CHAPITRE XVII
pu être décidée d'un seul coup, dans un seul momcnl, à moins que les Suédois se fussent contentés d'une part du bulin en laissant la question religieuse indécise. Mais les résultats Justifièrent Gustave-Adolphe, et ce fut son propre ministre qui devait en faire Texpérience. Après la mort du héros, auprès de qui Axel Oxenstjerna chercha-t-il et trouva-t-il assistance ? Qui pouvait former une ligue proieslanlCy et ainsi éviter le danger commun dans le moment le plus important ? £taient-ce les protestans du nord ou du midi de TAUemagne qui firent Fal/tanoe de Heilbronn? Etait-ce de Tirrésolution du Brandenbourg, de la duplicité et de rincertitude de la Saxe, les deux plus puissans de nos alliés de même croyance, qu^on reçut ce secours? Non , c'étaient des plus faibles, mais nous ajouterons des plus enthousiastes de nos coreligionnaires, comme ils le sont encore aujourd'hui et plus disposés à recevoir toutes les impressions ; ils se livraient à Tespérance d'un meilleur avenir. Les secours se trouvaient encore chez les petits princes , chez la noblesse indépendante de l'empire, dans les populations des villes libres, qui, dans ces contrées, plus mêlées avec les catholiques, avaient été les plus opprimées et s'étaient le plus réjouies de l'arrivée de leur sauveur. Dans leur allégresse, après la bataille de Leipzig , elles firent du passage de Gustave-Adolphe dans ces pays une sorte de marche triomphale : ce fut leur reconnaissance qui noua l'alliance sur son corps sanglant, et c'est ce qui ne serait jamats arrivé si les bannières de la Suède ne s'étaient déployées au milieu d'eux *. »
Le premier plan de campagne du roi, après la victoire remportée aux champs de Leipzig , était défensif , ce qui prouve qu'il n'avait pas le dessein de poursuivre les avantages aussi rapidement qu'il le fil. Le même Jour qu'il leva son camp de Halle , il écrivit au chancelier du royaume : « Nous désirions votre présence ici, après la victoire que nous avons gagnée , pour délibérer avec vous sur les moyens à employer pour rendre aux protestans la jouissance de leurs droits. Venez pour quelque temps, et ne mettez point de retard, puisque vous n'envoyez pas d'argent. Charles Baner doit être vice-gouverneur dans la Prusse. Voici le plan
« Voyez Toi wid jubelfesten till den store Gustaf Aâoîfs minne du ^novembre 1832. Ups., p. 43.
de campagne ( status belli ) que nous nous sommes tracé. Nous nous rendrons en personne en Thuringe pour prendre possession de ce qui reste encore là , et nous ferons en sorte d'y prendre nos quartiers d'hiver. De là, au milieu de la Hesse , de la Saxe et du Meisscin, nous nous proposons d'attaquer quelques évêchés en Franconie et d'y lever des contributions, nous renforçant tellement que nous puissions au printemps être en mesure de combattre l'ennemi , d'autant plus que la Saxe est avec nous. L'électeur s'est chargé de la défense de roder ^ c'est pour cela que nous avons ordonné à Jean Baner, à Francfort , de faire sortir nos garnisons aussitôt que les troupes de l'électeur seront arrivées. Baner, après avoir laissé & Landsberg des troupes suffisantes, marchera avec le reste sur Kalbe , entre les fleuves de la Saale et du Mulde , et y formera un camp pour garder l'Elbe et essayer de s'emparer de Magdebourg. Nous avons donné ordre à Salvius d'enrôler quelques troupes qui étaient cantonnées dans les environs de Hambourg : réunies à celles des ducs de Mecklenbourg, elles s'élèveront à 15,000 combattans, de sorte que ces deux corps , l'un stationnant près de Magdebourg sous Baner, l'autreprès de l'embouchure de l'Elbe, doivent dominer le cours de ce fleuve. Nous avons pensé aux garnisons que. nous possédons en Poméraniepour nous assurer du Mecklenbourg; mais nous avons besoin pour les remplacer de soldats de la Prusse , car nous ne pouvons laisser cette province entièrement dégarnie de troupes *. » Mais le roi ne s'arrêta pas au but qu'il s'était d'abord proposé. Les ailes de la victoire le portaient rapidement en avant. Les habitans d'Erfurt redoutaient un siège; Gustave enleva cette place par un coup do main, traversa le Thuringerwald (forêt de Thuringe) pendant la nuit, à la lueur dos flambeaux, et se présenta dans la haute Allemagne. Kœnigshofen, regardée comme une place forte, capitula*, Wurzbourg, jusqu'alors réputée imprenable, fut emportée d'assaut. Il s'empara deHanaupar surprise. Francfort-surle-Mein lui ouvrit ses portes. Le roi traversa la ville et marcha contre Hôchst, qui capitula. Ce fut de là qu'il écrivit à Baner : a Nous es-
* LeUre au chancelier du royaume, Ilalle, le 17 septembre 1 631 . (Voyez les Archiva du royaume.)
éso
përon8 que nos succès nous permettront de nous concentrer entre les grands fleuves du Rhin et du Mein, d'interdire à Fennemi le cercle de Wesiphalie et toutes les autres contrées tn-deçà du Rhin-, ayez soin seulement d'assurer les positions derrière nous *. )) L'expédition par la Franconie ne fut qu'une suite de triomphes. Le roi établit de grands magasins. Après la prise de Wurzbourg, il n'y avait pas un soldai qui n'eût un nouvel habit *. On avait une vache pour un Ihaler dans le camp, et un mouton ne coûtait que quelques sous ». Les hôtes du Nord étaient venus dans le pays de l'abon-' dance: «Le roi, écrivait Salvius, occupe toute la Franconie, et les états lui ont prêté serment comme au duc de ce pays. Nos garçons de la Finlande , habitués au vin de ces contrées , se hâteront moins de regagner leur âpre patrie. Dans les guerres de la Livonie, ils étaient réduits à l'eau et au mauvais biscuit ^aujourd'hui ils boivent du bon vin, plein leurs casques *. » Monro, cet Écossais grave, réfléchi, parle avec transport de la marche le long des belles rives du jUein *.
Des succès aussi éclalans, avec des moyens bornés , étaient accompagnés de grands dangers. Tilly, après ses désastres, avait pris le chemin de la liesse^ il se joignit à Fugger, à AUringer et aux troupes du duc de Lorraine. Avec ces forces imposantes, il menaça l'arrièregarde du roi et marcha au secours de Wurtzbourg, mais il arriva trop tard. Le roi, après avoir envoyé lïorn contre Bamberg, n'avait, en allant de Wurzbourg à Hanau, que sept mille cinq cents hommes d'infanterie et quatre mille de cavalerie *. On ne vit jamais Gustave-Adolphe aussi agité qu'au moment de l'approche de Tilly '. Pour la première fois on le vit hésiter, révoquer des ordres qu'il avait donnés.
* LeUreàJeim Baner, Hôchat, 19 novembre 163f.
[Ibid.) « Francheville [Gualdo], p. 102.
» Voyez KheTenhOller, l. 1, p. 1884.
* SftMas à Pierre Baner, Himiboarg» le 30 novembre 1631. (Voyez les manoscrils de PalmskôM.)
^ « The plessenl marche alongsl^tbe pleaseDt and f ruil full river of the Maine, Ihat runnes Ibrough faire È^amconîa. » (Monro, t. 2, p. 88.)
* Voyez Swedîêch Mtelligêncer, « L*rnfantc^îc comprenait 5 brigades de 1,500 hommes chacune» mais elles n*élaienl pas au complet. Chaque brigade était Asftnguée par les couleurs de Tétcndard du colonel. »
' yt-^ti Éanto, t. 2, p. 8C.
II écrivit alors à Baner : <( L^cnnemi s^est tel— lement renforcé dans ces contrées, que nous n'osons accepter la bataille. — Il s'étend vers Schweinfurt, parait vouloir nous séparer de Thuringerwald et couper les communications entre vous et la Saxe. Prenez garde ! correspondez avec le duc Guillaume de Weimar, qui est à Erfurt, et envoyez-lui des secours s'il n'est pas assez fort pour soutenir un siège. Tâchez^ s'il est possible, de vous emparer de Magdebourg^ et pour pouvoir garder vos positions sur leHavel et TElbe, distribuez plusieurs pouvoirs d'enrôlement et fixez les places que doivent occuper les recrues. Amis ou ennemis, prenez tout, pourvu que vous ayez des soldats * . Si l'ennemi vous attaque, ce qui n'estpas probable dans cette saison avancée, cherchez à vous soutenir aux bords de la Saale et de l'Elbe. Si vous êtes trop faible , retirez-vous sur Wcrben, et campez dans une bonne position entre le Hawel et l'Èlbe ^ faites construire des tètes de ponts et défendez-les jusqu'à ce qu'il vous soit arrivé du secours. Correspondez sans relâche avec Tott (dans le Mecklenbourg) ; ne vous laissez pas entraîner par quelque mouvement de jalousie qui vous empêcherait de nous bien servir ', et n'ayez, en agissant, d'autre vue que celle du bien public. Corrigez-vous de la négligence que vous mettez à nous donner de vos nouvelles, et envoyez-nous un sous-oflicier une ou deux fois par semaine'. » Lorsque l'ennemi parut près de Wurzbourg , le roi tailla en pièces trois de ses régimens de cavalerie^. Tilly passa et se dirigea vers Nuremberg^ regrettant, les larmes aux yeux, dit-on, que l'électeur lui eût défendu de risquer une bataille *• Ce ne furent pas les seules difficultés que le roi eut à surmonter dans cette expédition si glorieuse. Quoique le butin fût considérable, le manque d'argent empêcha toujours de payer
* Lettre du roi 4 Baner, Oppenbsim , S^ décembre
* Une lettre semblable fut expédiée au maréchal Ake Tott, guerrfer plus qn^întrépidè , mais d'un caractère emporté. H éUH petH-flls d'Erik XIV.
* A Jean Baner, Wunbonrg, 8 novembre MU (Voyez les Archives du royaume.)
* Proposition aux états, le 4 février 1634. (Voyez les Archives du royaume.)
^'aWeil sonst Kcinc Reserve mehr vor Handen gewesen. » (Rhevenbûller, t. i, p. 1884.) « Er irarebesser zu cunctiren , als sich mit rutniren zu lasseui» écrivit 1 Maximilan de fiavlérc à rempcreun
CttAPlTRE XVIÎ.
régutièretnent la solde des troupes*. Le roi fut obligé d-altérer les monnaies ', et il employa des moyens violens pour maintenir la valeur de celles de cuivre en Suède *. Le danger de Nuremberg (la ville s'était déclarée en faveur de la Suéde) lui avait fait prendre la résolution de retourner enFranconie *. MaisTilly leva le siège, et le roi poursuivit le cours de ses victoires sur les bords du Rhin; il en vint aux mains avec les Espagnols et inspira des craintes à la France :
(( Nous en sommes venus tout à coup aux mains avec les Espagnols, écrivit-il au sénat. Lorsque nous envoyâmes récemment le colonel de notre garde à cheval, le duc Bernhard de Saxe-Weimar, auprès du général espagnol de Silva, commandant de Mayence, celui-ci déclara qu'il avait ordre de défendre Farchevèque de nfavence contre nous. En sortant de Franc-
* « Elle était acquittée en partie par des billetf à sii iBOls dft (ermé. » (Monro» (. 2, p. 86.)
' « Nons avons traité avec un certain Zirirner, qui avec ses compagnoos devait noas.frapper des monnaies de détresse. » On lui confia même le soin de fabriquer celles de Suéde ; le roi pria le comte palaUn de le surveiller. (Querfurtb, 18 septembre 1631.— Voyez les Archivés du royaume.)
' « Il faut pousser Taffaire de sorte qu'il n'y ait plus en Suède d'autre monnaie que des pièces d'argeul et de cuivre. » Le roi était très-méconlcnl d'Erik Pcrsson, son agent en Hollande , à qui il avait confié le règlement des subsides avec ce pays et le commerce de cuivre. Il te remplaça par Henri Falkenberg, « qui était moins babiie à faire de faux comptes et à tromper dans le calcul des revenus. » Le roi céda 1,500 skilTunds de Cuivre, destinés à la guerre, pour soutenir Texploitatîon des mines de cuivre du Roppari)erg, et il réclama renvoi des eonscrite, outre six régimens, 1 »00O cavaliers suédois et 600 finnois ; mais il demanda que ces troupes ne lui fussent pas envoyées dépourvues de tout, Comme on l'avait fait jusqu*ici. (Lettre au comte patelin Jean-Cafimir, le t*' novembre 1631.— Voyez les Archives du royaume.)
4 « te vieux diable avec tous ses disciples, le duc de Lorraine, Pappenbelm,Furstenberg, Gallas et O^sa, atsiègent aujourd'hui Nuremberg. Je vais demain au secours de cette ville. L'ennemi est fort ; mais Dieu ne iioirs s pas retiré tous nos moyens : nous pouvons compter dix -sept mille fantassins et neuf mille cavaliers. » (Lettre du roi au comte palaUn datée de Flôcbst, le 29 novembre 1631.) Bientôt arriNcrcnt d'autres nouvelles. Le même jour, le roi écrixit à Horn : * L'eftnemia quitté Nuremberg, se partageant en trois corps : Tun occupe les environs de cette ville, l'autre se rend en Bohème; le troisième se dirige vers la Bavière. Nous sommes ainsi résolu à poursuivre nos tfMsefns sut les bords du Rhîn. » (Voyez les Archives du royaume. )
fort, nous nous sommes rendus dans le Palali^ nat , où nous nous sommes emparés de Germersheim. Les Espagnols ont jeté un pont qu'ils ont TortiOé du côté de Darsmsladt; nous ne pouvions le laisser derrière nous sans violer les règles de la guerre. Nous leur avons fait dire que la tète de pont nous gênait, et comme, au lieu de Tévacuer, ils ont tiré sur nous, quoique cette position ne fût pas tenable, nous avons résolu de passer le Rhin à Oppenheim, pour couper la retraite à ceux qui défendaient le pont. A peine étions-nous parvenus de l'autre côté du fleuve, avec quelques centaines d'hommes , que don Philippe de Silva nous a chargés avec sa cavalerie; mais il a clé repoussé, et sa garnison a capitulé le 7 décembre. Le 8, nous sommes entrés sans résistance dans la ville d'Oppenheim; mais nous avons été obligés de donner Tassant au château. Devonsnous regarder cela comme une rupture? ou devons-nous tenter une réconciliation avec TËspagne dans Tintérèl de notre commerce et pour avoir les mains libres avec la France, dont le roi s'approche avec des forces imposantes et est déjà arrivé à Metz ' pour mettre obstacle à notre paix avec l'empereur? D'un autre côté , l'Espagne n'abandonnera pas volontairement ce qu'elle possède dans le Palatinat, et nous ne pouvons espérer une paix durable tant que l'électeur ne sera pas réintégré dans ses États. L'Angleterre et la Hollande seraient prêles à nous assister contre l'Espagne. En tout cas, nos côtes de l'ouest doivent êlre assurées par les fortifications de Gothenbourg*. » Cette lettre est datée de Mayence, dont le roi s'était rendu maître et qu'il avait fortifiée pendant que ses armes s'étendaient avec une rapidité et un bonheur étonnans stir les deux rives du Rhin.
La présence de Gustave-Adolphe à Mayence au commencement de 1632 présente un spectacle brillant, qui promet plus qu'il ne tient. Son épouse était auprès de lui. Le chancelier du royaume lui avait amené des renforts do Prusse ; il était entouré de princes et de ministres étrangers, et il comptai! dans son éta^ major plus de princes qu'Oxenstjerna n'aurait
' A cause des troubles. (Voyez les Mémoires de Ri' ckeîieu.) « Le roi Tavail averti de cette expédition dans le pays des prêtres. »
> Lettre au sénat datée de Mayence, le 31 décembre tC3i. (Voyez les Archives du royaume.)
Youhi ^ car ayant eu ensuite h dérendre le Rhin, il se plaignit que ces princes ne lui voulaient pas obéir. Les armes Turent déposées pendant quatorze Jours, intervalle suffisant pour démontrer rinopportuni té d'un traité de neutralité avec la ligue, proposé par la France. La ligue catholique était dissoute ^ ses membres, ou se jetèrent dans les bras de la France, comme le fit Trêves, pour son malheur, ou se virent obligés de se lier plus étroitement à Tempereur, comme la Bavière, ou avaient été dépossédés par Gustave-Adolphe, qui était, sur les bords du Rhin, le cher reconnu de TAlIemagne protestante. Il rélait bien de fait, quoiqu'il n'en prtt pas ouvertement les allures *, seulement quelques traits plus ou moins distincts paraissent l'indiquer. Les hommages que le roi recevait pour lui et la couronne de Suéde, au milieu de ses conquêtes, étaient bornés par certaines conditions-, par exemple on entendait qu'ils ne seraient rendus que pendant la durée de la guerre, ou, en commun, pour la Suède et ses alliés. Mais parfois ces conditions se trouvent oubliées, comme dans le cas de la conquête des diocèses catholiques , aux habitans desquels le roi assurait la liberté de conscience et la garantie des propriétés. Ensuite il excita une grande sensation en acceptant sans restriction les hommages d'Augsbourg. Les obligations réciproques contractées par lui et les États protestans, quoique n'engageant pas également tous les contractans, leur imposaient néanmoins la nécessité d'agir en commun dans la guerre, donnaient au roi la direction absolue elle reconnaissaient en termes plus ou moins explicites en qualité de protecteur. Gustave- Adolphe était en réalité et nominativement le protecteur d'une ligue allemande prolestante. L'avenir seul pouvait faire connaître ce qui en devait résulter, et à en croire un écrivain catholique contemporain, le roi luimême s'en était expliqué clairement : a Pendant le séjour du roi à Mayence , dit KhevenhQIler, on publia quelques posiulata que le roi de Suède avait faits à l'électeur de Bavière et à quelques Etats catholiques pour établir la paix en Allemagne. Voici quelles étaient les conditions principales : l'empereur révoquera l'édit de restitution * \ les deux religions , catholique et protestante, jouiront, dans les villes et dans les campagnes de l'empire, du libre exer-
* Voyez Richelieu, Mémoires, l. 7, p. 45.
cico de leur culte; la Bohème, la Moravie , la Silésie rentreront dans leurs anciens privilèges ; les exilés seront rappelés et l'électeur Frédéric réintégré dans la dignité électorale que la Bavière lui a enlevée \ le libre exercice de la religion prolestante sera rendu à la ville d'Augsbourg; tous les jésuites seront bannis de l'empire comme perturbateurs du repos public; les dignités ecclésiastiques seront accessibles aux membres des deux religions, et le roi de Suède sera élu roi des Romains , parce qu'il a sauvé l'empire de sa ruine*. »
Nous attachons plus de poids aux paroles que Gustave-Adolphe adressa, à la même époque, aux députés de Nuremberg : « Il ne demandait à ses amis que de la reconnaissance^ ce qu'il avait pris sur l'ennemi , il pensait le garder. La ligue protestante devait se séparer de celle des catholiques et élire un chef, surtout pour la conduite de la guerre. Il ne pouvait se contenter de la solde de quelques mois, comme un soldat enrôlé. Il pouvait demander une cession de territoire ex jure genti%im^ suivant le précepte de Grotius, quoiqu'il en possëd&t assez ; il ne pouvait abandonner la Poméranie à cause de la mer^ et s'il restituait quelque chose, il réclamerait les jura ^upertontalis dont Tempercur avait joui; l'ancienne constitution de l'empire ne valait rien. » Les habitans de Nuremberg assuraient qu'ils ne connaissaient personne (aucun subjectum) qui fût plus digne d'être élu chef que sa majesté elle-même *. Il avait en même temps demandé l'avis du sénat de Suède sur les bases à adopter pour la paix. Le sénat proposa les conditions suivantes : la liberté de conscience ; l'abolition de l'inquisition et la réintégration des évangéliques dans leurs droits et possessions ; l'indemnité des Irais de la guerre à rembourser à la Suède et des garanties jusqu'à son entier acquittement; l'alliance entre les protestans et le roi de Suède, qui devait avoir le commandement suprême {directorium belli) dans toutes leurs guerres contre l'empereur ou d'autres ennemis; la cession à la Suède de la Poméranie et de Wismar ; la remise de la Silésie , de la Saxe , de la Lausace et du Landgraviat de Hesse au Branden-
* Rhevenhûller, t. 12, p. 86.
* Breyer, Beytràge xur G9sehichte des ZOJâhrigen Kriegs. Muncben, 1813, p. 307,