CHAPITRE XIV
eelte puissance la médiation dans la querelle arec la Pologne. Les états avaient expédié de lâinkôping au roi un nouvel acte de destitution ; il était moins explicite que ne Teût désiré Char* les. Ce prince ût mettre le messager en prison, céda TEstlionie suédoise à la Pologne et reçut des états polonais, aux diètes de 1600 et de 160i, des promesses de secours.
Charles, persuadé que chaque retard dans la Yoie où il s'était engagé était un pas en arrière^ rëddlut de chercher la renconbre de Tenhemi en rase campagne. Après avoir averti la diété que toutes les provinces eussent à entretenir tih tertaih nombre de cavaliers et de soldats, il se transporta eti Lifôhie à la tète d'Une armée imposante dans Tété de 1600. Il emmena soû épouse et le Jeune Gustave-Adolphe aprëé les avoif recommandés aux ëlàts dans le cas oû il trouverait la mort dans les combats. La Livonie était mal défendue ; lès Polonais y ètaielit TobJ et de la haine générale. Reval avec l'Esthonie se déclarèrent pour dharles; Dans l'espace de six mois, toutes les forteresses que dèfohdaienl les Polonais étaient au pouvoir des Suédois^ & Texccption de Kbckenhusen , de ftiga et de Donamunde. Charles , ayant reçu d'Allemagne des renforts sous les ordres de Jean de Nassau, assiégea Riga. Les divisions entre lui et le comte 9 qui abandonna bientôt le service de la Suéde, et le manque d^approvisionnemens pour rarmé« le forcèrent à la retraite. Les succès de Charly provoquèrent de grands armemens en Pologne. APautomne, une armée polonaise, où se trouvait Sigismond lui-même, entra en Livonie. Bientôt il rebroussa chemin , laissant le commandement au grand chancelier Zamoiski : « Notre roin*est pas un guerrier-, il ne peut supporter la peine et la fatigue^ » disait le vieux et brave Zamoiski à Charles Carlsson Gyllenhjclm, qui tomba, ainsi que le Jeune Jacques de La Gardie, au pouvoir des Polonais à la prise de la forteresse de Volmar. Le premier était fils naturel de Charles. La bravoure qu'il avait déployée dans la défense avait excité Tadmiralion de Tennemi ^ mais elle n'avait pas sufli pour lui valoir l'approbation do son père : « Nous avons reçu la lettre, Charles Carlsson, lui écrit-il, et quoique nous ne dussions pas nous occuper de ton échange, vu la manière dohl lu
vail pas donné U mesure. (Voyez les Archives du royaume.)
i^es comporté 9 nous lAcherons cependant de réparer ce qui est arrivé à ta jeunesse en considération de ce que nous a rapporté ton mes** sager^ que lu avais repoussé un ou deux assauts. Fais donc des ouvertures au chancelier pour la mise en liberté; demande-lui quel est celui des Polonais qui sont en mon pouvoir qu'il demande en échange contre loi, et nous prendrons de suite les arrangemens nécessaires & cet effet *. » Mais ce Jour de liberté devait luire bien tard. Charles Carlsson demeura en prison douze ans, dont six et demi chargé de chaînes. Les Suédois perdirent presque tous leurs avantages en Livonie pendant que la guerre étendait ses ravages et la misère sur ce malheureux pays : u Si le duc n'avait pas attaqué la Livonie, disaient les prisonniers, jamais la Pologne n'eût sellé un cheval pour marcher contre la Suède * . » Ces récriminations ne produisirent qu'une correspondance pleine d'aigreur qui aboutit à Une provocation de Zamoiski à Charles. Le duo lui fit répondre qu'il ne se rencontrerait avec lui qu'un bftlonà la main. On ne conclut pas même d'armistice, parce que les conditions proposées par les Polonais devaient les rendre maîtres de toute la Livonie.
Charles, ayant traversé la Baltique avec son épouse et son fils, reçut, au commencement de l'année 1602, les promesses de fidélité de la Finlande, « où il trouvait, disait-il, plus de désordre que dans le reste du royaume. » Ce duché, où le gouverneur de Sigismond avait tenu le plus longtemps, portait encore les marques des excès auxquels s'étaient livrés les hommes puissans en Tabscence du roi : les paysans, qui avaient supporté presqu'à eux seuls tout le poids de la guerre, étaient tombés dans la plus profondé misère, tandis que la noblesse s'était emparée des kemmans tc^és et avait traité les habitans à peu près cotnme les nobles de Livonie traitaient leurs serfs. Il y avait une grande différence entre les paysans de Suède et ceux de Finlande, répondit-on à Charles dans la délibération où 11 était question d'imposer à ceux-ci l'obligation de tenir des chevaux prêts pour les voyageurs , parce que les paysans en Suède avaient des chevaux en propriété^ mais le paysan finlandais n'avait rien en propre : tout appartenait au matlre, qui lui fournissait ce
* Voyez tes eollectîons de PalmskOld. [Acta ad hU^ toriam Catoîi /X lomc 2.)
• Werving, t. 2, p. 51.
qui était nécessaire pour la culture des terres ■ . En 1600, Charles avait déjà défendu à la noblesse de dispenser les paysans des devoirs commandés par FÉtat, de prendre plus de dotations que la loi ne permettait ou de trop empiéter sur les droits des paysans habitant les hemmans taxés '. Considérant que la noblesse de Finlande ne pouvait avoir plus de droits que celle de Suéde, il ordonna que les paysans de la noblesse de Finlande conlribuassent à tous les impôts, à tous les secours ou conscriptions en proportion de moitié de ce qu'acquittaient les paysans taxés, qu'ils payassent la rente au jugedudistrictetau sénéchal ainsi que la dtmc. Cette dtme n'avait eu pour régie en Finlande que le bon plaisir : une ordonnance détermina qu'en Finlande, comme en Suéde, les deux tiers en seraient prélevés au bénéfice de la couronne ^ on mit des bornes aux élections commises par les prévôts dans la levée des contributions *. Il suivit à son retour un un chemin qu'aucun roi de Suéde n'avait pris avant lui : il côtoya le golfe Bothnique et fixa sur ses rives l'emplacement de villes nouvelles. Charles, roi effectif sans en avoir le titre, était seul depuis la fuite de Sigismond. Si un gouvernement pouvait, comme on dit, être fondé (f« facto, aucun n'avait mieux été préparé à l'avance. L'histoire prouve cependant que les rapports du droit sont plus importans pour les États que pour les particuliers : il est rare qu'une rupture entre Etats ne laisse pas des traces profondes. La déchéance de Sigismond avait été prononcée; mais combien Charles n'hésita- t-il pas à ceindre cette couronne abandonnée qu'on lui offrit tant de fois! On a appelé ses scrupules de l'hypocrisie, et si le respect pour le Jugement du monde mérite ce nom, nous ne nions pas qu'il a reculé. Mais celui-là juge bien superficiellement qui passe sur le combat qu'il doit avoir soutenu au fond de son âme. Personne n'a eu d'idées plus élevées sur la sainteté du pouvoir royal légitime : c'est ce qu'attestent ses propres observations sur l'his-
' WenriDg, t. 2, p. 67.
* OrdooDaDce contre l'oppression des paysans , datée de Linkdping, le 28 février 1600.
> RésolaUon prise h Bjdrneborg le 9 février 1602.— Charles poiirsaivit plas tard les vexations de ces prévôts finlandais. A cette époque, ces places étaient vendaes, à en juger par la défense qu'il en fit. (Voyez les Archivée du royaume.)
toire de Suéde. L'idée dominante est que les Suédois ont souvent été cause des malheurs de leurs rois et ont ouvert par contre-coup pour eux-mêmes une source abondante de calamités ■ . Il leur reproche leur versatilité, le peu de fond qu'on doit faire sur eux , leur jalousie , leur défaut de courage et de vertus civiques : a Leur manière, dit-il, e^t de tomber tous sur un seul, de sorte que si quelqu'un est victime du malheur et de l'injustice , il ne se trouve personne qui ose ou qui veuille lui venir en aide ; tous se cachent en ne cherchant qu'à se nuire les uns aux autres. » On ne devait pas avoir foi en celui qui jeta la terreur dans le sénat en qualifiant Engelbrekt d'aventurier rebelle. Ce fut cependant ce qui arriva. Charles avait dit à Elisabeth, reine d'Angleterre, & laquelle il avait voué un culte d'admiration : « Celui qui touche au sceptre d'un roi saisit un brandon enflammé qui doit le perdre \ il n'y a pour lui aucune grâce à espérer ». » C'est & ce sujet qu'il prononça les paroles suivantes au commencement de ses querelles avec Jean , trente ans auparavant : a On m'accuse d'avoir violé la majesté et les droits du roi , crime que les frères n'ont jamais pardonné à leurs frères, comme le prouve l'histoire, ni les pères à leurs enfans. » Malgré de tels principes, le sort le poussa à se soulever contre ses deux fk'ères et contre son neveu. Il n'était pas question seulement dans cette lutte de savoir à qui appartiendrait la couronne de Suède, mais si elle pouvait rester dans la maison de Gustave sans être brisée. La solidarité que Gustave avait établie entre ses fils pour l'achèvement de son œuvre fut la religion politique de Charles. Il a combattu toute sa vie contre sa propre maison, il est vrai, mais aussi dans son intérêt propre pour la couronne de Suède, et il a été tourmenté lui-même durant cette lutte par des senlimens contraires. Écartant d'une main Sigismond et tous les dangers dont celui-ci menaçait la patrie, de l'autre il étouffa sans pilié dans le sang le plus noble les factions qui osèrent s'agiter autour du trône de Gustave Wasa. On ne voit pas qu'il ait jamais douté de son bon droit ou qu'il ail éprouvé un mouvement de repentir de ce qui lui a mérité les reproches de la postérité. D'un autre côté, on le voit agité de doutes, ce qui est con*
* Elisabeth à Beaumont, minislrc de France, au su- Jet de la conspiration de Biron contre Henri IV.