‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 145 sur 275 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

une assemblée de nobles {herredag) sans former un corps de six à sept cents chevaux. Nous avons puisé ces renseignemens dans un livre * qui date du temps où Charles XI anéantit la puissance de ces familles. Mais le changement dont on se plaignit, et qui n'était que celui de Tancienne noblesse des rois en une noblesse royale *, s'effectua sous Gustave Wasa, lors de rétablissement de Thérédité. Cette transition se manifesta de plusieurs manières. L'extension de l'exemption simple de l'impôt fit de la noblesse royale une noblesse de parchemin; la haute noblesse n'était déjà plus autre chose : c'était ce que voulait Erik XIY en créant des comtes et des barons. Les anciennes grandes familles s'étaient habituées à regarder ces dignités avec indifférence et à les négliger pour ne parler que de l'ancienne égalité des nobles'. Les rois les prirent au mot. Ils tinrent à ce que les nobles suédois Jouissent de ces droits, parce que chacun d'eux étant né pour servir la couronne ne pouvait s'abstenir de ce que Gustaye- Adolphe appelait ctmcher derrière le poêle *. C'est à cause de cela qu'on trouve dans les diplômes de noblesse de cette époque que celui qui avait été élevé à l'état de noble s'engageait par écrit à se charger de tous les services que le roi lui ordonnerait. Ces principes généraux devenaient d'uneappllcalion d'autant plus nécessaire que l'équipement- des cavaliers répondait moins à son but (les plaintes sur son inexécution ne tarissaient pas). On les fit valoir surtout pour le service militaire, et là ils reçurent une application plus étendue. Le roi Jean III. déclara en 1573 que tout noble âgé de plus de dix-sept ans et qui ne pourrait satisfaire à l'obligation de l'équipement devait, pour conserver les armes de la noblesse, servir en recevant une solde j car il devait rester au service de la couronne **• Charles IX exigea que tous les Jeunes nobles devenus majeurs, sans en excepter ceux dont il avait banni ou fait décapiter

' Ce livre est intitulé : Hvad fifrmân de gamla Mgter fordom haft for M gemena fr&ls9t aller adefn.

* Magnas Ladulâs aTait déjà émis ce principe.

' Lorsque ClirîsUne oOrii à Axel Oienstjerna la dignité de prince, l\ dit au sénat, en 1640, « que les nobles suédois ont œqualitatem privilegiorum et sont Jurepnprio œquales, (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

* Liggapd soporne,

* Voyez Hallenberg, 1. 1» p. 153.

les parens, se rendissent aux revues et le suivissent à la guerre *. C'est à cette époque qu'il est question de volontaires nobles^» de braves nobles (adelbussar) * servant comme simples soldats, même à pied, et recevant la solde. Charles étendit le droit d'exemption des hemmans taxés à ceux qui voulurent s'équiper et servir comme îmidimm(skëldknektar) '. L'équipement exigé pour les biens et revenus concédés par la couronne fut imposé aussi aux employés, qui , nobles ou non, furent tous ainsi récompensés : Charles voulut comprendre les prévôts eux-mêmes dans cette mesure *. Celait un reste de la barbarie de ces temps , où tout le service de la couronne consistait dans le métier des armes et où toutes les connaissances étaient concentrées dans le clergé. Après la réforme, l'horizon s'étendit également sous ce point de vue ; et lorsque Charles demanda que la Loi de Suéde prononçât la perte de ses titres contre tout noble qui no se rendrait pas utile au service de l'État en se vonant aux exercices militaires ou aux études, il fit bien sentir ce qu'il attendait de la noblesse du royaume.

Nous avons mis de l'importance à développer l'idée que Gustave-Adolphe se faisait de la noblesse de Suède ; il y comprit tous les fonctionnaires civils et militaires , et presque tout ce qui s'était voué au service de l'État. Aussi la noblesse regardait-elle comme un droit son admission à toutes les fonctions publiques <*. Toutes les capacités furent admises dans la noblesse et augmentèrent toujours son autorité. Elle opposa, mais quelquefois sans succès, cette circonstance aux paysans quand ils murmuraient de son accroissement *. A la même

■ « Vous manderez aui fils de Gustave Baner et auz fils majeurs d'autres nobles, qui peuvent nous servir ainsi que l'État, de se rendre ici. » (VoyezIes^rcAitM du royaume,)

* Voyez Hallenberg, t. 1, p. 156; t. 3, p. 7, note*».

> Du temps de Charles IX, tous les soldats qui montrèrent du courage furent regardés comme nobles. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

* Voyez Hallenberg, 1. 1, p. 160.

' • C'est notre souverain droit qui dérive de notre capacité à remplir les charges publiques, mais ce droit est onéreux.» dit Oienstjerna dans le sénat. (Voyez les manuscrits de PalmskOld.)

* Lorsqu'Aiel Oxensljerna, dans une diète, répondit aux plaintes des paysans sur l'accroissement de la noblesse : « Mais ce sont vos propres flls qui sont deve^ nus nobles, » un paysan lui répliqua : « Vous nous faites peu de Joie d'augmenter ainsi le nombre des paUens. »

époque, la noblesse était militaire, car chaque noble était au moins simple soldat, sinon plus, et il naissait tel. Charles avait accru Tinfluence de rétat militaire en appelant les principaux offir eiers aui diètes *, usage qui se conserva longtemps. Axel Oxensljerna en fait la remarque comme d'un trait caractéristique et qui estparliculier à la Suéde *. Les députés de Farmée, quoique n'ayant aucune voix, furent un renfort pour la noblesse aux diètes, où tous les autres nobles devenus majeurs étaient obligés d'assister '• Ajoutez à cela des guerres de longue durée et conduites avec succès, et vous aurez une monarchie mUiiaire complète. Telle était devenue la Suède, et ce fut sous ce point de vue que la considérèrent ses plus grands hommes d'État *. L'esprit militaire pénétra partout, et les diplomates et les savans suédois, personnages qui ne manient que la plume, parlent avec'peu d*estime des princes qui n'ont pas été belliqueux , des vieux seigneurs qui ne connaissent pas la guerre et n'ont mené qu'une vie efféminée, qui n'ont jamais été soldats, et au lieu d'avoir des officiers dans leur conseil , n'ont que quelques économistes (œconomicos) ou littérateurs (liUeratos) : « C'est le commune malum. » écrit Adler Salvius au sujet des Etats allemands**. Sous l'empire de telles idées et d'un jeuqe héros , oa ne doit pas s'étonner des prétentions qui , étant presque d'accord avec la réalité, se dessinèrent plus clairement après la mort du grand homme, prétentions qui se résumaient dans cette proposition : que la noblesse était état du royaume, que le noble était immédiat, et que le paysan (sous lui) n'était que sujet médiat du royaume *.

' Depuis la diète de Sôderkôping, en 159&.

' « La Suède , ex necessUate temporum , a fait de rétat militaire un état représentant à la diète » ce qui n'eiiste pas ailleurs. > (Voyez les manuscrits de Palmskôid.)

' IParmi les demandes de la noblesse, k Pavénement au trône de Gustave -Adolphe , était celle qui avait pour objet la communication des propositions qu'on voulait faire A la diète afin qu'on pût en délibérer avec ceux qui n'y assisteraient pas. ( Voyez Adlersparre , Hiêtoriska Samlingar, t. 8, p. 383.) ^* « La Suède ne peut pas être longtemps sans guerre; c'est ce que prouve êitus regni et loci. » (Aie! Oxenstjerna au sénat, 1. c, p. 386.)

" t Ils décident selon le droit civil , quand le droit des armes est seul nécessaire. > C'était Adler Salvius, ancien secrétaire de Gustave-Adolphe , qui tenait ce langage.

* • Noos sommes tons tubditi regni , les paysans médicUê et nous autres immédiaU. » (Le rlksdrots

De là, sous Tadministration des régences, la réclamation formelle de la noblesse tendant à ce que les autres états ne puissent remporter sur elle par la majorité des voix '.

Aucun plan n'était nécessaire pour le déyeloppement de cette influence de Taristocratie ^ les grands de cette époque en avaient cependant formé un. Parmi eux, Axel Oxensljerna était le plus éclairé et en môme temps le plus généreux. Les tendances de la noblesse lui révélaient les anciennes idées suédoises quant aux limiles du pouvoir royal \ il ne cachait point ses opinions ', et cependant il était Fami de Gustave- Adolphe ! C'est ainsi que les grandes âmes se comprennent.

L'histoire de Suède nous a transmis les débats enfantés par la divergence d'opinions politiques des partis d'Oxenstjerna et de Skytle. La lutte s'engagea entre l'aristocratie et la démocratie, à la tète desquelles se trouvaient d'un côté le chancelier du royaume, de l'autre le précepteur de Gustave-Adolphe, depuis sénateur, Jean Skylte >. On attribue à Gustave des paroles remarquables à ce sujet \ Ces paroles sont en rapport avec les opinions et les personnages de celte époque. Jean Skytte, en 1613, se plaint d'avoir été arraché à sa tranquillité ci

comte Brabe au sénat.) t II faut bien apprécier les prl* ▼iléges de la noblesse ici, parce qu'ils sont phis grandi qu'en Allemagne, où les nobles ne sont que les eackaves des princes.» (Aiel Oxensljerna au sénat, 1636.)

I Voirez Adlersparre, t. 3. p. 362.

' Voyez les manuscrits de PalmskOld et le P^oyagê de fflUteloeke en Suède,

' On Ut dans un parapblet qoe Skylte était fils nator rel de Cbarles IX, à qui îJ ressemblait de figure ei de taille.

* Jean Skytte avait des'opinlons poliUques tout k fait contraires k celles d'Aiel Oienstjerna : Il voulait anéantir complètement Tancienne noblesse que Cbarles IXavaitdomptée. Gustave-Adolpbe ne la croyailplos dangereuse; il craignait davantage les idées libérales des partisans de Skytte. Il disait un jour k Sten BJelke : « ils ont la pensée de gouverner sans roi ; mais tous autres , vous en voulez un pour la forme. La noblesse est un état intermédiaire ; les riches le sont également : ils peuvent contre-balancer le parti de Skytte et Tempécher ôi'égratigner le roi au fniUett de se$ eareisee de cAaf. Vous êtes trop hautains pour vous conduire afnsl ; on doit seulement prendre garde que vous ne preniez les rênes à l'ombre du pouvoir royal. L'aristocratie est dure ; mais la démocratie est sanguinaire, comme dit le chancelier, quand elle devient puissante. Il n*y a aucune gloire à attendre de leurs querelles et de leurs disputes perpétuelles : c'est ce que prouve l'histoire de tous les temps. Malheur au roi qui se laisse entraîner par elles 1 » (Voyez Skandinaviska haimU,, 8« vol.)

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