CHAPITRE iay. S6f
Micronius, et en 1608 avec uni savant Êcos-* sais , Jean Forbes : il les avait fait venir tous deux dans son royaume. Le clergé entendit de dures vérités. L'archevêque était du nombre des négociateurs qui, après la diète de 1602 , avaient traité pour la contribution de guerre qui fût accordée ; mais dans la paroisse de Vesterâs , il aVait rcçU un accueil « très-peu respectueux; » Charles lui écrivit : <( La cause en est ail clergé et à d'autres mauvais sujets qui courent le pays : les prêtres oilt tefusé , dans c^lte guerre qui est faite cependant dans l'intérêt de là religion , dé prier pour le succès de nos armes et d^ nous aider de leur secours; il cdt du devoir de l'btrhevêque de leur ordonne!* de faire connaître aU peuple qile nous vivons en des temps difficiles. S'ils ne font pas de prières pbiir les soldats qui comballenl pour la patrie , ils seront destitués et ne recevront aucun traitement dii trésor. )) Un an plus tard , il dit dans une autre lettre : n Comme nt)us voyons que vous n'aves d'autre but que celui d'amasser au nom de la religioii de quoi bien vivre , nous ne nous inquiéterons plus t Ce su- Jet. Nous allons nous réconcilier avec le roi de Pologne et nous réposer dans la même Irah^ quillité -, puis, si vbus le Jugiez à propos, vous I)oorrez vous-même marcher contre l'Iennemi à la tête de votre clergé. »
«( Nous sommes peu redevable au clergé, écrivit-il au sénat en 1604 ; la plupart de ses membres ont déjà trahi la confession d'Augsbourg. Ne vOus flez pas à la constance des prêtres , car lÀ où il y a du danger, ils Jettent leur manteau sur leurs épaules et retournent à leurs anciennes superstitions. » La même année, il fit publier une explication de toute sa conduite en ce qui touchait la religion depuis les temps de la liturgie, et il donne à entendre qu'il avait été obligé de produire une défense contre les accusations de l'archevêque, ce qui pouvait faire Juger de l'injustice qu'on lui avait flsiite.
L'université d'Upsala, qui dans les questions de religion se ralliait au parti de l'archevêque , partagea sa disgrâce, et des réponses pleines d'aigreur suivirent plus d'une demande des professeurs. Lorsqu'on présentait au duc quelque supplique pour le bien des écoles et de l'académie, il répondait que des ordres avaient été donnés \ qu'il restait à savoir si ces messieurs étaient capables de les exéciilcr. A milieu d'une telle dis^rJice, plusieurs
professeurs reprirent une grande confiance, i Charles, en 1605, envoya Joban Gôransson, Rosenbane et Jean Skytte, alors précepteur du jeune Gustave-Adolphe, pour connaître leur opinion sur quelques projets de réconciliation avec le roi de Pologne , « parce qu'il est d'usage dans tous les pays de prendre conseil des universités dans les questions graves. « Ces projets, qui étaient inconciliables avec les intérêts de la Suède, furent rejetés par les professeurs -, mais l'issue de cette négociation fut peu agréable pour eux , car on leur demanda comment ils entendaient , en s'opposant à la paix , contribuer à la continuation de la guerre. La noblesse, les villes et les paysans s'étaient soumis à fournir un homme sur dix, de seize à soixante ans. Si l'université était disposée & soutenir ainsi la guerre , elle n'avait qu'à le dire aux émissaires du roi.
Malgré toutes ces querelles, Charles s'est conduit avec une prudence admirable , si l'on tient compte de la fougue de son âme et de Tintolérance de cette époque. S'il discuta avec son archevêque , il ne persécuta pas ^ il ne punit le clergé que par ses paroles. Quelques prêtres qui allaient trop loin dans leurs sermons furent destitués ; mais il défendit les droits du clergé, qui lui doit la fixation légale de ses revenus en Suéde et en Finlande. Il ne veillait pas moins aux intérêts des institutions d'enseignement : il plaça àUpsala Jean Messénius et Jean Rudbeck, deux savans du premier ordre qui imprimèrent aux études un nouvel essor, quoique leur inimitié réciproque ait occasionné beaucoup de troubles. L'université conserva plutôt en réalité qu'en apparence ses privilèges. Il agrandit l'hospice qu'il avait luimême fondé de manière à y recevoir cent étudians *, et l'université eut le droit d'élire pour son chancelier un personnage politique*. Il céda dans les affaires principales, et reconnut la confession d'Augsbourg et le décret du concile d'Upsala dans son assurance royale du 27 mars 1607. Sur les instances réitérées des états, il avait accepté la couronne en 1604';
* Voyez les archives du royaume,
* En 1604 , l'université demanda Gustave- Adolphe pour chancelier , mais le roi répondit qu'il était trop jeune. En 1608, le roi proposa trois seigneurs pour cet emploi honorable. Abraham Brahe fut le premirr chancelier de cette académie.
* II prenait le Utre de roi élu et prince héréditaire de Suède, de Gothie et des Vendes.
elle avait été offerte au duc Jean , qui Tavait refusée. Gustave-Adolphe fut reconnu prince royale , et son frère cadet prince héréditaire du royaume. » S'ils ne laissaient point d'enfans mâles, non plus que le duc Jean , la couronne tomberait à la fille atnée du roi. Ce fut l'acte de succession de Nork&ping par lequel le droit de succession dans la maison de Gustave Wasa fut transporté à Charles et à sa postérité. Ce* pendant Charles n'était pas tranquille, et il ne le devait être jamais. Une foule de circonstances , telles que le retard du sénat & formuler l'acte définitif de la déposition de Sigismond ', la trahison de 1605 , la tentative d'assassinat de Petrus Petrosa , catholique admis secrètement au service de Charles', tout cela fit naître une sorte d'impatience, d'irritation et des pensées sinistres. La même année où il prit le titre de roi , il proposa au sénat d'abandonner le gouvernement et de laisser une entière liberté de conscience même aux catholiques , dans le duché qu'il voulait conserver , dans la Livonio et dans tout le reste du royaume \ En 1606, les états étant rassemblés, on voit d'après son journal qu'il déposa son pouvoir en expri* mant le vœu qu'il fût confié à Jean ''. En 1607, son couronnement fut célébré avec magnificence à Upsala, et en 1608 il annonça le dessein de faire , suivant l'ancienne coutume , sa tournée dans le royaume {eriksgata) , et de la faire à cheval , selon l'expression de la loi *. Les nouvelles des succès des Polonais en Livonie et en Russie interrompirent ce voyage avant qu'il fût achevé.
La guerre nécessitait l'augmentation des
> Néà Reval, le 23 avrU JGOl. 11 fut nommé duc de Sudermanie , de Néricie et du Yermland le 12 juin
* Il fut publié au nom du sénat le 17 juin I60S.
* Il était né en Suède, mais il avait été élevé hors du royaume. Le roi le chargea de plusieurs missions.
^ Au sénat avec des propos! Uons de paix à la Pologne. (Voyez les jirehivBê du royaume,)
' « Le 22 mars 1606 Je renonçai à régner et en confiai le soin à mon neveu le duc Jean.— Avril, 1609. — Les procès relaUfs aux papistes et à leurs trahisons con* tinnèrent tous les jours. II y eut échange de lettres entre moi, le duc Jean et les états : ils me prièrent instamment de reprendre les rênes du gouvernement ; mais j'aime mieux ne m'en pas mêler que d'avoir affai^ à des gens si inconslans. » (Voyez le Caîendarium de Charles IX de 1604 à 1606.}
* Proclamation à toutes les provinces au sujet de la tournée du royaume; elle est datée de Nykôping, 17 mai 1608. (Voyez les Archives du royaume,)