CHAPITRE XV
du fond de rAUemagQe ' : (( Nou8 croyons que c'est un impôt assez fort pour le peuple que le travail excessif auquel il se livre. » Nous avons déjà dit que cet impôt fût réuni à l'impôt personnel ou remplacé par lui. On abolit , contre le vœu du roi^ une autre contribution person* nelle qui , sous la même dénomination , avait été payée pendant le régne de Charles IX psir les états roturiers pour Tentretien de l'armée *• Mais les charges les plus accablantes pour le peuple, dans le cours de ces guerres sans fin , ce furent les conscriptions : «Nous avons suivi, dit Axel Oxenstjerna , différens systèmes dans le temps de Gustave-Adolphe. On faisait souvent des levées de tous les jeunes gens en masse. Sous Erik XIY et Jean III, tous les habitans de cabanes (torpare)^ et s'il y a plus d'un paysan sur un hemman, tous les autres étaient enrôlés pour le service ipiiitaire. D'autres fois la conscription était basée sur Tétendue d'une famille (man^a/eO ou d'une ferme igârdtalet) '. » Pour donner une idée de la manière d'agir sous le règne de Gustave-Adolphe , nous résumerons la substance des ordres du roi , de 1627, aux commissaires de la conscription^ après l'abolition de toutes les exemptions. Les paysans devaient être convoqués par districts. Un jury était formé de douze paysans, les mêmes qui siégeaient au ting du district. Les paysans étaient distribués en tribus (rote) de dix chacune. La levée d'hommes ne devait pas se faire par hemmans , mais par famille Imantalet) '. Quiconque, de dix-huit à trente ans, avait un corps sain , capable de supporter les fatigues de la guerre, et un courage éprouvé, était conscrit ®. On devait avoir égard à l'importance des hemmans , de manière à ce que la conscription ne les affaiblît pas trop. Les présens répondaient pour les absens. Tous les vagabonds, étant en dehors de la conscription, étaient forcément soldats^ cependant les engage-
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* LeUre au sénat datée de Werben» 6 août 1631, (Voyez les archivée du royaume,)
* Voyez StJerDman,t. 1, p. 622.
' Axel OxeDstjerna aa séoat, en 1641. (Voyez les raanuscriU de Palmskôld.)
* Le 12 février 1627. (Voyez les Arehivu du royaume,)
« Voyez HaUenberg, t. 4, p. 546.
' Gustave et Charles IX avaient la prétention déjuger leurs soldats à la première vue. Gustave-Adolphe possédait à un plus haut degré quVut cette perspicaelle.
mens des grands criminels n'étaient pas reçus *. Le recrutement des marins se faisait de même dans les villes. Le désagrément pour les prêtres, d'avoir à s'occuper de ces arrangemens, fut compensé par l'innuence de leur parole dans un gouvernement qui leur laissait la latitude de ne consulter que le bien public. Gustave-Adolphe les regardait comme une sorte de tribun du peuple , et il traita leur ordre avec beaucoup de ménagement ». Le juge et le prévôt, assistant aux conscriptions, devaient veiller à ce qu'aucune injustice ne se commit au préjudice de }'Etal ou des particuliers. La présence du jury donnait ^ c^tte institution rigoureuse une teinte démocratique. Le jury prononçait sur la validité (des opérations ; tout ce qui se faisait en son absence était illégal ». Il outre-passa souvent ses devoirs. En 1614 , les Balécarliens voulurent procéder eux-mêmes à leur conscription sans le secours des employés. Le roi, dans cette circonstance, ne manifesta aucun mécontentement pour ne pas réveiller dans cette province * les troubles qu'y avaient déjà soulevés l'excès des taxes dont le^ Dalécarliens accusaient la noblesse "*, et le châtiment infligé à leurs soldats qui s'étaient enfuis dans leurs foyers. Une révolte plus sérieuse éclata en 1624 aux frontières du Bleking, dans le Smâland ^ elle commença par les soldats contre leur colonel, Palrik Ruthwen, Écossais. Le chef de cette sédition était étranger, comme jadis dans celle de Dacke, avec laquelle le roi la comparait. Elle fut réprimée dans son origine par la punition des meneurs. Une partie des paysans révoltés furent exportés en Ingrie avec leurs femmes et leurs enfans ; les autres ayant promis de se tenir tranquilles, le roi ordonna qu'on cessât les poursuites contre eux. Les mêmes moyens furent employés en 1627 pour comprimer une insurrection, à la tête de laquelle était un tailleur, dans la paroisse d'Orsa en Dalécarlie. Les chefs furent condamnés au
• Voyez Sddermanlandt [regemenies historia ^ % st., sid. 43.
" Discours du comte Jacques de La Gardie au sénat en 1645. (Voyez les manuscrits de PalmskOld.)
» Voyez Hallenberg) t. 2, p. 715.
^ Terserus, curé de Leksand, qui Jouissait d^une grande autorité dans la Dalécarlie, défendit ja no-* blesse dans un écrit que les habitans de celte province n'approuyérent cependant pas.
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HISTOTftE DE SUÈDE.
derùier ftuppHcé. Quatre furent envoyés en In-^ grie, espèce do Sibérie pour les Suédois de ce temps*, les autres reçurent leur grâce, el le roi défendit à personne de reprocher aux Dalécarliens la faute de ceux qui avaient suscité la rébellion *. L'année suivante, les districts de Kind et de Regwftg refusèrent d'acquitter la subvention des familles (mantalspensar). Le roi écrivit de Prusse, où il était alors, « que ce refus était le résultat des mesures violentes des employés ^ que les paysans étant bons et toujours disposés à Tobéissance, ces messieurs ne devaient plus les battre s'ils ne voulaient s'exposer à être punis eux-mêmes-, que cependant, si la révolte faisait des progrès, on pourrait avoir recours à la force armée, mais en la tirant d'une autre province. » Les paysans rentrèrent dans la soumission quand le roi leur eut écrit qu'il faisait la guerre pour la défense de la religion ••
Axel Oxenstjerna nous a transmis le tableau suivant des conscriptions : a Lorsque Gustave- Adolphe faisait ses campagnes de Prusse, on accorda la conscription d'après les feux. La couronne, dans la première année, leva quinze mille conscrits, et dans les suivantes douze mille; mais plus tard elle n'en reçut plus que six à sept mille. » Il ajoute «* que la conscription par famille était d'ancien usage , et que ce fut en vain que le roi chercha à persuader au peuple de l'établir d'après l'importance de chaque hemman , de sorte qu'un soldat fût fourni par un certain nombre de paysans.* » On signalait des abus de plus d'une espèce : nous n'en citerons qu'un, parce qu'il a probablement déterminé l'inégalité des impôts qui excita tant de plaintes au sujet des hcmmans taxés. Des propriétaires de fragmens de hemmans se déclarèrent souvent propriétaires de hemmans entiers, parce qu'on avait pour principe dans l'enrôlement de prendre plutôt un soldat dans une petite que dans une grande propriété \ Le dessein formé par Gustave -Adolphe de faire réunir plusieurs hemmans pour fournir un soldat fut complètement exécuté par Charles XI au moyen des contrats avec les paysans pour
' Lcllre au sénat datée du 24 juillet 1628. (Voyez les Archives du royaume.)
■ Aiel Oxenstjeroa au sénat, en 1642. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)
* Voyez Frosteri krigslagfarenhet.
Venrtttmeni déè Èotdals(knektekùntfahter). Léi hemmans^ par une convention libre, enrôlaient et entretenaient des soldats sans diminution des revenus de la couronne^ mais si Ton considère le travail de répartition de Suède comme une obligation (attachée au sol et en rapport avec les provinces) de lever et d'entretenir les troupes , Gustave-Adolphe a conçu l'idée dont Charles X a fait l'application : c'était un système propre à la Suède et nouveau en Europe, au dire d'Axel Oxenstjerna , qui mit les soldats à la charge des provinces *. D'autres nations ont cherché , mais en vain , à imiter celte institution*. Charles IX, qui avait mis de l'ordre aux bostàllen (demeures) et à la paie des cavaliers ', donna au soldat un huitième de hemmans, qui fut exempt des impôts extraordinaires. Gustave-Adolphe appliqua cette rétribution à tous les régimens en général, mais avec quelques modifications *. Certaines provinces commencèrent, sous son règne, à faire des contrats au sujet de l'enrôlement pour se dé» barrasser de la conscription. La Balécarlie occidentale demanda en 1629 le maintien de son contrat du 14 février 1623. En 1630, la Dalécarlie orientale fît la même réclamation. Le roi y consentit ea faisant observer que la solde et l'enUretien des troupes seraient entièrement aux frais des habitans ". Mais, en général , les conscriptions qu'on redoutait tant ne s'arrêtèrent qu'au règne de Charles XI, quoique les nouvelles institutions introduites pendant les longues guerres de Charles XII fussent bien h charge k la patrie. Nous ne pouvons nous faire une idée de ce qu'a souffert la Suède durant ce temps et le siècle de combats qui l'a suivi.
Les revenus du royaume ne paraissaient pas en rapport avec les grandes entreprises qu'on avait entamées. Le budget de 1620 • contient l'état des recettes de la couronne en numéraire et en marchandises ; elles s'élèvent à 1 ,280,650 thalers suédois (2,276,714 thalers de banque de Suède de nos jours). Elles montèrent plus haut sous ce règne non-seulement par la création de nouvelles taxes, mais aussi par le re-
* Indelningswerket, (Manuscrits de Palmskôld.)
» Voyez Hallenberg. t. 4, p. 730.
* Voyez les Archives du royaume de 1627.
" Voyez Sôdermanïands regements hisîoria. ^ Voyez Hallenberg, t. 4, supplément n« 3.