‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 157 sur 275 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

la campagne, au grand méconlentemenl du roi. Lorsque Christian, à son retour à Copenhague, s^embarqua sur sa flotte, forte de trenle-slx vaisseaux, et fit Yoile pour les tles de Stockholm, après ayoir pris à bord à Kalmar les soldats de Ranlzou, la flotte suédoise se retira sous le canon de Waxholm. La nouvelle s'en répandit dans tout le pays. Les Dalécarliens se levèrent en niasse pour sauver la capitale. Gustave partit de lOnkôping, marcha jour et nuit, arriva le 10 septembre à trois heures du matin , se mil à la tète de ses soldats, et, sans perdre une minute, se rendit â la tète des troupes de Monnichhofen àWaxholm. Il espérait détruire dans ces passages étroits la flotte danoise, qui était retenue par des vents contraircs^^ mais le même Jour les vents avaient changé, et les Danois mirent à la voile avant l'arrivée du roi et de ses soldats.

Les parties belligérantes avaient besoin delà paix. Christian, qui était le plus fort en apparence, avait épuisé sinon les forces du Danemark, au moins les siennes ; son pouvoir était très-limité. La noblesse danoise n'était pas disposée à continuer la guerre, parce que le rot, « dans son orgueil, pouvait détruire les libertés publiques. )) Ce sont les expressions du sénat suédois à Gustave-Adolphe '. Une entrevue pour réchange des prisonniers amena des négociations par l'entremise des Anglais. Axel Oxenstjerna et trois autres sénateurs étaient les plénipotentiaires de la Suède. Le 19 Janvier 1613, après deux mois de négociations, la paix fut conclue avec le Danemark, dans la bourgade de Knâred, sur la rivière de Laga , dans le Halland. La Suède renonça à ses prétentions sur la citadelle de Sonnenborg, dans l'île d'Ôsel, et à sa domination sur les Lapons des côtes, depuis Tîlisfjord Jusqu'à Waranger en Norvège, et restitua le Jemtland et le HerJedal, dont elle s'était emparée pendant la guerre. Le Danemark lui rendit Kalmar et Ttle d'Ôiand, et six ans après, la citadelle d'Elfsborg, contre une somme d'un million de thalers. En cas de non paiement, elle devenait la propriété perpétuelle du Danemark, ainsi que sept districts et les villes de Ny- 15d0se,'de Gemmal-LOdôse, et de Gothenbourg. C'était la seconde fois depuis quarante ans que la SuèderachelaitdcsDanoisEirsborg,laseule ville qu'ils possédassent sur la mer du Nord-, mais

* Rallenbcrg, t. i, p. 485.

par le dernier traité, elle leur coûtait six fois plus cher que la première fois •. La possession de cette place était une question vitale pour la Suède 5 aussi le peuple, malgré la gravité des circonstances, s'imposa pour le rachat de cette citadeUe la plus forte subvention qu'il eût Jamais payée. Une des conditions de la paix était le libre passage par le Sund et le libre commerce entre les sujets des deux royaumes.

La Hollande avait aussi offert sa médiation^ mais Christian la refusa, parce qu'il avait à se plaindre de cette république : elle ne voulait pas reconnaître la domination danoise dans le Sund, avait fait des remontrances contre les droits de douane et s'était rapprochée de la Suède. Les négociations entamées à ce sujet pendant la guerre se terminèrent en 1614 par une alliance de quinze années. La Suède accédait à l'alliance défensive conclue entre Lubcck et la Hollande pour protéger le commerce, avec réserve de la domination sur la Baltique. Ce fut depuis un des principes de sa politique.

Nous remarquerons qu'il est stipulé dans ce traité que les états généraux et la Suède s'enverraient mutuellement des ministres : cette coutume date de cette époque. L'année suivante, on vit arriver en Suède une ambassade niederlandaise. Les envoyés, dans le récit qu'ils font de l'audience du roi, disent qu'il se tenait debout, la lête découverte , vêtu en satin noir brodé, un manteau noir sur les épaules (il portail le deuil de son oncle le duc de Holstein). Un baldaquin était au-dessus de sa tête^ les attributs de la royauté étaient posés sur une table de marbre dont les pieds étaient garnis d'argent. Le roi était svelle et bien fait ; son visage ovale était blanc, ses cheveux blonds, sa barbe pointue et naissante :ull montre, disaient-ils, du courage contre ses ennemis -, mais il n'est pas vindicatif. Il unit la sagesse à la bonté du cœur ; il est actif , éloquent et aimable envers tout le monde. On peut attendre de grandes choses de lui •. » La Hollande lui offrit, par ses envoyés, sa médiation pour terminer la guerre avec la Russie.

Les troubles et les dissensions relatifs à la succession , et qui précédèrent l'élévalion de la maison de Romanow, conduisirent la Russie à

* Dans lo paix do SteUin, en 1570, Eirsborg tac ra^ chetée au prix de 150;000 Ihalers.

" Journal der Legatie ghedan iGi^ endê 1616* Gravenhagen, 1619, p. 123.

deux doigts de sa perte. Il fut un temps (c'était quand les Suédois possédaient Narva et Novogorod, et les Polonais Smolensk et Moscou) où un tzar déposé fut traîné à la suite de Sigismond, à rentrée triomphale du vainqueur dans Yarsovie *, où un ambassadeur russe vint à Stockholm demander un prince suédois pour grand-duc : ce fut à la mort de Charles IX. NoYogorod avait demandé à Jacques de La Gardie, Guslave-Adolphe ou Charles-Philippe pour souverain. A la nouvelle que le premier avait succédé à son père , les voix se reportèrent sur le second , et une grande partie de la Russie approuva ce choix en haine des Polonais. Gustave-Adolphe ne mit pas beaucoup d'empressement à procurer celte dignité à son frère; on voit qu'il recherchait Toccasion, après avoir conclu la paix avec le Danemark , de tirer parti pour la Suède de la vacance du trône de Russie. Le départ du jeune prince fut donc retardé, tant pour cela qu'à cause des craintes qui agitaient la reine douairière ; et lorsque enfin le jeune Charles-Philippe arriva à Wiborg, les premiers jours de juillet 1613, les Russes avaient déjà choisi pour tzar IMichaël Romanow, âgé de seize ans. Après la déposition de quatre faux Démélrius , le lr6ne était un poste si dangereux que I\IichaëI voulut s'enfuir et que sa mère éclata en sanglots quand elle apprit son élection. Novogorod ne tint que par peur au choix d'un prince suédois -, on ne pouvait donc faire aucun fond sur cette manifestation.

A cette époque, on remarqua quelque refroidissement entre Guslave-Adolphe et le héros de la guerre de Russie , Jacques de La Gardie, qui, sans recevoir de secours de la Suède , excerçail presque un pouvoir suprême sur les pays conquis et était sur le point de don* ner un maître à la Russie, lorsqu'il vit s'évanouir ses espérances. La réserve avec laquelle Widekendi parle de ces divisions prouve qu'il s'agissait de la personne du roi. Il paraît que son mécontentement venait de ce que La Gardie, sans le consulter, avait fait porter sur Philippe une élection où il avait d'abord été qucslion de lui-môme. Si ce refroidissement eut lieu, il ne fut que momentané. Le roi, dans ses lettres à La Gardie , reconnaît avec sa franchise habituelle que la première opinion qu'il s'était faite de

* Waisfly Schaiisky avec ses dçui fr^rçs.

cette négociation importante n'avait de fondement que dans son ignorance et la précipitation de sa résolution. Il l'engage à consulter surtout rintérêt de la Suède et les avantages qu'elle en peut tirer. Il ne compte pas beaucoup sur Télec* tion de Charles-Philippe et se défie des Russes : <( Ils ont une haine enracinée contre toutes les nations étrangères et un orgueil grossier, d — « Aussitôt que nos troupes y seront rassemblées, dit-il dans une lettre aux plénipotentiaires, nous ne voulons plus être joués par eux comme nous l'avons été jusqu'ici ; mais il faut savoir si nous aurons la paix ou la guerre. » De La Gardie reçut l'ordre, si l'ennemi avait des forces supérieures , de quitter Novogorod et de chercher à se réunir au roi ; mais auparavant il devait détruire |Ia ville et le château : <c Nous attachons plus d'importance à vous et à nos bons soldats qu'à la grande Novogorod, ajoute le roi <. » Il avait résolu , malgré les représentatic»ns réitérées de la reine douairière et du sénat, de marcher lui-même à la tête de ses troupes contre les Russes. 11 se rendit de la Finlande à Narva, qu'il quitta pour assiéger Augdow. Cette citadelle , après deux assauts, capitula le 10 septembre 1614. Dix jours après ce fait d'armes, il écrivit à sa bien-aimée Ebba Brahe : « Je remercie Dieu surtout de m'avoir accordé en votre faveur de vaincre l'ennemi ". » Ebba Brahe, fille du comte Magnus Brahe, drots du royaume , fut l'objet de l'amour de Gustave- Adolphe dans sa jeunesse. Ce qui nous reste de leur correspondance * prouve inconlestablement que le roi avait destiné Ebba à partager son trône *.

' Voyez Hallenberg, t. 3, p. 50, 183.

' L. c, t. 3, p. 268. — Au bas de ces lettres^ Il entrelaçait les inUialei de son nom et celles d'Ebba Brahe.

* A la bibliothèqQe de Skokloster, appartenant au comte M. Brahe, aide de camp général du roi Charles- Jean.

* Le drots comte Magnus Brahe avait époasé Brila Lcyonhurvud, amie intime de la reine Christine. La comtesse en mourant avait prié la reine de tenir lieu de mère à sa Jeune fille Kbba. La reine remplit le dernier vœu de son amie. Ebba fut emmenée à la cour, où elle ne tarda pas é se distinguer par sa beauté et les qualités de son esprit ; elle gagna Testime et l'affecUon de tous; elle Ûia sur elle les regards des nobles, lie duc Jean lui-même eut quelque temps le projet de répouser. La reine s*y opposa et le maria, comme nous Tavons vu, i la princesse Marie-Élisabcth. Grâce à l'amitié niulueU<{ 4e leurs noères , EblHt ^\

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