‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 171 sur 275 · CHAPITRE XVIf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIf

faiblesse el la force des deux armées de Tenncmi, il faut que vous considériez qu'il a un yaste pays à occuper et beaucoup de villes à garder, ce qui exige un grand nombre de soldais. Il ne faut pas perdre de vue que la puissance de Tcnnemi consiste plus in famé que dans la réalité, et que la perte d'une seule bataille rendrait sa position trés-crilique. A cela, il faut ajouter que Tarmée de Tilly est très-éloignée, et que le sort peut se décider en Poméranie avant qu'il puisse venir en aide à Wallenstein. Mais Dieu seul sait ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire : c'est lui qui donne la volonté pour bien commencer, la force pour poursuivre et les succès qui couronnent les efforts, si Fenlreprise a pour objet la gloire de son saint nom elle salut de notre âme. Il vous est plus facile , dispatando , de faire ressortir les didicullés et les peines , qu'il ne l'est pour moi de démontrer la probabilité de la réussite^ aussi aimerais-je mieux prouver par des faits qu'avec la plume ce que j'espère pouvoir exécuter *. »

On voit que le pressentiment de la victoire est la conclusion des paroles du roi '. Aussi Axel Oxenstjerna , qui ne changea jamais de manière de voir au sujet de^la guerre, appellet-il la résolution de Gustave une destinée^ une impulsion divine, une inspiration du génie^ inspiration pourtant qui l'avait empêché de se rendre le maître et l'arbitre du Nord '. Ce qui suit peut faire juger si Gustave- Adolphe regardait ce but comme étranger à la carrière dans laquelle il entrait.

L'armistice avec la Pologne le débarrassa

en campagne quinze mille hommes de pied et neuf miUe chevaux.» (Voyez les manascrits de Palmskôld.)

* Au chancelier du royaume, lônkOping, 3 mars 1C29. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.) Cependant la correspondance entre le roi et son ministre continua à rouler sur la guerre d'Allemagne. (Voyez les Archives du royaume,)

* Le roi exprima cette espérance ou pour mieux dire cette confiance dans le succès de son expédition dans une lettre au chancelier datée du 2G décembre 1G28 : « Nous vous faisons passer le projet qui vous démontrera la possibilité de l'exécution; et quoique nos moyens ne paraissent pas pouvoir nous conduire au delà de quatre mois, si nous commençons» Dieu et le temps nous conseilleront la manière de terminer. »

* « Je priai le feu roi de ne pas se rendre avec son armée en Allemagne. Si votre mcjesté avait suivi mon conseil» elle eût été arbiter totius septentrUmis» » (Axel Oxenstjerna an sénat.) Il appelle la résolution du roi fatum, dispositio divina, impetus ingenii*

d'un ennemi ; mais en même temps la paix du Danemark et de l'empereur rendait incertains ses rapports avec Christian lY. Au mois d'avril 1628 la Suède et le Danemark avaient fait une alliance par laquelle Gustave -Adolphe s'engagea à renforcer la flotté danoise dans la guerre de cette puissance avec l'empereur. Les vaisseaux suédois furent employés à la défense de Slralsund ^ les dépenses étaient à la charge des deux couronnes , mais la défense fut abandonnée aux Suédois seuls *• La paix particulière du Danemark à Lubeck troubla la bonne intelligence, quoiqu'on conservât Tapparence de l'intimité. On reprocha longtemps après au Danemark de n'avoir pas reçu au congrès les ministres de Suède , quoique les impériaux fussent cause de cette exclusion et qu'il parût que le roi s attendait à celte mesure, mais qu'il la voyait avec plaisir *. D'un autre côlé, Christian lY ne put dissimuler ses sentimens lorsqu'il vit Gustave- Adolphe s'armer pour une cause qu'il avait été lui-même forcé d'abandonner. Dans une entrevue qu'eurent ces deux rois % pendant le cours des négocia-

* Le 25 mai (vieux style) 1638 arriva le colonel da* nois Holk avec six cents hommes. Il était envoyé par le roi de Danemark au secours de Slralsund. Le 20 juin, huit vaisseaux suédois amenèrent le colonel Rosladin et des munitions. Le 9 juillet, on vit paraître Tavanl-garde de la flotte danoise : elle portait mille soldats pour renforcer la garnison ; mais lorsque le colonel écossais Lesle, au service de Suéde, amena des troupes fraîches, le I7 et le 18 Juillet, le roi de Danemark flt embarquer ses troupes: il tenta une descente sur les côtes de Pommern; mais , battu à Wolgaft par Wallenstein, il fut forcé de se rembarquer. Le roi avait commandé à Lesle de ne pas garder plus de trois cents Danois dans la place et de faire prêter serment de fidélité au roi de Suède aux officiers faisant le service de Slralsund. Lesle, qui plus tard devint feld-maréchai, ne savait pas lire. (Voyez les lettres à Lesle et i Brahe dans les Archives du royaume.)

* Voyez les instructions des envoyés en Allemagne datées du 26 janvier 1629. [Archives du royaume.)

> Le 20 février 1629, le roi écrivait A son ministre : « Le roi de Danemark m'a fait dire deux années de suite qu'une entrevue serait bien utile aux intérêts dés deux pays. Pour ne pas TolTenser par la persistance de mes refus , j'annonçai que je serais à la rencontre du roi le 20 février. Nous nous vîmes dans la maison du curé d'Ulfsback (dans le Sm&land , vers les frontières de la Scanle). Je fis les honneurs de la maison, et le roi de Danemark était mon hôte. Nous avons mangé peu et bu d'autant plus de mau\ai8 vin. Il ne me fit aucune proposition, sinon de renforcer sa flotte de deux ou trois vaisseaux, ad augendam famam. Je

tions à Lubeck, il répondit à Gustave-Adolphe, qui lui demandait des conseils sur la manière d'entreprendre la guerre en Allemagne par cette question : « Qu'avcz-vous t faire avec Tempereur ? pourquoi voulez-vous vous mêler des affaires de TAllemagne ? » Quelques mois encore avant son départ, Gustave craignait une rupture avec ce prince. Son coup d'œil d'aigle lui avait bien permis de voir qu'il laissait un ennemi derrière lui : « Nous ne savons pas encore par où nous commencerons, écrit-il au chancelier, parce que le roi de Danemark fait secrètement enrôler des soldats, fortifie Ruden ' et négocie avec les états de Poméranie Tachât de rtle de RUgen *. » Le géni^ral suédois qui commandait les troupes à Stralsund reçut Tordre d'occuper sans retard cette île et de chasser les impériaux, ce qui fut exécuté. Le roi offrit sa médiation dans les différends du Danemark avec la ville de Hambourg *. Gustave- Adolphe venait de débarquer en Allemagne , lorsqu'on lui rapporta que la flotte danoise se préparait à enlrer dons la Baltique. Les ordres précis et mullipliés qu'il donna dans cette circonstance font voir avec quelle minutieuse attention il suivait les mouvemcns de son voisin ^ Dans la proposition faite au comité des étals

proposai quatre polnls : 1° qae nous fussions d'accord au congres de paix de Lubeck , 2° et dans les négociations en général ; 3° une alliance entre les deux royaumes, et 4<> comme il parlait de manque d'argent, je lui demandai la manière de faire la guerre en Allémagne. » — Ce fut A cette question que Gustave reçut la réponse que nous venons de rapporter. — « Lorsque je vis qu*il évitait toute discussion, je me tus. » (Voyez les manuscrits de Palmsk61d.)

* Rudeu est uuc petite lie entre Gripswald, sur les c)les de la Poméranie , et Tile de Rilgen.

< Stockholm, 17 mars 1630 : « II est avéré que le roi de Danemark veut donner une somme d'argent pour Rûgcn. «Salvius, dans une leUreau résident Fagrœus, 8 avril 1630. (Voyez les archives du royaume.]

s Voyez la lettre du roi au chancelier du royaume en date du 2 juin 1C30. [Archives du royaume.)

* «Fagrœus me donne avis des arméniens qu'on fait en Danemark. J'ai écrit au sénat d'obser\er si la flotte danoise entre en mer. Dans ce cas, il faudrait rassembler ceUe de Suède à Stockholm et embarquer trois régi mens. Skeppsholm doit être fortifié, en sorte que la flotte puisse se défendre ; mats il faut éviter le combat. Mathias Soop doit défendre Kalmar avec deux rcgimens; l'ÔIand sera fouruie deiroupes, et ics garnisons d'Ëlfsborg, de Wiborg et d'Abo seront renforcées. De La Gardie , avec le reste des troupes suédoises, envahira la Scanie et poussera jusqu'au Sund pour attendre mon arrivée et du secours. »

de Suède en 1631 , il entrevoit une rupture avec le Danemark, et les ordres quMl donne dans Tautomne font supposer qu'il la regardait comme Irés-proehaine*.

Les états réunis en diète générale approuvèrent l'opinion du comité sur la guerre d'Allemagne; ils émirent le vœu que le roi fit la guerre « aussi loin que possible des frontières du royaume et en fit peser tout le poids sur le pays des ennemis. » Après cette résolution des états prise le 29 juin 1629, en l'absence du ro*, on peut regarder comme décidée la part que la Suède voulait prendre dans la guerre d'Allemagne. Cependant Gustave-Adolphe tenait beaucoup à convaincre son sénat, et les courtes annotations relatives à ses délibérations du 27 octobre et du 3 novembre 1629: « Doit-on prendre l'offensive ou la défensive dans la guerre ", » sont les actes les plus remarquables de l'histoire de Gustave-Adolphe. Axel Oxenstjcrna était en Prusse. Nous connaissons son opinion ; elle ne manquait pas de partisans : Jean Skytte, adversaire politique du chancelier, l'appuyait dans le sénat. Dans les anno- (alions dont nous venons de parler, on a développé au nom du roi les raisons pour ou con- ^reen forme syllogistiquedialoguée et exprimées plutôt en latin qu'en suédois : elles contiennent des idées lumineuses sur les intérêts de la Suède, de l'Allemagne, de r£urope et de la chrétienté; elles témoignent du génie de celui qui les a tracées ainsi que des espérances du conquérant. On voit Gustave-Adolphe en présence d'un grand avenir — les temps les plus rapprochés dessinés clairement , les plus éloignés enveloppés de ténèbres -^ et eotratné peut-èlre vers un but très-incertain , — avec

* Gustave-Adolphe à Salvius, HOchst , 26 novembre 1631 : a II faut que vous protestiez si le roi de Danemark persiste â vouloir faire son fils général du cercle de la Basse-Sa&e. Il faut aussi qu'il ait à cesser ses enrôlemens, qui nous paraissent suspects. S*il continue, nous ferons occuper le Holstein par Tott. » Dans une lellre d'Aiel Oxensljerna au roi, du 8 janvier 1631 > ce grand homme d'État s*exprime ainsi : « Je vois bien que si votre majesté continue la guerre en Allemagne, il s'ensuivra tôt ou tard infailliblement une rupture avec le Danemark. Dans celte supposition, il faut nous arranger de manière à pouvoir diriger toutes nos forces de terre et de mer contre noire voisin, nous Iransporlcr sur les Iles danoises et surtout attaquer sa tête, qui est le Sund et Copenhague. En même temps nous envahirons la Scanie. »

' Voyez les manuscrits de PalmskOid«

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