CHAPITRE XVII
parce que leur indépendance sera assurée. Pour y parvenir, nous n'ayons pas d'autre moyen que d'attaquer l'empereur dans ses États ainsi que le clergé catholique , qui tient à lui*, car si nous pouvons entrer dans ses pays héréditaires , nous emparer de ses ressources et lui enlever les contributions qu'il tire des protestans , en sorte que tout le fardeau de la guerre retombe sur les clercs catholiques , alors nous pourrons dicter les conditions d'une paix glorieuse pour nous et nos frères. Nous songeons & mettre sur pied l'année prochaine plusieurs armées : avec l'une je maintiendrai ce côté de la Baltique , tandis que Gustave Horn et Teufel , avec deux armées , assureront notre domination sur l'Oder, d'un côté en tenant le Brandenbourg en échec , de l'autre en pénétrant en Silésie. En même temps une quatrième armée occupera Magdebourg, où l'administrateur a déjà trois mille hommes et quelques centaines de chevaux , ce qui , nous l'espérons , pourra nous rendre maîtres de l'Elbe , et en joignant ces forces à celles que nous avons, nous donnerons au Brandenbourg et à la Saxe l'occasion d'agir avec nous. L'archevêque de Brème , les villes de Brunswig et d'Hildesheim, qui sont portées pour nous et correspondent secrètement avec Salvius , doivent fournir le cinquième corps d'armée : celui-ci gardera le Weser. Vous verrez , par les calculs suivans, ce qu'il nous faut pour exécuter ce plan : nous voulons nous réserver pour les frais de la guerre le droit de grande douane («fora tullen)^ la licence du sel , 8,000 skifTunds de cuivre et 100,000 thalers des fermes et do la contribulion du bétail. Tous les autres revenus seront affectes aux dépenses du gouvernement de la Suède. » Dans sa lettre à Oxenstjerna, le roi ajoute : a La plus grande difficulté est de savoir comment ces armées seront mises sur pied et entretenue^. Cependant si nous trouvons ce nombre de soldats et que chaque armée réunisse les forces mentionnées au projet, nous sommes d'avis de laisser à chaque commandant de ces corps le soin de se procurer ses moyens de subsister sur les lieux où il devra agir *. )> Le blocus de Colberg et les opérations qui
I LeUre au sénat relallvcment à la guerre, Ribnilz, 8 QClo|)rc \W. (Voyez les ^rchive$ du royaume.)
s'y rattachaient ■ furent les événeroens de l'automne *. L'hiver arriva très-rigoureux ; mais au grand étonnement de l'ennemi , on ne lui laissa point de relâche : les soldats de Gustave- Adolphe étaient habitués à faire des campagnes dans cette saison. Nous avons dit que les impériaux avaient réuni leurs forces auprès de Gartz et de Greiffenhagen , des deux côtés de l'Oder. Le soir du jour de Noôl , Greiffenhagen fut pris d'assaut. Gustave - Adolphe commandait en personne; la garnison, qui comptait deux mille cmq cents hommes, se défendit vaillamment et périt presque toute. Une terreur panique saisit le maréchal des impériaux Schaumburg, qui avait remplacé Gonti dans le commandement ; il quitta Gartz pendant la nuit , fit sauter son magasin à poudre , jeta ses canons à l'eau et s'échappa par Kustrin^ dont les portes s'ouvrirent pour les impériaux et se fermèrent devant les Suédois qui les poursuivaient. Schaumburg voulait attendre Tilly avec les débris de son armée à Francfort-sur-rOder '. Ainsi finit l'année 1630. La France , qui avait tiré parti de tous les avantages de l'apparition de Gustave-Adolphe en Allemagne pour finir avantageusement la guerre en Italie contre l'Espagne et l'Autriche^, renouvela l'offre de son alliance , et depuis le commencement témoin des succès du roi , elle rouvrit les négociations à ce sujet *. Après quelques difficultés relatives au cérémonial,
■ La citadelle, avec une garnison de deux mille combaltans, se rendit le 2 mars 1631.
* On voit par deux ordres du roi, à son résident Fagrœns en Danemark, quil avait l'intention de se rendre en Suède. Il voulait faire le trajet par terre au moyen d'un sauf-conduit ; mais il changea d'opinion. (Voyez les Archivés du royaume.)
* Schaumburg, dans une lettre A Tilly, attribue A la démoral isaUon des anciennes troupes de Wallensteln tous les malheurs des impériaux.
* Richelieu disait au sujet des négociateurs français à la paix de Chierasco : « Il y rencontrera plus de facilité qu*il n'eût fait par l'avantage que recevrait les affaires du roi de la descente da roi de Suéde en Allemagne, car il formera contre eux un si grand orage de guerre que toute la maison d'Autriche en sera ébranlée, et leur empire réduit A telle extrémité qu'ils le tiendront eux-mêmes pour perdu. » {Mémoires de Richelieu, t. 6, p. 305.)
*« Le ministre français vient de nous quitter; U nous a offert 120,000 thalers par an tant que son maître serait occupé A la guerre d'Italie et ensuite 400,000 thalers. Nous avons besoin d'argent; mais nous avoqs besoin aqssî de voire avis. » (Utlr^ du roi «a chance-
HISTQIAE BE SUÈDE.
où Gustave-Adolphe posa et fit valoir le principe de régalité de tous les rois , le traité de subsides fut conclu avec la France à Beerwald, le 13 janvier 1631, pour six ans, à dater de la première proposition faite à Testeras, le 5 mars 1630. Le roi devait toucher pour Tannée qui venait de s'écouler 120,000 thalers et 40,000 Ihalers par chaque année suivante. Il s'obligea de son côté à mettre en campagne au moins trente mille hommes d'infanterie et six mille de cavalerie , à laisser aux catholiques le libre exercice de leur culte dans les contrées soumises à ses armes , et à la ligue la neutralité si ses membres la demandaient et la gardaient. Le roi s'était avancé dans le Brandenbourg en suivant l'Oder -, il se dirigea d'abord sur Landsberg, et lorsque Tiily accourut au secours de cette place, il changea le siège en blocus et ajourna cette fois l'attaque contre Francfort , où Tilly campait avec trente-quatre mille hommes. Il laissa Horn dans les environs de Landsberg pour observer Tilly, se relira à Stettin , et fit au milieu des neiges et des glaces * une invasion dans le Mecklenbourg et la Poméranie, où Neu-Brandcnbourg, Loitz, Malchinet Demmin, avec les magasins des impériaux, iUrent bientôt en son pouvoir : « Je servirai avec grand plaisir un tel général , dit l'Écossais Monro, alors au service de Gustave, et je retrouverai difficilement un homme semblable , qui avait coutume d'être le premier et le dernier là où il y avait du danger ; qui gagnait l'amour de ses officiers par la part qu'il prenait à leurs peines et à leurs fatigues *, qui savait si bien tracer des règles de conduite à ses guerriers suivant les temps et les circonstances-, qui veillait à leur santé , à leur honneur, était toujours prêt à les aider; qui devinait les projets et connaissait les ressources de ses ennemis , leurs plans , leurs forces , leur discipline,
lier, SletUn, 23 jaillet 1630. — Voyex les j4rchives du royaume,)
* « We brake up from Stettin, taking our march towards New-BranUcnbourg, the earlli clad over ^Itb a grcalh storm of snow, being hard frost. >Ve carried along great canon of baUerie, and a numbcr of sinall canon , being well provided iirith aU bings belonging to arUlIery : our litle army consisting thcn of 8,000 horse and foot, haarin left the resl of the army ander command of the feldmarshal Horn before Landsbcrg in Ihe mark. » (Monro, Expédition wilh the worthy scots régiment, called Mac-Keyt régiment, Londres, 1637. t. 2, p. 14.)
ainsi que la nature et la position des plucei qu'ils occupaient *. Jamais il n'hésitait à exécuter ce qu'il avait ordonné. Il n'aimait pas les officiers qiji manquaient d'intelligence, et il n'en quittait jamais un sans être persuadé que ses ordres étaient compris. Il ne connaissait pas de difficultés. Il fit arrêter un officier qui, peadant qu'on réparait les fortifications de Stettin , alléguait que la terre était gelée. Dans les affaires qui ont rapport aux besoins de la guerre , il n'admettait pas d'excuses. »
Après la prise de Colberg , il ne restait en Poméranie que Gripswald. Cette citadelle ne capitula qu'après la mort de son brave commandant, au mois de juin. Tilly, excité à la vengeance par la conduite de la plupart des commandans , envahit le Mecklenbourg, après le départ du roi, et s'empara de Neu-Brandenbourg. Sa manière de faire la guerre se révèle par l'exploit qu'il y fit en passant au fil de l'épéo deux mille Suédois à qui l'ordre de se retirer* n'était pas encore parvenu : cent cinquante de ces braves guerriers aimèrent mieux se faire massacrer dans la bicoque de Feldberg que de se rendre. Après ces faits d'armes , Tilly retourna au siège de^Magdebourg. Le roi se porta sur Francfort-sur-l'Oder avec dix-huit mille hommes et deux cents canons qui furent transportés sur ce fleuve. Le 2 avril , il commença le feu contre la ville : elle était défendue par six mille hommes ; le jour suivant , elle fut prise d'assaut '. Le lieutenant André Auer, qui était
I L. c., t. 2, p. 16. — Le manque de bonnes cartes çt la grande importance que le roi attachait à la connaissance du terrain firent qu'il allait le reconnaître en personne et qu'il s'eiposait de très-prés au danger, parce qu'il avait la vue courte. Au sié^e de Demmin » il était allé en reconnaissance et tenait une lunette à la main lorsqu'il enfonça Jusqu'à mi-jambe dans un marais par suite de la rupture de la glace. Le capitaine Dumaine , Écossais , l'officier le pins proche de lui, se préparait à venir k son aide; Gustaye lui fit signe de rester tranquille pour ne pas attirer rattenlion de l'ennemi, qui n'en dirigea pas moins son feu sur lui. Le roi se releva au milieu d'une grclc de projectiles et alla se sécher au feu du bivouac de l'officier, qui lui reprocha d'avoir ainsi exposé sa vie précieuse. Le roi écouta l'Écossais avec bonté et convint de son imprudence : « Mais, ajouta-t-il, il est dans ma nature de ne croire bien fait que ce que je fais moi-même ; il faut aussi que je voie tout par mes yeux. »
3 Khevenhûller dit : « Weil sie sich ein muthig resolvirt cher zu sterben als sich erzeben. »
' Lorsque les Suédois s'approchèrent de la ville, les