (Meutetat.)
* Le sénat osa demander nn extrait de la Mtre ta* Une (on appelait ainsi tous les documens écrita 4e cette époque} faite i Kalmar pour servir de règl^ au gouvernement. Le 20 juin, le duc répondit que, quoique celte lettre eftt été annulée, à cause du secret qui avait entouré son adoption el parce qu^ïlle n^avait pas été communiquée aux états , on pouvait ki reviser et soumettre à la sanction du roi ce qui serait utile au royaume. (Voyez les /irchive9du royatme de 1$93.}
Mealôl que eet enginital pÊÊtnUt le sénal plus Mb qu'il n^aÎMll yméat* eeeléslast^oea rissèmbléa i Stokheta^ assister à la dépesilloa d« eMseH lûyÉI^ i^ damèteol du due raoaeaqiiBsevMal de la promesse fM le par le rel» en IfiMide eaMoqiicr un synode qui tBarall ka poiila ImMIIb» de doelfine rel^jlacise el ftttMmA la tmKmûo. Le sénat proposa de se eeoleiitsv d^n^i^ndra quaiqoesHiQs de ses BMBbrea {MIT ea éèlih^ rer avee la dsrgè. Mais le due rtawwdnU la eon voeaNoB des éMUs eéaénux : « La ff«%îMs et la Kherêi , disatt-tt au sénat » étaicBl des Mts doM la patrie étaUt redevable i mm Par reeoMaissaBeey la dièto avall mda la eottroAM héfédllaire dans la CMuOle de G«a^ tave, qui, étanl un hmi roi, avall eonseav é ees avantages au peuple. Mais à prèsenl lia avalesrt un nA qui soumettait sa conseiasM à hmioffilé dû pape •; U élaîl d'autant phtt urgati éa flser de telles eoMUUana que las anédcHs étalent dans l'habitude deiMiis pkaienra lièaies de reiiger de leurs reî«« » Il ne s'eipriaM psa aves ■mus de franehlie « en aanonçanl à Sîgia- ■MMid la coBvoaalien dea états et du synode A Upsata. Le loi ne pauvail attendre quelque boBbeur durant soa régne s'il ne eonlroMitt vetootairment les Uh^rtés reHgîeiises et eivîka du rojauaae ainsi que lea léaolutloiis par lesqueliea les étaU pouvaknt les aitmdr. Par it sans doute U ae privail de la fiieidié d'i^ contre las lok du rejaume et son senscat royal ; mais au moins n'exposait-ii sa personne à aueune haine, et rhérédlM était assurée « sa fiinille. G'élail ce que le due lui eonseîHail) M ses serviteurs fidèles ne pouvaient pas lui tenir un autre tangage* Le seerétalreQtaf Sverkcrsson, chargé de ses lettres, partit pour ta Palo^ne '. Le synode d'Upsala s'était ouvert te 95
* Il était plus avanfaiéni <ah« doate poor ts rûfiame que la conscience du roi fût soiunlse i Kantorité de Ulther I (iVbf6 de Vidiieur.}
* La franchise d'un prince qn! àsplratt t II eoa* ronne et qui pouir l'obtenir devait l'usurier t (JitoU de l'édiiear.)
' Il avait sQ par set flatteries copier la eoalkaace de Charles, dont 11 parlait mal auprès de Sigismond. Sa duplicité le fit tomber dans 1^ disgrâce de ce dernier, et ce fut en vain qu'il cheroba à reprendre la place qu'il oecapalt d^ns l'esprit du duc. Son flls devint porte-verge dans l'église deOa^a. (Voyei leseolketlons de PalmskOld.)