‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 174 sur 275 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

iôuvenl la transition d'un extrême à un autre et gonl obligés de flotter sans cesse entre des Institutions telles que celles de TAllemagne, où Ton peut, derrière des formes fugitives, se montrer ennerrii déclaré ou chancelant du pouvoir légilinie. Nous voyons la Bavière et la Saxe , chacune de son côté, dirigeant ces partis avec les mots sonores de liberté et de constitution de l'empire polir lès mêmes intérêts qui étaient plds ouvertement avoués par de belliqueux aventuriers. Nous ne savons pas jusqu'à quel point Gustave-Adolphe peut avoir porté atteinte au système constitutionnel de celte époque et à l'empire, ainsi que ie prétendent quelques patriotes allemands. Qu'on nous montre un seul outrage, un acte de mépris ou d'hostilité contre les institutions de ce pays que les princes allemands eux-mêmes n'aient pas commis, tout en se plaignant de j'ambition des étrangers ! L'Etat était un édifice surchargé , tombant en ruines au milieu desquelles se débattait la religion, devenue l'affaire de l'Europe et de l'humanité tout entière : de là, la nécessité d'une influence étrangère; de là aussi, dans une société en dissolulion, le droit naturel de la force individuelle du héros. Telle était la carrière que s'était tracée Gustave-Adolphe , « se fiant à Dieu et & son épée victorieuse '. »

La prise de Stettin fut suivie de celle de Damm et de Stargard 5 cette dernière ville fut livrée par la bourgeoisie, qui reçut les Suédois comme des libérateurs. La discipline sévère de ceux-ci n'excita pas moins d'admiration que les vertus personnelles de leur roi ". C'était un contraste frappant avec la licence des impériaux, qui, surtout après l'alliance conclue entre Gustave- Adolphe et le duc de Poméranîe, redoublèrent de mauvais traitemens envers les malheureux habitans. C'était l'armée de Wallenstein : la main de fer du chef n'était plus là pont cornprinier le monstre qui se vautrait maintenant par plaisir dans le vice et le crime. Deux olBciers d'origine italienne, qui naguère avaient servi Walienstein et venaient de se ranger sons les drapeaux de Gustave-Adolphe, furent surpris dans le camp, tramant un com-

plot contre sa personnne. Il reçut avis de plusieurs tentatives semblables d'assassinat imputées aux jésuites. Il écrivit en Suède qu'il fallait sévir contre les envoyés de ces pères , qui avaient trouvé moyen de s'introduire dans le royaume «. Tilly, général de la ligue et de la Bavière, devenu aussi celui de l'empereur, était encore éloigné , mais il approchait de la basse Allemagne. Il trouva Magdebourg sur son chemin. L'administrateur proscrit de ce diocèse, le margrave Christian-Guillaume deBrandenbourg, qui avait déjà visité Gustave-Adolphe en Suède », se jeta, à la nouvelle de son débarquement dans Magdebourg, où les bourgeois prirent les armes et se déclarèrent ouvertement pour le roi , qui , malgré qu'il eût conseUlé plus de prudence, promit du secours et envoya de l'argent pour lever des recrues avec un officier suédois pour les commander. L'administrateur de Magdebourg n'était pas le seul prince allemand qui eût franeheiïierit embrassé la cause de Gustave-Adolphe : les fils les plus jeunes des maisons princières protestantes d'Allemagne se déclarèrent sans hésiter pour le roi , tandis que les afnés restaient attachés aux intérêts de l'empereur ; ainsi firent le duc François-Charies de Saxe-Lauenbourg et plus tard son frère François-Albert, et le duc George) de Brunswig-Lunebourg , qui , après avoir tenté la fortune au service du Danemark et de l'empereur, offrait alors son épée à Gustave- Adolphe ». Parmi les familles régnantes, la maison de Hesse-Cassel, après celle de Poméranie, fut la première et dans la suite la plus fidèle alliée de la Suède. Les ducs bannis du Mecklenbourg eux-mêmes, parens du roi, qui avait donné à leur famille un asile en Suède, cherchèrent d'abord leur sécurité plutôt dans la grâce de l'empereur que dans l'alliance avec le roi, quoique la réintégration de ces ducs dans leurs possessions fût l'objet particulier de

• « Cum Deoetvictrieiàus armis. » C'était la devise da fou.

• « Quant à la personne de ce roî, on ne voyait en ses actions qu'one sévérité ineioraMe envers les moindres excès des siens, une doueeur extraordinaire envers les peuples et une justice exacte en toutes occasions.» (Mémoires de IHchelhu^ t. 6, p. 410.)

« Il avait reçu de la Hollande cette dernière nouvelle. (Lettres au sénat datées de Sleltin , 31 juillet

* 11 était frère cadet du beau-père du roi , le feu électeur Jean-Sigismond de Brandenbourg.

' Ses premières offres furent faîtes peu de temps après que Gustave-Adolphe eut mis le pied sur le sol de l'Allemagne. De SteUin, Gustave-Adolphe, le J& juillet 1630, envoya à Salvius la lettre quMI venait de recevoir du duc. Il prie Salvius d'engager le duc à faire vider le pays de Brunswig aux impériaux, «fui ne sont pas Ircs-forls. (Voyez les Archives du royaume,]

ses soins. Il lui était nécessaire de s'assurer | des rives de la Baltique ayant d'entrer en Allemagne. Toutes ses démarches furent marquées par la plus grande prudence : on dit quUl attachait plus de prix à celte qualité, en appréciant les événemens de la guerre, qu'à la bravoure, souvent téméraire; malgré cela son pre-mier plan de campagne était si hardi qu'il étonnait quiconque connaissait les embarras pécuniaires contre lesquels il avait & lutter '.

■ Pour faire la'guerre en Allemagne on avait donné en Suède : 1« 429,145 dalers de Suéde (chaque dahr équivaut à environ deux tiers de daler d'argent) » des rentes et d'autres revenus ; 2« un emprunt de 202,781 dalers d'argent fait par Wettwitzer pour le compte du roi; 3« 1,711 ikiffunds de cuivre, qui devaient être transportés et vendus par Salvlus à Hambourg; 4» 12,400 tonneaux de blé, qu'on devait livrer en paiement des domaines vendus; &« 3,646 Itutes de blé, en grande partie de Livonie , par Jean Skytte : l'argent qui en proviendrait devait être expédié en Allemagne avant la fin de l'année. Il écrivit de Steltin au sénat, en date du 31Juillet:« Vous savez que depuis que nous avons quitté le royaume, nous n*avons rien reçu de nos réquisitions. Nous ne pouvons lever Ici des contributions d'aucun genre, parce que le duc de Poméranle reste en possession de ses États comme avant notre arrivée. Faites de votre mieux pour Ique nous puissions recevoir des secours d'argent , car l'armée se grossit Journellement. » Et de Steltin , en date du 3 septembre : « Malgré nos ordres, nous n'avons Jusqu'ici presque rien reçu de Suède. Nos dépenses sont excessives, car seulement pour solder l'infanterie , il nous faut 30,000 thalers tous les dix jours. » (Voyez les ^rehives du royaume.) On ne saurait dire ce qu'Oxenstjerna fit pour le roi dans ces graves circonstances. Cette activité infatigable, qui ne trouva Jamais rien d'impossible, affermissait ramilié qui unissait ces deux hommes d'un caractère si différent. La lettre remarquable de Gustave-Adolphe A son chancelier datée de Golinow , le 4 décembre 1030 , appartient A cette époque : « J*ai reçu vos conseils pour la campagne prochaine, lui écrivait le roi ; ils me démontrent votre fidélité envers moi et la patrie. Celui qui survivra verra la prospérité de nos affaires, et la postérité célébrera vos éloges. Agissez bien, et ne vous lassez pas de travailler pour mon service ou plutôt pour celui du royaume. J'espère que Dieu nous aidera A passer l'hiver et que vos soins taons rendront l'élé moins pénible. L'ennemi est faible en Infanterie et en cavalerie; mais il a de grands avantages par ses quartiers, car toute l'Allemagne lui est soumise. Je concentre mes troupes sur l'Oder dans le dessein de l'attaquer ; et quoique notre cause soit bonne et juste, l'issue n'en est pas moins incertaine A cause de nos péchés. Incertaine est aussi la vie de l'homme; aussi je vous prie, si tout ne marche pas A notre gré , de ne pas perdre courage. Je vous recommande mon souvenir et le salut des miens ; conduisez -vous envers eux comme je voudrais, dans un cas semblable, me conduire envers

Gustave Horn lui avait amené de grands renforts de la Finlande et de la Livonie. Dans ses lettres au chancelier, qui commandait en Prusse , il réclamait sans cesse renvoi des troupes qu'il attendait de ces contrées , ce qui ne pouvait cependant s^efTectuer que vers Tautomne. Il laissa Hom à Slettin pour surveiller Conti, qui avait rassemblé ses troupes à Gartz et à Greiiïenhagen, et qui, de celte position, entreprit pendant Tabsence du roi , contre le camp suédois, une attaque qui lui réussit mal. Le roi se rendit en personne vers les côtes (où Wolgast, reprise par Tennemi, lui fut enlevée de nouveau) pour attaquer par mer Rostock et Wismar et faire une invasion dans le Mccklenbourg'^ mais la flotte fut repoussée par les vents contraires *. Le roi , en venant de Stralsund , s'empara du passage étroit de Damgarten et de Ribnitz et entra dans le Mecklenbourg^ mais il abandonna ses desseins sur ce pays, où Tennemi s'était renforcé, où les anciens princes ne pouvaient ou n'osaient rien entreprendre, où enfin le duc François-Charles de Saxe-Lauenbourg, qui avait pris les armes, avait été battu et fait prisonnier par Pappenheim. Le retard qu'éprouva l'arrivée des troupes parties de Prusse avait fait perdre au roi l'espérance de parvenir à amener les impériaux à une bataille*, il se vit donc réduit, pour tout l'hiver, aux ressources de la Poméranie dévastée '. Ce fut alors qu'il écrivit à Axel Oxenstjerna et au sénat : « Il paraît que l'empereur est disposé à traiter avec nous , mais sans autre condition que celle de nous retirer et de laisser les choses en l'état où elles étaient avant la campagne. Notre avis est qu'aucune réconciliation ne peut être acceptée à moins qu'une paix générale et relative à la religion ne soit signée pour toute l'Allemagne et que nos voisins ne soient réintégrés dans leurs possessions, de sorte que nous puissions vivre en sûreté

les vôtres. Ces personnes, si quelque chose m'arrive , sont dignes de votre pitié A beaucoup d'égards. Elles sont femmes : l'une, mon épouse , faible et hors d'état de prendre une résolution ; l'autre, tendre enfant ; malheureuses si elles ont A diriger quelque chose, et exposées A beaucoup de dangers si d'autres ont de l'influence sur elles.

■ Lettre du roi au chancelier, Wolgast, le 8 septembre 1630. (Voyez les j4rchivesdu rùyaum^^}

* Chemnitz, 1. 1, p. 91.

* Lettre du roi au chancelier datée de Straisnnd , le 31 octobre 1630. (Voyez les Archivez du royattme.\

Page 1