‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 154 sur 275 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ècllé ôrdonnànôô *, in %où cèurônncmcht, le roi promit en termes généraux de défendre les droits de l'Église , et lorsque la noblesse et les députés de Tarmée lui en demandèrent Texplicalion, il répondit que son devoir et la discipline du clergé [kyshhordningen) Tobligeaient à soutenir les églises et les écoles, pour la gloire de Dieu et Tutilité de la communauté. Voyant tout en grand, il voulait aussi ramener à T unité les iuslilulions de TÉglise *, mais il rencontra des obstacles lorsqu'il s'agit de déterminer les rapports ou plutôt la ligne de démarcation qui devait exister entre elle et le gouvernement temporel, rapports qui n'avaient pas encore été fixés. Ce qu'il y a de plus instructif, ce sont les actes louchant le consistoire général qu'il avait proposé *. Suivant la première instruction de 1623, ce consistoire devait être formé de six ecclésiastiques et d'un nombre égal de laïques. Les premiers étaient l'archevêque, les évêques de Slrengnâs et de Testeras, le prédicateur de la cour du roi, le premier professeur de théologie d'Upsala et le primat de Stockholm ; les derniers étaient le drots du royaume, deux sénateurs et trois membres de la cour supérieure. Ce consistoire devait se rassembler une fois par an, à Jour fixe, dans la capitale. Le drots et l'archevêque avaient la présidence en alternant par semaine. Il devait juger toutes les plaintes portées contre les chapitres et autres ecclésiastiques, sur l'appel interjeté devant le roi, lorsque les parties demandaient à être entendues. Le même consistoire devait reviser le règlement de l'Eglise, et lorsque ce règlement aurait reçu l'approbation du roi, veiller à son observation et en même temps avoir l'inspection de tous les clercs du royaume, des académies et des écoles, des hôpitaux et des établissemens d'enfans. Parmi les changemens à opérer était celui du mode de nomination des curés ^ il s'élevait souvent des disputes entre les évêques et les paroisses à ce sujet. Les paroisses fre plaignaient de ce qu'on leur imposait contre leur volonté des prêtres. Les deux parties cherchaient fréquemment à obtenir, chacune de son côté, par de faux exposés, des lettres du roi *. Pour arrêter cet abus, le plaignant devait citer son adversaire devant le con*

slsloire, qui devait connaître de Taffaire. On ordonna de faire l'inventaire de tous les benefices^ qui sont appelés royaux, et sur lesquels le roi di un spéciale jus patronatus. Le consis^ toire général devait désigner tous les ans quelques-uns de ses membres pour visiter les écoles et procéder avec les évêques du diocèse & un examen public; il devait aussi maintenir l'orthodoxie et avoir droit d'inspection et de censure sur les imprimeurs et les libraires. Le clergé communiqua ses observations à la diète de 1624 au sujet de celle proposition du roi. Il dit dans cette pièce, n qu'il voit avec plaisir la formation d'un pareil consistoire ; qu'il désirerait seulement que ce dernier restât un consts-' toire ecclésiastique^ afin que le jugement de l'Église fût conforme à celui du pouvoir temporel. » L'état de la question était de savoir à qui Dieu avait remis le gouvernement de son Église. Quoique ce fût le devoir de tous et surtout du gouvernement d'y veiller. Dieu avait confié cette charge en particulier aux prêtres, qui, lorsque quelque inquiétude s'était manifestée dans la cité de Dieu, y avaient mis ordre par des conciles et des synodes, suivant la nature des questions; et quoique quelques assemblées de ce genre eussent été convoquées par des empereurs et des rois , ces souverains avaient cependant laissé la décision des affaires aux évêques et aux prêtres, et s'étaient contentés d'exécuter ce que ceux-ci avaient résolu. Celui qui connaît le concile d'Upsala en 1593, où la majorité des évêques et des prêtres n'avaient à s'occuper que des moyens de faire oublier leur versatilité, pendant que la minorité des maîtres d'écoles et les états temporels avec le duc Charles affermirent l'œuvre de la réforme, celui-là, disons-nous, ne doit pas s'attendre & voir citer celte entrevue parmi les exemples du droit exclusif des prêtres dans la communauté.

Le roi, qui se dit le defensor ecclesiœ et chargé comme tel de veiller à la communauté de Dieu, présenta deux nouveaux projets pour la même affaire à la diète de 1625. Suivant le premier, le consistoire général ne devait être composé que de prêtres et de quelques individus nommés par le roi, lesquels assisteraient aux délibérations sans y participer par leur vote^ dans le second, il n'est pas question de

inmii J."celi êogeDTra iiTuT^^^ dw7tepui^''aVcc1ê» I <»» personnes : seulement sa majesté se réserve évêques. ' de désigner quelques théologiens savans pour

> Voyez les manttscriU de Nordin.

* Comme la noblesse possédait beaucoup de Jvs pa-

s'aider de leurs conseils. Go nouveau collège devait compter trois prédicateurs du roi, un professeur de théologie d'Upsala et \e primai de Stockholm, parce que les évêques ne pouvaient s'absenter de leur diocèse. Mais les évêques étaient aussi peu disposes à se soumettre à Tautorité des prélrçs, leurs inférieurs, que ceux-ci Tétaient généralement à reconnaître les laïques pour juges. Ce projet échoua donc, au grand déplaisir du roi * ; mais il devint une affaire de parti entre le clergé et la noblesse lorsque, plus tard , il fut remis sur le tapis , pendant la minorité de Christine.

La discorde régnait toujours entre les professeurs de runiversité d'Upsala , surtout entre Messénius et Jeap Rudbeck et leurs partisans parmi les éludians, même pendant les premières années du règne du roi ^ elle fit nattre des scènes si scandaleuses que le roi écrivit aux professeurs en leur reprochant de négliger les études pour donner carrière à leur ambition personnelle , à leurs haines privées et à leurs Jalousies. Messénius et Rudbeck, tous deux également habiles et savans, furent éloignés'^ mais on leur confia des fonctions honorables et importantes '. Le roi répandit ses libéralités sur runiversité. En 1620 , il consulta les évêques sur le meilleur moyen à employer pour propager les lumières dans le royaume. L'académie et les écoles étaient mal organisées 'y il en sortait peu de jeunes gens capables pour rÉgUsc et les emplois publics. Les employés de la magistrature dans les villes étaient si ignorans qu'ils ne savaient pas signer leur nom. La grande pauvreté des éludians était pour eux un obstacle presque insurmontable, et les vacances trop longues retardaient les études. Les professeurs étaient des prêtres : ainsi Tinstruction religieuse était assez bonne ^ mais ne comprenant rien au gouvernement ni à la vie publique, ils ne pouvaient enseigner aux autres ce qu'ils ignoraient. Les circonstances étaient donc pressantes, et la cour manquait plutôt d'hommes habiles, et l'armée, d'officiers capables que d'argent. Les évêques devaient

' Voyez les manuscrits de Palmskfild.

' Hallenberg, t. 2, p. 7C6.

* Messénius fut nommé historiographe du royaume, et Rudbeck devint évoque de Vesterfts. Le premier él^it soupçonné d'être catholique de cœur et en relation avec Sigismond, roi de Pologne : il termina ses Jours en prison.

donner leur avis sur le nombre d'écoles et de gymnases qu'il était urgent d'établir, sur les sciences qui devaient y être enseignées et sur le moyen d'avoir de bons professeurs. Comme les hommes savans étaient rares , c'était aux évêques à décider s'il fallait en faire venir de l'étranger. Enfln le roi demandait leur opinion sur les hôpitaux, d'autant plus que la maladie dangereuse qu'on appelait lèpre commençait à étendre ses ravages sur les côtes de la mer, surtout en Finlande. Ce que la couronne donnait aux hôpitaux était volé, et les malades ne recevaient aucuns soins.

La réponse des évêques accusait peu de connaissances \ mais le roi mit lui-même la main à l'œuvre , et c'est à sa munificence que l'université d'Upsala doit son existence. Par une dotation du 31 août 1625, Gustave-Adolphe donna trois cent cinquante hemmans de la famille de Gustave Wasa à l'académie , déclarant que, comme ils lui appartenaient , ils les donnait à l'université en propriété perpétuelle et absolue. Outre celte dotation, le roi affecta à l'université la dîme de plusieurs paroisses du Vestmanland et de la Ilelsingie ^ il donna en supplément d'appointemens des prébendes aux professeurs de théologie et un hemman à chacun des autres professeurs. Trois mille deux cent cinquante dalers furent annuellement destinés tk loger des étudians et deux mille cinq cent dalers à fonder des bourses. Le roi fit don de son imprimerie particulière à l'université, et sa bibliothèque servit de noyau à celle de cette corporation. Il fil construire la maison de l'université, agrandie plus tard par Charles XI, et qui est encore appelée Académia Gustaviana. Gustave -Adolphe fut aussi le fondateur des gymnases, car quoiqu'il y eût depuis longtemps des établissemens de ce genre, dont les maîtres , appelés lecteurs , étaient entretenus avec les dîmes de l'Église, le roi les convertit en institutions avec plusieurs professeurs et des revenus plus considérables. Le premier gymnase de Suède fut fondé à Yesterâs en 1620, et agrandi en 1623 et en 1627; le second fut créé à Strengnds en 1626 -, le troisième à Linkôping en 162B , et la même année on en établit un à Âbo dans la Finlande : elle en avait un à Wiborg depuis 1618.

Ce fut au milieu des embarras de la guerre que ce grand roi s'occupa de la fondation des établissemens d'instruction publique en Suède.

CHAPITHE XVI.

Celte circonstance confirme Tobservalion qui a élé raile, qu'il ne prenait les armes que pour les progrès de la civilisation : c'était donc ce uoble intérêt qui le faisait agir là où d'autres auraient fait la guerre pour la guerre ellemême^ et dans quel temps! Il n'y a pas d'espérance plus noble et plus élevée que celle que Gustave-Adolphe a déposée pour l'avenir de la Suède dans ce qu'il a fondé. Il n'a pas moins fait pour la politique que pour les sciences^ car si la Suéde a vu tant de fois depuis , des hommes sortis des chaumières s'élever aux plus hautes fonctions de l'État, c'est encore à Gustave-Adolphe qu'elle le doit.

L'exemple du roi donna l'impulsion aux grands. Deux ans avant que Gustave eût doté l'université de ses biens héréditaires, le sénateur Jean Skytte, qui fut le premier chancelier de l'université d'Upsala (dont les privilèges furent confirmés en 1626), avait fondé une nouvelle chaire d'économie politique et d'éloquence qui a conservé son nom. L'amiral du royaume Charles Carlsson Gyllenhjelm fonda des écoles ou des bourses pour les éludians. A la maison des nobles , on avait joint un collegium illustre pour les jeunes gens de famille-, il fut fermé dans la peste de 1629. Malgré les maladies contagieuses qui ravageaient le pays, on manquait de médecins : il ne paraît pas qu'on en ail ressenti le besoin. Mônnickhof, officier étranger au service de Suéde et qui fut tué au siège d'Augdow, en 1614, avait coutume de dire que la Suède avait trois choses précieuses , un roi , une religion et un médecin , ce qui était un signe de santé *•

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