CHAPITRE XVI
préparatifs de défense en Suède et en Eslhonie. Sljernskôld , envoyé dans la Niederlande pour enrôler les soldats et en Danemark pour demander le passage de deux mille hommes par le Sund, arriva en Livonie au commencement du mois de juillet 1617. Le duc de Gourlande, chassé par les Polonais, livra Dunamunde aux Suédois. Pernau et Salis furent conquis avec l'aide du général du duc , Wolmar de Farensbach , qui passa depuis à Tennemi et se réunit au général Lithuanien Radziwil*. Celui-ci vint au secours de Riga 5 les
' Wolmarde Farensbacb, noble livonfen, étaUdéJi tombé entre les mains des Suédois en 1601. Il avait séjourné dans ce pays pendant plusieurs années. Rendu à la liberté par échange , il prit du service auprès du duc Guillaume Retller de Courlande, et lorsque celuici se brouilla avec la noble^^sc de Livonie et avec la Pologne , Farensbach accepta la proposilion qui lui fut faite d'entrer au service de la Suède. Celait un seigneur singulier , rempli de contradictions dans sa conduite. Son extrême bravoure et son habileté le rendaient redoutable dans la guerre, surtout dans les attaques à Timprovisle. Dans les négociations, il était rusé, actif et hardi; mais son caractère était un composé d'emportement, de versatilité, de fausseté et d'avarice : il recevait souvent de l'argent des deux partis et les trahissait tous deux. Gustave-Adolphe et ses amis se défiaient de lui avec raison ; mais Ils espéraient en le surveillant de près tirer un bon parti ((e ses qualités. Mis Sljernskôld lui fut adjoint. D'abord tout alla bien. Dunamunde, Pernau,Grobin furent prises, et ces succès furent dus surtout à l'habileté de Farensbach; mais la liberté de piller qu'il donnait è ses soldats fut la première cause des différends qui éclatèrent entre lui et les chefs suédois; ils crurent aussi découvrir dans les actes de Farensbach des desseins secrets et des intelligences avec la Pologne. Lui , de son côté , s'Irrita de celte défiance. Les jésuites profilèrent de cette occasion pour le gagner aux intérêts de la république. Ce fut à cette époque qu'arriva de Suéde un vaisseau qui apportait de l'argent é Stjernskôld. Gomme il était absent, Farensbach demanda au capitaine du vaisseau les sommes dont il était porteur. Celui-ci refusa. Farensbach donna à ses soldats l'ordre de piller le navire : une partie de l'équipage périt, l'argent fut volé, et Farensbach, é la tète des siens , se rendit au camp des Polonais. Ce fait eut lieu en 1617. La fidélité de Farensbach ne fut pas de longue durée. Quelques an- Dées après I 11 rentra au service de Gustave-Adolphe, qui lui remit de l'argent pour aller enrôler trois mille hommes en Hollande. Il perdit l'argent au Jeu, et se rendit auprès de l'empereur, qui le reçut d'autant mieux qu'il était un des meilleurs ofiiciers du génie de ce temps-là. 11 n'en entretint pas moins une correspondance active avec les Suédois en les assurant de sa bienveillance. En 1G32, il accompagna Tilly i Bamberg, où 11 fit souffrir de grands dommages à un corps d'armée suédois commandé par Gustave Horn. Gus- Uve-Adolphe eo éprouva du ressentiment CQqtre le
Suédois s'étaient déjà emparés d'un bastion qui fut repris par les Polonais. Pendant l'hiver de 1618, ceux-ci envahirent la Livonie suédoise et FEsthonie, y promenant le pillage et l'incendie ^ puis ils se retirèrent. Gustave-Adolphe ne consentit pas à la proposilion de Sljernskôld, de prendre sa revanche par une invasion semblable dans les possessions polonaises. Loin d'imiter l'exemple de l'ennemi en dévastant les provinces innocentes, il devait pendant sa marche à travers le pays ennemi traiter les habitans comme s'ils étaient suédois ^ mais quand l'occasion se présenterait il attaquerait les forteresses : « Nous ne voulons pas , conlinua le roi dans sa lettre, guerroyer contre le paysan, que nous aimerions mieux proléger que ruiner. » Avec de tels senlimens et malgré la réponse habituelle de Sigismond à de nouvelles proposiiions de paix sous la médiation du DanemarJL, Gustave-Adolphe consentit, sur les demandes de la population de l'Esthonie à négocier un nouvel armistice, « afin que personne n'ignore qu'il ne cherche pas la guerre, si la paix est possible , et que la pauvre Livonie ne serve plus de champ de bataille. » Le nouvel armistice, en verlu duquel les Suédois gardaient ce qu'ils possédaient, fut conclu pour deux ans à partir du l*"' octobre 1618 jusqu'à pareil jour de 1620, avec engagement des parties d'en signifier la rupture trois mois d'avance. La Pologne ne sanctionna pas ce traité. Gustave- Adolphe annonça la rupture à Texpiration du délai, en exprimant le désir que la paix fût maintenue et en donnant à ses plénipotentiaires Tordre d'en Irailer. Il voulait céder Per-
traltre ; mais Farensbach s*excusa sur la nécessité de montrer du zélé pour capter la confiance de Tempereur. 11 oflVit aux Suédois de leur livrer Ingolstad. En effiet, il avait gagné le général ; mais au moment convenu, l'exécution en Tut ajournée. Farensbach avait été nommé commandant de Ratisbonne, lorsque l'empereur eut connaissance de ses intrigues. Il fut jeté en prison et condamné é mort. Sa femme et sesenfans volércul à Vienne pour le sauver; mais avant que la gr&ce fût arrivée , il périt misérablement. Amené au lieu du supplice, il employa la force et la ruse pour se sauver et tua quatre soldats ; mais enfin , accablé par le nombre, il fut percé de coups d'épées par les soldats exaspérés et son corps fut mis en pièces. Dans ce moment arriva la grâce de l'empereur : il était trop tard. Farensbach était un des plus vaiUans et des plus habiles ofijclcrs de Tépoque où il vécut; mais il avait tous les vices des chefs de ces bandes guerrières dont nous avons vu la France inondée pendant le moyen âge. {JVoU du traducteur,)
nau et laisser les frontières telles qu'elles étaient en 1600. Si Ton ne pouvait s'accorder sur les conditions de la paix, il était prêt à signer un armistice de dix ans et à permettre à Sigismond de porter le titre de roi de Suède, à condition que ce (ilre n'emporterait aucun droit à la couronne. Les Polonais consentaient à traiter, mais seulement au nom du sénat. Leurs en* Yoyés n'avaient que des pouvoirs limités. Le roi leur avait déclaré qu'il y avait certaines slipulations qu'il ne pourrait ratifier *. Ce fut alors que Gustave-Adolphe fit notifier par le sénat à celui de Pologne, qu'il se voyait forcé de continuer la guerre. La Pologne était dans ce moment attaquée par les ennemis de la chrétienté, par les Turcs. Au mois de juillet 1621, il rassembla Tarmée et la flotte pour se transporter à Riga.
La flotte fut quelque temps retenue par des vents contraires -, dans l'intervalle, [Gustave- Adolphe publia du port d'Elfsnabbcn son code militaire (krigsartiklar). Le plus ancien est de Gustave P% en 1545. D'autres furent promulgués par Erik Xiy et par Jean III. Il paraît qu'ils furent tous faits à Toccasion des merce* naires étrangers au service de la Suède. Ce n'étaient d'abord que des Allemands. Sous le rè^ne d'Erik XIV arrivèrent quelques milliers d'Écossais; on avait déjà traité de leur engagement au temps de Gustave P'. Le roi Jean prit une compagnie de cavaliers anglais è sa solde, et. Charles IX des guerriers niederlandais et un régiment de cavaliers français ; le roi ordonna de les traiter avec beaucoup de ménagement : (c Les Français, écrivait-il, sont de braves gens, quoique d'un caractère singulier*, il faut se conduire envers eux avec modération, leur donner de bons conseils et ne pus les frapper'. M II est certain que les armées permancn-
• « Dafs Euer Lîobdcn bcy unreren Freunden kûnnen abiehnen dSe falschen Reden , so gehcn werdcn von deii itzigen unferen aclionen. E. L. mûgcn derweilen wissen , der Siiilestand war verflossen und gewîsse Capita, darauf ein Stillestand mochte verlan gert werden, nach Pohlen gefchichl, in Horaang dass die Billigkeit und der eignen pericul den Hochmalh (das vitium der nation) sollte corrlgieren. Sed natw ram expellas fnrca, tamen usque recurret. Darauf ift crfolget dieschone plenfpotenlz. » Lettre de Gustave- Adotphe à son beau-frère , le 29 août 1621. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)
■ Voyez Wiltcrhels, Hist, ant%q,Acad, handl.t t. 3, p. 313.
tes ont leur origine dans l'habitude qu'on avait d'employer des troupes mercenaires. Avant que ces troupes devinssent nationales, le soldat se vendait à celui qui le payait le mieux : c'était comme une république particulière de flibustiers disséminés sur tonte l'Europe et parmi les membres de laquelle les lansqutneU alle^ tnands furent longtemps les plus célèbres. F^cs conditions auxquelles une société de soldats , c'est-à-dire un régiment avec son colonel^ so livrait au service d'un prince, étaient renfermées dans un écrit sur lequel on prêtait serment et qui s'appelait Lettre des articles convenus (ar^ tikel bref) ». Le soldat hors du service était assez indépendant de son officier. Les colonels n'étaient liés au prince ou à celui qui les avait nommés au commandement *, que par une obéissance conditionnelle. Celle position des mercenaires est assez attestée par l'histoire dca guerres de Suède à cette époque, histoire qui nous a montré tant de fois la mutinerie des soldats étrangers , les combats sanglans qu'ils se livraient entre eux » lorsqu'ils étaient de nations différentes et les actes de violence auxquels ils se portaient contre les sujets suédois. Il paraît que les lois d'Erik n'apportèrent pas grand remède é ce mal, qui avait donné juslement lieu à beaucoup de plaintes par la disposition qui attribuait, en cas de violence exercées par des mercenaires contre des Suédois, l'iostruclion de l'afTaire et le droit de rendre justice à celui ou à ceux qui avaient été maltraités, ou d'exiger des indemnités pour les dommages soufferts *. Le conseil de guerre des soldats se composait, suivant ces lois, d'un jury de douze à vingt-quatre « braves et bons guerriers, » mais il n'y entrait pas d'officiers. Si ceux-ci étaient mis en jugement, le jury était mi-parli de soldats cl d'officiers . Ce fut Erik XIV qui introduisit en Suède la division des troupes en régimens». Cette institution tomba en désuétude, comme tout ce qui avait rapport à l'ar-
* Voyez George von Freun^sherg oder dos âeiUiehê Kriegx-handtDerk zur Zeit der Reformation von Saf^ thold. Hamb., 1833.
s Le nom suédois était f&U-dfverste, colonel ds
guerre.
* Les Écossais et les AUeniands en vinrent an mains dans la campagne de Livonle, pendant le règm de Jean HI.
* Voyez Hallenberg, t. 1 , p. 525.
* Le régiment comptait d'abord sii mille hommes divisés en douze compagnies {fâniia).