‹ Histoire de Suède, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 177 sur 275 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

fesle qu'il pablia. La oonduiCe de la Saxe et du Brandenbourg était telle qu'il ne savait s'il devait les regarder comme amis ou comme ennemis: « Nous voyons , écrit-il, que les princes évangéliques ne nous sont attachés que parce qu'ils veulent se maintenir par notre aide auprès de Tempereur et nous chasser ensuite de TAUemagne avec ingratitude '. » L'électeur de Brandenbourg redemandait à Gustave-Adolphe les forteresses qu'il avait évacuées lorsqu^il s'était avancé au secours de Magdebourg. Le roi ordonna de lui livrer même Spandau \ mais le Jour suivant il était devant Berlin et il dirigea ses canons contre la ville : ce fut alors que Brandenbourg signa l'alliance avec la Suède. Le roi occupa Spandau *, mais il retourna lui-même en Poméranie , et après la prise de Gripswald, il employa ses forces à réintégrer les ducs de Mccklenbourg dans leurs possessions, pendant qu'il avait l'œil fixé, avec sa principale armée , sur le Brandenbourg , la Saxe et Tilly '. L'armée suédoise s'était affaiblie en se divisant, et il n'était pas certain qu'il pût la renforcer par l'enrôlement : a La nation allemande, écrivait le roi ', est devenue si inconstante que les soldats prennent aujourd'hui un maître pour en changer demain. Il est difficile de remplacer tous ceux qui désertent, d'autant plus que depuis longtemps nous n'en avons pas les moyens. » Presque toutes les lettres du roi révèlent un grand besoin d'argent. Dans le mois de février , il adressa do sévères reproches au sénat pour lui avoir envoyé des argumens au lieu d'argent et pour n'avoir pas voulu se rappeler que la subvention du bétail était accordée au roi encore pour un an : « Cependant, ajouta le roi, notre amour pour le pays et pour nos sujets est si grand que nous aimons mieux nous priver de cette assistance que de donner occasion à des personnes malintentionnées de calomnier nos intentions et à des prévôts injustes de s'enrichir aux dépens du pauvre peuple. Ils nous paient par des paroles et des remontrances ; mais il faut d'autres moyens pour conduire une guerre à bonne fin *. » Mais ces moyens ne répon-

* Au sénat, Jéricho, 2 Juillet 1631. (Voyea|le8 j4r* ekivei du royaume.)

* Voyez les Archives du royaume,

« Au fiéoai, Jéricbo, 2 juillet 1C31. ( Voyez les Archives du royaume.) f Au sénat, Neu-BraD<iBnbour^, 3 février 1(»3(,

daient pas aux besoins. L'habileté d'Oxenstjerna elle-même ne put retirer du monopole du blé ce qu'on en attendait, et il fut supprimé : « Nous vous avons souvent fait connaître notre position, écrivit le roi au chancelier*. Nous avons fait notre possible au milieu de la plus grande pauvreté , des peines et du désordre. Tous nos serviteurs semblent nous avoir abandonnés , et nous avons été obligés de conduire la guerre ex rapto à ^and tort et dommage pour nos voisins, ce que nous sommes encore forcés de faire. Nous n'avons rien pour satisfaire les soldats que ce que nous arrachons par des pillages et des brigandages. Nous avions fondé sur vous nos espérances ; mais elles s'évanouissent encore, et nous nous voyons obligés de nous mettre dans un camp retranché quand l'ennemi avance. » C'était au milieu du mois de juillet^ le roi venait de prendre la position la plus avantageuse dans le célèbre camp de Werben , là où l'Elbe et le Hawcl réunissent leurs eaux *. Dans une autre lettre il décrit de nouveau ses embarras et les attaques de Tilly contre le camp : « Quoique vous nous eussiez promis, mon chancelier, de nous envoyer certaines sommes, cependant nous n'avons touché que 100,000 thalers. » Et par une autre lettre du 11 juillet: u Tous nous mandez, contre notre attente , qu'il n'y a rien à toucher. Depuis seize semaines l'armée n'a pas reçu un sou. Elle savait que nous attendions de l'argent de vous^ soldats et officiers y comptaient. Du biscuit, que nous avions pris dans les villes , faisait notre unique nourriture^ cette ressource nous manque aussi. Nous n'avons pu maintenir aucune discipline parmi les cavaliers ; ils n'ont vécu que de pillage. Tout est ruiné ; ils ne trouvent plus à prendre ni eux ni les fantassins dans les villes ni dans les campagnes. Si nous eussions reçu ce que vous deviez donner, nous aurions eu l'espoir de défendre l'Elbe, rOder et d'être maîtres dans la Baltique, si nous n'avions pu faire davantage celte année. Quant à présent, nous ne devons songer

* Werben, le 18 Juillet 1631. (Voyez les Archives du royaume.)

* I^camp, dont il reste encore des traces, était situé sur la rive gauche de TElbe. Monro dit de Gustave-Adolphe : « ^Vhen hc was thc veakest, he digged uiost in thc ground — and thishe di, not only lo sccure his soldiers Trom Ihe cnemy.but also lo kcep thcin from idloncsee. » (T. 2, p. 41.)

qu'à la retraite. Il y a quatorze Jours, nous avons fait une excursion avec notre cavalerie et nous avons complètement battu trois régimens de Tenncmi à Wolmerstedt. Depuis que nous nous sommes retirés à Stendai , Tilly a rejoint Pappepheim et est revenu sur nous^ il y a eu quelques escarmouches. Il nous a suivi lentement pendant notre retraite, et il est cantonné à un petit quart de lieue dMci \ il est retourné sur ses pas, et nous Tavons inquiété autant que possible. )> C'est avec cette modération que le roi s'exprime sur les tentatives de Tilly contre le camp de Werben -, elles lui ont cependant coûté 6,000 hommes : il n'en avait que 12,000 et Tilly 26,000 '. La peste ravagea les camps des deux armées. 6,000 Écossais et Anglais avaient été enrôlés par le marquis Hamillon pour le roi, qui voulait les employer sur les bords du Weser*, ils débarquèrent en Poméranie, où Hamillon menait un train de prince: il reçut l'ordre de remonter l'Oder et de garder Francfort. Avant la fin de l'été , son corps était réduit à 1,500 hommes-, bientôt môme il ne lui en resta que 500 •. La peste commençait aussi à sévir à Werben ; mais il faut regarder comme une faveur du ciel qu'elle cessa pendant les fortes chaleurs de l'été. L'année précédente elle avait aussi visité la Suède ». Le roi reçut des renforts de Suède, et son épouse les accompagna en Allemagne*. On employa une partie des troupes à la conquête du Mecklenbourgj 4,000 hommes, avec de l'arlilleric, se Joignirent aux troupes que Horn amena de l'Oder au roi , qui , à la mi-août, quitta soa camp de Werben. Il s'approcha de

* Voyez Sw$dish intelHgm€er, Monro.

' « Dass so ansenliche Truppen, ohne eioige nahmbafle VcrrichtuDg, den folgcnden berbstfast ganz zei^ ^angcn und glcischsam verscliwùndcn. Dessen Ursacbe yornchmiih dcr dam abl uberall grassircnden infection, dann aucb der Ungevobnheil des Landes , der tAiH , und des baries soldaUscben traclamenis in Tcuthsland zu gescbrieben wird. • (CbemniU, t. 1, page 1D3.)

> En 1C30, la peste dépeupla Nykôping ; elle régnait en même temps à Waxbolm, de sorte que le sénat et la cour quittèrent Stockholm et se retirèrent à Upsaia. (Voyez les manuscrits de Palmskôld.)

* Le 21 janvier 1G31, le roi écrivait à sa sœur : « Je veux faire venir mon épouse au printemps; mais Je désirerais que ma fille restât en Suède. Je vous prie de me rendre le service de prendre Tenfant chez vous et de veiller sur les personnes dont vous la ferez entourer, (L. c.)

la Saxe. Quand il arriva au pûnt jeté sur TL».^, à Wittenberg, son armée se composait de 13,000 hommes d'infanterie et 8,8ôO de carvalerie '.

Tilly, réuni à l'année qui venait d'Italie » menaça la Saxe avec quarante mille bommes ; deux cents villages en flammes indiquèrent aux paysans la route qu'il avait suivie dans la malheureuse Saxe. Leipzig capitula presque sans résistance. L'électeur, tourmenté par la crainte se jeta dans les bras de Gustave : « Nonseulement Wittenberg, lui fit dire Jeaq-George, mais tout le pays sera ouvert aux Suédois. » La jonction des deux armées, saxonne et suédoise, eut lieu le 5 septembre à Duben \ deux jours après, la victoire de Leipzig mit un terme aux succès de Tilly et à la prépondérance 4e l'enipereur en Allemagne.

La bataille a été décrite avec des détails assez circonstanciés. Les améliorations introduites par Gustave-Adolphe dans l'art de la guerre, surtout la célérité des mouvemens des trou* pes , révélèrent le génie qui les avait créées. Nous ne dirons de cette bataille que ce qu'en dit le roi lui-même : « Le 7 de ce mois, écrivait-il à sa sœur en Suède , nous avons livré une grande bataille à Tilly et aux impériaux. Dieu a combattu avec nous et pour nous-, nous sommes restés maîtres du chanap de bataille et avons mis l'ennemi complètement en déroute. Plusieurs milliers de ses hommes tués , ses canons de tout calibre , soixante-six drapeaux, vingt-deux étendards sont entre nos mains. L'ennemi a été tellement abîmé , que nous pourrons nous rendre où nous voudrons *. » Sa lettre à Axel Oxenstjerna est plus circonstanciée : « Le 4 au malin , nous partîmes pour Duben et nous y plaçâmes notre camp en attendant l'électeur de Saxe. Il arriva le 5 avec son armée, forte d'environ vingt mille hommes bien équipés et ayant l'air de braves gens-, il forma de ses troupes plusieurs divisions, nous annonçant qu'il voulait nous faire les honneurs. Accompagné de plusieurs officiers , nous nous retvdtmes à sa rencontre et le trouvâmes avec notre beau-frère l'électeur de Brandenbourg. Après avoir inspecté l'armée saxonne , nous nous portâmes sur notre infanterie, qui était

« Voyez Cbemnitz.

• A la comtesse palaUne, Halle, le 4 septembre 1631. (Voyez les Archives du royaufM.)

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