CHAPITRE XVII
rangée en bataille ■. Après avoir ainsi passé en , revue les deux armées , nous emmenâmes les princes avec nous dans nos quartiers. Là nous avons délibéré, surtout avec rélecteur de Saxe, sur la question (le savoir s'il fallait fatiguer Tennemi par des attaques partielles ou livrer bataille. Nous avons poussé plusieurs argumens à priori; rélecteur a répondu à posteriori y croyant que Tennemi ne pouvait être chassé de son pays que par un combat. A la un, nous sommes restés d'accord qu'il fallait marcher sur Leipzig. Nous avions déjà reçu la nouvelle que la ville et le château s'étaient rendus à Tcnnemi -, les Croates, sous nos yeux, se portaient sur Duben. Le 6, à l'aube du jour, nous passâmes par cette ville *, l'armée traversa ses défilés par files et nous arrivâmes assez tard à une chaumière (torp) appelée Wolche, à un mille et demi de Leipzig -, nous y passâmes la nuit. Le 7, à la pointe du jour, je fis sonner la marche par les trompettes. Depuis cette chaumière jusqu'à Leipzig , dbus ne rencontrâmes point de bois, mais de grandes et fertiles plaines qui laissaient à l'armée la facilité de s'avancer vers la ville en ordre de bataille. Nous ne marchâmes pas plus d'une heure et demie avant d'apercevoir l'avaqt-garde de Fennemi et son artillerie, placée sur les hauteurs et protégeant toutes ses forces *. Il était favorisé par le irent et par le soleil (la sécheresse avait produit beaucoup de poussière). Nous essayâmes de lui faire perdre cet avantage, mais nous n'y pûmes réussir, parce qu'il nous fallait traverser ce passage ^iffi^^ii^ ^^ présence de l'ennemi. Nous changeâmes pour cette raison notre ordre de bataille : les Suédois, sous mes ordres, étaient à droite ; les Saxons, commandés par rélecteur, à gauche, et nous avançâmes contre Fennenii dans l'ordre dont nous vous envoyons te plan* Lorsque nous fûmes en présence, l'ennemi commença par faire jouer son artillerie , d'abord seulement trois pièces, puis toutes à la fois, de façon que nous essuyâmes deux décharges avant que nos pièces fussent en état de riposter*, mais nous ne tardâmes pas à lui en-
* Afonro , 1. c.» t. 2, p. 62, dit que, comme Tarmée suédoise fut obligée de coucher dans des champs fraichemeot labourés, les soldats étaient couverts de poussière et noirs comme des garçons de cuisine. C'était un sujet de plaisanterie pour les Saxons.
* Khevenhûller dit que Tarrnée saxonne complaît trente-deux régimens.
voyer trois boulets pour un. L'arlilierio nq s'arrêta pas tant que dgra le combat, et elle causa assez de ravages de part et d'autre. La cavalerie et l'artillerie saxoni^es tinrent d'abord ferme, mais elles lâchèrent pied après la mor( des canonniers. L'infanterie saxonne se com<* porta lâchement, elle quitta le combat par compagnies, disant que nous étions battus et que tout était perdu , ce qui jeta la terreur parmi ceux qui gardaient nos bagages. Ces derniers voyant les Saxons en pleine déroule s'enfuirent et gagnèrent Duben, vers le soir, dans un tel état de confusion que plusieurs voitures d'officiers et celles de l'électeur furent pillées par les fuyards. L'électeur, qui était à l'arrièregarde, prit la fuite avec une partie de sa garde et ne s'arrêta qu'à Eulenbourg. Nos soldats allemands et suédois, ceux du moins qui prirent part â l'afTaire (car dans l'infanterie il n'y eut que trois brigades qui eurent cet honneur), se conduisirent vaillamment : c'était â qui obtienr drait de se jeter dans lu mêlée. Au commencement l'ennemi était inébranlable comme un rocher \ le combat était si acharné , qu'il fut longtemps incertain à qui appartenait la victoire *. A la fin l'ennemi commençant À s'ébranler, nous le poussâmes si vigoureusement qu'il nous abandonna non-seulement Tarlillerie sai^onne, mais encore la sienne propre. Nous restâmes ainsi maîtres du terrain. Les ténèbres couvraient la (erre, et nous nous haïtiens depuis deux heures après midi. Une grande partie de notre cavalerie poursuivit
' « hes régimens de Balderon , de Dietridislein , de Gois , de Blanquart et de Gbesuis, qui se raUfèrent, gagnèrent la bordure du bois avantageux., et tournèrent teste pour reparer l'honneur de leurs compagnons. En effet, c'est où la victoire fut disputée opiniastrement, les Suédois ayant à faire â ces vieilles bandes de Tilly, qui n'avoient pas accoustumé de lascher le pied. On y vit nombre de vieux soldats combattre de genoui , les jambes rompues et ne quitter leur poste qu'avec la vie. La cavallerie et l'infanterie du roi firent un devoir incroyable , résolues de vaincre et de mourir» chargeant l'ennemi, après quelques salves, à coups d'epée. Ce qui servit principalement à mettre l'ennemi en désordre fut la deitérilé du roi, qui, poussant vers l'ar- Ullerie de Tilly^ passa sur le ventre aux troupes qui en avoientia garde et leur fit abandonner tout leur attirail. Le canon ennemi étant entre les mains du roi , il en perça les bataillons de Tilly et les couvrit de feu; on n'y vit voler en l'air que bras et Jambes, partout que de sang et de cadavres* • (Voyez Soldat suédoiSf Rouen , 1C34, p. 72.)
Tennemi pendant que nous nous reposions nous-mêmes sur le champ de bataille '. »
Gustave-Adolphe, après la bataille de Leipzig, Gt attaquer les pays héréditaires de l'empereur par rélecteur de Saxe, et il marcha luimême contre la ligue. Cette tactique a été critiquée par des militaires et des hommes d'Étal, surtout par Axel Oxenstjerna, qui le salua de ces paroles^ lorsqu'il le vit pour la première fois à Francfort-sur-le-Mein : u Je voudrais vous féliciter à Vienne de la victoire que | vous venez de remporter, » et qui, dix-huit ans après la mort de Gustave, disait de ce roi dans le sénat que si, après la bataille de Leipzig, il eût pénétré dans les Étals héréditaires de l'empereur au lieu de se diriger sur le Rhin, et qu'il eût laissé les États allemands s^arranger entre eux, l'empereur se serait trouvé dans l'impossibilité de continuer la guerre*. » Il est certain que l'électeur de Saxe, pendant que le roi s'éloignait en combattant l'empereur, avait espéré former un trainême parti dans l'empire e( accomplir lui-même l'expédition de Franconie '. C'était là probablement la cause pour laquelle le roi s'opposait à ce projet, dont il ne dit autre chose , sinon qu'il ne croyait pas la Saxe assez forte pour garder ses derrières *. Il
* Le roi Ajoute : « Tilly arriva la môme nuit à Halle avec le duc RndoJph de Saxe-Laueat>oarg, Pappenheim, le comte de Furstenberg et le colonel Cronberger. Les chirurgiens racontent que TiUy a reçu trois balles. L'autre jour , il s'est rendu à neuf heures de Halle à Aschersleben ; il était trés-alDiibH par ses blessures. On ne peut savoir le nombre des ennemis qui couvrent le champ de bataille, mais on suppose qu'il y en a quelques milliers. Parmi les officiers supérieurs que Tilly a perdus, on nomme Schônberg , général d*arUllerie» et ËrviU, major-général, qui ont été tués. Le duc de Holstein , blessé et fait prisonnier, est mort k Leuenbonrg, le 9, des suites de ses blessures. Nous avons fait assez de prisonniers pour compléter nos règimens et même en organiser de nouyeaux. Nous avons perdu en officiers supérieurs les colonels Teuffel, Kallenbach et Uali , ies liculenans-coionels Aderskaset Damitz, et un capitaine de cavalerie, Lange Fritz. On disait aussi que Courville élaît mort , mais Il a été fait prisonnier. » RhevenhOUer compte neuf mille morts, dont sept mille trois cents impériaux , deux mille Saxons et sept cents Suédois.
' Voyez les manuscrits de Palmskôld.
^ Cbemnitz, t. 1, p. 216.
* Le roi se défiait beaucoup du maréchal Amhelm , général de Saxe, de qui Oxenstjerna dit qu'il avait travaillé loule sa vie à établir un troisième parti en Allemagne. Le rot l'estimait peu comme général : ■ Cesser in spéculation a|i in action. « (Voyez Chem-
suspectait la politique tortueuse de l'électeur, et l'on dirait qu'il a voulu, par l'expédition des Saxons en Bohème, se brouiller sans retour avec l'empereur. Un historien moderne, qui a pu compulser les archives de la Saxe , attribue aux ducs Guillaume et Bcrnhard de Saxe- Weimar une influence majeure sur la résolution de Gustave-Adolphe *. On devait l'avoir flatté de grands projets dans son intérêt personnel ; ce qu'il y a de plus important, c'est qu'à l'entrevue qui eut lieu à Francfort-sur-le-Mein , les États protestans, réunis en assemblée publique, demandèrent son secours*. Le roi dit qu'il avait trois raisons pour marcher vers le Rhin : il ne voulait pas perdre de vue Tilly » ; il voulait employer à l'entretien de son armée et ù l'accomplissement de ses desseins les ressources des diocèses catholiques * ; enfin il voulait donner, par cette marche, aux protestans du nord de l'Allemagne l'occasion de se reposer **. Il nous sembla qu'il faut considérer sa marche non-seulement sous le point de vue militaire, mais encore et plutôt sous celui d'une haute politique. Quant aux suites présumables d'une marche sur Vienne (cette ville, avant et depuis , a vu des ennemis à ses portes sans que l'Autriche soit tombée), nous répéterons ces mots que nous avons entendus : ce La postérité doutera avec raison qu'une lutte aussi compliquée et aussi longue que celle-ci eût
nilz.) Il demanda plus tard qa*il fût éloigné du senrice de la Saie.
* Voyez Rose, Herxog Bemhard von Sachfen Weitnar, 1. 1, p. 156.
* Une entrevue eut lieu à cette époque, A Francfortsur-le-Mein, entre plusieurs Élats protestans et catholiques ; ces derniers s'éloignèrent après la bataille, les autres restèrent : « Ils écrivirent à l'empereur pour le supplier de retirer ses troupes, qui vivaient à discrétion chez eux. L'empereur refusant de les délivrer de ces hôtes incommodes , ils prièrent le roi de Suède de le faire, et se déclarèrent naturellement pour celui qui devenait le défenseur de leurs biens et de leur liberté. C'était donc pour appuyer cette déclaration que le roi prit la résolution d'entrer en Franconle.» (Voyez Franche vl lie, O6iervattoni à la traduction de Guafefo pricrato, p. 97.)
* Voyez les manuscrits de Palmskôld.
^ Voyez la lettre au chancelier du royaume. Halle , le 17 septembre 1631.
> « Der Kônig vtollle zuvGrdcrst in Thûrlngcn gcbcn und daselbft einen recbten stat formiren, folgends nach Frankcn seine march nehmen, dcncn prolcslîrcnden in Oberlande luflzu maçhçn. » Chemnitz, 1,1, p. ÎI6.