‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 173 sur 275 · CHAPITRE XVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIL

damassenl leur présence dans les provinces. Les affaires cootentieuses en appel devant le roi devaient être jugées par le sénat, d'après les lois de Suéde*. Celte administration ne répondit pas, quant à Pactivité, aux vœux du roi : il l'avait prévu en quelque sorte, et c'était pour cela qu'il avait confié la direction de tout ce qui avait rapporlàParméeè son beau-frère Jean-Casimir', prince actif et entreprenant. L'année suivante, le roi lui donna ausi la gestion des finances.

Le 19 mai, le roi appela au château, pour la dernière fois, les états, qui étaient à Stockholm. Il leur présenta sa fille (elle était &gée de six ans) comme héritière du royaume , la confia ù leur fidélité, la serra dans ses bras et leur fit des adieux touchans. Nous extrayons de son discours quelques phrases qui arrachèrent des larmes à tous les assistans : « Comme beaucoup de personnes s'imaginent que nous entreprenons cette guerre sans cause légitime, Je prends Dieu à témoin que Je ne la fais ni par plaisir ni par ambition^ mais que Je suis appelé depuis plusieurs années à secourir tous les Allemands de notre communion , opprimés depuis longtemps, contre les violences des c4i(holiques. Nous avons l'espoir d'y parvenir ^ mais comme il arrive qu'à force de porter la cruche à l'eau elle se brise , Je crains que telle ne soit aussi notre destinée. Moi qui ai exposé ma vie au milieu de tant de dangers et qui ai versé mon sang pour la patrie, sans avoir été, grâce â Dieu , blessé à mort , Je dois â la fin faire le sacrifice do ma personne ; c'est pourquoi je veux, avant de partir, vous faire mes adieux , espérant que Je vous reverrai dans un meilleur monde. » Ensuite il s'adressa à chaque état en particulier et finit en récitant le psaume 90 du /2(H David.

Le 30 mai , le roi s'embarqua au port d'Elfsnabben. Sa flotte était partagée en quatre divisions {sqtéodraner). Le roi commandait la première ; il avait sous lui le général d'infanterie

* iDslrucUon au sénat pendant l'absence du roi. (Voyez les Archives du royaume.) Les dix sénateurs étalent le drols comte Magnus Brahe, le marsk comte Jacques de La Gardie » ]*arolral baron Cbarles Garlsson Gyllenbjelm . le baron Gabriel Oxenstjerna Benglsson, Glas Uorn , le baron Gabriel Oxenstjerna Oittiafsson (frère du chancelier], Pierre baner, Jean Sparre^cias Fleming, Herman Wrangel.

* Voyei les archives du royatniM.— Cette confiance du roi dans le conoe palatin son beau - frère ne le rendit pas agréable au sénat.

Jean Baner; la seconde était conduite par l'amiral du royaume Charles Garlsson Gyllenhjelm^ le major Bubbe était à la tète de la troisième , et Erik Ryning dirigeait la quatrième. Si la flotte était dispersée par la tempête, elle devait se rallier d'abord au promontoire septentrional d'Oland, puis sous l'fie Bornholm. Mais la route était tracée d'Ëlfsnabben aux côtes de la Poméranie appelées depuis Suédoises * et à l'île de Gripswald. Une foule d'affaires d'administration absorbèrent les der« niers momens du roi, et suffiraient pour prouver son énergie et son action directe dans les affaires les plus minces comme les plus sérieuses. Nous trouvons des instructions pour le gouvernement et pour le sénat *, des communications importantes à Axel Oxenstjerna en Prusse*^ des lettres aux gouverneurs, aux évèques et au peuple de chaque province , au sujet de la conscription ^ la confirmation des dotations t l'université d'Upsala ^ des lettres relatives à des procès, à des exemptions de terres de sergens de vifiages (/jerdingsmUn) ; des brevets de gratifications aux vieux soldats ou à leurs veuves, à qui le roi porta toujours un grand intérêt : tout cela expédié par le roi et daté du bord de sou vaisseau. Un vent de sud-ouest très-tenace l'empêchait de sortir du port, et les vaisseaux qui étaient déjà en mer furent obligés d'y rentrer. Le trajet, qui dura cinq semaines , fut très-pénible et si lent qu'on fut obligé de relâcher dans les ports pour y prendre des vivres ». Le Jour de la Saint- Jean 1630 % le roi Jeta Tancre sous la petite île de Ruden, non loin de l'embouchure la plus occidentale de l'Oder, pendant un violent orage. La côte fut éclairée par des feux nombreux pendant les ténèbres du soir : c'étaient des signaux de l'ennemi, qui s'était retiré dans son camp à Anclam. Ce fut le roi qui en apporta la nouvelle à ses soldats. Il s'était Jeté dans une barque pour reconnaître l'ennemi *, à son retour il commanda le débarquement : il s'effectua dans les bateaux plats sur l'île d'Use-

• Aujourd'hui For-Pommem.

* Le roi craignait que les Impériaux ne fissent une diversion en Prusse ; il pria le chancelier de ne pas s'affaiblir par des envois de troupes.

• Voyez les Archivei du royaume.

* Gustave -Adolphe débarqua en Allemagne précisément cent ans après la publication de la confession d*Augsbourg. ^ ^

HISTOIRE 6ë suède.

dom, et non 6ur Vtle de ftuden Ml mit pied à (erre le premier, et à mesure que le débarquement s'opérait, une partie des soldats travaillait à faire des relranchcmens, pendant que l'autre se rangeait en bataille , prête à combattre *. Onze régimens descendirent ainsi pendant la nuit; les autres suivirent ^ rarlilierie, les bagages et la cavalerie débarquèrent les derniers. On se servit des Tortiflcalions qui étaient restées depuis Taltaque des Danois. En peu de temps Farmée fut renfermée dans un camp| retranché défendu par des canons. Le roi harangua ses soldats : a C'était autant à cause d'eux que pour leurs coreligionnaires en Allemagne qu'il avait entrepris la guerre j ils devaient j recueillir une gloire impérissable. Ils n'avaient rien à craindre de l'ennemi , c'était le même qu'ils avaient déjà vaincu en Prusse. Leur bravoure avait imposé en Pologne un armistice de six ans : s'ils continuaient à se battre aussi vaillamment, il espérait obtenir une paix honorable pour leur patrie et des garanties de sécurité pour les protestans allemands. Ticux soldats, ce n'était pas de la veille qu'ils conconnaissaient la guerre , puisqu'ils avaient partagé avec lui toutes les chances de la fortune. Ils ne devaient pas perdre courage, s'ils ressentaient quelques besoins -, il allait les conduire contre un ennemi qui s*était enrichi aux dépens de ce malheureux pays : ce n'était que chez l'ennemi qu'ils trouveraient l'argent, l'abondance et tout ce qu'ils pourraient souhaiter^. » Lesle avait reçu à Stralsund des renforts de Suéde : au mois d'avril il occupa Ttle de Râgen et en chassa les impériaux. Il réunit ses forces à celles du roi, qui fit évacuer aux soldats catholiques les îles Usedom et Wollin. Wolgast s'était rendue après un siège de six jours *-^ les villes de Wollin et de Kamin avaient aussi capitulé. Le roi était maître des embouchures de l'Oder *, mais la véritable clé de ce fleuve était Sleltin : c'était en même temps la seule ville de Poméranie qui n'eût pas de garnison impériale. En deux heures de navigation le roi traversa le Frisch-IIalT. Le vieux Bogislas de Poméra-

* « Nous sommes hcureasemcnl arrivés et nous atons débarqué nos troupes sans résistance dans f*Hc d'Uscdom. » (Voyez la lettre du roi, 39}u)n 1630.)

• Voyez The Sicedish inteltiffencer, Londres, 1634, 1. 1, p. 34.

• Voyez Ghcmnitz.

* La garnison entra au service de Suède.

nie , qui avait déjà tenté de s^opposer , par ooe ambassade, à Texpédition de Gustave-Adolphe, le trouva , comme par enchantement , rangé en ordre de bataillede vaut les portes de sa capitale* .

Il s'ensuivit une courte négociation dans laquelle le plus fort dicta des lois. Les Suédois entrèrent dans la ville; le duc conduisit le roi dans sa voiture. Bientôt on vit les hôtes du Nord, suivant Timpulsion de leur chef, en plein travail pour améliorer les fortiflcations ; et dans le traité que le duc fut obligé de signer , le roi se réserva la possession de la Poméranie afirès la mort du duc, qui n'avait pas d'enfans, jusqu'à l'acquittement des frais de la guerre. Quinze jours s'étaient écoulés depuis la descente du roi. Steitin ouvrit ses portes le 10 juillet : c'était, après Stralsund, la position la plus importante de l'Allemagne.

Dans ces conjonctures, Torquato Conli, lieutenant de l'empereur en Poméranie, fit peu de résistance, quoique ses forces fussent supérieures & ceDes du roi ; il semblait être là moins pour empêcher l'entrée des Suédois en Poméranie que pour s'opposer à leurs progrès ultérieurs. Il rassembla ses troupes à Anclam, sur le Peene, et à Garlz, près de l'Oder, pendant que, suivant les ordres de Tempereur, il coupait à l'ennemi, par l'occupation de Landsberg sur le Warta, le chemin de la Siléste et des pays héréditaires de son maHre. Il avait tenté en vain de surprendre Stettin avant que cette ville fût occupée par Gustave-Adolphe. Les cruautés commises par cet Italien dans le pays avaient attaché à son nom une plus grande horreur que n'en inspiraient au peuple les généraux de Wallenstein eux-mêmes ; et ce sentiment n'était plus accompagné de la crainte depuis que l'empereur, à la diète de Ralisbonnc, avait été obligé de sacrîfleràrAllemagne,unie au moins dans ses griefs, l'homme qui l'avait subjuguée. Dans le même temps que Gustave-Adolphe débarquait, Wallenstein perdait son commandement : c'était briser un lien qui contenait cent mille hommes, dont un grand nombre passèrent dans les rangs suédois. Le roi avait choisi l'époque la plus heureuse pour lui. L'arc trop tendu s'était rompu dans les mains de Wallenstein ^ îl en résulta un état d'atonie et de dissolution, uu contre-poids à la puissance de Tcmpen^ur et l'apparition de ces juHe-ftHlim Qvi signalent si

• Voyez les Archivei au royaume.

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