‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 146 sur 275 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

éloigné de $on souverain par des missions : cela s^était fait du consentement du roi^ il avait même été question de lui retirer son service. Il prie Axel Oxensljerna de combattre ces manœuvres '. Plus tard de fortes discussions eurent lieu, dit-on, entre ces messieurs \ Sky tte, quoique toujours employé à de hautes et importantes fonctions , était cependant plutôt un homme à théories qu'un praticien. Il ne paraît pas avoir eu Taclivité infatigable du chancelier, quoique ce fût le moyen le plus certain de gagner la faveur de Gustave-Adolphe : il reçut même, en qualité de gouverneur général de la Livonie, des reproches assez sévères S Le chancelier entrait tous les jours plus avant dans la confiance de son maître. Il se forma entre eux une amitié qui ne s'est jamais exprimée plus noblement^ entre un roi et un sujet ; mais le roi 9 malgré Téloignement qu'il manifestait par ses paroles pour la démocratie ** , tint ses principes politiques à couvert de Finfluence de son ministre, et son opinion sur les privilèges de la noblesse peut en fournir la preuve.

II y a moins de différence qu'on ne croirait entre les privilèges offerts à la noblesse par Charles et ceux que décréta Gustave-Adolphe à son avènement au trône, quoique les derniers fussent réellement plus avantageux; la fixation jnême de Téquipement d'un bon cheval et d'un cavalier pour une rente de 400 marcs * ne différait pas des privilèges donnés par le roi Jean, que Charles avait promis de confirmer. Le plus grand changement fut opéré par des considérations personnelles : les dispositions bienveillantes du jeune roi envers les anciennes familles persécutées par son père , dispositions qui

* Voyez Litiera Joh. Skytle ad Ax. Oxens^sma , Gripsholm, le 26 jaUIet 1613. (Manuscrits de Palmskôld.)

* Un jour que Skytte arriva très-tard au sénat, OxenslJerDa lui dit : « Vous éUez sans doute occupé à lire votre ilfocAtavi/.^Vous le connalssex de nature,» répondit l'autre.

* Voyez les lettres de Gustave -Adolphe à Skytte; elles sont datées de Stettln, le l*' mars 1631. Une autre hUte est datée d'Usedom le 38 Juin de la même année, (Arehiv9t du royaume.)

* Voyez la lettre du 30 décembre 1630.

' « Car on ne trouve en lui (le peuple) aucun eonsiliumt non discrimen, non diligeniia, » Lettre de Gustave-Adolphe à son beau-père l'électeur de Brandenbourg, le 26 Janvier 1620. (Voyez les manuscritsde Palmskôld.)

* Correspondant  266 thalers d'argent.

firent oublier en partie la dureté de Charles et qui séchèrent beaucoup de larmes^ la reconnaissance de rhérédité accordée unanimement^ sa justice, qui repoussa Tarme terrible des confiscations illégales dont son aïeul et son père avaient fait si souvent usage ^ sa libéralité , les espérances ^qu'on fonda sur lui , son âge qui avait besoin de conseils et la déférence avec laquelle il les accueillait , tout cela produisit une réconciliation complète. L'avénemenl de Gustave-Adolphe, après les longues guerres civiiea qui avaient eu lieu, en fut le gage; il fut célébré à la hâte , sans conditions, au milieu des plus grands périls. La diète importante qui vota rhérédité , la constitution , les impôts et qui répondit aux plaintes des états ne dura que trois semaines*, et Gustave-Adolphe partit pour ouvrir la campagne le jour même où il confirma les privilèges de la noblesse.

Une courte expérience avait suffi pour changer sou opinion sur les nobles. Il éprouvait un mécontentement profond de la négligence qu'ils mettaient à équiper des cavaliers et des usurpations de privilèges qu'ils se permettaient j c'est pourquoi^ en janvier 1613 , après que la guerre du Danemark fut terminée , il fit publier une ordonnance interprétative de ces privilèges, et il en confia Texécution â Jean Skytte ■ ; « Par faveur, dit-il , et en reconnaissance de ce que la noblesse de Suède , d'accord avec les habilans , avait élevé sa famille au trône et l'avait appelé lui-même par élection à la dignité suprême, il lui avait donné des privilèges qu'aucun monarque n'avait accordés avant lui. Néanmoins il avait appris qu'un parti , loin d'être reconnaissant de tels bienfaits, en avait abusé pendant la guerre de Danemark. Les nobles devaient cependant se rappeler qu'il lui était loisible de retirer son ordonnance et d'en interpréter le sens afin que chacun n'agît pas suivant son bon plaisir. C'est donc ainsi que doivent être compris ces privilèges. Quoiqu'il soit dit que la couronne ne peut se saisir des biens exempts que dans le cas où la noblesse qui les possède porterait les armes contre son roi, cependant il existe une loi de Suède qui porte que ces terres seront

• La diète de Mykôping, depuis le 10 décembre 1611 jusqu'au U* janvier 1612. Les privilèges delà noblesse sont datés du 10 janvier 1612. Le même jour, le rqi partit pour l'armée.

' Voyez les manuscrits de Palmskôld,

soumises à Timpôt quand leurs propriétaires ne rempliront pas le service qu'ils doivent à TElat. » Aussi ces nobles qui , dans la guerre de Danemark , n'ont pas équipé des cavaliers et ne se sont pas présentés eux-mêmes, (andis que le roi était en pleine campagne contre les ennemis \ doivent perdre leurs privilèges, à moins qu'ils ne donnent des excuses valables ou qu'ils ne reçoivent leur grâce du roi. On rappelle aux nobles que ce ne sont pas seulement les terres héréditaires, mais encore les dotations qui sont assujetties à l'équipement. On regarde comme un abus le droit que s'arrogent ces mômes nobles d'exempter les paysans au delà d'un rayon de deux lieues de leurs terres et même sur des biens dotés. On leur reproche de ne pas tenir des chevaux pour les voyageurs , etc. ; d'établir autant de biens qu'il leur plaît , en réclamant pour ceux-ci les mêmes privilèges que pour ceux qu'elle habite, et de diminuer ainsi le nombre des imposés -, de s'adonner à l'industrie des bourgeois , d'ouvrir des cabarets et d'autres lieux nuisibles aux mœurs , pendant que les maisons des nobles des villes ont été exemples de contributions municipales; d'abuser des droits d'exemption de douanes en faisant le commerce dans la campagne et en trafiquant, avec l'étranger pour leur propre compte ou pour celui des autres. Au sujet des biens nobles conOsqués au profit de la couronne et que certaines familles cherchent à recouvrer, il est certain qu'une telle grâce dépend exclusivement du roi :<' Car si les rois étaient obligés de donner toujours des propriétés à la couronne sans qu'elles pussent jamais leur revenir, il en résulterait qu'ils se verraient dans la nécessité de les reprendre de force, ce qui est spécifié dans l'article 6 du serment du roi. » C'était cet article qui avait été omis dans l'assurance du roi Gustave-Adolphe; il le fît insérer dans son serment lors de son couronnement en 1617. Il connaissait bien son droit, comme le prouve la résolution prise à la seconde diète en 1612 , que toutes les dotations faites pour un temps indéterminé devaient être révoquées jusqu'à ce qu'on eût examiné sur quels motifs elles étaient fondées, « parce que le revenu du royaume avait été distribué presque tout entier en dotations *, »

• Voyez Hallenberg, l. 2, p. 447.

[ • Voyez Widckind, ainsi qu'HaïleRbcrg, t. 2, p. 745.

Cette résolution ne fut pas exécutée , et c'était chose naturelle, parce que ces dotations, quoique très-préjudiciables pour le pouvoir et pour les sujets , acquittaient les traitemens do tous les officiers de l'État depuis les temps les plus reculés. Pour remédier au mal, il eût fallu un nouveau règlement pour les appointemens des employés^: les guerres permanentes s'y op* posèrent , et le mauvais état des finances n'en laissait pas les moyens. On voit le roi dans la dure nécessité de rendre d'une main ce qu'il a pris de l'autre. De grands talcns et de brillantes preuves de courage réclamaient des récompenses qu'il pouvait refuser moins que tout autre. Les conquêtes faites durant les guerres de Russie et de Pologne fournirent de nouvelles ressources à sa libéralité. Cette déclaration du roi relative aux privilèges de la noblesse ne fut pas publiée ; mais on voit par les observations qu'il fit à ce sujet avant son couronnement qu'il ne l'avait pas oubliée. Quelques passages qui y avaient rapport furent modifiés par le sénat avant que le roi, qui biffa lui-même sa signature et fit briser le sceau apposé aux privilèges de 161 1 , en eût publié de nouveaux». Ceux-ci différaient peu des anciens , mais ils portaient pour condition qu'ils ne seraient valables que jusqu'à ce que le roi en eût décidé autrement. De tous les griefs énumérés par le roi contre la noblesse à la diète de 1617, nous nous contenterons de rappeler le troisième : « Qu'on ne sait plus quels sont les véritables nobles , ou ceux qui en prennent le nom et portent les écussons et les armes, ou ceux qui, à certaines conditions , peuvent affranchir leurs terres de l'impôt. » Ce sujet de mécontentement fut la principale cause de l'établissement de la maison des nobles suédois {riddarkiiset) en 1625. Le roi approuva la demande de la noblesse à cet égard pour la récompenser de la promptitude avec laquelle elle avait accepté aux états la proposition qu'il lui avait faite de tenir sur pied une armée permanente. L'équipement des cavaliers cessa ainsi d'être le fondement de l'exemption des biens de la noblesse*^ les anciennes disputes sur ce point n'eurent plus la même signification. La noblesse , comme héréditaire , était séparée par

' Voyez les actes de Palmskôld.

' Ce fut celle prépondérance qui provoqua les discussions sous lesquelles futétoufTée pendant le règne de Charles X rinfluence de la haute noblesse.

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