‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 151 sur 275 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

tour à la couronne, du duché * laissé vacant par la mort de Charles-Philippe ' et d'autres apanages de personnes décédées dans la famille royale. Il faut cependant observer que le gouvernement fut entraîné dans des dépenses extraordinaires par la peste ' et les disettes qui

* Ce duché était formé des provinces de la Sudermanie, de la Néricie et du Vermland.

* Le duché de Charles-Philippe fut le dernier que posséda un prince de Suède ; il retourna , par la mort de Charles, en 1622, i la couronne.

La reine Christine , ayant accompagné Charles IX dans sa campagne de Livonie, mit au monde le prince Charles-Philippe au chAteau de Rêvai, en IGOl. Sa mère eut toqjours de la prédilection pour lui , parce qu'elle l'avait eu le dernier. J. SIcylte et J. Chesnecopherus prirent grand soin de son éducation. Il parlait peu, mais il approfondissait les choses ; il était religieux, hrave et actif, mais il avait dans le caractère une hauteur qui se peignait dans tous ses traits. On redoutait une rivalité funeste entre les deux frères, que la nature avait comblés de ses dons ; cependant l'histoire n'en fait pas menUon, malgré l'irritation que causa dans l'alné la préférence de la mère pour son cadet. Quand Gustave-Adolphe partit pour la guerre de Livouie, Charles-Philippe désira l'accompagner. Il écrivit à ce sujet A Axel Oxensyerna pour lui demander sa recommandation en lui peignant le désir qu'il avait de servir sa patrie et d'acquérir l'expérience de la guerre. Beaucoup de personnes croient qu'il n'avait pas oublié la couronne de Russie, qui souriait à sa jeunesse, et qu'il voulait en conséquence se présenter et se faire connaître dans cette contrée. On accéda à sa demande, et le Jeune prince se distingua dans plusieurs oecasions.Mais bientôt II tomba malade au siège de Riga. Gustave-Adolphe voulait attendre sa convalescence; mais le prince, qui savait quelles importantes alhires l'attendaient, lu! persuada que sa maladie n'était pas dangereuse, et le roi partit. Peu de jours après, Charlefr-Philippe rendit le dernier soupir, le 25 janvier 1622 : « Il est bien probable, disait Axel Oxensljerna, que s'il eût vécu , nous eussions été témoins d'une guerre sanglante, un peu plus tdtou un peu plus tard, entre les deux frères. » Le prince était épris de l'amour le plus passionné pour Elisabeth Ribbing, fille du grand trésorier Sewed Ribbing; il avait même contracté avec elle un mariage secret. Après la mort de son époux, elle accoucha d'une fille, nommée Elisabeth Gyllenbjeim , à qui la reine prodigua tous les soins et fit donner l'éducaUon qui convenait à sa petitefille. Elle devint grande maltresse de Marie-Éléonore, épouse de Gustave-Adolphe , et plus tard de Hedwig Éléonore, épouse de Charles X Gustave; elle était douée de qualités éminentes. (Voyez Fryxell, t. 6.)

* La peste se manifesta pendant les années 1620, 1621 et 1622 dans le sud du royaume et dans la Finlande. En 1621 , plus de vingt mille personnes tombèrent victimesde ce fléau à Stockholm. Elle éclata de nouveau dans les années 1625, 1629 et 1630. La cour abandonna la ville. Les récoltes manquèrent dans les années 1621, 162a et 1630.

ravagèrent le pays après 1620. Ce qui prouve rinsuifisance des revenus, ce sont les moyens extraordinaires auxquels le gouvernement fut obligé d'avoir recours, surtout pour se procurer l'argent nécessaire pour la guerre, lequel manquait totalement pendant que les revenus de rÉtat consistaient en marchandises, ou en productions du sol, ou en services personnels. Ces moyens extraordinaires étaient :

1» Les emprunts '. Gustave I" avait liquidé la dette nationale. Erik XIY en contracta une nouvelle qui s'accrut sous ses successeurs. Gustave- Adolphe déplorait cet état de choses au commencement de son règne. La reine douairière, à laquelle il confiait, en 1615, ses contrariétés, le consola en lui disant qu'il était impossible de faire la guerre et de payer d'anciennes dettes ; elle lui conseilla de ne point reconnaître celles qui seraient antérieures à 1598, époque à laquelle Charles IX avait fait publier que tous les créanciers eussent à faire connaître leurs titres sous peine de prescription '. La dette de Hollande se payait en rentes de six un quart pour cent. Pour les emprunts contractés dans l'intérieur du royaume, la rente était de dix pour cent, et la couronne était encore obligée de fournir des garanties '. Pour un emprunt de 200,000 thalers de Suède, on donna à la reine douairière, en 1624, les revenus de la Néricie pour garantie de la rente; elle reçut douze pour cent pour un prêt de 50,000 thalers qu'elle effectua en cuivre au lieu d'en fournir le montant en argent *. Quant aux capitaux

* Voyez Hallenberg» t. 3, p. 385.

* Ibid., t. 4, p. 876.

> /6ûl., t. 5, p.201.

* La reine Christine avait une prédilection marquée pour le prince Charles-Philippe; néanmoins elle ne cessa pas, durant le règne de Gustave-Adolphe, de se mêler de tout, tantôt par ses conseils, tantôt en donnant des secours d'argent. Hais elle ne pouvait résister à son penchant pour Tavarice. Son économie la mettait à même de prêter au roi l'argent dont il avait souvent besoin, mais toujours avec des garanties et à six et même douze pour cent d'intérêt. Après la mort du duc Jean et de Marie-Elisabeth, elle accapara tout ce qu'elle put de leur héritage, et il fut impossible de Tempécher de trafiquer Avec l'étranger et d'acquérir ainsi de fortes sommes.

La première froideur qu'elle ressentit pour son fils vint de l'amour de celui-ci pour Ebba Brahe. Malgré cela, Gustave-Adolphe conserva pour sa mère le res«pect et la soumission d'un bon fils. Après la mort du prince Charles-Philippe , elle ne put modérer sa dou" leur i elle perdit sa galle et se retira du monde. Elle

employés dans les compagnies de commerce et celles des mines de cuivre, le gouyernemenl s'engagea en 1628 à payer vingt pour cent si la couronne les gardait pendant quatre ans *.

2» La venie et Yengagement des propriétés de la couronne ou de ses revenus. Les tentes furent faites à la noblesse qui voulait posséder des terres exemptes *. Ce furent surtout les bourgeois et les riches marchands qui se rendirent engagistes des domaines de la couronne. Ce fut ainsi que Finsp&ng et ses appartenances furent engagés ■ en Oslrogothie.

S** Les monopoles. En 1624, adoptant le projet d'un Niederlandais , le gouvernement donna des privilèges A une compagnie générale pour foire le commerce avec TAsie , TAft'ique, rAmérique et le détroit de Magellan. A cet effet, le roi traita avec les états et écrivit séparémeht aux évêques, parce quMl était question de travailler à la conversion des idolâtres. L'entreprise ne (Vit pas sans résultat ^, quoique la supposition exprimée dans les privilèges, que la compagnie pourrait également procurer à l'État des moyens de défônse , eût excité chez plusieurs de ceux qui élaierit intéressés une espèce de crainte qui , après quelques pertes, éclata en plaintes «. Sur ces entrefaites ) les villes s'étant chargées , à la diète de 1629, d'équiper un certain nombre de navires pour la défense du royaume et dans l'intérêt du commerce, on fonda une compagnie maritime^ qui se réunit en 1630 à la compagnie générale du commerce. En 1628 le commerce du iel^ et

passa les dernières années de sa vie au chfttean de Nykôping avec sa soeur , la princesse Anne , et sa petilefllle Elisabeth Gyllenhjelm.dont les Jeux enfantins firent la seule distraction de la vieille reine. Elle mourut en 1626 et fut enterrée dans la cathédrale de Strengnas entre son époux, Charles IX , et son fils, le prince Charles-Philippe. Gustave-Adolphe hérita de ses épargnes et de ses trésors. (Voyez Fryxell, t. 6 , p. 37 )

• Voyez les Archives du royaume et Stjernman.

• Voyez Hallenbcrg, t. 5, p. 134.

' A Guillaume de Besche de Liège et Louis de Geer. (Voyez les Archives du royaume pour 1G27.}

'^ Cette compagnie donna naissance à l'établissement d'une colonie, la Nouvelle-Suéde, en Amérique. Le lieutenant-colonel Jean Printz en fut le premier gouverneur, en 1642. (Voyez les manuscrits de PalmskOld.)

• Voyez les collections de Nord in.

• Voyez Granbergs COlheborgs historia , tome 1 ,

en 1621 celui du hlê furent réservés à la couronne ; mais peu de temps après, ces deux branches de commerce furent rendueslibres, moyennant un droit élevé '.

Ces moyens de pis-aller peuvent être regardés comme les mesures les plus onéreuses de ce règne. On multiplia ce que les Suédois ne pouvaient souffrir, les agens intermédiaires dans leurs rapports avec Tadminislration. Tous ceux, qui avaient de rinfluence par leur fortune s'élevèrent^ comme préteurs de fonds, comme possesseurs de fiefs, comme fermiers ou chefs d'entreprises lucratives, à une telle puissance que le gouvernement ne dépendait pas moins d'eux que les sujets : de là l'impuissance d'une administration vigoureuse sous tant d'autres rapports. Elle supplia où engagea souvent là où il fallait commander, et l'on cesse de s'étonner que les menaces réitérées ne produisirent aucun eflbt , lorsqu'on voit que celui à qui elles s'adressaieht était un puissant propriétaire ou un homme riche sur lequel la couronne jetait les yeux pour l'engager dans la compagnie de cuivre * ; mais au fond la justice avait son compte, puisque les gdetres duraient assez longtemps pour que personne ne pût éviter leur fardeau.

D'un autre côté aucune administration n'a mis en jeu de plus grandes forces. Le règne de Gustave-Adolphe fait époque en Suède sous tous les rapports : il n'a pas moins marqué dans l'industrie que dans l'administration ^ dans la législation et dans l'éducation de la jeunesse. Il ne nous reste qu'à l'examiner sous ces difTérens points de vue. Nous commencerons par citer le jugement d'un étranger sur le pays et sur le peuple à celte époque : « Ce royaume, dit Guillaume Usselinx ', jouit de beaucoup d'avantages que n'ont pas d'autres pays, grâce à ses ports , ses bois, son cuivre, son fer, son acier, son goudron , et à la fonte des canons et

* Le commerce du sel fut déclaré libre en 1639. (Voyez Stjernman , Commerce fOrordning , tome i , p. 985.) Celui du blé le fut en 1631. (Voyez les Archives du royaume.)

• On peut prendre une idée dans Haltenbcrg, Histoire de Gus tave- Adolphe , du caractère Impctucui et sauvage du comte Sten Leyonhurvud et de Joachim Berndes, fameux dans la préfecture de "Wiborg par ses eicés. Le dernier possédait beaucoup d'actions dans celte compagnie.

» Originaire d'Anvers. Il arriva muni de recommandations du prince Maurice d'Orange.

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