CHAPITRE XVII
un pressentiment de là yicloire et de la mort 9 — sans lémérilé , mais avec un dessein arrêté si fortement qu^on voit percer à travers ses paroles une joie et une confiance intérieures que ne peut pas même troubler la possibilité d'une issue malheureuse. Sur Tobservation de Skytte, qu'il mettait sa monarchie en Jeu dans les batailles, il répondit : (( Toutes les monarchies sont allées d'une génération  Tautre ; ce qui constitue une monarchie, ce ne sont pas les hommes, ce sont les lois *. » Il prévoyait combien la guerre serait pénible '. Le 3 novembre, lorsque le sénat adopta ravis du roi, Gustave-Adolphe termina par ces mots : « Je vous exhorte à persévérer dans cette grande œuvre , dont vous et vos enfans vous verrez Thcureuse issue, telle que Dieu, je l'espère, l'accordera à nos prières. Je ne vois plus pour moi de tranquillité dans ce monde avant d'entrer dans la félicité éternelle! )>
Sa confiance dans la victoire se révèle encore dans deux autres circonstances. Le Danemark, après sa paix , avait en même temps que le Brandenbourg offert sa médiation entre le roi et Fempereur, et Dantzig availélédésignée comme le siège d'un congrès ". Un envoyé impérial chargé de pleins pouvoirs s'y trouva, mais il refusa le titre de roi à Guslavc-Adolphe. Les ministres suédois lardèrent à arriver. Guslavc- Adolphe chargea Oxens(jcrna do communiquer SOS prétentions par écrit ^ L'opinion parliculière du roi se trouva exprimée par le comité des états suédois dans son avis sur ce congrès :
* « Conlra offènêivum Dom. SKyHius. Ratio anosira monarchia. > L'empereur est forl; les Danois cl tous les autres ont échoué contre lui. « Esset contra Deum et conscientiam tentare subversionem monarchiœ, » Respondet rex : « Omnes monarehiastransivisse de una familia in aliam. IVon consista in personis, sed in legeibus , monarchia. » Skylle demandait : « Si rex erit Victor , non se adjungent Germani, sin victus se subtrakent, » Gustave ri'pondjiit : « Si rex victor, illi prœda erunf, »
* n écrivait de sa flotte à Axel Oxensljerna, le 2 juin lOO : « La guerre durera longtemps et unira plutôt mora et tcedio qrxHmpetu, » (Voyez los Archives du royaume.) Celle prévlsifjiî de la cessation de la guerre par répuisemeut des parties bel 11 givrantes fut accouiplie.
' Voyez les Archives du royaume de IG30.
* Conditions pour traiter avccles impériaux. Stockholm , le H mai 1030, (Voyez les Archives du royaume.)
« Comme les intentions de notre adversaire ne sont pas claires et que l'issue en est incertaine, nous estimons qu'il vaut mieux que le roi se présente immédiatement avec son armée et fasse le traité le casque en tête et l'épée à la main *. » La publicité donnée aux conditions auxquelles le roi voulait déposer les armes montre quelle importance il attachait aux offres qui lui étaient faites -, et comme ces conditions , après que la guerre eut imposé à l'Allemagne le joug impérial, n'emportaient pas moins que le rétablissement de TAllemagne prolestante à l'état où elle était avant la guerre, le commissaire Impérial Baron Dohna avait quelque raison de s'écrier : « Le roi de Suède pourrait-il demander davantage s'il était vainqueur au milieu de l'Allemagne? » Ce fut avec de telles prétentions que se présenta le défenseur du protestantisme, dont l'empereur, à ce qu'on rapporte, dit avec mépris : « Nous avons un petit ennemi de plus *. » D'un autre côté, quoique l'alliance de la France fût pour h\\ d'une haute importance, il entreprit cependant la guerre sans son concours, non-seulement pour être, mais aussi pour se montrer indépendant dans cette grande entreprise.
Richelieu ne demandait pas mieux que de l'engager dans celte guerre. Ce fut dans ce but que Charnacé visila deux fois la Suède, en dernier lieu au mois de mars 1630, où il vit le roi à VeslerSs. Il devait, suivant ses instructions, persuader au roi de Suède de rechercher ralliancc de la France. Il n'épargna pas les flatteries, persuadé que si elles avaient quelque influence, les difficultés de l'entreprise devaient en tout cas provoquer ce qui était prescrit dans son instruction : <( Gustave-Adolphe, disait-il, était attendu en Allemagne comme un messie ^ le peuple donnerait son cœur pour nourrir ses soldats ^ tous les avantages et la gloire de la guerre devaient lui rester. Le roi de France ne voulait que voir son ami admiré de TEuropc et du monde entier, et l'aider à devenir empereur d'Orient ^ si tel élait le but de son ambition >. » On voit quel genre de flatterie on
* Le décret de la diète de Stockholm, le 14 mal 1C30.
• « ff^ir haben wieder ein klein Fe indien bekommen. «Ludolph Scbaubûhne des XVII secul., livre XXX, page 6GÔ.
» « S'il voulait penser à l'empire d*Orîent, ce qui Q6 lui serait pas diflQcilc , ayant avec sa vertu cl sa repu*
croyait pouvoir influer sur le héros. Gustave- Adolphe n'était pas homme à se laisser gagner par de belles paroles*. Il répondit qu'il avait de bienautresnouvellesdesdisposilionsdes princes allemands : a L'électeur de Saxe lui avait fait dire que s'il se transportait en Allemagne avec son armée, lui électeur se réunirait à l'empereur. Il avait refusé de recevoir la lettre écrite aux électeurs*. Il tenait de bonne source, ajouta-t-ii en riant , que les premiers qui devaient prendre les armes contre lui, c'étaient rélecleur de Bavière et la ligue catholique, dont le roi de France devait se déclarer protecteur, et c'était sans doute en celte qualité qu'il prétendait entrer en alliance avec la Suéde. » Gustave fit connaître au surplus ses conditions ^ mais lorsqu'il rencontra des difiicultés, il n'attendit pas la réponse de la France , mais il se décida, comme le dit Richelieu, sans être assuré de l'amitié de cette puissance '.
Cependant on continuait les armemcns avec toute l'activité qui distinguait le roi^ on employa même la rigueur quand cela fut nécessaire. Les villes du royaume , qui, à la diète de 1629, s'étaient chargées d'armer seize bons navires avant la fin de l'année, n'avaient pas rempli leur promesse au terme fixé. Leurs députés furent traduits devant le sénat par le procureur de la cour supérieure Anders Bergius, qui soutint l'accusation. Ils demandèrent grâce au roi en promettant que les vaisseaux seraient au mois de mai dans le port de Stockholm. La division de la flotte destinée à transporter l'armée en Allemagne se réunit dims le port d*Elfsnabben , dans les skœres de la Sudermanie. Elle forma une escadre de 28 vaisseaux de guerre grands et petits, de plusieurs bAtlmens de transport pour la cavalerie et de quelques bateaux plats destinés au débarquement et à la navigation des fleuves : ils étaient armés chacun do trois canons et pouvaient contenir cent hommes. On ne peut évaluer exactement l'eiïcclif des forces que le roi fit passer en Allemagne*, il ne voulut pas le faire
Ution un tel ami que le roi (de France). » {Mémoiret de Richelieu.)
I \\ repartit à son ordinaire fort judicieusement et a>cc très-grande discrétion. [Ibid,)
* Il se passa une année avant que le roi reçût une réponse i sa lettre du mois d'avril 1629.
■ Tandis que dura ce pourparler avec Charnacé , le roi de Suéde se résolvait a la guerre sans être assuré de l*alUance du roi de France.
connaître dans les négociations entamées avec la France , probablement pour ne pas découvrir le petit nombre de ses troupes. On peut aussi regarder comme une mesure de sûreté la défense publiée au printemps de 1630 de sortir sans passeport des frontières du royaume *. On croit que son armée se composait d'environ quatre-vingt-douze compagnies d'infanterie et de seize compagnies de cavalerie, à peu prés 15,000 combaltans, qu'il amena en Allemagne. La cavalerie , s'élevant à 3,000 hommes , n'était formée que de Suédois *, mais les étrangers et surtout des Allemands composaient la moite do l'infanterie -, il |y avait un régimcDl d'Ecossais. Le roi avait en outre fait venir de forts approvisionnemcns et une artillerie parfaitement organisée *. Torstenson était le colonel de celte arme lors de l'arrivée du roi sur le territoire allemand*, sa bravoure l'en fit plus lard nommer chef. On se pourvut de pelles, de bêches, de palissades pour se fortifier en cas de besoin '.
Le gouvernement en Suéde fut confié au sénat et particulièrement à dix sénateurs qui devaient toujours rester dans la capitale, à moins que des circonstances urgentes ne ré-
■ Voyez les Architee du royaume de 1630.
* Die konigliche artillerie war von grosseo nnd kleinen stûckcn ~ infonderheit haUe der kônig eine tretniclie schone art sebr vicier kicinen régiments stuchen , damit er so gcschwind zucbicssen wusste , dass er. wohi acht mabi feuerte, ebe ein abgerrihseter musqueticr secbs mahc, zum scbuss ferlig werden konnle. (KbenvenbuIIcr , Annal, Ferdinand XI, 1270.) — Ainsi les canons du roi tiraient plus vile que les mousquets de l*ennemi.
' L*armée que le roi amena en Allemagne comptait, suivant Chemnilz(t. I, p. 40), huit compagnies smllandaises à cheval sous le commandement du eomte Pierre Drahe ; huit compagnies visigolhes à cheval sous Erik Soop; deui compagnies dMnfanlerie commandées par Lignofski et Heusicr ; qualre régimens suédois, de huit compagnies chacun, sous le comte Nils Drahe, George Jobansson, Lars Kagg et Charles Hilrd; trois escadrons sous les ordres du comte Joachim Brahe, Axel Lilje et Axel Duval (escadron , dans le langage de ce temps, signifie une division de Tarmée A pied et à cheval ; on employait la même expression lorsqu'il s'agissait de la flotte) ; les régimens des colonels Diedrich Falkenberg et Clas Diedrichs , de six compagnies chacun ; deux compagnies du régiment du colonel Hall ; le général-major Kniphausen commandait douze compagnies, et le colonel Mitcbefal huit ; enfin huit compagnies écossaises sous le colonel Uac- Key. Les comtes Nils, Joachim et Pierre Brahe étalent frères. Joachim mourut A Stellin le 18 septembre.