‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 144 sur 275 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Tandis que tout ce qu'on désignait sous le nom de liberté légale était exploité sous les rois de rUnion par les grandsau profil de leur pouvoir, Gustave Wasa rendit la révolte légale-, mais ensuite rayant éloufTée, il se mit à dos le parti qui avait travaillé si longtemps à son avancement sous le manteau de la loi. Ainsi la fondation du pouvoir royal en Suède Ait comme partout ailleurs , dans les premiers temps de rhistoiro moderne, Tœuvre d'un arbitrage puissant. Et qui peut nier cependant que Tunité et Tindépendance de la patrie, qui furent ainsi fortifiées , aient été la cause de la liberté ? La meilleure preuve, c'est que la principale garantie légale pour le nouvel ordre de choses^ l'hérédité de la couronne, fut pendant le cours d'un demi- siècle la cause secrète de l'hostilité des grands, tandis qu'ils ne mettaient en avant que le droit et la liberté des Suédois. Lorsque Charles eut consolidé l'cBuvre de son père, les Suédois avaient, ce semble, assez éprouvé les dangers des extrêmes pour n'être pas revenus à un juste milieu, et l'assurance de Gustave-Adolphe à son couronnement peut être regardée comme une constitution nouvelle destinée à enchaîner le pouvoir dans des limites légales. Mais comment futr-elle achevée ? à la h&te, au milieu des guerres et des misères , quoique avec un surcroît de gloire. Les circonstances étaient trop favorables pour que la liberté ne devînt pas la proie des plus puissans aux dépens de l'autorité royale et du peuple.

L'assurance que Gustave -Adolphe donna comme roi est fondée sur le serment inséré dans l'ancienne loi \ mais elle contient plusieurs dispositions restrictives qui en resserrent les limites. L'arbitrage, qui sous le règne précédent avait fait le malheur de beaucoup de personnes, occasionna une confirmation expresse du principe sanctionné par la loi, que nul ne pouvait être arrêté ou jugé sur une simple dénonciation sans connaître son accusateur et sans que celui-ci parût au tribunal avec lui. Le roi devait respecter tous les états , surtout la noblesse et les hauts fonctionnaires, et ne pouvait en destituer aucun sans le traduire immédiatement devant les tribunaux suivant les formes légales. Les dispositions de la Loi du pays portant qu'une loi nouvelle ne pourrait être promulguée , de nouveaux impôts levés ni la guerre entreprise hors des frontières sans le consentement du peuple furent assurées de

nouveau. On ajouta seulement qu'il fallait le consentement du duc Jean, des états et du sénat. Sans eux, on ne pouvait ni faire la guerre, ni conclure la paix, des armistices ou des alliances. Le sénat fut réintégré dans ses fonctions de médiateur entre le roi et le peuple, et les étals demandèrent de n'être pas convoqués si souvent. Comme la couronne avait des besoins pressans, le droit des états de déterminer les impôts courait ainsi des dangers, d'autant plus qu'il est vaguement question dans le serment du roi des contributions, qu'on ne devait pas lever à Tinsu du sénat et sans le consentement de ceux qui y étaient intéressés: «Ainsi s'accrut le pouvoir du sénat vis-à-vis du roi et du peuple. » Et pour preuve, c'est que la disposition de l'ancien serment du roi relative à la défense de faire aucune dotation ou d'aliéner les domaines de la couronne fut supprimée dans l'assurance du jeune Gustave Adolphe.

Charles IX n'avait pas confirmé les privilèges de la noblesse^ il en avait seulement le projet, qu'il communiqua au sénat après son couronnement *. 11 dit qu'il ne pouvait prendre aucune détermination avant que la noblesse lui eût soumis ses observations^ c'est pourquoi le roi ordonna que des députés fussent envoyé* de toutes les provinces à Stockholm, le 10 juin 1608, pour donner leur avis sur les privilèges. Il est é croire que l'entrevue a eu lieu, car dans la réponse au mémoire de la noblesse, il est dit que les privilèges qui ont été offerts doivent être acceptés avec d'autant plus d'empressement et de reconnaissance qu'ils sont plus avantageux que ceux du roi Jean. Comme la noblesse n'en était pas contente, le roi renouvela sa promesse de confirmer les privilèges accordés par son frère *, mais celle promesse ne fut pas remplie. Les privilèges que Charles avait l'intenlion de céder à la noblesse, quoique moins étendus que ceux de Sigismond, offrent cependant , comparés à ceux du roi Jean , de plus grands avantages et de nouveaux droits, tels par exemple que celui de nommer le mar$k parmi trois seigneurs proposés par le roi. On voit aussi qu'on n'espérait pas fonder avec les privilèges de la noblesse un nouveau mode du gouvernement du royaume par la division du

* Ôrcbro, le 22 février 1G08. (Voyez les manuscrits de Palinskôld, t. 162, p. 727.)

sénat d'après les différentes branches d'administration. Outre les cinq grandes chargea de l'Étal {rikê àmbeten\ celles dedrots, de marsk^ d'amiral , de chancelier et de grand trésorier, qui tenaient aux attributions de la couronne, le nombre des sénateurs était fixé à vingt (la noblesse trouvait ce nombre' trop restreint). Quatre de ces derniers (dont un était chancelier d'Upsala) devaient veiller aux intérêts de cette université et à ceux de toutes les écoles du royaume^ deux étaient rapporteurs des causes capitales auprès du roi , et quatre conseillers de la chambre. Toute la cavalerie était sous la direction d'un grand écuyer, et l'artillerie et les arsenaux sous celle d'un inspecteur (tygmàstare). Cependant les officiers ainsi que les conseillers de la chambre pouvaient être pris parmi les membres distingués de la noblesse sans appartenir au sénat. Les avantages offerts à la noblesse paraissaient sans doute très-peu certains quand on réfléchissait à la conduite du roi, qui après avoir proposé de supprimer totalement l'équipement des cavaliers, à condition que les terres seigneuriales seraient soumises aux mêmes impôts que les autres terres, avaitdessein de remettre cette question de l'équipement sur le tapis. Tout cela prouve qu'on ne peut pas appeler Charles l'ennemi de la noblesse, mais qu'il voulait seulement que ses droits et ses devoirs fussent corrélatifs.

Il est vrai qu'il admit plus rigoureusement que tout autre le principe conforme aux idées de son temps : que les nobles devaient être préférés aux roturiers pour le service du roi et de la couronne. Chaque noble , chevalier ou écuyer, devait se présenter armé de pied en cap et à cheval aux revues annuelles, et être toujours prêt à suivre le roi à ses propres frais Jusqu'aux frontières ou au delà pour quatorze jours. Telles étaient la coutume et la Loi de Suéde *, qui obligeaient tous les nobles sans exception. Car ce qu'il y a de remarquable, c'est que, comme l'impôt était égal pour tous les paysans sans égard à la valeur de leurs propriétés territoriales, l'ancienne loi n'établissait aucune distinction entre les nobles, quel que fût l'état de leur fortune : on jugeait seulement que celui qui voulait obtenir l'exemption (fraise) par l'équipement avait assez de bien pour entre-

" Voyez Kotiunga Balken, c. 2.

tenir un cheval. Sans doute la différence de fortune aurait dû en introduire dans l'équipement à une époque où la puissance d'un seigneur se mesurait sur le nombre de personnes avec lesquelles il parcourait le pays ; cette puissance s'était montrée trop souvent redoutable pour être ignorée. Il paraît qu'on laissa au sentiment d'honneur des seigneurs d'apprécier le nombre de cavaliers qu'ils devaient conduire à une revue (vapensyn) pour servir la couronne; nous ne connaissons du moins rien de précis à cet égard. Tel était, d'après la lettre du roi, l'équipement de la noblesse sur ses propres terres. Il' paraît que le droit de la couronne n'a pas été mieux observé dans les dotations. Un témoin véridique atteste que l'équipement en général et les dotations avant Gustave P' étaient abandonnés à la libre disposition de chacun'.

Gustave Wasa fut le premier qui fit disparaître l'injustice de l'exemption ou de l'inégale répartition des impôts. L'impôt foncier fut déterminé d'après le nombre d'arpens^ et l'équipement des cavaliers d'après une certaine rente non-seulement des terres qu'on avait héritées mais ausi des dotations *. H paraît que la noblesse ne lui a Jamais pardonné cette innovation '. n est vrai qu'elle ne s'y soumit pas volontiers, et les plaintes du roi sur les lenteurs qu'éprouvait l'équipement des cavaliers continuèrent pendant tout son règne. Il fut obligé d'aviser à d'autres moyens , et sa manière d'agrandir le pouvoir royal démontre qu'il monta sur le trône avec les idées d'un noble suédois. Ce fut dans ce but qu'il s'attacha à devenir le plus grand propriétaire foncier de la Suède et qu'il fit valoir dans toutes les parties du royaume ce grand nombre de métairies où l'on élevait des bestiaux (afvelsgârdar) et où il entretenait des soldats comme la noblesse entretenait des cavaliers sur ses terres. On rapporte même que pendant son règne , Sten Ériksson Leyonhufvud avait huit à dix nobles à sa cour et voyageait avec une suite de cent chevaux, et que ses égaux, tels que Svante Sture, Pierre Brahe, Gustave Johansson Roos et Gustave Olofson Stenbock, ne se présentaient jamais à

• Voyez ci-dessus.

* Le rcgiemcnt de réquipement des cavaliers eut lieu  Vcsierfts en 1525 cl fui renouvelé plusieurs fois sous le règne du roi.

' Plaintes du comte Brahe. (Voyez ci-dessos.)

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