‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 14 sur 275 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

de puissance avec les Suédois du haut pays et puisant un nouveau degré de force dans le christianisme. L'abondance de la population de la province , attestée par Thisloire des temps qui suivent, prouve qu'il lui availfaliu bien des années pour arriver à ce point, quoique d'anciennes traditions parlent de grandes forêts difficiles & traverser et que celles de la Yestrogo- Ihie, au treizième siècle, comprissent dans leur étendue des contrées, qui sont devenues des plaines, des bruyères et des champs cultivés.

L'obscurité qui enveloppe TOstrogothie pen* dant la période du paganisme, s'étend plus épaisse sur toute la partie orientale de la Scandinavie. Le voisinage de l'océan occidental facilita les communications avec le reste du monde, au moins avec les pays sur lesquels l'histoire a répandu sa lumière dans le Nord. La Baltique était dans l'ombre -, au delà , tout était ténèbres. Aussi avons nous moins de notions sur l'Ostrogothie des temps passés que sur la Yestrogothie , et si la saga y place quelque événement important, elle se tait sur l'état du pays. La partie de l'Ostrogothie la plus anciennement cultivée se compose des contréesdu centre, les plus fertiles de la Suède. Le pays boisé de la partie méridionale de l'Ostrogothie s'étendait autrefois Jusqu'aux montagnes du Sm&land et même plus loin : il était désert et peu praticable , car aucun étranger n'osait traverser la forêt de Holveden*. La partie septentrionale des forêts et des mines de l'Ostrogothie , au delà du fleuve Molala, fut longtemps inhabitée , ce qui est prouvé par la nature du sol et le peu d'antiquités qu'on y retrouve. C'est là qu'envoyait la grande forêt de Kâlmôrker % aujourd'hui Kolm&rden , qui , se prolongeant par le Tiveden dans la direction occidentale, vers les rivages du lac Yenern, devient plus large et plus impénétrable à mesure qu'elle s'enfonce dans l'intérieur du pays. £n 1177, le roi S verre erra pendant six à sept

^•Tilmidian skogh a IIolavidh.»On recula la fron- Uère de TOstrogothie Jusqu'en Smlland quand on regarda celui-ci comme une province séparée. (Upl. L. K. D. II.) Holveden signifle fbrêt remplie de collines, de Tanclen mot kol , colline. Les Dalécarliens emploient encore ce mot dans cette acception. (Angl. mil.)

" KcUmirkr, Myrkvidr (la forêt noire on sombre). Fragm. de la Saga de Brdwalla, p. 120.— Le nom actuel est Kolmdrden. On le trouve déjà dans la Loi de Fatrogothie.

Jours dans ces déserts immenses et inconnus, sans trouver de quoi combattre la faim et le froid. Plus tard on évalua à douze haltes ' la largeur de Tiweden. Il fut pendant long* temps très-difïïcile do traverser ce bois sans accident , siu-tout du côté du lac Vettern : de même que tous ceux qui bordaient les fron* tières , il servait de refuge à des bandes de brigands, ce qui rendait le passage si redoutable aux voyageurs qui de l'Ostrogothie voulaient se rendre dans la Néricie qu'avant de s'y engager ils recommandaient leur àme à Dieu dans l'ancienne chapelle de Husbyfiol *. C'est pourquoi l'on suivait plus généralement la route à l'est dans la grande forêt, sur le bord de la mer , route qui conduit encore aujourd'hui de Norkôping à Stockholm. ]>es hauteurs de Kolmârden, le voyageur qui vient du nord voit se dérouler sous ses yeux le magnifique tableau des champs fertiles de l'Ostrogothie, entrecoupés de rivières. C'est de là que descendit, dans le huitième siècle, Sigurd Ring avec son armée , sur les rives du Brftwiken , pour livrer bataille à Harftld Hildetand : c'est la plus célèbre de l'ancienne histoire de la Scandinavie.Là passait encore au onzième siècle la route qui conduisait de la Yestrogothie à la Suède supérieure, ce qui entraînait un grand détour. On ne se rendait pas de la Scanie dans le haut pays par rOstrogothie,où les montagnes du Smftland présentaient les plus grandes difïïcultés, mais on prenait par la Yestrogothie pour aller à Skara ; on pouvait faire le trajet dans une semaine. De là à Sigtuna , passant par Telje , on employait encore trois semâmes, de sorte qu'il fallait un mois entier pour faire le trajet '. Comme on rapporte qu'un de ces voyages s'exécuta en partie sur une barque et qu'on traversa de grandes eaux ^, il est à croire

* Reimbegla, p. 882. — Halte (rast), nom que donnent les paysans à Tanclen mille des bols, environ un demi-mille deSuède, un peu plus d'une lieue de France.

* Broocman, Deeeription de VOitrogothie, p. 186. ^ Des vieillards racontent que les fortiflcaUons d'une montagne dans la paroisse de Hammar, en Néricie , ont été élevées contre les attaques des Ostrogotbs. (Voyez les collections de Palmskold.)

> «Aqua (Sconla) feruntdiebus septem perveniri usque adcivitalem Gothorum magnam Scarane.»(Adam. Bremens., I. c, p. 60. — « SI per terram eas a Sconla per Gothorum populos et civllatem Scaranem, Telgas et Bircam , completo mense perveniet SIctonam. • (Ibid., 6, 62 )

* On raconte la même chose d'Anschaire et de ses

qu'on veut parler du lac de Wetlern, du côlé de la Yestrogothie, après lequel on aura suivi le cours du Molala jusqu'à Brâwik , et de là traversé le Kolmârden.

Nous sommes à la ligne de séparation de la Suéde proprement dite et de la Golhie : cette division est aussi ancienne que notre histoire. Les chaînes de montagne et. les forêts de Kolmârden et de Tiweden forment encore les frontières de ces deux royaumes, qu'elles partageaient autrefois en deux portions sous le nom de forét$ du sud (Sunnanskogs) et forêts du nord (Nordanskogs) K La grande forêt servait de limite , et cette ancienne ligne de démarcation différait autant de la nouvelle que la culture d'autrefois diffère de celle d'aujourd'hui. n y eut un temps où les grandes forêts de Tiweden et de Keglan étaient trés-rapprochées •, où la Néricie rNerike), aujourd'hui encaissée entre les montagnes, semblait les unir, où ses prairies profondes et riches en herbages ' étaient d'une nature marécageuse, où la belle Sudermanie (Sôdermanland) , offrant dans ses lacs , ses golfes , ses montagnes et ses vallées l'aspect le plus varié, ne consistait guère qu'en une côte garnie de petites lies, siège principal de la piraterie de la haute Suède*: elle

compagnons. Ils furent probablement obligés , après leur naufrage, d'entreprendre cette longue roule par terre : « Cnm gravi difficultale pedibus per longûsimam viam incidentes, et, ubi \n%TuebAi,intefjacentia maria navigio Iranseunles, tandem ad portum rcgni Spsorum, qui Byrca dicitur, pervenercrunt. [Fila S, Ansgariit c. 10.)

* La Suède proprement dite (Suealand) fut nommée le pays des foréls du Nord (Nordanskog) et la Gothie (GOtaland) les forêts du Sud. (Voyez Landilagen (la loi du pays) de Tannée 1442. K. B. 1.)

* Une ancienne tradition rapporte qu'entre Mokirka, au sud de la ville de Mariestad et Mosas , près d'Ôrebro, le Tiweden remplissait cet espace de dix milles. [Foyez Lindskog, Description du diocèse de Skaray IV,67.)On trouve sur la c6ie d'Ostrogolhie une tradition semblable, d*après laquelle 11 n'y eut pendant longtemps aucune église entre Ask, au sud du Motala, et Mosas, en Néricie. (Broocman, Description de VOstrogothie, p. 681.) La forêt comblait l'intervalle, et ces deux traditions s'accordent sur tous les points.

' La province est traversée par une contrée de ce genre. Elle est entore trop marécageuse pour être livrée A la culture.

^ Peu de temps avant qu'Olof Haraldsson entrât avec sa flotte dans le lac Malaren, il eut à combattre les pirates de Sudermanie -, Il vainquit à SotaskAr le chef de pirates Sote. (f^oyeg^ dans le Relmskrlngl., la

formait la limite séparative de la Suède proprement dite et la Gothie, Tolià sans doute pourquoi l'historien du christianisme du Nord* croit qu'elle faisait partie de l'Ostrogothie en étendant ainsi la Gothie jusqu'au lac Mftiaren. L'habitantde la Sudermanie n'a aucun type d'origine particulière. Ce peuple «st composé de tribus diverses qui ont établi leurs pénates sur les rivages de la mer -, mais cette agrégation est ancienne, ainsi que le témoigne la richesse de ses monumens au temps même de son idolâtrie.

La Néricie (Nerike) est plus moderne , quoique tout porte à croire qu'elle a été livrée à la culture par les soins de Braut Anund et qu'elle a peut-être été le théâtre où le plus grand roi de la famille d'YnglInga a fini ses jours *. Sigurd Ring, après avoir traversé la Néricie , le lac de Hjelmaren et les lieux où était situé autrefois Ôresund, aujourd'hui Orebro',

Saga de saint Olof,c, 5.)Le district deSotbolm conserve encore son nom. WTingaker fut autrefois appelé Wikingaldr, en Sudermanie. L'ancienne contrée de Wlngaker comprenait les paroisses de deux Vingaker, Ostcraker et Malm {Tuneld, 1. c, p. 151). Cette contrée, abondante en sources, est en communication avec la mer par la rivière de Nikoping. C'est le Heu de l'embouchure des grands lacs Yngarn , Langhalfen et Bofven dont les ramifications , s*étendant en larges branches sur le pays, forment un grand système d'eaux en Suède.

* Adam de Brème recueillit de la bouche du roi danois Sven Ullfsson une grande partie des matériaux qui composent son ouvrage: «Magnam materiam hujus libelli ex ejiis ore collegi. > (Hist. eccL, p. 48.) Ce roi avait servi plusieurs années dans les guerres de Suède. {hist. eecL, p. 31.)

* La Saga d'Ynglinga raconte (c. 29) que le roi Braut Anund. parcourant ses terres [millom buc^jsinna) pendant l'automne, arriva au lieu appelé Himmelshed (Himminhcidur) entre deux montagnes; que là un rocher s'étant détaché Técrasa dans sa chute, lui et toute sa suite. Une ancienne généalogie des rois in* digènes dit que le roi Bratlomund fut tué par son frère Sigvard dans un lieu nommé Himmelshcd , en Néricie : « In Nericia loci vocabulum interpretantur cœ/t~ cambus,^ (Cat. reg. If, Script, rerum suecic.t $ I.) £1 ^^ chronique rimée la plus courte [mindre Himkronikan) contient le même récit ; mais le lieu de l'événement y est appelé Hogahed. C'est aussi le nom de la baute Crète de montagne qui commence à Tarsta, dans la parobse de Skyllerstaet parcourt celle de Svennewad. La forêt s'appelle Brôten (de braut, chemin). On dit que Braut Anund est enterré près de la route i un demi mille au sud de Svennevad.

* Cet endroit fut autrefois Eyrardsund^on Eyrar^ fkmdsbro, d'où nous pouvons juger de quel OEresund on veut parler dans la relation de l'expédition du roi Sigurd Ring, dans le fragment de la saga de ta ba-

Page 1