‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 16 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

bien-être qu'il ne connaissait pas auparavant , comptait par ses jouissances des jours qui s'écoulaient dans ia paix. Aussi les Suédois reconnurent-ils Frey comme le dieu des récoltes et lui rendirent-ils un culte plus profond qu'aux autres divinités. De là, la culture se propagea dans des contrées jadis sauvages , et du plus ancien Suithiod , qu'on nommait aussi le pays des hommes ou Manherti, se formèrent les pays du peuple*, véritable berceau de la nation suédoise. Quand le pouvoir de cette nation grandit avec son nom , elle prit possession du droit de donner un roi à tout le pays; mais ce droit ayant été contesté par les autres provinces , elle n'en conserva pas moins la première voix dans l'élection du souverain tant qu'il exista une diète d'élection suédoise et jusqu'au temps de Gustave Yasa.Les pays du peuple^ qui se maintinrent pendant tant de siècles dans celte suprématie des anciens Svéons , comprenaient Je Tiunda, l'Atlunda, le Fierdhundra et en général tout ce qu'on appelait autrefois l'Upland. On désigna jadis sous ce nom toute la terre cultivée au delà du lac Mâlaren à l'époque où le Westmanland paraît avoir été compris dans les pays du peuple*.

Dans le temps d'idolâtrie , les habilans s'appelaient Uppsvear (Suédois du haut pays) , ce qui prouve qu'ils n'étaient pas les seuls Suédois^ mais qup d'autres s'étaient déjà flxés au-dessous d'eux. C'était cette partie de la population de la Sudermanie et de la Néricie, dont les ancê- Ires suédois avaient franchi la chaîne de montagnesdu Keglan et traversé le lac de Mâlaren.Les Svéons s'établirent surtout dans les pays du peuple, comme les Goths l'avaient fait dans la Yestrogothie et l'Ostrogothie. La Sudermanie et la Néricie séparaient ces deux peuples , qui leur avaient fourni leurs premiers habitans. Ceux-ci furent , suivant diverses opinions, appelés tantôt Goths, tantôtSuédois, jusqu'à ce qu'ils fussent regardés comme appartenant définilivement au Svealand. Ils n'ont jamais élé comptés

* Noos trouvons d*abord le mot Folkland danç la Loi d' Upland, K. B. I. Mais les trois districts qui formèrent Folklanden sont déjà cités dans la Saga d' Fhglinga. Le district Tbrondheim, en Norvège, était aussi divisé en Fylken , qui furent appelés Folkland, et ces deux mots signifient la même chose. (La Saga d^OlofTryggwaêon.^ Ed. Skalh.)

" La Loi de F^ettmanland parle aussi deFolklandsting ( audience ou assises de Folkland ). — ( f^oyex Manhclg, B. CIY.

au nombre des pays du peuple ; mais le Yestmanland, qui en faisait partie, en fut retranché plus tard et fit une province à part quand la culture et la population se furent accrues.

Des traditions horribles sortent des ténèbres de l'idolâtrie et se mêlent aux récits les plus anciens sur la manière dont le Suithiod fut peuplé. Le même Frey, à qui peut-être était dû l'art d'ensemencer la terre, y établit des sacrifices humains.On rapporte que le vieux roi Ane, voulant retarder l'instant de sa mort, sacrifia à Odin neuf de ses fils l'un après l'autre. Ce fut sur ce nombre, qu'il régla la division de son royaume en districts, et le Tiundaland est ainsi nommé, parce que le dixième de ses fils, qui fut sauvé par le peuple , était destiné au sort de ses aînés -, mais depuis l'établissement du christianisme, le Tiundlaland contient dix districts , l'Attunda huit, le Fierdhundra en avait probablement quatre , et nous reconnaissons ici la vraie filiation des noms, qui ne sont cependant pas d'origine chrétienne. La division par districts (hàrad ou kundari) est sortie des premières institutions de nos ancêtres. On parle du Tiunda, de l'Attunda et du Fierdhundra dès le règne de la famille d'Ynglinga. Les anciens districts n'étaient pas sans doute les mêmes que ceux qui se sont formés plus tard ; mais ceux qui composèrent autrefois les trois Folklanden peuvent être aisément reconnus si l'on compare les renseignemens étendus que nous en a transmis la première moitié du quatorzième siècle * avec la nature du pays et des documens antérieurs. La première contrée cultivée dans l'Upland est celle où Odin fonda Sigtuna, que les Sagas des Rois nomment Yancienne. Tous les environs formèrent le district appelé d'abord Sigtuna, puis Hâtuna ou Habohundari, le premier du Tiundaland, par rang de date*. Il était entouré de frontières naturelles et formait une presqu'île baignée par les eaux du Mâlaren.De l'autre côté de ce golfe de Maiaren,Skarfwen, assez resserré dans cet endroit et dont le nom figure dans les anciennes sagas , là où s'éleva Sigtuna , s'étendent les premières terres culiivéesd'Upland au sud et au norddel'Arland,^ jusqu'à Oland, dénominations, la première, des

* Voyez Regiêtmm tipsalien$e, une collection des actes et documens appartenant À la cathédrale d*Upsala ; il est de Tannée 1344.

* Il occupe ce rang dans le Régis trum upsaliense. > D*ar (année}.

HISTOIRE DE SVÈDE.

terren euliivée9 (âkerland), la seconde, des terres incultes (wildmark). De TArland se forma le dislricl d'Arlanda , aujourd'hui TErlinghandraHftrad*,qui appartenait à l'AttundaJand. L'Oland forma le vaste district du même nom, jadis Ôlunda Mor (ou forêt stérile), et occupait tout respace jusqu'à la mer du côté du Nord*. La partie moyenne et septentrionale contenait le district de mines de TUpland, riche en forêts et soumise plus tard à la culture. La partie la plus méridionale l'avait été beaucoup plus tôt. Une tradition du pays fait passer les frontières duTiundaland par Skelhammar et Vende] , tandis qu'une autre les place à Oresundsbro (pont d'Ôresund) et Stâket. Nous attachons un grand prix à cette tradition, parce qu'elle s'accorde avec les limites que la nature a tracées elle-même. Cette ligne de démarcation existe encore aujourd'hui entre la partie de rUpland où croît le blé et celle où il n'y a que des forêts et des mines ; elle forme le plateau qui sépare les eaux qui affluent dans le IVlàlaren, opposées h celles qui se déchargent dans la Baltique, au nord. Tous les points des frontières méridionales s'appuient sur le Mfllaren. Le Tiundaland proprement dit était renfermé dans ces frontières, et ses dix anciens districts se distinguent encore dans leurs limites, là même où elles ont été reculées, comme dans le Nord. L'Upland ne s'étendit pas directement du côté du nord , où le district actuel des mines paraît avoir longtemps résisté aux efforts de la culture , mais du côté de l'ouest , le long du cours d'eau, qui se jette du lac Temnaren dans la mer. Là se forma , dans le sein des forêts, la terre cultivée de Tierp^ dont l'origine remonte aux temps païens : ses habitations éparses suivaient le cours de l'eau, comme l'attestent les antiquitésqui nous restent. Il y eut là, dit-on , des bois appelés plus tard communaux {allmànnings skag) qui séparaient le Tiundaland et le Gestrikland (Gestricie). Ce fut de cette manière que la côte se trouva peu à peu comprise dans ces provinces. Une vie va-

* Dans le Registre cPUpealaf Arlandha et Arlenningîa Hunderi.

* Olondamor répond, dàm\% Régis tnd'Upsala, à la paroisse de Morkarla dans ie dislrict d'Ôland ; mais la forêt se prolongeait par Danemora, Tegelsmora et par LofBta et Hollnas, comme le prouve Télat des lieui. Mor signifie forêt dans Tancienne langue. L'habitant de Mora, dans la Dalécarlie, dit encore aujourd'hui : « Allez à la forêt {ga Hll moren), »

gabonde et aventureuse, un sol plus Ingrat et la piraterie des Finnois furent cause que les habitans de ces pays ne furent soumis que très-tard à un ordre régulier. Les huit anciens districts de l'Attundaland* allaient, au quatorzième siècle , jusqu'à la mer, et l'un d'eux, Sœhundari, aujourd'hui Sjuhundra, rappelle le pays côtier dont fait mention Snorre Sturle&on. Cependant ce nom, qui a chez lui un sens très-étendu, n'a plus qu'une signification restreinte, déterminée quand on l'applique à une partie du Suilhiod, séparée des Fqlklanden. Le Sjôland , d'après ses propres expressions , à l'est sur la côte de la mer, est le pays côtier de Suède, Tancien Roden , dont le nom s'est conservé dans Rodslagen ou Rosiagen. Le sens de ce nom lui-même se reproduit dans la division de ces contrées en districts maritimes {skeppslag * ) , mot qui est encore en usage '.

Il paraît qu'autrefois la côte au sud deMdlaren y était aussi comprise. Tôren (aujourd'hui district du nom de Sôdertorn), dont la Saga d'Vnglinga et le barde Thiodolf « font déjà

'Leurs noms, qu'on trouve dàia\t Registre d'Upsala, sont ceux-ci: Brohundœri, Sbllendahundœrl,Valendahund<£ri,Sœmingiahundœri,Langhund»ri,Lyhundœn, Arlenhehundœri , Sshundœri. Je regarde cependant comme vraisemblable que Bro, qui est situé sur la même lie on presquMle que le district de Habo , faisait autrefois partie de ce dernier district, d'autant plus qu'une tradition désigne Stàke comme la frontière du Tiundaland. Le Farentuna (Fernengatunum), qui se trouve dans le recensement fait sous Bro, a sans doute complété le nombre des huit districts d'Attnndaiand.

* On ne compte que six cantons ou districts riverains d'Upland et de Rosiagen.

' Cette division est très-ancienne , car, quoiqu'elle ne sépare pas le Roden oriental (il est ainsi nommé dans une lettre au roi Charles Knutson, — ^voyez Élers, Description de Stockholm, 11, 8) d'Attundaland, et qu'au contraire elle l'engloba dans ces huit districts , cependhnileRegistre d' Upsala fournit des preuves plus anciennes constatant que celte partie du Rosiagen a été composée de districts maritimes [skeppslag). Ainsi un diplôme de 1280, du p. DD, 11, cite Telgboa-Skiplagb, Rindboa-Sliiplag, Akirboa-Skiplag, Dannaro-Skiplagh, Cette division est dans le nom même de Roden , car Rodslag et Skeppslag signifient la même chose. Le grand chancelier Oxenstjerna dit» dans les protocoles du sénat de 1640, que Rodslagen a été ainsi nommé parce que des rameurs ou des marins ont habité ces côtes, nos ancêtres ayant coutume de leur donner des terres qui furent appelées skeppslager. (Palmskold XIV, Topog, V, 22, S. 1167.)

^ C. 22 , dans le récit de la mort du roi Agne , le barde dit: ^Près efo Tau r.» Les traducteurs ne l'ont pas

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