CHAPITRE XVII
cherché , par rase et par menace , & s'emparer de la Yilie et du port pour être à même dMnquiéter toute la Baltique avec leur flotte, imposer aux États voisins , faire dominer la prépondérance des catholiques et remplacer les anciennes alliances par de nouvelles. On est allé déjà si loin , que le colonel Arnheim , devenu, dit-on, maréchal, a assiégé la ville sans déclaration de guerre et malgré Tintervenlion du duc de Poméranie et des villes de Hambourg et de Lubeck, et proposé des conditions pires que la mort. Dans cet imminent danger , Stralsund a eu recours à nous, et nous ne savions quel parti prendre, voyant d'un côté le danger de Toccupalion , par les catholiques , d'un port aussi important et la guerre certaine qui devait occasionner la conquête de Stralsund , et d'un autre côté la guerre de Pologne et les difficultés qui nous occupent ici. Enfin nous avons choisi minima de malis^ Nous ne souffrirons pas que Stralsund appartienne aux impériaux , si nous pouvons nous y opposer , car ainsi le Danemark et le Sund seraient perdus , et le danger serait toujours à nos portes quand même on parviendrait à l'éviter pendant quelque temps. Gomment notre flotte pourrait-elle défendre toutes les côtes de la Suéde , de la Finlande et de la Livonie ? L'empereur , l'année dernière, a déjà excité le roi de Pologne contre nous *, empêché la conclusion de la paix et cherché par tous les moyens à s'élablir ici. C'est pour cela que nous avons envoyé à Stralsund un se*cours de 600 hommes de pied et des approvisionnemens sous la conduite du colonel Fritz Rosladin. Ayant appris qu'ils manquaient de chefs expérimentés et de bons officiers, nous avons envoyé le vice-amiral Clas Fleming pour traiter avec la ville et le magistrat *. » Le 25 Juin 1628 une alliance fut signée entre la ville et la Suède ^ elle est remarquable par les expressions employées dans le troisième article : (( La ville de Stralsund restera toujours au roi et à la couronne de Suède. » Cette rédaction , employée à dessein par la Suède , fut plus lard interprétée par la ville dans le sens qu'il n'était question de sa fidélité qu'à titre d'alliée *. Les
I En envoyant qualre mille hommes de troupes auxiliaires, sous les ordres du duc de Holsteln, au roi Sigismond.
' Lettres datées de Marienbourg, le 12 juin 1628. (Voyez les Archivée du royaume,)
s Voyez les Archives du royaume.
bourgeois de Stralsund envoyèrent leurs femmes et leurs enfans en Suède * et se défendirent vaillamment. La ville était comprise dans la ligue de Hanse, dont la puissance jadis si grande et aujourd'hui presque éteinte était appelée pour la dernière fois à intervenir dans ces affaires. Gustave-Adolphe, aux regards duquel rien n'échappait, tenta de ranimer la ligue pour se présenter en Allemagne comme protecteur des villes anséatiques *. II avait déjà résolu, si le danger l'exigeait, de venir du fond de la Prusse au secours de la ville >. Le Danemark y ayant envoyé des troupes, Gustave fut dispensé d'y faire marcher les siennes^. Il chargea le chancelier du royaume de confirmer Talliance nouvellement faite et fit partir des renforts commandés par les colonels Lesie et Nils Brahe : ceux-ci restèrent encore après l'évacuation du pays par Tennemi et l'arrivée de Gustave-Adolphe en Allemagne.
On peut admettre que ce fut en 1628 que Gustave-Adolphe se décida à prendre part à la guerre d'Allemagne. Dès le mois de décembre 1627, il avait demandé aux états rassemblés à Stockholm de nommer un comité composé des quatre états pour traiter avec lui de quelques afTaire) importantes et secrètes. Le 12 janvier 1628 , le comité s'exprimait ainsi dans son rapport : « Gomme votre majesté nous a informé du danger que couraient les protes^tans en Allemagne et des envahissemens de rempereur et de la ligue catholique , qui ont asservi successivement les princes et lés villes et se sont emparés des provinces que baigne la Baltique, et de la position fôcheuse du Danemark, notre voisin, de sorte que si Dieu n'arrête Tambition de l'ennemi , nous devons nous attendre aux chances périlleuses d'ime guerre interminable et ruineuse, nous permettons , au nom de nos commeltans et du pays , de sacrifier tout pour sa défense et pour votre service. » Le roi , mieux que personne , jugea des dangers de la guerre et de rincerlitude do ses résultats. Il écrivait à Axel Oxenstjerna le
* Trois cents de ces femmes périrent en retournant dans leurs foyers.
* Voyez les Archives du royaume. Lettre de Saîvios citée ci-dessus.
' Lettres du roi au sénat , 30 juin lOSS. (Voyez les Archives du royaume,)
* Voyez les lettres de Gustave-Adolphe au roi de Danemark en date du 9 août 1628. (Archives d^
V^ avril 1628 : <( Les choses en sont au point que les guerres qui se font en Europe se compliquent et sont presque toutes devenues générales '. » Il se sentit appelé à jouer un rôle dans cette grande lutte, mais il n'était pas encore fixé sur les moyens. Deux circonstances partageaient son attention : l'une , la guerre avec la Pologne; l'autre, le-s rapports moins rassurans avec le Danemark.
Avant que le danger l'appelât, i! avait le dessein d'attaquer par le flanc , en venant de la Pologne, la ligue et l'empereur : <( La Pologne est bien située pour une telle attaque, dit-il dans la lettre que nous venons de rapporter; c'est un pays vaste, fertile et partout ouvert, trop faible pour nous résister, trop hostile quoiqu'il nous offre la paix. Il est attaché au pape et reçoit de lui son impulsion ; il est éloigné : par conséquent les impériaux disperseraient dilllcilement les forces qu'on pourrait y concentrer. » Il n'hésite pas sur les moyens : « Ce pays est couvert de villes et de villages qui sont presque sans défense ; on y pourrait donc réunir une armée d la manière de fVallensiein pour lui résister ; il faut y réfléchir tôt ou tard. » Ce sont des paroles qui, comme des éclairs, paraissent jeter du jour sur l'avenir ; elles sont remarquables pour ce lemps et pour celte guerre. Le danger de Stralsund réclamait une plus grande attention , et dés ce moment il ne fût question entre le roi et Oxensljerna que de savoir si l'on se tiendrait sur la défensive en Allemagne et si l'on prendrait Voffemive en Prusse et réciproquement. Le chancelier adoptait la première opinion ; le roi penchait pour la seconde , et les motifs sur lesquels il l'appuyait sont dignes d'être remarqués : « Vous êtes d'avis , écrivait-il le ô mars 1629 , qu'il faut continuer la guerre offensive en Prusse, et nous défendre seulement contre Wallenstein en mettant une garnison à Stralsund , en lui opposant notre flotte et en faisant détruire ses vaisseaux dans les ports. Je ne partage point cette opinion; car, comme je le vois par vos lettres, il n'y pas assez de ifivres en Prusse pour les troupes : si l'on y porlait une armée, elle aurait & combattre au milieu de la disette un ennemi redoutable. Mais pour faire une guerre offensive en Prusse, ma présence est nécessaire , et les circonstances ne me permettent pas de
> Skandinav, hanàl., t. J, p. |5|.
m'enfoncer dans ce pays , et de m'éloigncr de la Baltique et de ma flotte. Nous ne ferons donc qu'une guerre défensive l'année prochaine dans ces contrées, et j'espère m'en procurer les moyens, surtout si la douane de Pillau est bien payée '. Vous croyez qu'il vaut mieux faire la guerre défensive en Allemagne, et comme nos ancêtres ont détruit la puissance de la Ttussic en Livonie par la prise de Reval , vous supposez que nous devons abattre celle de l'empereur par la ville de Stralsund. Il est vrai que cette comparaison est assez juste ; mais les circonstances ne sont pas les mêmes , car les Russes n'avaient pas une barque et pas un marin pour nous nuire sur mer, tandis que cet ennemi qui est devant nous a toute espèce de ressources pour équiper une flotte : les préparatifs sont terminés ; il ne lui manque que des gens qui connaissent la mer, de sorte que nous ne savons si nous sommes en avance ou en retard sur lui. Quel avantage retirerions-nous de l'occupation de Stralsund si l'ennemi était maître sur mer ? Il est aussi impossible de détruire ses vaisseaux dans les ports, car, suivant ce que me mande le roi de Danemark, il les a tellement fortifiés qu'on ne peut l'y attaquer. Si l'on n'essaie pas de lui enlever ses ports par des forces de terre, je ne vois pas de moyen de défendre longtemps le royaume. Il ne faut point transporter en Suéde le siège de la guerre, car nous ne sommes jamais plus faibles que dans notre pays. Vous connaissez rétendue de nos côtes et le nombre de ports que nous avons à défendre. Je suis d'accord avec vous qu'il n'est guère possible de faire la guerre en Allemagne ; cependant si nous avons l'avantage , je ne crois pas que nous soyons si pauvres que nous ne puissions trouver quelque ressource. SpenSj d'ailleurs, me fait espérer qu'on pourrait tirer quelque chose de l'Angleterre. Camerarius nous annonce que les états généraux demandent le renouvellement de notre alliance. Les viUes anséatiques sont Indécises: le secours nous viendra de là si nous réusissons ; c'est ce qui m'a déterminé à tout tenter pour former une armée * ; et quoique vous m'objectiez sa
I Kn ]6î9t la douane de Prc^gel produisit 500.000 thalers. (Voycx les Arehivei du royaume.)
* « Nous ne pouvons emmener une forte armée, parée qu'il faut garder beaucoup d'infanterie en Suède pour observer le Danemark ; il faut donc employer surtout des étrangers. Nous pensons cependant rocHre