‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 159 sur 275 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

en latin : « Ici GustoTe-Âdolphe, roi de Suède, posa les fronltères de son royaume. Dieu veuille qu'elles restent toujours ainsi * ! »

Il ne cessa jamais d'avoir Tœil fixé sur la Russie. Pendant le cours de ses victoires en Allemagne, il se fit exposer Tëtatdu pays, et il existe encore trois rapports qui lui furent faits sur cet objet par les fils du sénateur Jean Skytte : a Le grand-duc régnant, disaient-ils, n^est pas belliqueux. Son père, le patriarche, exerce réellement le pouvoir suprême. La haute noblesse, les knesy ont été réduits à un petit nombre de familles par la cruauté du grandduc. Les bojares, qui composent la basse no« blesse, sont au contraire très-nombreux ^ nul d'entre eux ne peut parvenir à de hautes fonctions avant d'avoir parcouru tous les degrés de la hiérarchie, et ils appartiennent tous, corps et biens, au grand-duc. Toute cette noblesse est belliqueuse ; mais elle est dévorée de jalousie contre les soldats étrangers que le prince prend à son service et fait vivre dans l'abondance. Deux causes principales contribuent à la faiblesse de la Russie : l'une est la dépravation du clergé (dans chaque accusation criminelle figure au moins un pope comme complice) , ce qui prouve que l'éducation est extrêmement négligée ] Tivressc et l'inceste sont des vices dont on s'enorgueiltit. La seconde cause pro* vient de remploi des mercenaires étrangers, car quoique les Moscovites haïssent les étrangers, ils ne peuvent rien faire sans eux. Ils n'emploient jamais conire l'ennemi que la perfidie ou des forces supérieures. Le soldat russe ne reçoit pas de solde , c'est pour cela qu'il se livre au pillage-, il se comporte toujours bien dans la défense des places fortes. Dans les ambassades et les expé^litions guerrières, les nobles fournissent à leurs frais à toutes les dépenses, mais ils cherchent à se dédommager par d'autres moyens , car il n'y a pas de loi qui règle la levée des impôts, et les gouverneurs mahrersent autant qu'ils le peuvent, ou ils ac-

**Htsnçregniposuit fines Gustavits^yidolphus, rex Sueanum fausto numine durei opus. Limilis posiU anno 1617.» — L'état des frontières ne Tut défioUiveraenl réglé qu'en 1621. On discuta beaucoup. Un jour les Russes tournèrent le dos aux Suédois en assurant que deux hommes saints, morts depuis deux cents ans, étaient ressuscites et avaient promis an nom de Dieu que la Russie étendrait ses frontières jusqu'à Àbo si la guerre se rallumait avec la Suè^e. (Voyez Hallonberg, t. 4. p. 788.)

cordent des remises en recevant l'argent. L'état du bas peuple est misérable pour quatre causes : la servitude , la multiplicité des races, les im* pots et les fêtes qui sont chômées outre mesure. Les lois n'offrent aucune garantie. Les paysans, qui travaillent cinq jours par semaine pour leurs maîtres, n'ont pour eux que le sixième. Les revenus du grand-duc viennent do plusieurs sources : 1" La monnaie, bonne autrefois en Russie, mais détériorée aujourd'hui j le grandduc gagne un tiers sur elle, 2° Les céréales, dont le grand-duc détermine la valeur. 3° Les boissons, car à l'exception de l'eau, aucune boisson, celle qu'on nomme kwass surtout, ne peut être débitée que dans les cabarets du grand* duc ^ les bains, que les Russes aiment avec passion , ne sont môme permis aux roturiers que dans des élablisscmens qui appartiennent à la couronne (on paie environ deux sous par bain). 4° Les peaux de zibelines , monopole du grand duc^ elles se vendéht à un prix si élevé, qu'on les peut avoir à meilleur compte en Livonie et en Allemagne. 5° Le commerce, que le grandduc fait faire par ses propres marchands, au grand détriment d'une société anglaise établie en Russie : il prend les marchandises de première qualité-, il envoie ce qu'il ne peut vendre à quelque riche négociant, qui s'estime fort heureux d'en être quitte pour de l'argent. La servitude chez les Moscovites, n'est pas une honte, mais un honneur. Ils s'enorgueillissent d'être les esclaves du grand-duc , et sa volonté fait loi^ il commanderait à un homme de tuer son père ou sa mère, il serait obéi. Pour maintenir les choses dans l'état où elles sont, il est défendu aux Russes de quitter l'empire, parco qu'on craint, s'ils venaient & voir des princes ou des peuples étrangers, que la civilisation de ces derniers ne leur rendu l'esclavage trop pénible. Ils disent qu'ils aiment les Suédois pardessus les autres^ mais, à dire vrai, ils les craignent davantage, parce qu'ils croient qu'on no peut leur comparer personne dans l'art de la guerre, surtout depuis qu'ils ont appris les succès de sa majesté en Allemagne contre les catholiques, qu'ils délestent*. »

Après la paix avec la Russie , la renommée de Gustave -Adolphe commença à prendre l'essor. Le sénateur Jean Skytte, qui partit en mission pour le Danemark, Lubeck, laNieder-

* Relationes moscovitœ Johannis, Benedicti et Jacobi Skytte. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

lande et T Angleterre, afin d'y contre-balancer les intrigues de Sigismond , écrivit qu'il estimait sa patrie très-heureuse d'avoir un roi dont on entendait partout faire l'éloge *.

Restait à terminer la guerre de Pologne : elle avait déployé tous ses ravages dans la Livonie, où les principales citadelles, telles que Reval, Narva, Witlensten, étaient occupas par les Suédois-, mais les Polonais possédaient Riga, DunamundeetKockenhusen.Un armistice avait été signé, à la mort de Charles IX, jusqu'au mois de juin 1612-, il fut prorogé jusqu'au 1" octobre 1613, puis pour quatre mois encore, et enfin pour deux ans, jusqu'au 20 janvier 1616. Les délais n'étaient pas encore expirés quand les Polonais recommencèrent à intriguer activement en Suède. Ils avaient combiné des plans d'une haute portée que nous ne pouvons passer sous silence , car ils influèrent puissanmient sur les temps qui suivirent. Sigismond était uni à la maison de Habsbourg par les liens de la religion et de la parenté; Ferdinand, plus tard second du nom, et Philippe III, roi d'Espagne, étaient ses beauxfrères : il expédia auprès du dernier un proscrit suédois qui vint à bout de faire déclarer de bonne prise tous les vaisseaux suédois entrés dans les ports d'Espagne ainsi que leurs cargaisons*. Un historien néerlandais fait mention d'un plan secret qui fut découvert par une correspondance des jésuites ' : on devait exciter le Danemark à déclarer la guerre à la Suède et en même temps déterminer l'Espagne à conclure un armistice avec les Hollandais , à s'emparer d'Ôresund pour leur en défendre l'accès, et à faire tous ses efforts pour rétablir Sigismond sur le trône. Charles IX parle de ce plan dans une note écrite de sa propre main *. Les Hollandais envoyèrent en effet à Christian lY une ambassade, mais elle arriva trop tard pour empêcher la guerre d'éclater ; en outre le roi ne la reçut pas avec de grandes marques d'es-

* Litterœ Johanniê Skytte ad Axelium Oxen- Mtjema. Londini, 8 déc. 1617. (Voyez les manuscrits de PalmskOld).

> Voyez HaUcnberg^ 1. 1, p. 97.

* «Le roi d'Espagne avait Fintentlon de commencer set conquêtes dans le Nord par ceUe du Sund; il espérait pouvoir la conserver si Sigismond parvenait à monter iur le trône de Suède.»(Voyez les manuscrits de PalmskOld.)

time *. Malgré les armistices avec la Pologne, on entrevoyait peu de probabilités en faveur de la paix , parce que Sigismond se réservait toujours son droit à la couronne de Suède. L'élection, par un parti, de son fils Uladislaus comme tzar de la Russie, lui avait aussi donné quelque velléité de former des prétentions à cet empire. Il protesta contre les concessions que la Russie avait faites à la Suède dans la paix de Stolbova. Il lui vint alors dans l'idée d'attaquer ce royaume. Un Autrichien , le comte d'Althan, avait promis d'enrôler une armée en Allemagne , et les Espagnols d'armer une flotte à Dunkerque; les états de Pologne devaient aussi fournir des secours. Des enrôlemens et des armemens eurent lieu dans la Prusse polonaise ; on engagea les villes anséatiques^ à s'abstenir de toutes relations avec la Suède, a parce que Dieu, disait-on, ouvrira bientôt au roi légitime le chemin de son royaume. » Sigismond envoya des ambassadeurs à Christian avec promesse de lui céder la citadelle d'EIfsborg. L'Espagne proposa à ce roi une alliance défensive contre les Hollandais et une offensive contre la Suède. On excita à la révolte contre Gustave-Adolphe et l'on répandit des pampldets contre son père *. Dans la même diète où Gustave-Adolphe communiqua aux états les conditions glorieuses de la paix avec la Russie, il leur fit part de la déclaration de guerre de la Pologne. Il est vrai que du côté des ennemis, les faits ne répondirent pas à la hauteur des projets, « car Sigismond, dit un historien polonais, entreprenait tout en temps inopportun et d'une manière imparfaite '. » Cependant on travaillait à des

* « Non agitur de reîigione, sed de regione,* répondit-il aux envoyés.

' Voyez Halleoberg. — Jôran Nllsson publia son pamphlet infâme : HerUg Caris Slagtarbànk.

Ce fut en 1615, lorsque les mécontens commencèrent à s'agiter, que Thistorien Jean Messénius fut accusé d*aYoir entretenu des correspondances avec la Pologne. Il ne fut pas convaincu , mais il resta en prison jusqu'à sa mort, en 1634.

> Piasecki Ckronicaad an. 1616.— « Verumomnia intempesUve, et prcepostere et magis ad prœmonendom hostem fiebant. Nibilque de istis cum consîliariis Polonis conferebat, sed cum SueciselGcrmanistantura» qui pauci, illique rerum et pressentis belll ducendi inexpertes in ejus aula erant.» —De ce nombre étaient François Ternageli réfugié allemand , que Sigismond avait fait chancelier du royaume de Suède, et Gabriel Pose» eiilé suédois (probablement George Posse).

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