‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 162 sur 275 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

dessus de sa lè(c *. --« Après la prise de Riga , Gustave-Adolphe se rendil dans la Courlande : un de ses ducs avait embrassé les înlérêls de la Suède , un autre était resté fidèle à la Pologne. Mitau fut pris. Plusieurs forteresses tombèrent aux mains du roi avant la fin de l'automne : il ne restait que Dorpt et Kockenhusen. Jjd prince Charles était tombé malade devant Riga. Le 15 novembre, il écrivit à sa sœur Catherine, qu'il était devenu presque aveugle; mais que son frère charmait ses ennuis par sa conversation '. Cette lettre était pleine de plaisanteries. Cependant son malaise augmenta. Gustave-Adolphe, en revenant en Suède, fut obligé de le laisser à Narva. Là Charles-Philippe termina ses Jours, le 22 Janvier 1622, à Tàge de vingt et un ans. C'était un Jeune homme discret, hardi et brave , qui brûlait du désir de se distinguer et avait employé la médiation d'Axel Oxensljerna pour obtenir de prendre part à la guerre. Gustave-Adolphe fut profondément affecté de la mort de son frère ; il en traça luimême le portrait suivant : (( Il supportait avec courage tout ce que la vie avait de pénible et de difficile. Par amour pour son pays, il ne voulut pas rentrer dans ses foyers pendant la dernière campagne contre les Polonais, afin de donner Texcmple à la Jeune noblesse de Suède. Il avait pour toi, patrie, des sentimens généreux , et il s'estimait heureux de mourir pour toi! O Suède! quelle perle tu as faite! Ta famille royale ne compte plus qu'un homme , et il y a peu d'années elle avait encore trois Jeunes princes'. » Charles-Philippe est le dernier qui, fils de roi , ait possédé un duché. On a admis en principe depuis, de ne jamais donner de tels fiefs, et Christine appelle cette résolution le secret de la maison royale {arcanutn domus regiœ).

Gustave-Adolphe, qui était revenu par la Finlande dans sa capitale, au milieu du mois de janvier 1622, était en Livonie au commencement de juin. Il envahit la Courlande pour porter secours à Mitau ou reprendre cette ville, si elle était au pouvoir de l'ennemi. Une fièvre pestilentielle qui attaqua ses soldais et dont il fut deux fois atteint lui-même paralysa son expédition. Dans une entrevue qu'il eut avec le

* Voyez Hallenberg, t. 4, p. 046, 966.

* Manascrit^dQPslm^kOld,

prince de Radziwil,le roi offrit encore la paix, et termina son discours, qu'il prononça en latin, par ces mots : « Faites en sorte que cette main donnée soit le signe de l'accord de nos opinions , afin que Je puisse conduire un jour ces troupes que vous voyez contre vos ennemis, les Turcs ■. » 11 signa un armistice d'un an avec la Pologne*, il prit toutes les mesures pour la défense de Riga, régla le gouvernement de Livonie et revint en Suède au mois d'août. Cet armistice avec la Pologne fut prolongé d'un an et ensuite de deux ^ mais on avait si peu de confiance dans sa durée, parce que Sigismond ne l'avait pas ratifié, que lorsque Gustave- Adolphe, dans Tété de 1623, dirigea une expédition sur Dantzig , on craignait une attaque V contre la Suède; c'est pourquoi le roi bloqua le port de cette ville et ne voulut se retirer qu'à condition que la ville n'entreprendrait rien contre la Suède pendant l'armistice. L'année 1624 est la seule où le roi ait pu donner tous ses soins à l'administration intérieure; l'année suivante la guerre recommença.

La troisième campagne de Gustave-Adolphe contre la Pologne se termina par la conquête de la Livonie, et la possession de la Courlande assura celle de Riga. Suivant le premier plan , l'amiral du royaume Gyllenhjelm devait tenter la fortune contre Windau et d'autres places sur les côtes de la Courlande, afin de donner le change aux Polonais et aux Lithuaniens et de renverser leurs projets. Le blocus des ports de Windau et de Liebau pouvait faire refluer sur Riga tout le commerce de la Livonie et une partie de celui de la Pologne et de la Russie, et tourner ainsi à l'avantage de la Suède. L'occupation des ports de la Baltique était l'objet de la politique constante de Gustave- Adolphe: les ports de la Livonie étaient déjà dans ses mains ; ceux de la Courlande, de la Prusse orientale et de l'Allemagne furent successivement soumis. Gustave Horn fut envoyé en Finlande avec mission de conduire deux régimens de soldats

* « Da operam, ut sicutnune manibui jungimutt ita et anitnis cor\jugamur, ut aliguando istum peditatum et eopicu meaSt guae eemitis, pro vestra «alute contra lïircam afferre gueam,» — Colloq. inter Ser. Su. reg. et duc. Ralzirilium, mcnse seplemb. 1622. (Voyez les manuscrits de ralmskdld.)— Od se rappelle ces paroles lorsqu'on voit, après la mort de Sigismond , Gusiave-Adoiphç reclierchcr U couroon^ dQ

flDnois et douze compagnies de cavaliers à Narva, de s'y renforcer des garnisons de ringrie et de FEsthonie, et d'attaquer, de concert avec La Gardie, la ville et la forteresse de Dorpt en Livonie. Ce mouvement ayant obligé Tennemi de diviser ses forces pour défendre la Courlande et Dorpt , Gustave-Adolphe résolut d'assiéger sans délai, avec les fantassins et les cavaliers étrangers et Suédois, Kockenhusen et d'autres places fortes situées sur les bords de la Duna, et de se rendre maître du cours du fleuve autant qu'il était possible. Le 17 juin 1625, le roi s'embarqua avec six régimens d'infanterie et huit compagnies de cavalerie sur une flotte de soixante-seize vaisseaux 6 Sandhamn , et il opéra son débarquement à Riga le 2 juillet. L'amiral du royaume, au lieu de prendre le commandement de la flotte, resta dan^ la place pour y diriger les opérations pendant que le gouverneur général de La Gardie était occupé au siège de Dorpt. Des approvisionnemens remonteront la Duna sur de petites embarcations \ le roi côtoya le fleuve et avança vers Kockenhusen, déjà bloquée par Baner et qui capitula le 16 Juillet. Ensuite le roi traversa le fleuve, et le 18 il prit Scelbourg, dans la Courlande-, il s'était réservé l'attaque de cotte province. De là il marcha sur Milau : la forteresse de Birze en Lithuanie cl celle de Dauske en Courlande se trouvaient sur la route. Après la prise do Birze, dont le siège ne dura que quelques jours, le 26 août, la Livonie, où les Polonais ne pouvaient pénétrer qu'avec peine, et la Lithuanie s'offraient comme d'ellesmêmes aux attaques de la Suède ^ la Lithuanie surtout était sans défense. Bauske fut prise d'assaut le 17 septembre, et Milau ouvrit ses portes par capitulation. A la fin du mois, le roi retourna à Riga et y établit une flottille de petits navires qui devaient y être entretenus pour la défense de la ville. Cependant le 16 août, Dorpt avait été enlevée par de La Gardie et Horn. Les Polonais proposèrent d'ouvrir de nouvelles négociations. Gustave-Adolphe envoya le chancelier du royaume, qui l'avait accompagné, pour traiter avec les plénipotentiaires polonais 5 mais il rejeta l'armistice. Vers l'automne les Polonais formèrent deux camps-, Tun sous les ordres de Sapieha et de Gosiewski, l'autre sous Radziwil. Ils s'approchèrent des bords de la Duna. Le roi se porta d'abord sur Kockenhusen dans le dessein de passer le

fleuve ■ ; puis il se rendit & Berson, parce que le manque de vivres et les maladies occasionnées par l'insalubrité de sa première position le forcèrent à la quitter : « Dans ce trajet, dit-il dans une lettre, j'ai vu plus de misère que dans tous les pays où j'ai fait la guerre. Martin Mârtensson * nous a mai servi. » On distribua aux soldats des rations d'eau-de-vie et d'aulx pour les préserver des maladies ; on leur donna des pelisses, des bas doublés et des bottes russes imperméables à l'eau pour les garantir du froid. La maladie altéra même la suite du roi : « Je suis à la fois secrétaire et camérier^ écrivait-il à Oxenstjerna ; si j'étais calefactor je serais omnia tria. Le chancelier du royaume devait prendre soin des malades là où il était , mais il veillait à ce que les soldats ne se fissent point passer pour malades sans l'être. »

Les négociations ayant été rompues, Gustave-Adolphe résolut, au milieu de l'hiver, comme il le dit, « de donner des jambes à Tenncmt, )) qui s'était cantonné près de Wallhof en Courlande sous les ordres de Sapieha, avant que celui-ci pût opérer sa jonction avec Radziwil , qui se trouvait un peu éloigné dans les environs de Bauske. Le 5 janvier 1626, le roi passa la Duna à la tète de ses cavaliers et de mille fantassins. Chemin faisant, on rencontra dans la nuit du 6 au 7 un corps d'ennemis qui fut repoussé. Le 7 au malin, le roi attaqua l'ennemi, qui s'était rangé en bataille dans la plaine en avant de ses rctranchcmcnîî après qu'on eut mis le feu au village. Une charge de cavalerie décida la victoire. L'ennemi laissa cinq à six cents morts sur le champ de bataille : cent cinquante soldats, plusieurs officiers, et parmi eux Gosiewski furent faits prisonniers ; le bagage et les canons furent le prix du vainqueur*. Radziwil, qui s'avançait, se retira à cette nouvelle. La Livonie n'avait plus rien à craindre du côté des Polonais. Avant son départ le roi prit plusieurs mesures relatives à l'administration et à la défense du pays ainsi qu'à Tentrellcn des soldats. On peut citer à ce sujet rétablissement d'une colonie militaire de six

* Le roi eut un ehêvat tué sous lui en MIant rccorinaître rennemi.

' Le commissaire de la guerre.

' Gustave- Adolphe dans une lettre exprime l'espoir que celle défaite empêchera les Polonais de faire des incursions au delà de la Duna. (Voyez les Archives du royaume, 1G20.)

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