CHAPITRE XV
une ligne bien tranchée des autres états , quoique raccès en fût facile à tous les laleus : c'était une institution presque exclusivement guerrière *, aussi la permanence de Tarmée en Suède et celle de la maison des nobles étaientelles du même temps. Quelle que soit Topinion qu'on adopte au sujet de Toriginede la prépondérance de l'aristocratie , on voit qu'elle était le résultat d'une préférence accordée aux grandes familles sur la noblesse simple, préférence dont elles surent tirer parti ; cela prouve d'un autre côté que ce roi belliqueux , dans une société pour ainsi dire militaire , n'aspira pas au pouvoir absolu. On ne sait rien de positif sur ce que signifiaient ces grandes dignités qu'il accumula autour de lui et sur ce qu'il voulait faire de la noblesse de Suède ^ on ne sait pas mieux ce qu'il voulait faire un jour de la Suède elle-même. On aperçoit partout des traces profondes , mais on ne voit pas le but *, on trouve los matériaux épars d'un travail que la mort a interrompu : il est certain qu'il veillait à son œuvre. La noblesse, quand elle éleva des prétentions, prit l'habitude de les appuyer sur le règne de ce grand roi , qui cependant avait d'autres vues. Les aristocrates de cette époque ne sont pas des témoins irrécusables. Ceux qui l'entouraient n'étaient pas toujours du même avis ; les meilleurs font entendre que c'était un prince valeureux , mais d'un caractère tel que pour écraser les uns et étendre son pouvoir , il portail la main sur les privilèges des autres *. La seule injustice dure et préméditée dont on puisse l'accuser eut lieu envers un jeune noble assez fier pour refuser de servir à la cour comme gentilhomme, fonction qu'il croyait au-dessous de sa dignité \
Nous ne rapporterons que ce qu'il y a d'essentiel dans les privilèges accordés par Gustave- Adolplie aux sénateurs et à la noblesse pour éta-
* Ijs vienx soldat Jacques de La Gardie disait : « Qa'il était dans la nature de fea Guslave-Adolpbe d'étendre volontiers ses droits aux dépens des privilèges des autres. » (Voyez les actes de PalmskOld.)
^ Pendant un diner, en Allemagne, ce jeune homme, en présence de plusieurs personnes , refusa d*obé!r au roi, qui lui commandait de servir à table. Le roi ordonna au sénat, dans une lettre , de destituer le père, qui était président de la cour supérieure d'Abo , pour n'avoir pas mieux élevé son fils. Ce Jeune noble, Erik IV&lamb, mourut en 1635, à Paris, dans la maison de HugoGrote, emportantes regrets de ce dernier et ceux d'Axel Oxenstjerna. (Voyez Adlersparre , UUtori9ka Samlingar, t, I , p. 151.) «
blir à Stockholm une maison de nobles. Toute la noblesse ancienne et moderne , en Suède et en Finlande, devait être inscrite, partagée en familles {delas efier)ei divisée en trois ordres ou classes : la première comprenait ceux qui étaient devenus grands seigneurs par leur nomination aux dignités de comte et de baron , d'après l'ancienneté de leur nomination^ la seconde embrassait ceux qui pouvaient prouver que leurs ancêtres avaient été membres du sénat , leur place sur les bancs devait être déterminée par le sort^ la troisième se composait de tous ceux qui , 'comme nobles et exempts , équipaient des cavaliers. Ils devaient siéger & la maison , les anciennes familles au rang qui leur serait assigné par le sort , les autres suivant la date de leur diplôme. « Chaque famille, était-il dit encore, aura son sceau marqué de ses armes et de son nom \ il sera employé à signer les décrets des diètes et les actes publics. Les sénateurs ont la première place sur les bancs de la maison des chevaliers, mais sans voix délibérative; chaque famille eu aura une fournie par celui qu'elle élit comme chef de famille (caput familiœ). Tous les autres nobles devenus majeurs et qui n'ont point d'empêchement légal sont obligés d'assister aux délibérations de la diète et de rester sur le parquet en observant un silence absolu. Celui qui occupe la première place dans chaque classe réunit les bulletins dans une urne^ il les lit hautement et les remet au maréchal de la diète {landmar^ skalken). La majorité des voix de chaque classe conslitue le vote de la classe, « de sorte que la maison des nobles a trois voix. » Le maréchal de la diète a le droit de convoquer la noblesse, de communiquer les propositions du roi , de diriger les discussions et de faire rédiger par le secrétaire le résumé des délibérations^ il est nommé par le roi. » Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'on attribua à cette dignité un pouvoir Irès-ëtendu, car il est dit : a L'exécution de ce qui aura été résolu par la noblesse et qui aura reçu notre assentiment sera remise au maréchal de la diète^ nul n'aura le droit de s'opposer aux mesures qu'il pourra prendre. Nos gouverneurs de provinces devront concourir, dans leurs contrées respectives, à l'accomplissement des décisions de la diète. » La prépondérance des anciennes familles perce dans le vote par classes, et celle de la noblesse sur les autres états se révèle par I9 demiande formelle qu'ellq
adressa de siéger en corps aux diètes '. Il était aassi dans les attributions du maréchal do la diète, assisté de deux nobles de chaque classe , de remettre au chancelier du royaume le décret de la diète.
On continua de convoquer aux diètes les officiers supérieurs de Tarmée. I-,es décrets furent publiés au nom du sénat et des étals de Suède , des comtes , des barons , des évèques , de la noblesse, des prêtres, des officiers de Farmée , des bourgeois et des paysans *. Mais quoique les ofBciers de Farmée ne soient point nommés dans le règlement de la maison des nobles (riddarhfÀsardningen) , ils n'eu appartiennent pas moins à la noblesse. L'orateur de la noblesse ne parle pas seulement au nom de son état, mais aussi au nom des députés de Tarmée. Dans les délibérations prises avant le Couronnement du roi, ces derniers font concuremment avec la noblesse des observations sur Vassurance qu'on doit demander au roi ^ et le serment des nobles fut prêté par « foute la noblesse de Suède et par les officiers et les soldats {krigsbefâl och menige krigsfolk) ». »
Malgré ce grand développement de Pinfluencc de la noblesse, le roi conserva vis-à-vis de tous les états la puissance qui convient h un chef, et il eut toujours la prépondérance dans les délibérations et dans les décrets. Cela ressort plus évidemment de la discussion du règlement des diètes, qui fut proposé en 1617, neuf ans plus tôt que le règlement de la maison des nobles, afin de parer aux désordres qui s'étaient introduits dans les diètes, où beaucoup de personnes se rendaient sans en avoir le droit. Lorsque la diète était convoquée et que les états étaient assemblés dans la salle du royaume, le roi se plaçait sur son trône, ayant à sa droite le prince Charles-Philippe, les cinq grands fonctionnaires de l'Étal^ puis sur les bancs, les comtes, les barons, la noblesse et les députés de l'armée 5 et à sa gauche, le duc Jean,
' Aiel OieBsQenui la regarde comme une preuve de grande prudence. La présence die tous lea nobies peut empêcher beaucoup de mal . et cela prouve qu'ils jouissent d'une grande considération et d'une grande liberté dans le royaume. (Voyez tes manuscrits de PataMkôld.)
* Tant <|ue vécurent la reine douairière et les princes héréditaires, leurs noms figurèrent les premiers dans les décrets de la diète.
' Voyez la formule du serment dans Stjernman, BikidagoTi och motçns beslntt t. t, p. 72^.
le sénat, les évèques et le clergé ; plus 1^, ati milieu de la salle, on voyait les bourgeois et les paysans. Les députés de la diète seuls pou-' vaienl être présens ^ outre la Jeune nobtetse qui était auprès de la porte. Quand le roi avait salué FassemMée , chaque prince héréditaire ^ par lui-même ou par son chargé d^affirires, puis un membre dcr la noblesse ail nofti de son ordre et des députés de rariiiée , enfiti Far-* chevèque pour tous les étais roturiers, d<^aienl faire au roi de très-humbles félicitatioDs. Le roi communiquait ensuite aui éMs les {>r(>positions sur lesqudles ils étaient appelés à délibè^ rer et rentrait dans sa chambre. Les états^ après s'être réunis dans la salle du royaume, se séparaient pour se retirer chacun de son côté afin de délibérer par ordre et de recueillir les votes par écrit. Si les opérations ne pouvaient se terminer en une séance, elles se continuaient pendant deux , trois ou un plus grand nombre de Jours. Les états avaient la faculté de se réunir tous pour délibérer. Afin de conserver le secret des délibérations , on nommait des seerétaires assermentés pour les paysans. Il n'était pas permis d'avoir chez soi les propositions dit roi, qui peuvent seules fournir matière à des délibérations : chaque ordre devait les exafininer dans sa salle respective. Quand les réponses étaient prêtes, les ordres se rass^mblaieiH et reprenaient leurs places. Le roi retefiail pour connaître le résultat , qui était annoncé par les députés de chaque ordre et dévelop()é pm etfx« Le roi était-il satisfait des réponses ^ toiil était dit; sinon il répliquait verbalement o» par écrit selon l'importance de l'affaire. Si les étals n'étaient pas d'accord , la question était déliaCkie en présence du roi , qui essayait de les mettre d'accord, ou bien le roi prenait le parti qui lui paraissait le plus utile au bien du royawne *. Ce règlement, que les états jugèrent eonvenaMe et propre à favoriser la marche rapide des affaires, fut accepté sans opposition.
Ces formes simples étaient les premières qui eussent été adoptées pour une diète suédoise représentée par états, et elles diffèrent peu de ces diètes anciennes où le roi parlait au peuple armé et où le décret était voté par acclamations. La représentation par états n'é* tait pas pleinement développée. Ces avantages n'appartenaient qu'à la noblesse, qui cmpié-
* Voyez Stjernman, 1. 1, p. 706.