‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 155 sur 275 · ET LA POLOGNE · texte numérisé non relu

ET LA POLOGNE

Il est difficile à une génération nouvelle de se figurer l'état de la Suède lorsqu'elle était exclue d'Oresund et de presque toute la mer du Nord, et que le Bleking , la Scanie, le Halland et le Bohuslân ne lui appartenaient pas encore. Cette époque comprend des siècles enliiers de ténèbres , de faiblesse et de barbarie, pendant lesquels les Suédois, d'abord sans

Voyez les manuscrits de PaloiskOld.

communication avec le reste de l'Europe , dirigèrent ensuite leurs conquêtes vers l'est. Leurs forces s'étant accrues , ces limites, après Gustave Wasa, leur parurent trop étroites. Gustave-Adolphe les franchit, et si l'on a égard aux circonstances, on voit que ce fut upTcoup presque désespéré. Le héros qui finit par dicter des lois à l'Europe commença par se défendre corps à corps contre un puissant ennemi au centre du pays -, il fut obligé de recouvrer les clés de son royaume par la prise de Kalmar et d'Elfsborg , et , pour sauver sa couronne , de conclure une paix désavantageuse, comme il le disait lui-même ^

L'avantage qu'a la Suède de n'avoir jamais été soumise par les armées étrangères a donné lieu à une formule qui se reproduit constamment dans l'éloquence suédoise moderne. Nos ancêtres qui ont combattu pour la liberté n'auraient pas employé une telle métaphore : « Tant que le Danemark) comme ils avaient coutume de le dire eux-mêmes) pouvait mordre à son gré la Suède au talon , celle-ci resta faible. » Plus lard on s'étonna de p'avoir pas commencé par se débarrasser de l'ennemi le plus proche ; on a même reproché à Gustave-Adolphe et aux grands hommes qui l'entouraient d'avoir laissé de côté la Scanie, le Halland et le Bleking pour porter leurs conquêtes au delà de la Baltique : sagesse heureuse, qui, placée en dehors des événemens , les juge et les dirige à son gré.

Gustave-Adolphe fit la paix avec le Danemark, non comme il voulut, mais comme il put. Il obéit moins à sa volonté qu'à la nécessité en combattant la Russie et, la Pologne ^ et lorsque plus tard il traversa la Baltique pour descendre en Allemagne , il s'agissait de sauver sa couronne et le protestantisme, dont l'existence était mise en péril] mais croirait-on qu'il eût oublié ce que son temps avait plus que nous des motifs pour se rappeler. On ne sait ou Ton ne se souvient pas qu'il fut plus d'une fois question en Suède d'un changement de système de la guerre d'Allemagne contre le Danemark) que Gustave- Adolphe eii avait conçu le dessein, qu'Oxenstjerna l'exécuta, et que ce que Charles-Gustave entreprit et mena à fin n'était que la suite du plan qu'il avait hérité de ces deux grands hommes. A-lon oublié ce que c'est que de tourner son envoyez les manuscrits de PalmskOld*

MM

nemi ? Nô salt^n pnd que ec fut du côté de l'Allemagne , dans le Julland et à Seland, que Ton conquit la Scanie , le Haliand et le Blcking? Nous n'avons jamais fait de conquêtes autrement aux dépens du Danemark. Ainsi la Suéde s'arrondissait pour prendre ses limites naturelles, après avoir jeté ses avant-postes au delà de la Baltique , en occupant les côtes de FAUemagne ; c'est ce que la politique du siècle de Gustave-Adolphe appelait élever un bastion pour ta couronne de Suède '.

Tout le SmSland montagneux était jadis un pays limitrophe entre la Suède et le Danemark, et, comme les provinces frontières de cette époque, exposé À toutes sortes de brigandages : des assassins, des infracteurs de la paix, des contrebandiers passaient journellement d'un royaume dans l'autre. La défense sans cesse renouvelée de l'exportation des marchandises était continuellement violée. Les provinces contiguCs étaient toujours en querelle pendant la paix et se réconciliaient lorsque la guerre éclatait. Les paroisses frontières formaient souvent entre elles une union qu'elles appelaient la paix des paysans {bondefred). Les Sm&landais et les Dalécarliens étaient renommés comme les plus turbulens des Suédois •. Le soulèvement redoutable deDackc, sous le règne de Gustave Wasa dans le Sm&land , avait poussé des racines des deux côtés de la frontière, et Gustave-Adolphe craignait de le voir se reproduire. La guerre ' qu'on nomma guerre des chenapans (snapphane-kriget) avait pris naissance dans ces contrées. Les mœurs sauvages et l'insolence hostile des habitans de la Scanie et du Bleking , qui se perpétuèrent longtemps après la réunion de ces pays à la Suède, avaient leur origine dans cette position. Kalmar était alors au pouvoir du Danemark et le SmSland était ouvert à l'ennemi. D'un autre côté, le Haliand danois et le Bohusl&n norvégien enveloppaient presque entièrement à l'est la Yestrogothie suédoise. Cette province , si richement dotée par la nature ,

* « La Poméranie et les côtes sont comme un bastion pour la Suéde. Leur possession nous met à couvert du côté de l'empire. Ce fut pour cela principalement que Gustave - Adolphe entama la guerre. Le respect que témoigne la Pologne lui est inspiré par la Poméranie. » (Axel Oxenstjerna au sénat en 1644.— Voyez les manuscrits de Palmsk01d.)|

* « Les Sm&tandais et les Dalécarliens sont des peuples pétulans. » Paroles du drots Pierre Brahe au sénat en 1645. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

était séparée du reste du royaume, au nord par les possessions du duc Charles-Philippe, à Test par celles du duc Jean , qui étaient l'un et l'autre pour la Yestrogolhie des voisins déplaisans, car la reine douairière, gouvernant pour son flls cadet, pensait trop à ses propres intérêts, et l'administration du duc Jean offrait l'exemple d'une mauvaise économie. La Yestrogothie ne touchait à la mer que par l'embouchure du fleuve de Gôtha : là Charles IX avait fondé Golhenbourg a clou planté dans les

yeux du Danois * » , selon l'expression des Suédois à cette époque. La cité naissante fut entièrement détruite par les Danois pendant la guerre, et tous les efforts de Christian lY, lorsque Kalmar fut tombée en son pouvoir, tendirent à s'emparer des citadelles d'Elfsborg et de Gullberg , qui défendaient l'embouchure du fleuve de GOtha du côté de la Suède.

Le Jeune Gustave-Adolphe se hâta de clore sa première diète pour ouvrir la campagne, après avoir cependant offert la paix et renoncé au tilre de roi des Lapons, qui était une des causes de la guerre. Le héraut porteur des propositions de paix fut repoussé à la frontière par les Danois. Plus tard, dans une négociation ouverte au sujet de l'échange des prisonniers , Gustave-Adolphe ne reçut que le titre de duc. Au milieu de l'hiver de 1612, les Danois commencèrent leurs opérations ^ ils firent une sortie de Kalmar au mois de janvier, dévastèrent une grande partie du Smâland, et incendièrent la ville de Yexiô et le château de Kronoberg. lOnkôping fut menacée. Christian lui-même, de la citadelle norvégienne de Bohus, sur le fleuve de Gôtha, tenta pendant la nuit d'enlever, par un coup de main, le fort de Gullberg : il donna cinq fois l'assaut, et cinq fois il fut repoussé vaillamment par le gouverneur M ârten Krakow, qui, blessé, confia la défensede la place à sa femme, Emmerentia Pauli', non moins courageuse que lui. Le roi se relira avec beaucoup de perte. Les Danois s'étant emparés de Nylôdôse, passèrent tous les hommes au fil de l'épée ', alors toute la Yestrogolhie fut dévastée : l'ancienne Lôdôse, Skara et plus de trois mille maisons de paysans furentlivrées aux flammes'. Dans le même temps, une partie de l'armée

* « Juten en nagel i ôgat, •

* Les femmes des soldats prirent part i la défense du château.

» Voyez Hallenberg, t. 1, p. 303.

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