‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 163 sur 275 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

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cents hommes dans les environs de Dorpt. On donna aux soldais des terres ] les paysans devaient les aider à les cultiver, et ils étaient dispensés pour cela des corvées pour la couronne. Le roi se rendit à Reval , à la rencontre de son épouse , puis il revint en Suéde pour rendre à sa mère les derniers devoirs. La reine douairière était morte le 8 décembre 162ô. Elle avait été mère sévère et régente absolue. Gustave-Adolphe conserva toujours pour sa mémoire la plus grande vénération et exécuta toutes ses dispositions^ il fit terminer des bâtimens qu'elle avait commencés , parce qu'elle les avait entrepris, comme il le disait, pour n'être pas oubliée.

Après la bataille de Wallhof , il y eut quelque interruption dans les opérations de la guerre, et Ton conclut un armistice de six semaines, qui après le départ du roi fut prolongé jusqu'au 21 mai. Gustave-Adolphe ordonna à de La Gardie de ne consentir qu'à des armistices de courte durée sans cependant refuser de négocier. Il devait avant tout se rendre mattre de la Duna et veiller sur les places fortes qu'on avait conquises en Courlandeetaqui étaient les remparts de la Livonie. » Pour la partie du pays que le duc possédait encore et qui n'oiïrait aucun avantage pour la Suède, on pouvait lui accorder la neutralité sous certaines conditions. Le roi avait résolu de transporter le théâtre de la guerre des bords de la Duna à ceux de la Yistule : c'était attaquer la Pologne au cœur et se rapprocher de l'Allemagne. Ici commence la partie de la guerre de Pologne qu'on nomme aussi guerre de Prusse.

Le plan de Gustave présentait des difficultés politiques. Le roi avait besoin d'un port dans la Prusse orientale, et l'électeur de Brandenbourg, son propre beau-frère , était investi de ce duché sous la suzeraineté de la Pologne. Gustave-Adolphe ne se laissa pas arrêter par ces considérations. Après avoir renforcé l'armée de Suédois et d'étrangers, Il s'embarqua, le 15 juin, avec une flotte de cent cinquante vaisseaux et treize régimens d'infanterie et neuf compagnies de cavalerie. Le 26, il jeta l'ancre à Plllau et s'empara de cette ville presque sans éprouver de résistance, car la garnison du fort, composée de trois cents hommes , l'évacua, parce qu'elle ne pouvait empêcher le débarquement. Quatre vaisseaux de guerre furent laissés devant Pillau. L'amiral du royaume^

avec six bfttimens^. qui furent renforcés de plusieurs autres, fut envoyé à la rade de Dantzig pour s'emparer de la recette de la douane. Gustave-Adolphe dirigea en personne l'attaque contre les possessions polonaises et se rendit par mer de Pillau à Braunsberg, où il fit prendre terre à son armée à un demi-mille de la ville. Malgré le feu des ennemis, les Suédois avancèrent vers les remparts, enfoncèrent les postes de la ville et poursuivirent la garnison polonaise, qui dans sa fuite mit le feu aux faubourgs. Braunsberg capitula le 30 Juin, Frauenbourg le 1" juillet, Elbing le 6 juillet-, Marienburg, qui était bien fortifiée, le 8. Plusieurs villes de moindre importance furent emportées de même. Après la prise de Dirschau , le 12 juillet, le roi y jeta un pont et poursuivit le cours 'de ses conquêtes par Mevé , Slargard, Pulziek, Zarnowitz, jusqu'aux frontières de la Poméranie. C'est avec raison que le chapelain de la cour de Gustave-Adolphe dit, en parlant de celte expédition , que le roi prit des villesce avec autant de promptitude que s'il eût traversé à cheval le pays *. » La plupart des habitans étaient partisans du protestantisme, et les persécutions qu'ils prétendaient avoir souffertes de la part de Sigismond pour cause de religion les rendirent favorables au roi de Suède. Les biens des jésuites , du clergé et de la noblesse, ainsi que tous ceux qui appartenaient à la couronne de Pologne, furent séquestrés^ ceux qui se soumirent volontairement aux Suédois furent seuls exemptés du pillage. Chaque matin on devait envoyer du camp trois cents hommes commandés par un colonel et cent cinquante cavaliers sous les ordres d'un capitaine. Ceux-ci devaient ramasser le butin et le transporter au camp où il était partagé par le tôacÂtmdfj^er général. La part était faite d'abord à la cuisine du roi, puis aux généraux et aux officiers, et enfin aux soldats. Quiconque dans une semblable expédition était convaincu d'avoir détourné quelque chose à son profil était pendu impitoyablement 5 le même chûtimenl était réservé à celui qui pillait dans un village occupé par des troupes suédoises ou qui avait une sauvegarde. Personne ne pouvait, sous peine de mort, prendre logement avant d'en avoir reçu permission du quartiermaître'. KOnigsberg fut regardée comme ville

* Jean Botvidi.

/ > Celle ordonnance était du 30 iuin 1626.

neutre '; mais Dantzig refusa cet avantage et se mit en hostilité ouverte contre la' Suède. Cependant le roi fortifia son camp de Dirschau. Son armée était bien affaiblie par tant de garnisons ^ elle fut renforcée à la fin d'août parTarrivée du chancelier du royaume, qui amena de nouvelles troupes de la Finlande. Celles que commandait le comte de Thurn et

* Le roi, après co qui était arrivé en Prnssc , prononça des paroles remarquables, dans l'entretien qu'il eut avec les députés de ce pays relaUvement é cette neutralité, à l'occupation de Pillau et à sa conduite dans les rapports compliqués du duché de Prusse avec la Pologne et le Brandenbourg. 11 était avéré, disaitil, que les Prussiens étaient sujets héréditaires du roi de Pologne et par conséquent ses ennemis. Il avait cependant déclaré tout d'abord qu'il n'était pas venu pour nuire aux intérêts de son beau-frère ou pour traiter le pays en pays ennemi : « Si J'ai pris Pillau, ajouta-t-il, c*é{9\ijure naturali, civili, etomnijure; caille roi de Pologne, mon ennemi, aurait pu se transporter en Suède sur une flotte. Le port de Dantzig est moins à craindre pour moi, car il n'a que dix pieds de profondeur, tandis que Je regarde Pillau, avec ses quatone pieds de fond, comme bon pour les vaisseaux de guerre ; c'est pour cela que je l'ai pris et que je veux le fortifier. Il est vrai que ce n'est qu'une bicoque, d'où il faut que je poursuive ma marche. Il vous sera difficile de vous Justifier au sujet éfi ce port auprès de la couronne de Pologne, et vous n'avez rien h attendre de ce cdlé que de l'inimitié. Il serait mieux de ne pas mêler mon beau-frère a cette alDiire : il faut que vous ne dépendiez que de vous-mêmes , car vous avez vous-mêmes traité avec le roi et le gouvernement de Pologne et vous y avez impliqué le pcre de mon beau-frère. Ces traités doivent vous mettre dans la dépendance pour l'avenir. Il est donc prudent de lier vos intérêts aux miens, car nous sommes de la même religion. Je vous jure devant Dieu que je ne veux que votre bien et votre bonheur ; si j'avais été guidé par de mauvais conseils ou par de mauvaises intentions contre vous , je n'aurais pas laissé Kônigsberg sur mes derrières. » Le roi dit de ses soldats : t Ceux qui sont avec mol ne sont que de pauvres paysans suédois, mal habillés et d'une physionomie peu imposante ; mais ils combattent en braves guerriers, et j'epère qu'avant peu ils seront mieux équipés. Chacun d'eux marche en avant et vaut bien les habits ronges (c'est ainsi qu'on appelait les Polonais) et les cosaques. Je devais me rendre directement à KOnlgsberg, mais j'ai voulu épargner mon beau-frère et son pays. Je vois bien que vous voulez tenir un juste milieu , mais vous courrez des risques. Je vous dit : Fineo aui vineor , vos maeiUabimini. II faut que vous marchiez avec moi ou avec les Polonais. Je professe votre croyance ; j'ai une Brandenbonrgeolse pour femme. Je veux combattre pour vous et fortifier votre ville J'amène de bons ingénieurs, et je connais aussi l'art des fortifications. Je me défendrai contre toute la Pologne et contre le diable, s'il k twU 9 (Voy^i \^ manpKrlU 4« i^all^n* ll«n[0

qu'on attendait de la Livonie lardèceot encore au grand mécontentement du roi ; elles arrivèrent enfin et rendirent Tarmée assez forte pour pouvoir marcher à la rencontre de celle de Sigismond, qui s'était réunie dans les environs de GraudenU et avait assiégé IVIeyé : « Les Polonais furent arrêtés pendant quatorze Jours devant cette misérable bicoque et à la fin forcés à la retraite, »dlt Gustave-Adolphe. Axel Oxeastjerna fut nommé envoyé du roi, commandant des troupes en Prusse , et gouverneur général des villes et districts que la Suède y possédait. Sur la fin d'octobre, Gustave-Adolphe s'embarqua t Pillau, qu'il avait fait fortifier, et le 5 novembre il était à Stockholm. Le 8 décembre, à huit heures du soir, son épouse accoucha d'une fille qui fut nommée Christine *. « J'étais alors seul auprès du roi dans sa chambre, dit Pierre Brahe le jeune, dans son journal , et il avait alors la fièvre tierce (tertiana), qu'il avait gagnée en Prusse pendant l^utomne. Le roi fit des armes avec avec moi pendant plusieurs jours de suite et travailla tellement que la fièvre partit. »

Dans la Livonie, l'été et l'automne s'étaient passés en négociations , tantôt avec la Pologne, tantôt avec la Lithuanie en particulier» Ces négociaiions furent interrompues par des opérations militaires sans importance. Le roi n'était pas satisfait de l'inaction de La Gardie, surtout depuis qu'il avait reçu les dépêches qui annonçaient l'invasion de la Livonie par les Polonais. Jacques de La Gardie passait avec raison pour un brave qui se faisait toujours remarquer au premier rang ^ mais d'un autre côté il aimait ses commodités et s'abandonnait volontiers à la paresse : il se passait souvent bien des semaines sans qu'il ^rivtt une lettre *. Son projet de prolonger l'armistice en cédant quelques citadelles en Courlande n'obtint pas l'approbation du roi, qui lui écrivait le 1 1 janvier 1627 : i Nous sommes étonné de n'avoir pas eu de vos nouvelles depuis le 16 octobre. Si vous tenez à ne pas encourir notre disgrâce, 11 faut que vous dèfen-

* Outre la première princesse, mort-née en lC3f, la reine avait eu, le 16 octobre 1G23. une filie nommée Christine qui mourut le 21 septembre 1G24.

* Cette négligence n'était pas rare i cette époque chez les employés, et le roi en fit des reproches é plusieurs gouverneur» généraux, (Voyei les Archiva û^ To^Q^v^nx 1627 .J

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