‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 165 sur 275 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

26 septembre, un envoyé anglais lui a offert la décoration de Tordi'e de la Jarretière. Le 10 octobre, il s'est emparé de Wormdilt*. GuUstad est tombé aussi au pouvoir des Suédois. » Le roi partit pour la Suéde et laissa le commandement au chancelier du royaume, qui fut obligé de se charger de cette fonction plus fatigante par les embarras d'argent que par les travaux do la guerre *. SlJernskOld, nommé commandant de la Qotte, après Tamiral général Gyllenhjelm, fut attaqué le 10 novembre par dix vaisseaux polonais et de Danlzig au moment où il allait ramener les siens dans les ports de Suède. Un de ses capitaines aima mieux faire sauter son vaisseau que de se rendre , et SljernskOld allait Timitcr lorsqu'il fut tué; son corps resta au pouvoir de rcnnemi. Du côté de la Livonie, il y avait eu une sorlc d'armisUce avec ou sans convention : on en observa une semblable en Prusse pendant Thiver.

Cette suspension d'armes se fit remarquer , comme de coutume, par une activité non moins grande que pendant la campagne. Celle de Guslave-Adophe s'exerce d'une manière étonnante et sans interruption sur toutes sortes d'objets * *, elle serait encore plus dessinée dans ion individualité si nous n'avions pas traité isolément les affaires intérieures. Nous n'ajouterons qu'une observation, qui frappe surtout lorsqu'on parcourt les documens historiques de ce temps. Le roi est à un tel degré le point central et la force vitale de ce gouvernement , que partout où il n'est pas les affaires languissent et là surtout où il ne peut pas au moins laisser le chancelier à sa place. On ne devait pas croire à de si grands efforts à une époque où le sénat paraissait n'avoir rien à faire : les registres du sénat mentionnent qu'il n'avait souvent rien à lire que la Gazette de Hollande*. Cet engourdissement passe-t-il les bornes , une lettre fulminante du roi tire bientôt les dormeurs de leur sommeil.

• Ce fut à ceUe occasion qu'on fit le premier esul des canons de cuir , inventés par Wurmbrandt , baron allemand au service de Gustave.

s Lettre du roi au ctiancelier, en date du 31 mars 1628. Par lellre du 10 juillet de la môme année, le roi appela Louis de Geer en Prusse pour l'aider dans les aCTaircs de change.

s Elle s'élendail ]usqii*à ses sujets russes. (Voyez les archives du royaume,)

4 Voyez Halicuberg, t. 6, p. 3G6.]

Les négociations continuaient avec la Polo-> gne ^ rélecteur offrit sa médiation : « Nous ne pouvons y consentir, dit le roi au chancelier, quoiqu'il puisse mériter cet honneur m cere^ monialibus. Il fait tout son possible pour que la Pologne lui fasse avoir toute la Prusse en donnant Danlzig pour nos sumptus belli; mais les orgueilleux Polonais n'accepteront pas cette condition *. » La position devenait de plus en plus critique. Sigismond ne voulait faire la paix qu'à condition qu'on reconnaîtrait ses droits à la couronne de Suéde. Pour un armistice de plus longue durée, ses négociateurs demandaient la restitution de tout ce que la Suéde avait conquis : « Pour la Prusse et la Livonie , les Polonais abandonneraient temporairement leurs prétentions , mais ce ne serait que pour les reprendre si l'occasion s'en présentait, dit le roi. Quant aux titres, le roi de Pologne peut prendre tous ceux qu'il lui plaît, excepté celui de roi de Suéde. S'il y avait quelques moyens de ne parler ni de lui ni de moi , ce serait mieux. » Gustave-Adolphe défendit de conclure l'armistice sans y insérer la condition que les conquêtes ne seraient conservées que jusqu'à la paix définitive, surtout les ports de la Prusse , « parce que les catholiques ont déjà tant de ports dans la Baltique qu'il n'est pas prudent de leur en laisser occuper de nouveaux. Abandonnez les négociations ouvertes jusqu'à ce qu'on puisse voir quelle tournure prendront les affaires des impériaux * *, affirmez que nous ne vous avons pas encore envoyé d'instructions. Il faut que nous nous rendions à Riga^ où tout est un peu embrouillé \ mais nous espérons en avoir fini avant la Pentecôte avec la Livonie, pour venir plus tard avec toutes nos forces en Prusse ou retourner chez nous dé^ fendre les frontières de notre royaume *. » Le bruit de l'arrivée d'une flotte espagnole se renouvela : « Nous ne pouvons savoir s'il s'agit de la prise d'Ôresund ; nous ordonnons que tous les vaisseaux soient prêts dans nos ports,» écrivit-il plus tard au sénat ^. La résolution du roi d'aller en personne, en Livonie avait pour cause de nouveaux mécontentemens contre La Gardie : a Vous savez bien, monsieur lechance-

< Au chancelier, le G février 1G28. (Voyez les Ar* cMves du royaume.)

* Au môme, 18 novembre 1627 et 31 mars 1C28. » iWd.

* 10 juin 1028. (Voyez les Archives du royaume.)

lier y lui dit le roi dans une Icllrc , que le comte Jacques est lent dans ses conseils et dans ses actions, et trop doux dans son commandement. C'est Gustave Horn qui a presque tout fait : c'est donc  lui que nous avons confié le commandement, et nous avons ordonné que Jacques de La Gardie allât résider à Riga comme gouverneur de la ville et du pays*. » On apprit que Gustave Horn avait eu Tavanlage sur les Polonais commandés par Gosievski , lequel, après avoir passé la Duna, avait envahi la Liyonie. Alors le roi changea de résolution : il se rendit en Prusse, et arriva le 15 mars 1628 à Pillau. La prise de Neuenburg (qui fut reprise) et celle de Slrasburg furent les principaux faits d'armes de cette campagne , qui fut plus difficile que toutes les précédentes , parce que Tennemi ne s'engagea dans aucun combat sérieux ; ses principales forces étaient réunies à Graudentz , située sur une fie de la rivière d'Ossa et partout entourée de marais , ce qui fit que le roi abandonna la pensée d'en faire le siège. U écrivit au chancelier ' : « L'ennemi emploie une nouvelle tactique : il chasse toute la population et le bétail des endroits que nous nous proposons d'occuper ^ mais il évite la bataille comme on évite le feu. » Les relations de la retraite présentent un tableau afiligeant :« Des ofiiciers qui ont trente ans de service, dit Adler Salvius *, ne se souviennent pas d'avoir vu l'armée dans un état si déplorable. Nous avons déjà perdu plus de 5,000 hommes depuis que nous avons quitté les environs d'Ossa , et nos Suédois désertent en foule. Les étrangers sont si mécontens qu'on ne doit guère s'attendre de leur part qu'à des mutineries : nous n'avons pas d'argent pour les payer. Le roi n'a rien pu faire en Prusse, dans la crainte de ce qui pouvait arriver du côté de l'Allemagne. Tout est misère dans le pays : pas de bons quartiers , quatre maisons par régiment. Les chemins sont si mauvais qu'on ne peut faire faire qu'un demi-mille par Jour à l'artillerie. L'ennemi nous poursuit et coupe nos communications. » Enfin l'armée put prendre ses quartiers d'hiver, et le roi retourna en Suède à la fin d'octobre , après avoir confié de nouveau le gouvernement

* InslracUon i Gustave Horn pour la Livonie, 20 avril.— Lettre à Axel OxenstjerDa,21 avril 1628. (Voyez les Archives du royaume.)

« 13 octobre 1628.

* 10 septembre 1628.

de la Prusse à Axel Oxenstiema , qui , aidé du maréchal Herman Wrangel , repoussa les attaques de l'ennemi pendant l'hiver. La grande guerre d'Allemagne commençait à attirer l'attention générale et celle de Gustave-Adolphe principalement. Ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que pendant ses dernières campagnes en Prusse , il s'occupait des événemens de ce pays. Dans celle qu'il venait de terminer, il avait pris la défense de Stralsund \ dans celle qu'il allait ouvrir, il avait une armée impériale à combattre en Prusse. Peu de jours après son arrivée, à la fin de mai 1629, il écrivit d'Elbing au sénat ' : « Nous avons trouvé ici contre nous Arnheim avec une armée de 8,000 fantassins et 2,000 chevaux, en tout seize compagnies : elle compte faire des merveilles quand elle sera réunie à l'armée polonaise. Nous ne pouvons donc penser à quitter de sitôt ces contrées. Nous avons fait faire de nouvelles propositions aux états à cause des changemens de situation; il faut qu'ils ne se séparent pas avant quelques semaines. 11 parait que l'ennenû avait quelques desseins sur Kœnigsbergj nous ne savons pas encore si notre beau-frère est de connivence avec lui*. Nous avons ordonné qu'on envoyât plus de troupes de la Suéde à la défense de Kœnigsberg. Trois régimens écossais nouvellement enrôlés resteront en Suéde pour être formés à notre discipline. L'amiral du royaume Gyllenhjelm et le vice- amiral Glas Fleming iront, avec neuf de nos plus grands vaisseaux et seize que les villes nous ont promis, stationner à Dalehamn ; Jean Baner, avec sii vaisseaux de guerre, ira protéger la liberté du passage â Stralsund, et Erik Ryning avec (rois petits navires défendra Kalmar. » 11 dit , dans une autre lettre au chancelier *, « que les impériaux n'avaient pas d'argent et n'en auraient point avant l'arrivée du roi ; que s'il les attaquait, ceux-ci se rangeraient peut-être en partie de son côté. » Koniecpolski avait concentré ses forces sur Graudentz , et sa Jonclion avec Arnheim eut lieu le 15 juin sans que Gustave pût l'empêcher. Le roi avait fait avancerses troupes Jusqu'à Marienwerder; mais il se retira sous les canons de Maremburg, qui était bien fortifiée, pour y attendre des renforts de la Suède. U envoya les bagages par Stum ;

* 26 mai 1629. (Voyez les Archives du royaume.)

* L'électeur renouvela plus tard la neutralité. > Liessov, 2 Juin.

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