‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 135 sur 275 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tre bourgeois , vingt-trois prévôts et lecteurs des lois {laglâsare *) et vingt-quatre paysans. Le clergé se récusa ^ il se borna & dire que la religion évangélique aurait pu sans doute cou* rir des dangers si Sigismond avait eu le dessus *. Les débats furent publics et eurent lieu en présence du fondé de pouvoirs du duc Jean- Adolphe de Holstein, beau-fï^re de Charles >. Celui-ci remit aux Juges le serment de fidélité quMls lui avaient prêté et se porta lui-même aocusateur de huit sénateurs : Gustave et Sten Baner (frères), HogenskiId,ThureetClas Bjelke (frères), Ériic Sparre, Érilc Leyonhufvud, GOran Knutsson Posse , seigneur de Hellekis , et de cinq nobles : Charles Stenbock, Arwid Stftiarm, Axel Kurk , Christer Horn et Benoît Falk, ex-commandant des troupes de Finlande. L'acte d'accusation fut lu par Erik GOransson Tégel , fils du fameux GOran Pehrsson, auteur de rhisloire de Gustave et d'Erik XIY. Il commença par les charges qui s'élevaient contre les accusés depuis le régne du roi Jean. Leur réconciliation avec le duc fut considérée comme de nul effet, puisque leur conduite criminelle et les résolutions des états de SOderkOping avaient continué de mettre en péril le salut, l'honneur et la vie du duc , et avaient enfin amené des soldats étrangers sur le sol de la patrie. Les lettres qu'ils avaient écrites & leurs femmes et à leurs enfans furent produites comme pièces de conviction. Malgré tout, les preuves n'étaient pas suffisantes contre Hogenskild Bjelke , quoique le duc prît le ciel et la terre à témoin c< que le vieux renard était la cause de tous les troubles *.n Son discours emporté contre les accusés fut reçu avec acclamations par les paysans , qui accouraient toujours en grand nombre aux diètes de Charles, qu'ils appelaient le roi des paysans (bondekongen). Cias Bjelke, Erik Leyonhufvud, GOran Posse et Christer Horn tombèrent aux genoux du duc , se reconnurent coupables et demandèrent leur grâce , qui leur fut accordée. Les autres sénateurs dirent qu'ils ne voyaient dans l'assemblée que des

■ On appelait ainsi ceux qui exerçaient les fonctions de jages de districts k l'époque où les rerenas appartenaient aux nobles.

■ Voyez la Chronique rimie de Charles IX, p. 346.

* n éUit aussi arrivé un ministre danois , mais il avait été obligé de quitter la Tille.

* Voyez les manuscrits de Palmskôld. [4cta ad historiam Caroli IX, tome 2.)

ennemis et non des juges , et ils protestèrent. Le duc n'en tint pas compte. Les employés qui faisaient partie du tribunal, les officiers^ les prévôts et les lecteurs des lois furent les (premiers à se prononcer contre les accusés *. Les étals roturiers volèrent la mort , et leur opinion l'emporta sur l'opinion plus modérée de la noblesse. Les états cependant résistèrent sur un point à Charles^ ils s'opposèrent à ce que le j ugemcnl fût rédigé dans sa chancellerie *. Il fut publié le 17 mars, et les étals s'obligèrent à le défendre envers et contre tous. Ni les prières des évèques, ni la proche parenté des accusés avec la famille royale, ni les supplications de leurs femmes et de vingt-deux enfans, qui y assistèrent, ne purent attendrir le cœur de Charles : il quiltaLinkOping en ordonnant que l'arrêt fût exécuté. Le 20 mars 1600, Gustave Baner, Erik Sparre, Sten Baner, Thure Bjelke furent décapités sur la place de cette ville. Leur conduite, dans leurs derniers instans , fit une grande impression. Ils haranguèrent le peuple , prolestèrent de leur innocence et marchèrent à la mort, surtout les trois derniers, avec un courage héroïque. Us furent siiivis par Benott Falk , vieux guerrier de soixante ans^ il était catholique. Les aulres prisonniers , à l'exception de Hogenskild Bjelke^ qui souffrait de la goutte, furent amenés au lieu du supplice : ils furent obligés de voir couler le sang de leurs amis ^ puis ayant reçu leur grâce , ils furent reconduits en prison. Mais la persécution ne se borna pas & un si petit nombre de victimes. Le courageux Arwid StSIarm, déjà condamné deux fois à mort , fui conduit jusqu'à l'échafaud. On lui attribue ces paroles , qu'il dit h Linkôping : (( Les feus sénateurs doivent s'étonner de ne me pas voir, ne les ayant pas suivis dans le ciel. » En 1602, les prières de la noblesse finnoise lui firent rendre la liberté. Mais un an après le malheureux assaut de Willensten, en 1604, il fut encore accusé, jugé, conduit au lieu du supplice et ramené de nouveau dans sa prison, où il finit sa vie. A la même dièle de 1605, convoquée au sujet d'une conjuration nouvelle contre le duc >, Hogenskild Bjelke , vieux et

« Ibid.

■ Le refus des états, du 12 mars 1600. (Voyez les Archives du royaume.)

> Voyez la convocation de Charles, 8 mars 1605. Elle parle d'une irahison inouïe do Hogenskild et Glas Bjelke, Christer Classon Ilorn , etc. , qui Iravaillatent

malade , fut encore traduit devant le tribunal des états. Il fut condamne à mort pour des paroles qui révélaient une haine profonde contre Charles et sa race. Il fut porté sur une chaise à la place de Texécution. Son fidèle domestique chercha en vain à dérober la têle du vieillard aux outrages : elle fut plantée sur la porte du Sud à Stockholm. Aprè% avoir tu deux de ses frères tomber sous le 1er du bourreau cl avoir souffert lul-mômc une étroite captivité , Clas Bjelke, Jadis Thommc le plus riche de la Suède, i'exlla volonlaircmenl avec sa femme, ses enfans et trois deses neveux • . La même destinée fit quitter leur patrie aux comtes Axel Leyonhufvud et à Erik Brahe , qui avait, en qualité de Juge , assisté à Tarrèt de mort rendu à LinkOping à son frère Gustare Brahe*, à cinq Stenbock , à quatre Sparre , à six Gyllenstjcrna , à sept Posse, à deux Ribbing, à deux Bonde, A deux Fleming, à un Tortenson et â un Horn ». D'autres membres des anciennes familles regardèrent la cause de Charles comthe celle de la patrie et recherchèrent sa protection. En 1604 tous les biens des émigrés furent déclarés acquis à la couronne si les propriétaires ne se présentaient pas devant le tribunal : a Et comme les cnfans, estil dit dans le décret des états , oublient prompiement les fautes de leurs parens si on ne les rappelle journellement à leur souvenir, ceux des seigneurs condamnés sont exclus à Jamais des fonctions de sénateurs ou de hautes charges, à moins qu'une grâce spéciale du roi ne lève celte inlerdiclion. Tous les fils de ceux qui à l'avenir tenteront de changer la forme du gouvernement, recevront le châtiment des traîtres, s'ils sont majeurs et s'ils ont connaissance des mcchinntions de leurs parens *, ils conserveront leurs biens en dénonçant le crime qui vient d'ôlre indiqué. » Malheureux souvenirs des discordes [civiles qui divisaient le

avec les cavaliers d*Upland , dés longtemps altnchds h Sigismond, contre la vie du duc. Ces derniers devaient se rendre à rcnnemi après avoir consommé le menrlrc.

* Ils s'établirent en Allemagne ; il y a encore des Bjelke dans le pays de Weimar.

' Fils du drots Pierre Brahe, qui mourut en 1590 dans la disgrâce de Jean. Deux autres de ses fils prirent paru pour le duc.

• Voyez Hertig Caris Slaytarelànk , libelle le p!us injurieux qu'on ait écrit contrcGbarlcs.il fut imprimé en 1617; U est très-rare. L'auteur était Gôran Nil&son Posse.

flls et le père , et armaient le frère tôntre le frère!

A la diète de Linkôping (1600), les états roturiers et les officiers ofTHrent la couronne au duc. La noblesse se contenta de le prier de vouloir continuer la régence. Le décret de la diète exprime deux opinions ft cet égard : laisser encore ftSigismond cin(| mois de délai pour envoyer son flls en Suède ou prononccir Tcxclusion du trône dé lodte la racé de Jean III, c'est-à-dire non-seulement Sfglsmond et ses descendans, mais aussi son fllsputné Jean, enfant de onze ans , A qui Ton avait donné TOstrogothie â titre de duché. On donnait pour prétexte de Téxclusion du dernier sa Jeunesse, tandis que le royaume avait besoin d'UU régent d'un flge mûr; oh alléguait de plus le désir qu'il aurait de venger son frère. Les états annoncèrent qu'ils avaient amerié le duc Charles à la dernière opinion \ thaïs lui-mèdie dédara qu'il adhérait à lé première.

Dans une lettré à la l^inë Elisabeth d'Ahgléterre, Charles dit qile les étété lui ttralktit offert la couronne él qu'ils persistaient dahs leur résolution ; mais qu'il l'avait refiisèe, parce qu'elle appartenait de droit au diic Jeah * ; fi voulait cependant y réfléchir encore. Charles reçut des ambassadeurs dé France et d'Angleterre. Elisabeth ^ dont il recherchait l'Mliance, on 1599, reconnut la légitimité de sa caute en lui promettant sa médiation dànè ses dilTérends avec le Danemark. A la mort de cette princesse, Charles exprinia les i-egrets que lui causait la perte d'une Tiéille amie ; il portait beaucoup de Ténèrailoh h sa ndémoire. Henri lY demanda pour le prince Henri de Rohan la màlti de la princesse Catherine , et le rerus de Charles au nom de la princesse sa fllle ne troubla nullement la bonne harmonie qui *règhait entre lès deux rois*.

L'année suivante, Henri fit une demande de canons et de boulets eh Suéde *^ et dfft-il 6

■ Ad reginam Angli», le 14 matv 1601 ; éd RoberlTlm Cecil et senalori Anglis. (Archives du royaume,)

' Responsum^etc, Nycopis, le 14 mai 1602.~Le duc Toulut prendre conseil de ses parens en Allemagne. La princesse, dans une lettre en latin, répondit : « Que tout dépendait de son père. • Elle lui annonce qu*c!lc lui cnvO'O des pcaui de zibeline en retour des présens qu'elle avait reçus de lui. (Voyez les Archives du royaume.)

* Andréas de La FromenUe en était chargé. Charles ri^pondità Henri !V, le 23 nove.*ubrc 1603, qu'oti n'a-

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