CHAPITRE XVII
des peuples protestons de rAIlemagne, d'autant plus que sur les deux princes les plus puissans, Tun, Télecteur de Saxe, embrassait les intérêts de Fempereur, et l'autre , celui de Brandenbourg, gouverné par des conseillers calkoliques (comme on le lui reprocha en Suède), montrait fort peu de zèle pour la cause commune *•
L'Angleterre, la Hollande et la France cherchèrent à déterminer le Danemark et la Suéde à attaquer la maison d'Autriche et la ligue catholique. Gustave-Adolphe informa lui-même Christian lY des conditions qu'on lui avait proposées , lorsqu'on l'avait sollicité de se mettre à la tête de la guerre des proteslans, conditions sous lesquelles il ne pouvait se charger de l'entreprise : c'était une alliance étroite entre toutes les puissances intéressées, la direction de la guerre remise entre ses mains, une armée de Irenl^six régimens d'infanterie et de huit mille hommes de cavalerie, dont un quart devait être enrôlé par lui, un quart par l'Angleterre et le reste par les États d'Allemagne*, l'assurance d'un subside mensuel pour la solde des troupes ; la cession de deux ports, dont l'un dans la Baltique et l'autre dans la mer du Nord. Il avait conçu ce projet avant d'être informé qu'on songeait à un antre chef: ((L'affaire, dit-il, a changé de face depuis que le roi de Danemark s'est chargé de Texécution. » Mais comme on croyait que la guerre se ferait mieux par deux armées que par une ', Gustave ne refusait pas
* La cour de Brandcnbonrg, dans sa correspondance avec celle de Saède , meltant le litre d'éleetear avant celui de Gaslave-AdoFphe et l'appelant altesse royale 9iH lieu de majesté, le sénat écrivit au ministre de Télecteur : « Ware die abnehmende réputation mit Worten und grossen Nahmen zu reparieren, als vurde fich ihre Konig. maj. wenigdiflfcultiren und wollten gange Papiere damlterfûllen. Unfere roeinunglst zwar gut und dirigert zur Erhatlungder Freundschaft, gutercorrespondeus und UlTwacbsdes allgemeincn Ewangelisehen wefens, weilen vir aber merken und ppûren das Euer hoirgnthenlheits wird mit papistiscben consiliariis erfullt, baben ^ir leicblich zn mutbmassen, was unfre voblmeinungfrnchten werde.vSchreiben in Nahmen der Reicbs rathe an det gehcime Brandenburgiscbe ratbe. — Gripsholm, d. 8 aug. et 10 dec. I623.»(Hallcnberg, t. S, p. 101.)
■ D*aprés les paroles de Gustave- Adolphe, c'était le projet de Maurice d'Orange. Chaque armée devait être forte de vingt-cinq mille combattans. Le roi de Suède devait attaquer les possessions héréditaires de l'empereur, et le roi de Danemark chasser les armées des catholiques et rétablir le Palatinat. (Voyez Hallenberg, t. 5, p. 338.)
de prendre le commandement de Tune déciles , pourvu que les secours d'argent fussent également partagés. Il ne demandait d'abord que dix régimens d'infanterie et cinq mille cavaliers , et voulait se procurer à ses propres dépens de rartillerie et des munitions. Il ne se réserva que la liberté de faire des enrôlemens dans les États des puissances liguées et la promesse qu'aucune paix ne serait faite avec l'empereur et les catholiques sans son consentement. Il demanda en outre que ses intérêts ne fussent pas oubliés, quoiqu'il ne prétendit pas que ses alliés se mêlassent de sa guerre particulière avec la Pologne : « Les catholiques, ajouta le roi , doivent être attaqués dans leurs repaires. Quatre chemins y conduisent : le premier, le long du Weserpar la Westphalie, dans la Hesse-, le second, en suivant l'Elbe par la Saxe, en Bohême; le troisième, en côtoyant l'Oder par les marches de Brandenbourg ; le quatrième, par la Cassube et là Pologne vers la Silésie. » Gustave-Adolphe regardait le premier comme favorable aux opérations du roi de Danemark *, le second convenait également, si la Saxe y donnait son consentement. Il désapprouva le troisième, parce qu'il devait transporter la guerre dans les États de son beaufrère rélecteur de Brandenbourg et y entraîner les Polonais. Quant au quatrième, il le considérait comme le meilleur pour lui^ parce qu'il conduisait dans le pays de l'ennemi, et que les opéralioiTs serviraient à couvrir le Brandenbourg et la Poméranie contre les Polonais, obligés de s'occuper de leur propre défense*. Ces conditions furent trouvées « un peu humiliantes*, » mais elles hâtèrent la décision de Christian IV'.
Cette grande lutte qui devait agiter le Nord, considérée politiquement, nous fait voir la destruction du système des États intérieurs de l'Allemagne. La religion en fut tantôt la cause, tantôt le prétexte. Après la guerre de trente ans, il fut si bien rétabli qu'on pouvait le regarder, du moins quant aux apparences , comme fai-
* Voyez Hallenberg, t. 5, p. 330.
* « C*est ainsi que s'est exprimé 1^ roi d'Angleterre,» écrit Gustave- Adolphe à ChrisUan IV. (Voyez Hallenberg, I. &, p. 331.)
' Gustave-Adolphe employa dans ces négociations Adler Salvlus. l\ dit , dans une leUre à Libjehôk, que ce fut surtout la jalousie de Cbrisitian contre Gustave- • Adolphe qui fit qu'il marcha seul contre la puissance de Ferdinand U.
sanl partie du système d'équilibre européen. Durant rinlervalle qui s'écoula entre les deux époques, on vit se succéder plusieurs plans tels que chaque revirement politique en fait nattre. Plus ils sont audacieux, plus la commotion met de temps à se calmer. Combien le pouvoir royal et la constitution de Tempire n'étaientiis pas tombés dans Fopinion pour qu'un pilnce aussi faible que Frédéric Y osftt aspirer à la couronne de Bohème! — Cette hardiesse fut pour )a ligue catholique le signal d'une explo* sion qui n'avait été retardée que par l'absence d'un chef; elle en trouva un plus tard dans Ferdinand IL La maison palatine perdit tout : sa dignité électorale fut confisquée au profit de la ligue catholique, et les possessions et les titres furent la récompense du zèle de Maximilien de Bavière. Une persécution générale frappa les proteslans en Bohème, dans le Palatinat et en Autriche : plusieurs milliers de ces malheureux erraient sans asile et sans patrie; ils se rangèrent sous les étendards des aventuriers belliqueux , qui depuis Ernest de Mansfeid et le Jeune Christian de Brunswik (le guerrier le plus téméraire et le plus sauvage de cette époque, et cependant évèque protestant!) se signalent de plus en plus dans cette guerre, et au milieu d'une misère constante donnent naissance à cette soldatesque sans patrie ni religion , avec laquelle on se voyait forcé de traiter de la paix, comme avec une puissance reconnue. Celte situation apparaît plus en grand avec Albrekt de Waldstein, nommé généralement Wallenstein, noble bohémien qui , lorsque l'empereur voulant se rendre indépendant de la ligue , désirait avoir une armée à lui et n'en avait pas les moyens, jeta les yeux sur FAIlemagne en disant : «Je ne puis vous procurer une petite armée, mais bien une grande de cinquante mille hommes qui pourra s'entretenir elle-même. » Christian lY, déjà vaincu, le 27 août 1626, à Luther, par les troupes de la ligue catholique commandées par Tilly, trouva dans Wallenstein un nouvel ennemi ■ qui le
* La première apparltioo de Walleoslein est caractéristique : « Die AnnaheruDg der liValICDsleinisclien armée kOndigt sich aafeine seltsame veise an.Ziguener Banden» za 10 bis 15 Man stark» ein Jeder Ziguener mit zwey langeo FeuerrhOren versehen, Weiber za pferde mit sich fabread, ein par pistolen und settel habend^ liessen sich in yielen gegenden als vorlrab l^licken. piese partayen zogen aaf UDgebftbnteo ive^ep,
chassa non-seulement de rAllcmagne, mais encore du Holstein et du Julland , et le contraignit à signer la paix à Lubeck , le 6 Juin 1629. Ses provinces lui furent restituées, mais il fui obligé d'abandonner ses alliés. Wallenstein occupa pour son propre compte le Mecklcnbourg, d'où les ducs avaient été chassés , et il en fut investi comme d'un fief héréditaire. Il assiégea Stralsund et reçut, par adjonction à ses autres titres, celui de général de V Océan et de la Baltique *. La lettre de Gustave-Adolphe au roi de Danemark nous fait voir quels magnifiques projets il avait formés, tout en veillant k à ses intérêts particuliers : «Il nous a été facile, y est-il dit, de deviner que la ligue catholique a des desseins sur la Baltique; elle cherchera à les réaliser par des moyens directs ou indirects, tantôt par la conquête de la Hollande , tantôt par celle de la Suède , et enfin par celle du Danemark. On n'emploie passeulementlaforco, mais encore les intrigues et les trames secrètes. Nous apprenons qu'on vous a offert le commandement de la flotte qui veut fonder un tmperium romanum^ et qu'on paiera tous les frais de la guerre si vous voulez céder le Sund. On nous a proposé ces Joûrs-ci de réunir nos armées aux ennemis de votre màjeslé. On voulait nous procurer la paix avec le roi de Pologne et la république, ainsi que la propriété perpétuelle de la Livonie et de la Prusse; en même temps , on nous proposait le trône de Danemark comme un fief de l'empereur, et beaucoup d'autres choses dans l'espoir d'empêcher notre alliance. Nous en avons bien prévu les conséquences, connaissant la puissance , la concorde, l'intelligence et la constance de nos adversaires, et la lenteur, l'imprudence et l'inconstance dé ceux qui se sont intéressés à nous. Aussi les forces de ceux-ci auraient-elles été supérieures à celles de nos ennemis si elles eussent été unies-, mais divisées, elles sont devenues si faibles qu'aucun d'eux n'a pu se
legten sieh in Bttschen und Gehôlzer in Versleck, kttndschiftcten ailes aus, raubten und plaunderien, wo sich kcinen widerstan fanden und beruhmten sich in liVallensteins Besoldung zu steben. » (Voyez Von der Declcen, Herzog Georg. von Braunschw» and LUneàurg, t. 1, p. 155.)
' A la diète de Spire , en 1507 , l'empereur Maximilien II avait déjà proposé la création d'une charge d V mirai de l'empire et la nomination d'un amiral par les cercles de Bourgogne , de Westphalic et de Saxe. (Voyez IVeu^ur Belagerung S(raUun4*f t- ^ P* 30.}