‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 169 sur 275 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

défendre et qa'ils ont été vaincus et soumis Tun après Fautre. Nous avons rappelé en vain à nos amis qu'il fallait oublier un peu ses ^ intérètsprivéspourprendredes résolutions conformes à rintérèt public; mais nos bonnes intentions ont été mal jugées, de sorte que, forcé de laisser tout de côté , nous ne devons plus penser à poursuivre notre guerre contre la Po« logne et occuper ainsi ses forces pour Tempecher de se réunir aux autres calholiques. Les embarras de voire majesté nous touchent beaucoup; nous aurions désiré connaître plus tôt votre intention de vous joindre à nous pour défendre la Baltique. Nous avons voulu vous écrire immédiatement après notre retour, afin qu'on pût prendre pendant Thiver tous les arrangemens nécessaires à la défense des deux États et de la Baltique. » Le roi écrivit celte lettre, de Kalmar sur le Sund, le 21 octobre 1627, aussitôt après son retour de la seconde campagne de Prusse '. Son attention était fixée sur les villes maritimes de TÂUemagne et surtout sur celle de Stralsund. Il ne voulut é aucun prix permettre à Tempereur d'occuper des villes de la Baltique. On ne Ta vu abandonner ce plan qu'un moment; mais il s'y rattache bientôt avec une nouvelle ardeur. Dans le cours de l'été de 1627, il avait envoyé Pierre Baner dans le nord de l'Allemagne avec des instructions qui sont des chefs-d'œuvre par la connaissance parfaite du caractère des princes et des rapports politiques de ce pays *. L'objet de cette mission était d'obtenir que Wismar et Rostock fussent occupés non par une garnison danoise ou impériale mais suédoise, selon la demande qu'en avaient faite les ducs de Mecklenbourg dans leurs embarras , « quoique ces ducs, dit le roi, fussent au fond du cœur partisans de l'empereur et Jaloux l'un de l'autre, ainsi que le duc de Holstein et l'archevêque de Brème, n Aussi recommanda*t-il à Baner une grande prudence dans ses paroles. Le régiment qui devait occuper Wismar avait déjà reçu Tordre de se mettre en marche au moment où la conquête du Mecklenbourg par Wallenstein anéantit ce plan. Ce fut à cette époque que Gustave-Adolphe renonça pour un moment à prendre part aux affaires d'Allemagne. Baner

' Voyei les Archivée du royaume pour 1627. * A Merre Baner, le 15 août 1627. (Voyez les Arehi- V99 du royaume,)

fut rappelé, parce que « les catholiques avaient pris le dessus. » Duval fut renvoyé en Suède avec son régiment , a parce que les affaires d'Allemagne étaient bien changées et qu'on n'avait pas enviede s'en mêler, » écrivitle roi '.Gustave changea bientôt d'opinion, et dès le commencement de novembre de la même année, il dit dans une lettre au chancelier du royaume , au sujet des pertes que venaient d'essuyer les Danois : « Il est vrai que nos ennemis non-seulement ont occupé le Holstein et le Jutland , mais aussi que les Danois sont tombés dans la désunion et le désespoir. Nous pouvons difficilement éviter d'être entraînés dans cette guerre, parce que le danger s'approche chaque jour*. » Les ducs de Mecklenbourg, parens de Gustave-Adolphe, avaient été chassés^ ils cher- , chèrent un appui en Suède, où leurs fils se retirèrent *. Gustave ouvrit l'entrée de son royaume à toutes les personnes persécutées de la religion de Luther *. Le duc Bogislaus XIY de Poméranie était le dernier de sa race ; on disait alors que l'empereur voulait s'emparer de ce duché et le conserver malgré l'opposition de Brandenbourg *. Wallenstein parut vouloir réunir cette conquête au Mecklenbourg *. Il fit cccuper la Poméranie et le RQgen , et donna l'ordre d'armer une flotte : a On annonce qu'il y a vingt-huit ports en Poméranie, écrivit-il à son lieutenant Arnheim^ ils doivent tous être occupés et fortifiés. Faites vos efforts pour que nous soyons forts au printemps , car ce qui reste à faire doit être exécuté sur mer.

* An comte palatin Jean -Casimir , en Suède. Dirschan, le 17 septembre 1627. (Voyez les Archives.)

* Lettre au chancelier relaUvemenl aux afbires du Danemark. Stockholm, 6 novembre 1627. (Voyez les Archives du royaume.)

* « Nous avons!' intention, va le triste état des ducs de Mecklenbourg, de pourvoir à l'entretien de leurs fils, les Jeunes princes, qui sont en Suède. » Lettre de Gustave -Adolphe au sénat datée de Dirscbau « le 1«* juillet 1628. (Voyez les Archives du royaume.)

* Son ordonnance est datée du 11 novembre 1627.

* Voyez Chem ni tz von Scbwedischen Kriege, t. 1, p. 7 : « Dass man damais von einer Pretension, so der Hersog von Bayem auf Pommern haben solite, allcrband gefahrlicbe Discursegefuhret, woraus man vermuthet habe, es mOgte auf des letzteu fursten Todcsfait dem Churfurslen zu Brandenburg die succession streilig gemacbt werden, nnd die scbwere Einquertiorungzu einer konf tigen Julicben séquestration angcse* hen seyn. »

* « Er wird, — écrit Wallenstein au sujet du duc de Poméranie, — ob Go(( wil), niçht einen Kricg mit uns

L«! roi d'Espagne envoie 200,000 couronnes ' pour Fenlretien de 25 vaisseaux de guerre. L'empereur réclame ce secours avec instance. J'espère que nous visiterons leurs tics , car je necrains nullement les Suédois*. » Un mépris alTecté et une véritable crainte de Gustave- Adolphe font le fond des lettres de Wallenstein. Cette crainte est à la fin le sentiment qui y domine j il se révèle par les projets les plus désespérés : pendant qu'il continue les négociations entamées avec Gustave-Adolphe, il ne cesse de presser Arnheim d'incendier la flotte suédoise. Il n'est pas certain que la grande récompense de 35,000 thalers, qu'il promit en secret comme le prix d'une trame couverte d'un voile épais et ourdie en Suéde , n'ait pas eu pour objet la vie du roi ou un attentat sur sa personne^ il le regardait comme son ennemi le plus dangereux, et il croyait lire dans les astres la fortune de Gustave-Adolphe II "•.

Stralsund était la clé de la Baltique*, aussi diton que Wallenstein avait juré de s'emparer de cMe citadelle, fût-elle attachée au ciel par des chaînes. Stralsund, occupée par l'empereur, aurait été comme une digue élevée au milieu de la carrière ouverte à l'imagination de Gustave- Adolphe : ce fut pour Stralsund qu'il se jeta dans les dangers de la guerre d'Allemagne. Dès 1625, il donna à la ville l'assurance que si elle tombait dans l'embarras, il était disposé à lui^porter secours \ A l'approche du danger, il renouvela cette assurance "*, mais il était d'abord indécis sur la manière de l'exécuter : « Nous avons envoyé le comte de Salm en Danemark , écrit-il au chancelier du royaume le 29 mars 1628, pour démontrer au roi de quelle importance il est pour les deux couronnes que Stralsund ne soit pas occupée par les impériaux. Nous ne pouvons nous charger seul de cette défense , quoique nous l'eussions bien désiré. Mais les moyens du roi de Danemark sont très-bornés , et la chose est très-essentielle^ c'est ce que nous avons pris en considération. Nous pouvons ainsi occuper les armées de Wallenstein,

anTangcn. Icb wollte. dass ihm die Lust ankame, so staode Pommern Meklenbourg gewallig glatt an. » {FôTSter, JVallenstein, PoUdam, 1834, p. 128.)

* Espèce de monnaie d'Espagne de ceUe époqae.

* Voyez Jf^allenstein Briefe von Fors ter, \heT\\n , ms, l. 1, p. 155, 1G8, 267.

* Voyez JVallensteinvon Forster^ p. 106, 107,

Voyez Hallenberg, t. 5, p. 339.

^ Voyez les Arcftives «tu royaume.

de sorte qu'il ne.puisse se mêler des affaires de Prusse. Cette opération aura aussi pour avantage de transporter loin de nous le théâtre de la guerre , et notre pays sera sûr de n'en pas souffrir. De Siralsund nous pouvons soutenir le Danemark et y avoir une station pour notre flotte en cas que quelque danger nous menaee du c6tè de la mer du Nord, où l'on apprend queTennemi fait des afmemens: il s'est ^nparé de plus de 30 vaisseaux marchands , qui seront armés et qu'on doit s'attendre à voir arriver dans l'automne. Nous pouvons aussi mettre ce temps à profit, pendant que les villes libres sont encore incertaines dans leurs résolutions et avant que le désespoir ne les Jelle dans les bras de l'empereur. Cependant nous ne nous dissimulons pas qu'il faut une grande armée, dont l'entretien exigera de grandes sommes d'argent , parce que la guerre a loul absorbé dans ce pays et que nous manquons de moyens. Il n'est pas sage de se confier aux autres États ^ car s'ils résistent à l'empereur , c'est précisément pour ne lui rien payer. 11 esl douteux aussi que les villes aiment à voir un étranger venir à leur secours , d'autant plus que personne n'a demandé le nôtre. C'est pour toutes ces raisons que nous sommes résolus à attendre un peu. » Cependant le roi ne perdit pas un seul instant de vue les affaires de l'Allemagne ; et lorsque Stralsund, assiégée, demanda de la poudre à Dantzig et éprouva un refus déterminé par la défense du roi de Pologne, le roi ne perdit pas l'occasion d'être agréable à la ville en lui envoyant un laste * de poudre , accompagné d'une lettre amicale au bourgmestre et au magistral'. Son envoyé, George Borkhart, qui avait mission d'offrir le secours de la Suède ", revint avec les députés de la ville de Stralsund , qui furent reçus en audience par le roi dans le camp de la^Vislule, le 31 mai 1630. 11 rendit compte au sénat de cette entrevue en ces termes : « Les envoyés de Stralsund nous ont communiqué leurs plaintes sur le traitement que la ville a éprouvé cet hiver de la part des impériaux , qui avaienl

* Dix-huit tonneaax.

' Ce secours arriva le 17 mai. Le 31 dti même mois on reçut un nouvel envol de cent tonneaux de poudre, six canons et cent bœufs. (Voyez Neubar, p. 13.}

' LMnslruolion est datée du 8 mai 1628. Borkhart n*avait que la permission de la lire sans en paendre copie, afin de ne pas compromettre le roi.

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