‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 137 sur 275 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

forme à sa foi polilique. Comme fils de Gustave et en vertu de sa position , il ne pouvait méconnaître le prix d'un pouvoir donné par la voix du peuple. Ce fut iur celte même voix que sa famille fonda son droit de succession. Charles fit valoir contre Sigismond, qui en changeant de religion avait en quelque sorte renoncé au testament de son aïeul, la décision des états. Mais un jeune enfant, qui de ses faibles bras le tenait séparé du trône, paraît lui avoir causé plus d'embarras. Le duc Jean, frère de Sigismond, avait des droits incontestables suivant Tabte de succession*, il était sans nul doute le plus proche héritier de la couronne. La vie de cet enfant ne fut pas seulement respectée par cette main qui trop souvent se trempa dans le sang, mais encore Charles remplit envers lui tous les devoirs d'un bon parent. Il lui parut d'ailleurs fort douteux que l'abdication du jeune prince à l'âge de quinze ans fût valable, car il finit dans son testament par reconnatlre la légitimité de Jean , « à moins que les États ne persistassent dans leurs résolutions. >» Ainsi la Suéde à la mort de Charles se trouva sans roi ^ Gustave-Adolphe ne le devint que par suite d'une nouvelle élection.

Dans une telle situation, Charles ne fit point un seul pas sans les Étals *, mais cette perpétuelle présence des États était importune. 11 tourmenta constamment le pays en convoquant des diètes pour faire répéter ce qui avait été déjà dit plusieurs fois. Autour de lui s'accumulaient les dangers venus du dehors, tandis que déjà le royaume était agité par tant de troubles intérieurs : l'issue de la guerre avec Sigismond devint de plus en plus douteuse^ d'anciennes* querelles qui devaient conduire à de nouvelles guerres se rallumèrent avec le Danemark et la Russie. Charles affronta tous les dangers avec une activité et un courage presque sans bornes, mais avec un emportement toujours croissant; le coup sous lequel il succomba était parti de son ûme.

A son retour de Livonic , il convoqua les états à Stockholm, dans l'été de 1602, et leur fit des communications sur les relations extérieures : « Les Suédois, dit-il, ont trois voisins, les Danois, les Polonais et les Russes : ils peuvent vivre en paix avec les Danois s'ils veulent leur accorder le droit de porter dans leur écusson les trois couronnes, qui sont les armes de Suéde , et des anciennes possessions sué-

doises en Laponie. Leur accordera-t-on une liberté illimitée du commerce dans tous les districts de mines du royaume, comme s'ils étaient Suédois, ou fora-t-on mention des torts que les Danois ont occasionnés aux Suédois depuis la paix de Slellin ? Pour ce qui est des Polonais, nous pouvons signer immédiatement avec eux une paix de huit ans si nous voulons leur restituer Pernau et Dorpt, et ajourner la décision de l'affaire principale. Réfléchissez  ce que la Suéde pourrait gagner à un tel arrangement. Nous pouvons aussi vivre en bonne intelligence avec la Russie si nous consentons à lui céder Narva et Reval , et plus tard Wiborg. A ces conditions , on aura la paix aussi longtemps qu'on voudra <. » Le duc fut accueilli par un mécontentement général. L'opinion que la guerre de Livonie n'était pas nécessaire , depuis longtemps accréditée, était entretenue par les soldats et les cavaliers qui revenaient du théâtre de la guerre. Des émissaires secrets répandirent les manifestes de Sigismond. Les pluies continuelles de l'été précédent et le froid qui leur succéda anéantirent les récoltes. L'année 1604 fut aussi très-dure; des malheureux tombèrent d'inanition dans les rues de Stockholm pendant que les états y étaient rassemblés *. La peste se manifesta dans la Finlande :

* Voyez le mémorial de Charles aui états, datée de Stockholm, le 13 juin 1C02. Charles écrit au grand-duc Boris Godunov (Abo, 17 décembre 1601} que comme le grand-duc parle toujours des affaires de la Livonic , Il est clair qu'il n*a pas compris la lettre latine do Charles : « Nous pourrions en conclure que vous n'avez pas auprès de tous un Interprète habile pour vous traduire cette missive ; c'est pourquoi nous vous écrivons, en suédois, quoique nous connaissions d'aulreslangues. La paix éternelle n'est pas conclue entre le roi Sigismond et Fodar Ivanowitz, mais entre la Russie et la Suède. Les villes que notre frère Jean conquit en Livonic n'ont pas été prises à Jean Wasiliei^itz , mais celui-ci les avait enlevées sans motif â l'empereur romain. Si au lieu de faire la paix avec les Polonais vous les eussiez attaqués sur un aulre point que nous, comme nous en éUons convenus avec vos envoyés à Stockholm, nous aurions reçu chacun une nouvelle robe, et vous n'auriez eu besoin de rien réclamer ni de nous ni de personne. Les derniers légats que nous vous avons envoyés ont été retenus comme prisonniers, et il ne'leur a pas été permis de jeter les yeux sur la rue. » (Voyez les Archives du royaume,)

' « Le duc a su que plusieurs personnes sont mortes de faim dans la maison des pauvres à Upsala et que de nouvelles victimes y sont tous les jours dévorées par le même fléau. 11 faut que le clergé veille

Charles essaya de combattre la disette par des distributions de blé de ses propres magasins ; mais il avait de nouveaux sacrifices à demander au peuple, et il reçut assez Troidemenl Torfre qu'on lui fit de la couronne , n'ayant pas les moyens de la soutenir hoBorablement , d'autant plus que Vassurance qu'on exigeait de lui contenait certaines réticences qui décelaient de la ihéfîaiice : « Il Faut que vous en élisiez un autre, écrivait-il aux étals, le 16 Juin 1602, qdt puisse inieux remplir ses fonctions. Vous pouvez prendre le roi de Pologne , qui a un parti puissant dans le royaume , ou son fils qu'on a déjà demandé, ou le duc Jean. Quant à moi et à mes descendons , j'espère que Dieu ne m'abandonnera pas. » Le décret de la diète fut rendu selon ses vœux, et de nouvelles con- Iribulions furent levées pour la continuation de la guerre. Charles de son côté, par condescendance pour les états , composa son sénat d'après leur choix, car il n'y eut presque plus de membres de l'ancien. Douze seigneurs, dont cinq étaient les plus anciens, devaient élre investis des hautes fonctions de l'État, telles que celles de drots , de marsky d'amiral , de chancelier et de grands trésorier. Depuis celte époque , le sénat resta auprès de la personne du roi, tandis qu'auparavant les membh^s vivaient dispersés dans les provinces. Charles voulut aussi appeler six Li voniens dans son conseil. Ce projet rencontra de la résistance et fut abandonné ■. Les nouveaux sénateurs jurèrent de rester fidèles au duc, â son épouse et ft tous ses descendans mâles. Ils devaient veiller à l'entier accomplissement des engagemens du prince envers ses administrés et réciproquement. Les dernières obligations étaient Urées de l'ancien serment des sénateurs. Ce règne montra jusqu'à l'évidence combien cette nouvelle formule

altenUvement aui revenus des pauvres et que la renie qui sert à leur entrcUen soit bien employée. » (LeUre nu clergé, Stockholm, 10 juin IG02.) — Une disette affreuse et des tempêtes onl ravagé la Suède pendant plusieurs années. La dîsclle de ces deux années s'étendit même en Russie. La pluie tomba pendant dli semaines consécutives au printemps de 1601. Le 15 août, toute la récolte fut gelée. Dans deux ans et quatre mois, le nombre des cadavres enterrés A Moscou se monta à cent vingt-sept mille. (Voyez Karamsin.)

• • Comme les états ne veulent pas avoir (îc>clgneurs livonlens dans le sénat, ils en seront exclus.» Les Danois , les Russes et les Polonais ne reruscralent pas de les accepter. (Voyex les Archiva <u royaume.)

pouvait offrir d'interprétations diDérentes à la puissance des sénateurs *•

Une des principales causes du mécontentement résultait de la position de Charles vis-à-vis du clergé^ qui commençait & lui être hostile et qui se maintint dans les mêmes dispositions tant que le duc vécut. Ceux qui avaient achevé l'œuvre de là béfornitî en Suède ne le regardaient pas comme luthérien orlhodote. Nous avons fait mention des soupçons qui furent adressés à Charles lui-même ù\i concile d'Upsala ', à là diète dô LinkOping, eh 1600, il proposa un bréviaire qui fut rejeté par le clergé. Charles ne se crut pas empêché par ce refus d'introduire un nouveau règlement d'Église dans sa propre coUr. Il parait qu'il emprunta beaucoup aux doctrines de Calvin, et l'archevêque Olaus Martini écrivit contre ses erreurs, au nombre desquelles on compte cette opinion : (( Que les hérétiques doivent recevoir une sépulture chrétienne. » En lOOl, Charles fit publier, sans cependanly mettre son noni, un psautier *. Il à lui-même composé et laissé en manuscrit plusieurs chants suédois et allemands , ainsi que des prières ; celle qu'il a faite pour les personnes régnantes lui fait le plus grand bonheur. En 1604, il fit imprimer un catéchisme ' écrit en 1593. L'introduction de celui de Heidelberg , qui était dans l'esprit de la réforme, souleva de vives contestations qui se renouvelèrent lorsqu'il voulut publier une meilleure traduction de la Bible. 11 a pris lui-même sa défense et a échangé avec son archevêque des questions de controverse , et dans celte lutte le duc ne fut vaincu ni en sagesse ni en esprit. Charles , dans ses écrits , revient souvent à ce principe, que la sainte Écriture doit être la seule règle de la doctrine. Il ne voulait pas que celle-ci s'allachâl à la confession d'Âugsbourg. La résolution du conseil d'Upsala devait être encore moins une nouvelle loi pour l'Église : « Nous ne pouvons et nous ne devons pas permettre, écrit-il au sénat, relativement aux clercs, que le concile d'Upsala soit un nouveau symbole, parce qu'on

■ Serment du sénat du 23 août 1602.

* Catechûmta heller râtt christelig kànnedom om icdre christeh'ge trooê nOdtarfligèste artiklar , hufSmdpunhter orh stycker om den heliga Skrifft r&tta grand orh fdUtand, aemmandragen foi de enfaldige Christne, Stockholm, 1604.

' Ces récits sont Imprimés en 1604.

ïk^f ft traité dé rien autre choso que de la confession d'Augsbourg , qu'elle-même est fondée sur les écrits des prophètes et des apôtres. Nous ne toulons pas nous brouiller ayec nos frères en croyance de rAUcmagne. n On dit que les Toyàges de Charles et son premier mariage dans la maison dti palatinat Tohl ëhtratné vers la religioh réformée; il disait que les sacrcthcfis n'étaient pas des signes cerlaitis de la grftce, ne donnant pas la fc^èmission des péchés ; aussi ne regardait-il pas rcucharistie cohime nécessaire pour obtenir la grâce de Diieu à Tinsfani de la mort : il prétendait que l'opinion contraire ataiti^it le désespoir de beaucoup de personnes qui n'ayaient pu y participer. Il Toulait aussi qiie le pardon des pébhés fût ainsi lbt*mulé par les prêtres : a En yertu du pouvoir que le Christ a dohné & son Église , et à la suite de ta cohfcssion , Je t'annonce au nom de Dieu , qtt( seul pardonne leê péchés , le pardon des tiens et ta grâce K >) Charles eniSn toulait appliquer ft la doctrihe dlTinc l'emploi tù la raison et de la philosophie *.

Celui qui connaît Charles ne peut douter que le lirre ne soit dé èa main. l)e tous les fils de Gustave , il était celui qbi avait les bonnaissantes I^ plus étehdues ; il surpassait en ineliltgcnce presque tous ses compatriotes. Nous ne voulons cependant pas refUser à l'archevêque de cette époque là Justice qui lui est due : il osa luilei- par conviction contre son roi , et ce roi était Charles IX! Olaus Martini Jouissait d'une haute considération et était hifatigable dans l'accomplissement de ses devoirs : ft moins d'éhipêchemcnt, il prêchait tous les dimanches dans la cathédrale d'Upsala , et 11 commentait la Bible pour la Jeunesse de l'université >. Charles employa une grande partie de sa vie ft fondre ensemble les doctrines de Calvin et de Luther > sans cependant adopter toutes les o(ilnions du premier. C'est pour cela qu'il engagea des controverses publiques, entre autres, en 1602, avec le prédicateur ;de la cour,

^* Le langage cl les prélcnlions de Charles ne doivent point surprendre : les plus fougueux hérétiques ont toujours voulu expliquer par la raison humaine ce que Dieu a placé au-dessus de la raison humaine. Au reste il paraît que Charles avait du peT.^chant pour le calvinisme, et de tout temps les luthériens cl les calvinistes se sont accusés mutuellement d'erreur et d'hérésie. (I^ote de Viditeur.) i ' Bazius, Inveni. Ecel, svio-goth.,^, 615. ' Voycx les coileclicns de Pitimskôld.

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